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Poésie classique
Carolus : Le rêveur
 Publié le 04/10/26  -  10 commentaires  -  762 caractères  -  157 lectures    Autres textes du même auteur

À tous ceux qu’Elle a pris.


Le rêveur



Je crois bien que je dors malgré mon œil ouvert…
Je voyage allongé, seul, flottant dans le vide
Sans effort… Oui, c’est sûr, c’est un songe lucide
D’où je fixe, indolent, ce trouble soleil vert.

Mais j’ai froid jusqu’aux os ! Pourtant je suis couvert…
Quel est donc ce courant glaçant ma peau livide ?
Pourquoi ce goût de sel me vient de ce liquide ?
À quel funeste sort me suis-je donc offert ?

Je coule ! Sauvez-moi ! Mon cri se change en bulle…
Mon regard perce encor ce sombre vestibule…
Et puis soudain la nuit de l’abysse profond.

Enfin, je me souviens… Je revois cette vague
Qui m’emporta. Qu’importe… À présent je divague.
Adieu, ma mère… et l’avenir… Tout… se… confond…


 
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   Curwwod   
18/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Tabarly, Alain Colas ? Vous nous présentez un moment de mort imminente où la noyade est inéluctable
Mon cri se change en bulle...
ce goût de sel me vient de ce liquide ?
Curieusement pas de signe de panique, une sorte de résignation malgré ce seul cri de désespoir "Sauvez-moi".
Inutile d'aller chercher de ces navigateurs célèbres, l'actualité des ports breton montre que la mer est capable d'autant de cruauté que de générosité.
Je salue l'image que vous en donnez.
Quelque expression peu heureuses: Mon regard perce encor ce sombre vestibule…rime un peu forcée
l’abysse profond fait quelque peu pléonasme. Mais au total l'écriture est aboutie.

   Ornicar   
21/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
La mort en majuscule ("Elle") n'est pas nommée. La mort ici se fait liquide ou mer. Le narrateur sombre et se noie, et le lecteur avec lui, dont les perceptions se troublent étrangement. Que lit-on ? Est-ce un rêve ? Un songe éveillé ? Le souvenir d'un drame qui s'est réellement produit ? Le souvenir d'un mauvais rêve ? On ne sait trop. Tout se fond et "se... confond". Comme l'eau insaisissable aux doigts, cette évocation échappe aux sens du lecteur qui ne sait à quel niveau de conscience se situer et se raccrocher. Quelle est cette expérience qu'il vit à mesure qu'il lit ?

Pas la moindre planche de salut car il ne faut pas compter sur le narrateur : lui-même, dès le départ, ne sait où il se trouve : "Je crois bien que je dors malgré mon œil ouvert". Il ne faut pas davantage espérer du dernier vers pour lever l'ambiguïté du propos : "À présent je divague. / Adieu, ma mère… et l’avenir… Tout… se… confond…" Ce poème joue avec nos sens et à nous faire perdre nos repères, de sorte que l'horrible trépas semble presque doux malgré les appels au secours du premier tercet. J'ai bien aimé me laisser porter par le flou de ces vers classiques, harmonieux à mon ouïe. Que vogue cette vague poétique que nourrit le vague de contours entraperçus dans mon immersion.

Ornicar

   Lebarde   
22/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Le souvenir stressant rappelé en rêve, d'une noyade, que le narrateur (trice) aurait vécu, emporté par une vague scélérate.
C'est glaçant de "réalisme onirique" et pourtant bien réel qui ne serait pourtant, enfin je l'espère, qu'une tragique expérience sans conséquence semble t'il.
On y croit on le vit, on en tremble encore ..."À quel funeste sort me suis-je donc offert ?" mais j'en suis revenu.

Un sonnet techniquement sans faille ( attention au dernier vers néanmoins) dont l'écriture fluide et réaliste est délicatement poétique malgré la gravité du sujet.

J'aime bien bravo.

En EL

   Passant75   
22/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Est-ce un rêve ou un cauchemar ? Qui croit flotter dans un rêve semble ici flotter entre deux eaux. Allez savoir pourquoi, mais j’ai immédiatement pensé à la fin de Titanic, lorsque Jack s’enfonce peu à peu dans l’eau, épuisé par le froid. On retrouve cette même sensation de glissement progressif vers la mort, presque sans s’en rendre compte.

« Mon cri se change en bulle » est un vers qui rend la scène quasiment visible. Dans un premier temps, j’ai tiqué sur le « vestibule » du vers suivant, n’y voyant que la recherche d’une rime, mais le vestibule n’est-il pas un lieu de passage entre deux pièces, voire entre deux états. Que cette interprétation ait été voulue ou non par l’auteur m’importe peu, je l’ai faite mienne.

Puis vient cette fin, « Adieu, ma mère… et l’avenir… », qui donne à la mort une dimension profondément humaine. Ce n’est pas seulement une vie qui disparaît, mais tout ce qu’elle aurait encore pu devenir. Ce sonnet ne raconte pas simplement une noyade, il fait ressentir, presque de l’intérieur, le moment où la vie s’échappe.

   Eskisse   
4/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Carolus

Ce que j'aime dans ce sonnet c'est le monologue intérieur ( presque invraisemblable) que déploie le locuteur immergé.
La force de la parole et de la raison (connecteurs logiques : malgré / Mais / pourtant) contre celle des éléments: une prise de conscience de la mort imminente oralisée et donnée à voir de façon extrêmement progressive, chronologique:
- "je coule !
- " Et puis soudain, la nuit de l'abysse
- à présent je divague "

Comme s'il ne prenait pas la mesure de la situation au début, le locuteur reste "indolent" et a l'océan .
comme lit. J'aime bcp " je voyage allongé" c'est cocasse !

Vous avez su donner du souffle à une voix qui disparaît pour laisser place aux pensées.

   Provencao   
4/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Carolus,

"Je coule ! Sauvez-moi ! Mon cri se change en bulle…
Mon regard perce encor ce sombre vestibule…
Et puis soudain la nuit de l’abysse profond"

Dans ce tercet, le trouble est appelé funeste, et il est accordé du rêve et de la nuit.
Moi, j'ai beaucoup aimé ces vers qui recouvrent et identifient l'esthétique, l'allitération éternelle du rêveur, avec une constance essentielle sublimement répandue.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   jf2   
4/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Le poème est très cinématographique et je ne peux m’empêcher de faire le lien avec le film de Claude Sautet, les Choses de la vie avec l’accident de Pierre (Michel Piccoli).

On retrouve ici le même schéma narratif :

Le moment juste après l’accident où Pierre est dans un état de rêve éveillé
Le froid et la fatigue qui le gagnent ensuite
La fin ou le personnage revoit sa vie en accéléré

A la différence du film, le poème laisse planer une ambiguïté dans les deux premiers quatrains sur l’état du personnage, est-ce seulement un rêve comme le titre semble le dire ?

Quelques points qui me plaisent moins :

Je ne vois pas ce que représente le soleil vert

En plus d’être tautologique, le vers : Et puis soudain la nuit de l’abysse profond, est assez convenu.

Le dernier vers a un petit côté mélodramatique.

   BlaseSaintLuc   
4/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je n'ai jamais été un grand fan de Claude Sautet, une question de rythme, ou d'époque peut être son cinéma, c'est très photographique des années 70.
La noyade est ici très poétique, il faut avoir été pris par le courant pour savoir que ce n'est pas tout à fait ce qui se passe dans la tête, c'est très rapide, on part vers le large à une vitesse folle et il faut une bonne dose de self-contrôle pour ne pas prendre les mauvaises décisions. (et pas mal de chance pour que les secours soient là quasi instantanément car proches)
Bon, ici, ce n'est ni le cinéma, ni la réalité, c'est une transcription poétique de la noyade.
Ah ces poètes ! Ils ont le don pour magnifier, même le terrible.
Quelle belle noyade en vérité, adieu, veau, vache cochon .

Eh bien je l'aime bien ,cette noyade, c'est théatrale, «A moi! Je meurs!»

   LeChevalier   
5/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Ca m'en couté des efforts pour plonger dans ce texte dont la syntaxe est pourtant très limpide, très simple, pour ne pas dire simpliste (pas mal de phrases ne dépassent pas trois mots). Je n'ose pas parler de fluidité, tellement le jeu de mots peu paraître facile.

Le but semble clair : construire une situation inattendue, donner un point de vue qu'on n'a jamais. Et cela, je trouve que c'est réussi : sur Oniris, on ne voit pas souvent des noyés qui parlent (même si on a eu des filles qui se changent en poissons). Par contre, je me demande si le suspense ne dure pas un peu trop longtemps, surtout dans le deuxième quatrain avec ces trois questions bien emballées chacune dans son alexandrin. Le dernier vers de cette strophe ferait penser à un suicide (« me suis-je donc offert ») mais la suite ne semble pas étayer une telle hypothèse.

En tout cas, les tercets sont une sorte de réveil après le « songe lucide » des quatrains. On y trouve une interpellation (« Sauvez-moi ! »), ce qui perce, en quelque sorte, le quatrième mur entre texte et lecteurs. Je suis quand même devant « vestibule » qui semble plus motivé par une passion pour la rime riche. Bon, j'exagère peut-être, puisque je me rappelle le « vestibulum ante ipsum » de l'Enéide qui ne paraît pas tout à fait déplacé dans le contexte.

Je suis un peu surpris par la quantité de points de suspension. Ils sont largement motivés mais dans le dernier hémistiche cela devient un peu trop, je pense. Je ne crois pas que le texte aurait perdu à se terminer par « Tout se confond. » dont le point aurait pris une gravité toute particulière. Mais l'auteur a bien droit de décider !

En conclusion, je suis admiratif devant quelqu'un qui tout en se noyant a la présence d'esprit de chercher deux rimes quadruples. Ronsard avait bien composé plusieurs sonnets avant de mourir, mais lui, il est mort en quelques jours, pas en quelques minutes. On peut me dire d'arrêter avec ma vraisemblance à la XVIIe mais il me semble intéressant d'attirer l'attention sur cet aspect du texte : bizarrement, aucun lecteur ne s'est plaint de ce que l'ensemble soit aussi bien rangé.

   Cristale   
6/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
"À tous ceux qu'Elle a pris"

La mer, la mort, amantes indomptables.

Bonjour Carolus,

Un sonnet qui me semble évoquer davantage un cauchemar qu'une situation vécue, mais dont le cerveau du rêveur reproduit fidèlement la situation de ceux qui se sont noyés.
De quoi se réveiller trempé de sueur, liquide salé par essence.

La versification me semble parfaite ; le trimètre du vers final est délicieux.


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