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Poésie en prose
Raoul : Quatre pages d’un bestiaire
 Publié le 17/01/18  -  9 commentaires  -  2865 caractères  -  116 lectures    Autres textes du même auteur

« Cheval : le seul animal dans lequel on puisse planter des clous. » J. Renard


Quatre pages d’un bestiaire



Patiente

On l’avait oubliée, celle-là.
Claquemurée dans sa boîte à camembert de diamètre quatorze, Patiente n’attendait qu’un interstice d’ouverture hasardeux pour se hisser haut, sauter bas, glisser dehors et jouer les filles de l’air.
Cela faisait longtemps qu’elle était embastillée sous l’étiquette d’un Président moulé à la louche dont l’homo sapiens sapiens se pourlèche…
Elle s’était nourrie – c’est beaucoup dire pour si peu – des restes solidifiés du coin du rond de sa cellule. Elle arrivait au bout des miettes de miettes. Si elle avait été emprisonnée dans un carré de l’est, tout aurait été bien différent, même de climat. Dans l’emballage d’un caprice, on lui aurait tout pardonné, mais là !…


Un asticot de pomme

Dans la pomme, en reptation il circule.
Sous la peau rouge, comme un wagonnet de mauvaise mine, sa progression est mystérieuse dans le charnu de l’obscurité. Il s’empiffre, il s’empâte l’épicurien qui randonne ; ses yeux tombent dans le sucré. Le drone de sa manducation fait vibrer le fruit, la branche, la feuille et l’arbre même.
Il ne suit ni pictogrammes ni flèche, c’est en têtu que son crâne d’obus l’entraîne dans la chute métabolique de sa pomme. Peut-être alors, qu’une autre poire ferait l’affaire.

Et l’on croit que l’oiseau goûte à la pomme… C’est la tête qu’il vise !


L’araignée

Qu’elle soit grande comme ça ou minuscule, l’animal est effrayant car son sourire est carnassier et que ses dents ne tiennent pas toutes dans sa gueule.
D’ailleurs, elle mord comme une acharnée, même son mari après les braises fumantes de l’amour.
Ses pattes nombreuses, velues, musclées, escaladent les cols en transportant une tête peuplée d’yeux ainsi qu’un abdomen rebondi avec une grande dextérité dans le déploiement du savoir-faire acrobatique.
Elle tricote, crochète et tend entre les rameaux ou les herbes, des fils, des brins, des ficelles où elle se risque à marcher, enjambant le vide. Ses entrelacs sont autant de pièges pour la rosée, les insectes myopes, les coléoptères distraits ; ils finissent tous en un instant crus, dans le plus simple appareil digestif et déglutis sans condiments.
Son prénom, c’est Vorace !


Le Sardinosaure

Le Sardinosaure est un animal endémique des territoires sud de l’OuLiPo. Furtif, il n’a été observé qu’une unique fois par le distrait Monsieur Jacques R. qui ne disposait pas des appareils nécessaires aux croquis photographiques. On ne peut donc que le croire sur parole, ou sur écrit.
D’une taille moyenne – au moins grande comme ça – il serait à écailles telle la Caillourse ou la Caipirhana et serait de la famille des aquatiques terrestres terriens. Il est à noter que l’expérience que fut cette découverte en entraîna bien d’autres.


 
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   Mokhtar   
31/12/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
De toute évidence, l’auteure vient ici cherchez des avis pour améliorer son écriture. Cela me saute aux yeux, moi non plus.

Dans l’art du bestiaire, qui compte ses spécialistes éminents, nous avons ici probablement une émule de Jacques Roubaud. Le nouveau venu qui ferait ici une recherche sur le mot « sardinosaure » tomberait sur un atelier d’écriture du même nom. Et sur une série de textes humoristiques et savoureux décrivant des animaux composites, fruits malencontreux d’une orgie sur l’arche de Noé, et dont les noms sont propres à carboniser n’importe quel traitement de texte. Initiée en septembre 2014, cette suite loufoque mais très spirituelle a égayé mes loisirs de fin d’année.

Patiente. Je vois en elle une mouche désasticotée, « embastillée sous l’étiquette d’un Président moulé à la louche ». J’en ai vu naître d’autres cette année, pas forcément fines mouches. Qui à défaut de « coin du rond », auront à résoudre le problème de la quadrature du cercle dans les quatre coins de l’hexagone.
Camembert, carré de l’Est ou caprice…Pourquoi pas ? Mais connaissant les affinités du diptère pour les bêtes à cornes, on aurait pu lui offrir l’hospitalité d’une boîte de « la vache hilare ».

« Mangez des pommes ! ». Conseil suivi à la lettre par ce manducateur prédateur de ces bonnes poires que sont les naïves reinettes. Les jardins d’Éden sont en Normandie.

Ma préférée, c’est Vorace. La description de son physique et de ses mœurs me ravit, tant le style raffiné fleurit de trouvailles et d’images savoureuses. On a ici le point fort de ce texte, le plus « écrit ».

Bon moment que celui passé à déguster cet essai réussi, qui ne demande que petits frères.

   Brume   
6/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour

Je n'arrive pas à discerner qui est cette Patiente. Est-ce une mouche?
J'ai lu avec un profond ennui. Franchement la vie de ces bestioles n'a rien de passionnante. Vous n'ajoutez rien de plus ce que l'on sait déjà. À part peut-être le Sardinosaure à la limite qui sort du lot.
Exemple l'araignée, pouvez-vous m'expliquer l'intérêt de reprendre les descriptions du type documentaire animalier?
J'aurais lu un magazine sur la nature, ok votre prose sur l'araignée et l'asticot de pommes (beurk) que vous avez rendu tout mignons, m'aurait intéressée parce que c'est simple, bien décrit. Quand à Patiente, sa vie est si bof que...j'aurais sauté la page. Mais en poésie il est mieux d'ajouter plus de sel, un petit plus.
Il n'y a que le Sardinosaure qui est intéressant, vous m'avez emmenée ailleurs, j'aime bien son côté décalé.

Sur la forme. Belle écriture, belles formulations, rythme fluide, les impressions visuelles viennent très facilement à l'esprit. Tout est clair, limpide. Même si le narrateur n'a pas réussi à me le transmettre, le ton employé montre qu'il est assez passionné; dans la retenue bien sûr.

   Gemini   
18/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Petit précis d'éthologie poétique.

Moi aussi, je trouve cette Patiente bien étrange. Son histoire l'est moins avec l'embastillement par un président ! c'est royal !.

L'asticot de pomme m'a fait penser à un Tex Avery où un animal trouvant une pomme l'ouvre en deux, découvre un ver, et l'avale en jettant la pomme. Les allusions à Guillaume Tell et Newton sont chouettes. Je me suis demandé s'il n'y avait pas de rapport entre la poire et le fromage (du dessus).

Bon jeu de mots sur acharnée / arachnée, et je trouve qu'il est bien d'avoir évité le mot toile. Par contre, peut-être eut-il été possible de jouer avec soie (entre-soi) ?

Enfin, le sardinosaure. Tizef vous aurait salué bien bas.
Petit hommage à Roubaud et ses croisements plus improbables les uns que les autres.

A vous relire.

   kreivi   
18/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Salut Raoul
votre bestiaire s'étoffe. Bien. On attendait une suite... comme pour le concombre masqué
ou le Génie des alpages.
Patiente est et reste patiente, emmitouflée dans son camembert.
l'asticot de pomme est une délicieuse créature... on en mangerait. sauf qu'on mange des vers mais pas des asticots (comme ceux du Cuirassé Potemkine).
L'araignée est notre compagne porte-bonheur et une merveilleuse architecte de l'impossible (La soie d'araignée est 6 fois plus résistante que le kevlar)
Quand au sardinosaure (le correcteur souligne en rouge) il est sans doute sorti des Meidosems de Michaux
J'adore.

   plumette   
18/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Raoul,

Plaisir de retrouver de nouvelles propositions pour ce casting!

j'aime spécialement l'asticot et j'ai un petit faible pour "patiente"

dans la fluidité de vos portraits, j'ai buté sur le que de la première phrase de l'araignée: car....que - est-ce bien correct?

Le sardinosaure est pour les initiés et me semble un peu perdu dans cette série.

j'en veux encore!


Plumette

   hersen   
18/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Raoul,

Je m' disais, y a un truc qui me manque, c'est quoi ? Ah oui, je viens de comprendre, un petit bestiaire pour se remettre en forme.

De la mouche dans sa boîte à camembert au Sardinosaure en passant par le tricotage de l'araignée, j'ai bien souri tout du long.

Mais avec sa mauvaise mine de wagonnet qui circule, la pomme m'a carrément fait rire, de ce rire qui n'éclate pas, de ce rire de petit moment personnel à savourer quelque chose qui fait grand bien !

Merci Raoul ! (la flèche c'est pour ta pomme)

   Pouet   
18/1/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bjr,

Et oui toujours un plaisir de lire ces bestiaires déjantés.

Humour et une certaine virtuosité de l'écriture sont là pour nous divertir et nous happer.

J'ai pour ma part un petit faible pour Patiente, le Sardinosaure m'étant légèrement passé au-dessus de la boîte.

Au plaisir.

   EricD   
21/1/2018
Cet ensemble se place sous le patronage du plus attachant des ironistes, pour lequel j'ai une affection particulière, et les morceaux 2 et 3 rappellent tout particulièrement les "Histoires naturelles" de Renard.
Le dernier morceau, quant à lui, consiste en une sorte de plaisant hommage au mouvement oulipien.
Je ne peux donc qu'aimer sans réserve l'humour décalé et le sens de l’observation délivrés par ses textes..

   Anonyme   
22/1/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément
Un pur régal !

Rien à redire, on découvre les petites bêtes avec le plaisir de la surprise de toutes ces petites trouvailles pour en parler, trouvailles qui laissent quand même toujours de la place à l’imagination du lecteur , ça c’est fort et très poétique.

Ça me fait penser à une ‘série’ intitulée : « Minuscule », à voir (https://www.youtube.com/watch?v=5Fn5OGThIjc).

Merci pour le partage et à vous relire.


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