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Poésie en prose
SQUEEN : Gazouillis
 Publié le 18/04/26  -  9 commentaires  -  1781 caractères  -  105 lectures    Autres textes du même auteur

Vacarme…


Gazouillis



Écoute :

Le murmure gronde.
Le murmure monte.
Le murmure monde.

Il n’y a jamais trop de monde voilà ce que le murmure nous dit.

Le murmure clame : il n’y a plus de printemps.
Le murmure vocifère : trop de monde, trop de monde. Il y a trop de monde.
Le murmure décide : il n’y a plus de saison !
Le murmure tranche : qu’on les mette dehors. (Dehors d’où ? Dehors d’où je viens ?)
Le murmure s’amplifie : il est sombre, il est mauvais, il a oublié la forêt, il n’entend plus que les Hommes.
Les Hommes murmurent mal : ils ont oublié la forêt, les océans. Les Hommes ne pleurent plus, ils ont oublié les larmes. Ils sont au-delà des larmes.

Ils se regardent et ils murmurent.
Ils se dressent et ils murmurent.
Ils s’assoient et ils murmurent.

Tu t’attendrais à un hurlement.
Oui, c’est sûr, au minimum, là, il faudrait un hurlement.
Mais non : des murmures, toujours des murmures, seulement des murmures.

Une idée : peut-être, oui ; oui, peut-être que tous les murmures, agglomérés, mélangés, agglutinés, empilés, ces milliards de murmures murmurés de par le monde feraient un tel tintamarre qu’ils créeraient un cri ; sans doute petit au commencement, mais ce petit cri grandirait et finirait en clameur bouleversante, en vacarme tonitruant, en hurlement assourdissant, en explosion d’intelligence.
Et peut-être qu’alors, on se rendrait compte qu’il n’y a jamais, jamais, trop de Monde.

Moi, en attendant, je compte les insectes sur mon pare-brise.
Et dans le grand silence inhumain de ce printemps,
je pleure doucement avec les hirondelles.

Écoute.

Le foisonnement des murmures n’a jamais fait le printemps.


 
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   Polza   
18/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je vois que ce poème attend sagement son premier commentaire alors qu’il est en EL depuis 6 jours déjà !

J’avoue qu’en commençant ma lecture, en voyant tous ces murmures (murmurent), je me suis dit que ma lecture allait être ennuyeuse et que ce n’était pas bien original. Encore un énième poème sur la déclinaison d’un mot, ai-je bêtement pensé…

Quel imbécile aurais-je été de ne pas poursuivre mon voyage jusqu’au bout de la nuit !

J’ai adoré !

Pour la forme, je vous signale 2 petites fautes, mais ce n’est vraiment pas cela que j’ai retenu dans votre magnifique poème.

« ils ont oubliés la forêt, les océans. Les Hommes ne pleurent plus, ils ont oubliés les larmes. » Ils ont oublié…

« de part le monde »

Académie française, dire, ne pas dire :

« La locution prépositive de par a encore son sens premier « de la part de », « au nom de », dans des formules figées comme de par le roi, de par la loi, de par la Constitution, de par la justice. Mais, en dehors de ces cas et de la forme de par le monde, il est préférable de ne pas employer cette locution en lieu et place de formes comme par, du fait de, grâce à, étant donné, etc. »

L’exergue en forme d’oxymore avec murmure est très judicieux, je trouve.

Le titre « Gazouillis » également, en opposition avec le murmure gronde, monte, monde…

Écoute, printemps, gazouillis, hirondelles, un cri, petit, grandirait… un enfant se cache peut-être dans son poème qui laisserait alors la possibilité d’une double interprétation (ou triple ou autant que l’on souhaite).

« je pleure doucement avec les hirondelles. » ce pourrait être l’histoire d’une femme qui a perdu l’enfant qu’elle portait en sa chair et qui pleure avec les hirondelles qui ont perdu l’enfant, elles ne l’ont pas apporté…

Oui je sais, je vais un peu loin dans mon raisonnement, mais ce n’est pas si incohérent que cela, je crois !

Après, le texte peut laisser suggérer d’autres interprétations.

Vacarme… Bombes… Guerre.

Gazouillis…Gazaouis.

« qu’on les mettent dehors. (dehors d’où ? Dehors d’où je viens ?) » chassés de leur propre patrie…

« en hurlement assourdissant, en explosion d’intelligence. » parce que c’est bête la guerre pour ne pas employer un euphémisme…

« Le murmure s’amplifie : il est sombre, il est mauvais, il a oublié la forêt, il n’entend plus que les Hommes.
Les Hommes murmurent mal : ils ont oubliés (sic) la forêt, les océans. Les Hommes ne pleurent plus, ils ont oubliés (sic) les larmes. Ils sont au-delà des larmes. »

peut-être que dans ce passage, il aurait fallu faire un lien plus clair entre « il a oublié la forêt » et « ils ont oubliés (sic) la forêt », que le lecteur soit sûr que la répétition est voulue et non une faute d’inattention de l’auteur (autrice). Genre : « Eux aussi, ils ont oublié la forêt ».

« Et peut-être qu’alors, on se rendrait compte qu’il n’y a jamais, jamais, trop de Monde. » parce qu’il y a de la place pour tout le monde en ce monde…

« Et dans le grand silence inhumain de ce printemps,
je pleure doucement avec les hirondelles. » l’empathie et la tristesse du narrateur ou de la narratrice de constater le grand silence inhumain de ce printemps…

Je ne vais pas vous donner une troisième interprétation possible, voire une quatrième, mais j’ai bien aimé que ce poème ait plusieurs niveaux de lectures selon le ressenti du lecteur, de la lectrice…

« Le foisonnement des murmures n’a jamais fait le printemps. »

J’ai pensé à l’inverse en lisant cette phrase, j’ai pensé à cette citation que l’on attribue à Pablo Neruda (je me méfie toujours des citations glanées sur Internet quand je ne les ai pas moi-même lues dans un livre), « Podrán cortar todas las flores, pero no podrán detener la primavera »…

Quoi qu’il en soit, c’est un texte très fort et poétique qui mérite plus qu’un commentaire en EL à mon avis !

Édition

Je voulais le dire en EL et j’ai oublié !

En partant sur ma deuxième interprétation de votre poème, j’ai pensé à Yasmina Khadra et ses romans.

Peut-être que les hirondelles m’ont inconsciemment fait penser à « Les hirondelles de Kaboul »…

   Passant75   
13/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Le poème explore la voix collective à travers le murmure et la relation de l’homme avec la nature. Cette voix se fait prégnante avec des images intenses, mais le texte souffre, selon moi, d’un excès de répétitions, « murmure » et « trop de monde » reviennent trop souvent, ce qui alourdit le poème et risque de fatiguer le lecteur.

La syntaxe et la ponctuation, avec des phrases souvent longues, peuvent rendre certains passages pas très faciles à suivre.

Cela étant, le poème réussit à créer un climat méditatif, voire mélancolique, qui souligne la solitude de l’individu face aux murmures du collectif. Et, pour renforcer plus encore cette solitude, le texte, parodiant un célèbre proverbe, remplace « une hirondelle » par « Le foisonnement des murmures n’a jamais fait le printemps ».

Au final, le poème présente un potentiel expressif réel, il aurait pu être allégé pour que son rythme et ses images soient plus encore percutants.

   papipoete   
18/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
bonjour SQUEEN
- quoi, qu'est-ce que tu dis ?
- rien, je pensais !
- mais, dis-le fort !
- non, je me parle ; je m'entend
- mais personne n'entend !
Le monde murmure, comme pour agglomérer un kilo, une tonne de murmure, qui deviendrait Tocsin aux oreilles de ceux qui prennent les décisions, en hurlant, en tuant le murmure de ceux qui pleurent.
NB un peu comme le Boléro de Ravel, le murmure se lève, monte et éclate aux oreilles des sourds, et retombe dans un grand plouf.
Les grandes gueules peuvent dormir tranquilles ; demain, du haut d'une tribune ou face à des caméras, on entendra ces ténors nouveaux rois du monde, qui n'entendent pas...car ils ne veulent pas écouter...
L'idée est intéressante, car je voudrais bien voir ce que donnent des milliers, des millions de chuchotements en même temps.
à combien de décibels monterait ce bruit ?
Mais personnellement, si je n'aime pas ceux qui hurlent, vocifèrent, je n'aime pas non plus celui qui a peur, n'ose pas et murmure dans son coin.
Mon passage préféré est celui qui dit
- Une idée...trop de monde

   Myndie   
18/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Squeen,

Votre poème est tout entier bâti sur un paradoxe ; il s'annonce léger comme la plume (déjà par son titre) et puis non, il nous plonge, non sans ironie, dans une réalité écologique et géopolique culpabilisante et qui fait le cœur lourd.
Je vois dans la répétition du mot « murmure » autre chose qu'une anaphore ; c'est surtout pour moi la répétition du son ur, comme dans « hurlements » aussi, qui crée un sentiment d'oppression et ajoute un poids supplémentaire aux constats et à la douloureuse évidence d'une responsabilité de l'humain.
Le contraste est frappant entre la faiblesse des sons( les murmures, le « grand silence inhumain ») et la virulence de la solution évoquée, l'«idée » :
« tintamarre », «  vacarme tonitruant, (en) hurlement assourdissant ».
L'idée de faire d'un gazouillis à peine audible un véritable cri de rébellion est excellente mais si j'avais une critique à formuler, ce serait ici :
« tous les murmures, agglomérés, mélangés, agglutinés, empilés »; la superfétation est vaine ; ici, elle tue l'adjectif.

Mon passage préféré est celui-ci :
« Moi, en attendant, je compte les insectes sur mon pare-brise.
Et dans le grand silence inhumain de ce printemps, :
je pleure doucement avec les hirondelles.
Écoute.
Le foisonnement des murmures n’a jamais fait le printemps. »
pour la poésie et l'émotion qu'il contient.
J'ai trouvé votre texte puissant, aussi foisonnant que ses murmures.

   Mokhtar   
19/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Coup de cœur pour ce poème dont la forme originale capte immédiatement l’attention. Son style me fait penser irrésistiblement aux chansons d’Alain Souchon, lui qui sait, avec sa nostalgie inquiète et ses « petits mots », évoquer avec une lucidité désarmante les blessures de notre condition moderne. Et jouer la légèreté pour atteindre la profondeur.

L’image poignante du « pleur d’hirondelles », affamées par manque d’insectes, condense à elle seule tout le drame écologique en amont, que le poème dénonce.

Quant à la litanie « ils se regardent… ils se dressent… ils s’assoient », elle dit fort bien l’impuissance d’une opinion qui pourrait être salvatrice, mais demeure figée, inopérante, sans prise sur le réel. On ne saurait être plus pessimiste, plus résigné, plus découragé…

Je ne suis pas certain d’avoir compris les allusions au « monde ». L’auteur veut-il contester l’argument de « surpopulation » avancé par certains écologistes ? Ou bien ce besoin de « monde » serait-il un appel à multiplier les « murmurants » pour augmenter l’intensité du cri collectif ?

Quoi qu’il en soit, tant par sa forme que par son fond, j’ai trouvé ce texte agréablement stimulant.

   Provencao   
20/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour SQUEEN,

"Ils se regardent et ils murmurent.
Ils se dressent et ils murmurent.
Ils s’assoient et ils murmurent."

Belle vibration en ces vers qui m' emportent vers cette vérité griffonnée vers l'écoute.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Lariviere   
20/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Squeen,

Wow, qu'est ce que j'ai aimé ce poème !

Je trouve déjà la thématique intéressante. Personnellement ce murmure que l'on peut aussi appeler rumeur est la voix inquiétante, décomplexée et amplifiée de la masse silencieuse, cette petite voix sans filtre, souvent hystérique, irrationnelle, qui est capable du pire et de bien de choses affreuses dans l'histoire de l'humanité.

J'ai adoré le traitement. Les prises de liberté stylistique. Le lyrisme qui se dégage étrangement de cette écriture qui sonne parfois comme une litanie modernisée. La fantaisie du ton et des images. La réflexion sous-jacente. Et ce retour à une certaine naïveté poétique, comme le calme qui survient après la tempête, dans la partie qui conclue et qui est rédigé dans un retour à une structure poétique où les vers et le propos redeviennent plus doux et conventionnel.

Ce choix de traitement pour la fin renforce encore la cohérence du titre et de l'ensemble.

Bravo pour ce texte !

Merci pour la lecture et bonne continuation !

   SQUEEN   
25/4/2026

   Kirax   
29/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J'ai du mal à mettre des mots dessus, mais ce poème en prose m'a assez bien plu et assez bien touché.
Il a une douce énergie, comme un cri qui se libère. Il en émane quelque chose.

Plutôt que de dire ce qui m'a plu, je vais plutôt dire ce qui ne m'a pas déplu : il y a certes à l'intérieur une grande phrase, longue.

Mais elle ne m'a pas du tout choquée. Si la poésie en prose peut se rapprocher du texte à déclamer sur scène, les variations de ton, de rythme et de longueur sont de véritables atouts.

Et de plus, dans cette proposition, le contraste entre le murmure inaudible et le bruit tonitruant du monde des Hommes trouve un écho dans le contraste entre les phrases longues et les phrases courtes. Ce n'est donc absolument pas un défaut pour moi.

Merci pour ce moment de lecture.

Cordialement


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