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Poésie contemporaine
Raoul : Une fabrique
 Publié le 24/04/13  -  8 commentaires  -  2628 caractères  -  358 lectures    Autres textes du même auteur


Une fabrique



Dans cette "ville" à la campagne
le charme décharné s'acharne
à étoiler la toile où règne
une araignée, qui du matin,
chagrin, au soir espoir, tisse à
la brume.

Entre les fils qu'elle ravaude
on voit,
dessus le lit de l'un des bras,
passer des silhouettes à vélo
en petits groupes de taiseux
sur l'arche du pont suspendu.

Et par-dessus tout ce silence,
oublieux des matins potages,
ficellent
un bleu de chauffe ou un velours
pour le travail à la fabrique.

Machine,
envasée comme une épave, au
creux d'un de ses bras qui dort
elle respire, à peine encore,
mais fumerolle au ras du sol
ça geint
tout le temps qu'on est au chagrin.

Quand enfumé le temps s'acharne,
à étoiler un bagne où règne
une araignée qui le matin
chagrine,
le temps s'étire à l'embouchure
et se contracte à la pointeuse
de la Révolution indus'
trieuse
du bon calibre qui se range
dans cet "À mi-chemin de la
cage au cachot (où) la langue
française a cageot" qu'en péniche
on envoie
jusqu'où il pleut ce qu'on écluse
tout en attendant que la lune,
aux cargos montre son derrière.

On corne.




----------------
*"À mi-chemin de la cage au cachot la langue française a cageot, simple caissette à claire-voie vouée au transport de ces fruits qui de la moindre suffocation font à coup sûr une maladie."
Francis Ponge


 
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   socque   
8/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah oui ! J'aime beaucoup ce rythme cahotant, cette ambiance très ouvrière "lutte des classes", je trouve, installée en quelques mots : la fabrique, les bleus de chauffe, les silhouettes à vélo, la pointeuse, et dans tout ça l'araignée qui tisse et retisse, qui piège tout ce monde... Très bien vu, pour moi, ce leitmotiv de la toile, du chagrin à qui on n'échappe pas.
Et le rythme, il m'évoque un moteur qui crachote, les machines-outils cognant, grognant, cherchant à attraper les doigts égarés : très approprié, pour moi.
En même temps, il y a je trouve tout un côté décalé où, malgré tout, on échappe à la fatalité. C'est vraiment beau, pour moi, cette citation de Francis Ponge enchâssée, cette ouverture sur la Lune ; j'y lis de la dérision et aussi l'affirmation qu'on ne réduit pas l'humain à sa fonction, qu'il trouve toujours le moyen de dévoyer la machine. Et ça, à mon avis, c'est vachement poétique.

   brabant   
24/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Raoul,


Ah, Francis Ponge, le Maître (injustement méconnu) du poème en prose ! Merci de nous en faire souvenir ici Raoul, dès que j'ai lu le mot "cageot" je me suis vu confirmé dans mon impression "Bien sûr ! Une atmosphère à la Ponge !", je vais m'en aller rechercher ce poème :)

Mais il est bien d'avoir choisi ici la forme contemporaine pour ne pas faire doublon avec le Maître.

Je vois une certaine dérision dans cette ""ville" à la campagne" où l'araignée elle-même tisse la toile du ghetto, et beaucoup de pessimisme, d'accablement. La poésie prend pleinement ses droits à la fin, alors qu'après les "taiseux" du matin (qui m'avaient un peu fait tiquer car renvoyant à une autre thématique tandis que j'avais pleinement acquiescé aux "matins potages" bien trouvés) vous en venez à ce "bon calibre qui se range/dans cet "A mi-chemin de la cage au cageot (ou) la langue française a cageot". La pirouette finale est sublime : Ah ! Pisser du haut d'une péniche tandis que la lune montre son derrière aux cargos !

Oui ! Cornons !

Et n'insistez pas, Raoul, si je me suis trompé, ceci est ma fin et pour moi, c'est du miel :))))))))))))

   tchouang   
24/4/2013
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
bonjour. formellement très joli et harmonieux, les mots se balancent bien et coulent naturellement. on reconnait les formes de la prosodie classique arrangées d'une manière contemporaine. le problème, je trouve, c'est l'absence de prise de risques, le thème très conventionnel à la queneau / prévert ... les photos en noir et blanc de doisneau ... alors oui c'est de la belle ouvrage, mais personnellement ce n'est pas ce que j'attends de la poésie.

   rosebud   
26/4/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Par paresse sans doute je n'ai jamais commenté notre techno-poète Raoul, bien qu'à chaque fois je reste ébahi par l'inventivité du bricoleur de génie qui me fait penser à Paul Dirac par exemple, qui savait dompter les mathématique en jonglant avec des concepts harmonieux.
La petite araignée que l'on connaît si bien devient ravissante du matin au soir; elle fait beaucoup plus que ce qu'on l'en croyait capable.
Et les "matins potages" quand "ficellent [comme le boeuf du même nom] un bleu de chauffe ou un velours" - j'en reste baba!
Et puis, savoir qu'enfin la lune puisse montrer son derrière aux cargos qui cornent, je ne m'en lasse pas.

Voilà enfin un poème qui rend heureux de le lire. Ça change!
Merci infiniment, Raoul.

   David   
26/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Raoul,

Le poème me plait bien, cette approche qui me semble statufier l'animé et au contraire faire vivre l'inanimé, sans pour autant plonger dans une abstraction impersonnelle : la "ville, la fabrique, sont des personnages. La ville serait la toile et la fabrique serait l'araignée, les "bras", uniques parmi d'autres, des vers 9 et 20 seraient sans doute les âmes de ce tableau. C'est aussi très musicale, le retour du premier passage m'a surpris agréablement, comme un retour de rengaine, un refus du dialogue pour juste ce qu'il est avec ce qu'il dit, mais un peu aussi avec ce qu'il fait. Je le retrouve à la fin ce petit plaisir, le mot "cargo" comme "corne" semblent aussi s'échapper d'une citation de Ponge, avec leur petit air de liberté.

   fugu   
26/4/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Juste un petit com pour dire que j'ai beaucoup aimé ce poème.
ça à l'air désarticulé mais pourtant on visualise très bien l'ensemble comme sur une photo d'antan noir et blanc qui aurait été déchirée puis rescotchée grossièrement.
Vraiment bien fagoté ce poème.

   Rathur   
28/4/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je trouve le titre magnifique. Il revigore les interprétations de “fabrique”. Le littéral : l'espace de production où l'individu Taylorisé, Fordisé, accompagne le produit ; le figuré : la fabrique intérieure, ou la “défabrique” au profit de tiers. Une transformation en pièces sur la chaine. Il fleure bon encore la guinguette, avant l'orage.

Je pense à Fernand Léger, à Chaplin dans ses engrenages, mais aussi à la sortie des ouvriers de l'usine Lumière à Lyon. Une des premières mécaniques de l'images. Principalement des femmes.

La syncope des images et des idées mises en place ici fonctionnent en symbiose avec l'univers soulevé. Soulevé comme on soulève le couvercle du composteur pour voir comment çà travaille. Une décomposition qui régénère. Il faut être optimiste. Le monde capitaliste ne sait pas s'arrêter et courre a sa perte. Il a déjà été perdu x fois, on a remis x fois le moribond sur ses rails absurdes. Sommes nous capables de fonctionner autrement ?
La logique rentable se déploie en tendant sa toile, mais l'humain toujours, créé ses dérivatifs, à la Tatti. Broyé la plupart du temps.
C'est pas très clair ce que je dis, mais je suis enthousiasmé.

Comme le dernier mot qui t'a servi-était-ponge (cf accessoire de salle de bain façon B.Lapointe) je me permet de renvoyer à ces humeurs mécaniquement oniriques :

Le morceau de viande

Chaque morceau de viande est une sorte d'usine, moulins et pressoirs à sang.
Tubulures, hauts fourneaux, cuves y voisinent avec les marteaux-pilons, les coussins de graisse.
La vapeur y jaillit, bouillante. Des feux sombres ou clairs rougeoient.
Des ruisseaux à ciel ouvert charrient des scories avec le fiel.
Et tout cela refroidit lentement à la nuit, à la mort.
Aussitôt, sinon la rouille, du moins d'autres réactions chimiques se produisent, qui dégagent des odeurs pestilentielles.

Francis Ponge
“Le parti pris des choses” ed. Poésie/Gallimard 1999 p.64

   Meaban   
3/5/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Ah Nom de Dieu !

voilà mon impression aux nombreuses lectures de ce texte, que je cherchais a commenter autrement

Raoul on a la même fibre, le fond me touche parce qu’il explose ma sensibilité en mille éclats de vers

les gerbes d'une ville bombardée, le hululement des sirènes une beauté noire et grandiose a la fois


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