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Poésie contemporaine
SaintEmoi : Pendant la messe
 Publié le 06/04/17  -  4 commentaires  -  2722 caractères  -  86 lectures    Autres textes du même auteur

Pendant que certains imaginent un dieu, je m'imagine une étreinte, à moins que je m'en souvienne, je ne sais plus…


Pendant la messe



L’aube déjà passée avait repris mon âme,
Et les tintements clairs de l’angélus sonnaient ;
Les fidèles marchaient comme une armée malade
Et mes vitres tremblaient des talons qui claquaient.

Je fermais la fenêtre d’une laïque rage,
Découvrant au passage ma nudité complète,
Alors que la pudeur m’imposait cet usage
De me vêtir le soir dans des fibres coquettes.

Je sautais vers le lit par un geste d’athlète
Recouvrant mes oreilles comme les mécréants,
Regrettant sur le champ ma folle pirouette,
L’alcool et sa nausée du matin m’assaillant.

Je sentais près de moi, me croyant plutôt seul,
Une chaleur de femme se cachant sous les draps,
Tirant la couette à elle en hurlant « au voleur ! »
Alors que moi aussi je hurlais : « Je suis chez moi ! »

Je vis que son regard parcourait l’alentour,
Avec au fond de l’œil cette incrédulité,
Qui habille parfois, au plus triste des jours,
Les remords contraints des vertus mutilées.

Elle mirait mon visage cherchant dans sa mémoire
Le chemin parcouru dans cette nuit brumeuse ;
Je contemplais le sien espérant entrevoir
Au moins le souvenir d’une noce oublieuse.

Nous étions sur le dos, chacun son oreiller,
La couette jusqu’au cou et le visage blême,
Et je ne saurais dire si je fus le premier
À me sortir des draps quel qu’en soit le dilemme…

Debout, tout près du lit, très humblement vêtus,
Nous cherchions maladroits quelques fibres textiles,
Que nous avions jetées d’une fougue ingénue
Sur les marches ébranlées d’un escalier nubile.

Tandis que revenait, animant mon émoi,
L’étrange souvenir d’une alcoolique étreinte,
Elle rougissait aussi et, s’approchant de moi,
M’embrassa doucement sans risquer une plainte.

Nous avons rejoué tous ces moments perdus,
Ces câlins échoués sous le vent de l’ivresse,
Ces mots évaporés, ces gestes entendus,
Nos deux peaux enivrées de conscientes caresses.

Enlacés et tranquilles, nous tenions le silence,
Laissant d’autres langages investir cet instant,
Païenne communion aux psaumes de nos sens,
Liturgie hérétique des amours militants.

Haletants, épuisés, nos coudes à la fenêtre,
Nous reprenions des forces, quitte à recommencer ;
En bas, les gens du livre marchaient comme un seul être,
Arpentant le chemin de son pas cadencé.

Au soir de ce dimanche nous nous sommes quittés,
Son cou brûlait encore des brasiers de l’enfer ;
Depuis, après la messe, j’aime les contempler
De ma fameuse alcôve, imitant Lucifer !


 
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   Proseuse   
12/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour,

Je parierais bien sur un auteur, et je dirai l' heure venue, si j' ai gagné ce pari !
en attendant, c' est un réel bonheur que de lire vos vers
La foi, est une bien belle chose , quand chacun se plait à honorer la sienne !
J' ai juste adoré ce poème coquin !
Merci et à bientôt de vous relire !

   dom1   
20/3/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'aime beaucoup cette façon de " contourner " les règles qui d'ailleurs n'en sont pas de la pensée commune.
On s'y délecte avec talent.

domi

   papipoete   
6/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour SaintEmoi,
Votre poème colle bien à votre nom, et malgré les vôtres un rien païens, pendant ce temps de bonnes âmes priaient pour l'absolution des péchés véniels, que commettaient des amants au creux d'un lit blanc . Si l'angélus au-dehors tintait, il ne vous appelait pas à la prière, mais peut-être sonnait-il la pause entre 2 rounds d'amour ?
NB ce récit épique d'une folle nuit est fatiguant tant l'ardeur que tous-deux mettent dans l'accomplissement de leur programme, jamais ne faiblit !
De beaux vers tel " païenne communion aux psaumes de nos sens " émaillent cette fresque dont la longueur me semble un peu excessive ; mais les yeux vous lisent jusqu'au bout, pour le plaisir ...

   PIZZICATO   
6/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé la narration de ce souvenir chaud aux vapeurs d'alcool, qui revient chaque dimanche à l'heure de la messe.

" Tirant la couette à elle en hurlant « au voleur ! »
Alors que moi aussi je hurlais : « Je suis chez moi ! » génial !

"d’un escalier nubile." J'ai mal perçu le sens de cette image.


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