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Poésie libre
Passant75 : Fractale
 Publié le 03/10/26  -  10 commentaires  -  1174 caractères  -  119 lectures    Autres textes du même auteur

« Voir un monde dans un grain de sable,
et un ciel dans une fleur sauvage,
tenir l’infini dans le creux de sa main
et l’éternité dans une heure. »
(William Blake)


Fractale



Des planètes dansent autour du Soleil,
des électrons autour d’un noyau.

Et si le même geste
se répétait,
encore,
et encore,
jusqu’à l’infini ?

Chaque astre, un monde.
Chaque monde, un atome.
Et dans le cœur de l’atome,
d’autres cieux
tournant dans le silence.

Le ciel tiendrait alors
dans un grain de poussière,
et dans ce grain
l’azur d’un autre ciel.

Des galaxies comme des cellules,
des étoiles comme des brins de lumière,
des mondes emboîtés dans des mondes,
comme des poupées russes
que personne n’aurait fini d’ouvrir.

Le mouvement
ne commencerait nulle part.
Il ne finirait jamais.

Toujours plus loin,
toujours plus près,
jusqu’à ce que le commencement
et la fin
ne soient plus qu’un même point.

Et quelque part,
dans l’infini des infinis,

un être,
levant les yeux vers les étoiles,
resterait silencieux.

Puis, dans la profondeur de la nuit,
il se demanderait

si, là-bas,

quelqu’un

le regarde aussi.


 
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   Polza   
3/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant75. Aucun commentaire en EL c’est étrange. Moi-même je ne commente presque plus dans cet espace, mais ce n’est pas un choix, c’est par manque de temps et le fait que mon esprit soit occupé par beaucoup de choses en ce moment.

Je ne peux malheureusement pas écrire un commentaire étayé aujourd’hui mais j’espère pouvoir revenir sur votre poème la semaine prochaine (je ne pourrai probablement pas ce week-end).

Mais il me tenait à cœur que vous ayez un premier commentaire pour ce poème que j’ai beaucoup aimé. Désolé s’il y a des fautes dans ce message, j’écris depuis mon mobile et sans mes lunettes !

Juste une dernière chose, j’adore William Blake depuis longtemps, aussi, j’aurais bien vu votre poème accompagné de ce tableau https://www.wikiart.org/fr/william-blake/lancien-des-jours-1794

Juste une petite précision à propos de l’exergue. On pourrait plutôt traduire paradis au lieu de ciel même si ça n’en change pas trop l’idée générale…

« To see a World in a Grain of Sand,
And a Heaven in a Wild Flower,
Hold Infinity in the palm of your hand
And Eternity in an hour. »

   Provencao   
3/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Passant75,

"un être,
levant les yeux vers les étoiles,
resterait silencieux"

J'aime bien votre poésie où l'implication la plus délicate impose d'estimer l’homme comme le fini/infini qui ne peut apposer aucune perfection qui tienne.
L'affluence de l’infini dans le fini est l’essentielle.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   tome15545   
3/10/2026
J'aime beaucoup cette idée du même mouvement à chaque échelle, de fractale autosimilaire (qu'on confond souvent avec les fractales tout court), et le traitement poétique qui me rappelle les mondes imaginaires qui ont tué Giordano Bruno. Plus concrètement, c'est le clergé et les croyants zélés qui l'ont tué pour son imagination, car les idées ne tuent pas d'elles-mêmes.

Comme souvent dans vos poèmes, vous mêlez images poétiques et beautés mathématiques. Ici, le poète est astronome, et plus ou moins physicien, mais tout cela comporte un énorme problème à mon avis : le modèle de l'électron tournant autour du noyau dans un atome (Rutherford-Bohr) est un modèle dépassé depuis désormais un siècle, et ce poème contribue à le propager. C'est bête, parce que je n'ai rien contre les girafes à deux têtes ni les blancs trop noirs, je veux dire que j'aime la poésie du faux, de l'absurde et de l'impossible, mais le fait qu'ici le poème prolonge un problème adossé à une croyance réelle déjà trop répandue m'empêche de le savourer pleinement.

   Robertus   
3/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Grâce à vous j'ai fais ma petite recherche et j'ai appris le sens du mot fractale que j'avais déjà entendu et que je ne comprenais qu'à moitié.

Le fait d'avoir lu la définition avant de lire le poème m'a permis de l'apprécier à se juste valeur.
L'infiniment petit et l'infiniment grand fusionnent et le temps n'a plus de limites.

J'ai bien aimé :
" Et dans le cœur de l'atome,
d'autres cieux
tournant dans le silence. "

et aussi

" jusqu'à ce que le commencement
et la fin
ne soient plus qu'un même point "


Il y a juste un vers sur lequel j'ai buté un peu. Allez savoir pourquoi.
C'est " que personne n'aurait fini d'ouvrir ". Le " ...ne n'aurait " a cassé un peu mon rythme fluide de lecture. C'est bien sûr un ressenti tout personnel.


Merci pour ce beau partage

   Donaldo75   
3/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Je ne vais pas rechercher la vérité scientifique - j'ai lu un commentaire fort savant dans ce sens - derrière l'image utilisée dans ce poème parce que c'est avant tout de la poésie, de l'imaginaire. Et parce que la science évolue au gré de nos connaissances, faibles au regard de l'Univers et de son immensité. Du coup, j'apprécie ce poème à sa juste valeur, par l'abstraction dont il fait preuve tout en restant poétique.

"Le ciel tiendrait alors
dans un grain de poussière,
et dans ce grain
l’azur d’un autre ciel."

Ben ouais, gros, dirait un gars que j'ai vu à la télévision dans une publicité pour je ne sais quelle marque de paris en ligne, ça pète sa mère la poésie même que je ne vois plus les tours de La Défense, je ne sens plus l'odeur de la mobylette au Dédé, que je m'évade du bitume.

Il a raison, le bougre.

"Des galaxies comme des cellules,
des étoiles comme des brins de lumière,
des mondes emboîtés dans des mondes,
comme des poupées russes
que personne n’aurait fini d’ouvrir."

Pourquoi les poupées russes s'emboitent elles ? Et les biélorusses s'emboitent aussi ? Et la mobylette au Dédé, elle pourrait s'emboiter ? Que de questions auxquelles le sachant pourrait répondre en citant moult références issues de Science & Vie, du Figaro Magazine voire de La Vie du Rail.

"Et quelque part,
dans l’infini des infinis,

un être,
levant les yeux vers les étoiles,
resterait silencieux.

Puis, dans la profondeur de la nuit,
il se demanderait

si, là-bas,

quelqu’un

le regarde aussi."

Et si c'était ça la question qui nous taraude tous, inconsciemment, au point que les Anciens ont inventé Dieu, Jésus Christ, Allah, j'en passe et des plus omniscients, pour nous faire sentir moins seuls en nous enfermant dans une prison dorée où se massacrer en toute tranquillité.

L'autre ne nous regarde peut-être plus.

   jf2   
3/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Ici, le cinéphile ne peut que faire le lien avec 2001, L’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick.

On y trouve la mise en abîme spatio-temporel et bien sûr, à la dernière strophe, l’enfant des étoiles (Star Child) et cette fin métaphysique où l’observateur se demande s’il n’est pas lui-même observé.

Pour une fois, je trouve que la forme verticale est au service du fond et met en valeur la mise en abîme de l’infiniment grand à l’infiniment petit.

Un seul petit reproche, l’image des poupées russes est assez classique.

   Pussicat   
3/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Votre texte exerce une force captive et plus je le lis et plus le vertige est grand, comme un étourdissement. Cela tient peut-être (assurément) à l'écriture à fois puissante et dépouillée, à l'hypothèse posée. Vous n'affirmez pas, vous posez un "si" d'autorisation à :
"Et si le même geste
se répétait,
encore,
et encore,
jusqu’à l’infini ?"
en découle alors ce vertige que j'évoquais, qui m'englobe pour partie de ce geste, de ce monde, jusqu'à la fin :
"Puis, dans la profondeur de la nuit,
il se demanderait

si, là-bas,

quelqu’un

le regarde aussi."

Magnifique !
A bientôt de vous lire,

   Marite   
3/10/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Vraiment très intéressant ce poème sur les "infinis" qui s'emboîtent les uns dans les autres.
La forme est adaptée au fond et l'ensemble se lit d'un trait, sans heurt.
Un tout petit bémol : le titre "Fractale" qui m'apparaît peu poétique mais ... que trouver d'autre ???
Souvenir d'une classe, je ne sais plus laquelle, où le professeur nous avait sensibilisées à l'infiniment petit avec le couvercle des boîtes de Vache qui rit : les boucles d'oreille de la vache se répétant indéfiniment ...

   BlaseSaintLuc   
4/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
La lecture est très fluide et agréable ; la mise en abyme de l'univers est très réussie.
La magie poétique du cosmos se ressent magnifiquement.
Je viens de perdre un commentaire sur ce poème, bien plus complet ; j'en rage à cause d'une erreur de manipulation.
Je trouve ce texte assez pur et parfait ; je reste donc dans les étoiles, merci !

   Lariviere   
14/10/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Passant75,

J'ai beaucoup aimé ce poème...

"L'infini s'éloigne quand on s'approche" (c'est un des vers d'entame de mon poème Dada 2.0)...

J'ai apprécié la thématique de ce poème. C'est assez pertinent en terme d'astronomie et de science des étoiles. C'est pourtant mis au service de la métaphysique et surtout, de la poésie.

C'est donc une vision humaine, aussi complexe que l'univers, qui réussi à allier les mondes trop souvent parallèles (et pourtant...) du matériel et de l'approche scientifique au spirituel et aux questions presque philosophiques de l'homo sapiens.

J'ai trouvé sur la forme, la construction très abouti. Les vers sont assez court, les images me séduisent complètement.

Je cite les strophes qui m'ont procuré grand plaisir sur ressenti et réflexion :

"Chaque astre, un monde.
Chaque monde, un atome.
Et dans le cœur de l’atome,
d’autres cieux
tournant dans le silence.

Le ciel tiendrait alors
dans un grain de poussière,
et dans ce grain
l’azur d’un autre ciel.

Des galaxies comme des cellules,
des étoiles comme des brins de lumière,
des mondes emboîtés dans des mondes,
comme des poupées russes
que personne n’aurait fini d’ouvrir."

J'ai particulièrement aimé "chaque astre un monde/chaque monde un atome" qui traduit à l'échelle cosmique la comparaison "des mondes emboités dans des mondes/comme des poupées russes/que personne n'aurait fini d'ouvrir" (je ne sais pas pourquoi j'aime beaucoup l'images des poupées russes : en dehors de la référence au monde slave que j'apprécie, j'ai toujours trouvé que ces petits "jouets" exprimaient bien dans sa symbolique enfantine la complexité de la nature humaine dans sa dimension surréaliste et philosophique et au delà, la complexité de la matière, de la vie organique, et de l'organisation cosmique de l'univers même)... D'ailleurs cette strophe est saisissante, autant par la vérité profonde en terme de connaissance des sciences, que dans sa façon de vulgariser par des images simples et poétiques cette grande complexité...

Sur les strophes de fin, le poème s'assèche, sur fond et forme, devient plus prosaïque, plus pholosophique et ca donne un bel effet...

La conclusion, je l'interprète par ce besoin de l'homme de ne pas se croire seul, perdu, isolé dans sa "petitesse" face à l'immensité infini qui l'entoure... Qui nous regarde, de si loin ?... Un Dieu ? Des entités "frères", un peu semblable, très différentes probablement, à l'autre bout de l'univers ?... Personne ne sait, mais c'est une question qui nous taraude, nous qui sommes viscéralement singulier et individualistes, mais qui sommes en même temps terriblement angoissé de nous retrouver seul face à nous même, rempli de questions sans réponses évidentes...

Merci pour cette lecture et bonne continuation !


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