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Poésie en prose
troupi : "Les racines du ciel"
 Publié le 03/03/14  -  8 commentaires  -  2508 caractères  -  120 lectures    Autres textes du même auteur

Les racines du ciel ; c'est le nom que leur donna Romain Gary dans son roman avec lequel il obtint le prix Goncourt en 1956. Je lui emprunte ce titre.
Raconter leur histoire n'appartient pas aux hommes. Ils en savent si peu. Pourtant il faut en parler car protéger ce fabuleux animal participerait de leur grandeur.


"Les racines du ciel"



Bien avant que le père du père de Lucy songe à se redresser, un peuple de géants gravait pour sa survie dans le bush africain l'empreinte de ses pas.

Du fond des millénaires ils sont de leurs pays l'ampleur et la sagesse.

Le soleil de midi qui efface les ombres ne les atteint même pas. Sous sa lumière jaune ils aiment se noyer dans des bals de poussière entre vertige et transparence.
Leur peau de parchemin s'imprime à jamais de la couleur du sol. Qu'elle soit blanche ou rouge, la terre où ils sont nés les aime et les protège.
Leur vie est un parcours écrit dans leur mémoire, il remonte aux anciens qu'ils retrouvent parfois : cavernes d'os blanchis que le temps n'atteint plus, effleurés lentement d'une trompe adoucie en un geste "au-revoir" jusqu'au prochain passage.

La matriarche, mère et grand-mère du clan, durant sa longue vie précédera les siens.

Les conduira.

Puis un jour posera son empreinte affaiblie, et son œil ne pouvant plus regarder demain elle se tournera vers une de ses sœurs : transmettra son pouvoir l'espace d'un regard dans la nuit africaine bruissante de murmures.

Aux premières lueurs, sortilèges enfuis, il ne restera plus qu'un guide écroulé, et les petits, inquiets, d'une trompe timide voudront la réveiller.
Conscients du voyage sans bornes où songe désormais le pilier de leur vie, les autres hésiteront longtemps. Ils n'auront pas de larmes mais de leur corps immense – tristesse et désarroi – semblera s'évader une aura de terreur face au vide insondable.

Soudain l'élue d'hier choisira une route, entraînant à sa suite la troupe ébranlée, elle saura trouver le point d'eau, l'herbe verte, les baobabs juteux que la défense perce et les arbres feuillus que le front couchera.

Le deuil, déjà inscrit au cœur de sa mémoire comme une pierre blanche, marquera le début de son autorité. Le clan l'approuvera en suivant l'immuable parcours des éléphants d'Afrique.

Leur force est un silence de longues réflexions.

Pouvoir les approcher ébranle nos savoirs, réduit nos certitudes à de pâles idées…
Quand le dernier géant ira se suicider dans le pan d'Etosha l'immense continent aura perdu un roi.

Les peuples pleureront.

Et le royaume ira, vacillant, traînant son désespoir…
La disparition de ce géant restera – cicatrice dans l'histoire de l'humanité errante – une funeste erreur.






 
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   Robot   
3/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Elle est très belle cette prose qui rappelle la genèse des géants africains et le risque de leur disparition. On sent percer dans la rédaction un réel sentiment d’affection pour cette vie africaine si menacée.
Une inquiétude et une nostalgie qui essaie de rappeler l'humanité à son devoir de respect et de protection pour ce qui a été avant elle et qui devrait mériter sinon de lui survivre, au moins de poursuivre le chemin ensemble.
Je viens ajouter à mon commentaire:
c'est vrai, en lisant ce qu'en pensent d'autres intervenants que terminer sur "Et le royaume ira, vacillant, traînant son désespoir…" aurait été la meilleure des conclusions.

   Anonyme   
24/2/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'aime le titre et l'incipit de ce texte.
Bien sûr, la frontière est fine, si fine entre poésie et récit. En cours de lecture, je me suis demandée si je lisais de la poésie.
Le propos est intéressant.
Le début de cette prose jusqu'à : "transmettra son pouvoir l'espace d'un regard dans la nuit africaine bruissante de murmures." me plait beaucoup, tant pour le fond que la forme.

Ensuite la lecture devient moins aisée, le paragraphe :
"Aux premières lueurs, sortilèges enfuis, il ne restera plus qu'un guide écroulé, et les petits, inquiets, d'une trompe timide voudront la réveiller.
Conscients du voyage sans bornes où songe désormais le pilier de leur vie, les autres hésiteront longtemps. Ils n'auront pas de larmes mais de leur corps immense – tristesse et désarroi – semblera s'évader une aura de terreur face au vide insondable."
est moins fluide autant à l'oreille qu'au cerveau.

Ensuite la prose retrouve à mes yeux sa grâce.

L'auteur a choisi d'évoquer l'homme en fin de texte. je le conçois puisque la disparition progressive des éléphants est en grande partie de son fait, mais la phrase :
"Les peuples pleureront"
outre l'allitération que l'on peut ne pas trop aimer, me semble un vœu pieu pas forcément indispensable.

Éclaircie

   Anonyme   
3/3/2014
Prose ou poésie ?
Les deux mon capitaine.

La mise en page est celle de la prose et la fluidité du texte est sans concession.
Mais le rythme, qui emprunte souvent à la majesté de l'alexandrin, est sans discussion celui d'un poème. Il évoque à merveille la noblesse de ces pachydermes.
« ils sont de leurs pays l'ampleur et la sagesse. »
Les images sont aussi celles de la poésie
« Sous sa lumière jaune ils aiment se noyer dans des bals de poussière entre vertige et transparence. »

A mon goût, tu aurais pu faire l'économie de la dernière phrase, prosaîque et moralisante.

Mais elle n'altère en rien le plaisir que m'a procuré ce voyage au pays des « racines du ciel »

Merci Troupi et bravo

   Alexandre   
4/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour troupi. Coïncidence, je me suis replongé depuis quelques jours dans ce bouquin de Romain Gary qui nous ramène au Tchad des années 50. Gary était un précurseur de l'écologie et son fameux Morel a toujours eu ma sympathie. Au début des années 60 les éléphants étaient nombreux au Tchad jusqu'à en voir aux portes de Fort-Lamy. Les guerres civiles successives, le braconnage et le trafic d'ivoire ont eu en grande partie raison de ces troupeaux que j'ai rencontrés bien souvent à l'époque. Partant de là vous comprendrez que j 'attendais votre poème avec impatience.
Je sens à travers ces lignes que, tout comme moi, vous aimez ces "racines du ciel". Toutefois je ne suis pas d'accord avec le terme "bush", employé il est vrai en Afrique du sud mais surtout en Australie. Le mot "brousse" convient mieux en cette partie du monde. Ensuite, au soleil de midi l'éléphant se met à l'ombre dans la mesure du possible. Enfin, les cimetières d'éléphants (ici les cavernes d'os blanchis) sont une légende... Quand ce pachyderme meurt de vieillesse, ce qui est malheureusement de plus en plus rare, il ne choisit pas vraiment le lieu pourvu qu'il y ait un point d'eau à proximité. Par contre on a constaté que dans certains cas la harde veillait un moment la dépouille du trépassé... Je vous remercie pour ce rappel à la dure réalité d'une vie d'éléphants africains condamnés à disparaitre à plus ou moins brève échéance par la faute de son unique prédateur, l'homme...
Hors ces quelques remarques j'ai bien aimé ce texte qui ramène à l'essentiel.

   leni   
3/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Troupi

Ta prose flirte avec l'alexandrin L'écriture est fluide et imagée Ton écrit a une âme Et comme souvent une phrase amène ton lecteur à la réflexion:
Leur force est un silence de longues réflexions.

Pouvoir les approcher ébranle nos savoirs, réduit nos certitudes à de pâles idées…

Pour moi aussi ta dernière phrase est inutile
Bravo Troupi

   senglar   
3/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Troupi,


Vous allez rire (ou pas) Troupi, mais après avoir mal lu l'incipit j'ai lu votre texte en pensant que vous vous référiez aux aborigènes, géants parmi les peuples premiers, jusqu'à la dernière phrase : "La disparition de ce géant..." où je me suis dit : '''Mais, les natifs d'Australie n'ont pas disparu !'''

Encore que... On n'ait pas fait grand-chose pour empêcher cela ou plutôt on ait tout fait fait pour cela.

Bon, ceci dit, j'ai rencontré ici un lyrisme d'une rare envergure, sans fausses notes, et je me suis dit que les débuts de l'humanité ont vraiment dû ressembler à cela, matriarche ou déesse-mère comprise(s). Poème AUTHENTIQUE d'une rare intensité, poignant et LYRIQUE.

"Les racines du ciel" : A lire absolument pour ceux qui auraient perdu les leurs.

Pour un même berceau à chacun ses cimetières...

Bravo Troupi !


brabant

   Aveta   
3/3/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Authentique, juste, paisible, intemporel comme ce magnifique animal à qui vous avez rendu un magnifique hommage.

   Anonyme   
11/6/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Troupi

Bon je vais relever cette image qui me perturbe:

"Sous sa lumière jaune ils aiment se noyer dans des bals de poussière entre vertige et transparence."

"jaune" est de trop, le lecteur connait la couleur du soleil de midi en Afrique.

"entre vertige et transparence" je ne saisie pas à quoi sont associées ces images mais une chose est sûr; sur ce que je viens de lire rien n'est "transparence", au contraire, c'est pourpre, c'est rougeoyant, c'est la lumière, c'est des géants.

attention aux répétitions dans la même phrase: "Regarder/regard", rien que sur ce passage que je trouve trop long d'ailleurs malgré les ponctuations:

"Puis un jour posera son empreinte affaiblie, et son œil ne pouvant plus regarder demain elle se tournera vers une de ses sœurs : transmettra son pouvoir l'espace d'un regard dans la nuit africaine bruissante de murmures."

ainsi que:

"La matriarche, mère et grand-mère du clan, "

"Matriarche du clan" aurait suffit, je pense qu'il est inutile de préciser "mère et grand-mère" c'est de trop.

Et j'ai un petit doute sur cette phrase:

"Le deuil, déjà inscrit au cœur de sa mémoire comme une pierre blanche"

je connais l'expression "marquer d'une pierre blanche"

mais là "comme une pierre blanche" me pose question.

Vraiment c'est une très belle histoire, la vie des éléphants comme si j'y étais, un animal majestueux à la force tranquille.
vous n'êtes pas dans le descriptif, leur univers, le décor, l'historique me font voyager et cette émotion que je ressens à travers votre plume, vous y mettez de la passion.
je ne peux imaginer un monde sans vie animal et comme vous le dites si bien: Les peuples pleureront.


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