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Chansons et Slams
wancyrs : Les z'oubliés
 Publié le 06/01/21  -  12 commentaires  -  5660 caractères  -  129 lectures    Autres textes du même auteur

À la mémoire des soldats étrangers – plus précisément les tirailleurs sénégalais – morts à la guerre 14-18. (Slam !)


Les z'oubliés



https://wancyrs.cw.center/mes-sons/


Il y avait des hommes ...... dans des tranchées
Entassés pêle-mêle ...... sur des planchers
Glacés
D’horreur
Glacés
De peur
Pris au piège dans des ...... caniveaux
Soldats de plomb voués ...... à l’échafaud,
Étrangers à cette guerre ...... d’étrangers
Venus se faire trancher
À la baïonnette
Pour la soif étanchée
Des malhonnêtes
Colons
Colocataires de leurs terres
Exploité-e-s.


C’étaient des hommes tranchés ...... par balles
Projectiles de chairs ...... noires
Dans la ...... blanche neige
Blanc, maculé de ...... rouge,
Sang nègre
Morts pour ...... la République
Morts pour ...... l’arrêt public de leur vie privée
Leur vie bafouée
Leurs enfants délaissés
Leurs femmes abandonnées
Leurs patries oubliées
Partis en hiver pour des ...... tranchées enneigées
Pour se faire ...... geler ;
Courant sur place
Les pieds gelés
N’osant crier
La bouche gelée
Voulant pleurer, mais
Les larmes gelées,
Sillons sur leur visage
Figé !

Figés de raideurs cadavériques
La mort leur allait ...... si bien
Et ils tombaient ...... si bien
Dans les tranchées enneigées, ou
Sur le peloton d’exécution
Fusillés pour ...... sédition
Après avoir attaché à leur cou
Un écriteau avec la mention ...... traître
Traître et,

Déserteur ;

Pourtant recrutés pour ...... aider
Aider à verser leur ... sang ...... noir
Afin de préserver un peu de ...... sang blanc.

Puis on leur disait comme ça :
Vous êtes des frères d’arme !
Sans aucune gêne,
Vous êtes des frères d’arme !
Et c’était censé leur remonter le moral,
Et ces insensés voulaient leur remonter le moral
Comme on remonte le mécanisme ... d’un soldat de plomb
Avant de l’envoyer se prendre une balle ... au front.

C’étaient des ...... hommes-tranchées
Viandes de sandwiches ...... franco-allemands
Pigeons d’argiles aux ailes ...... de froid figées
Mais devant voler plus vite qu’une rafale de M50
Pas étonnant qu’ils soient absents à l’armistice
Absents des mausolées
Absents des mots désolés
Immolés et ...... oubliés
Ce n’étaient que des boucliers
Ce n’étaient que des boucs liés depuis l’Afrique
Parfois amadoués
Parfois emmenés de force
Saucissonnés et
Jetés en pâture au froid
Jetés en pâture à l’effroi
Mal chaussés
Mal habillés
Malhabiles tireurs ;
Tirailleurs qu’on les appelait
Tir ailleurs était un bien beau qualificatif, car
Ils n’avaient même pas tiré un coup de fusil
Avant leur recrutement et leur départ en exil...
Puis on les appelait « La force Noire »
Noir comme le sort qui les attendait
Ils sont tombés mil quatre cents en un jour
Ils sont tombés six mille en trois jours
Ils en ont broyé du Noir,
Ces Allemands

Ils en ont broyé du Noir,
Ces Français


Et à la fin de la guerre,
Il n'en restait plus aucun,
Dont on put écrire le nom
Sur une stèle

Et à la fin de la guerre,
Il n'en restait plus aucun,
Dont on put écrire le nom
Sur un monument commémoratif

Même si des tombeaux de Blancs
Étaient remplis de cadavres noirs,


Même si des tombeaux de Blancs
Étaient remplis ...... de cadavres noirs,


Même si des tombeaux de Blancs
Étaient remplis ...... de cadavres noirs…



Décembre 2020


 
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   Eclaircie   
24/12/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Un slam engagé.
La mise en forme ainsi présentée est plutôt déconcertante. j'imagine qu'elle vient appuyer la déclamation.
Bien sûr le titre évoque les Zouaves ( même s'ils n'étaient pas originaires du même pays).
Le rythme est assez évident à trouver, à "slamer".

Un sujet, la première guerre mondiale, tragique, encore plus par l'enrôlement de troupes issues des colonies et pour lesquelles peu de reconnaissance a été témoignée.

Merci du partage,
Éclaircie

   papipoete   
6/1/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
chansons et slams
Sur la neige blanche, ils se voyaient mieux que le vert de gris de l'ennemi au bout de la ligne de mire ; mire qu'ils n'avaient jamais visée ces noirs africains, boches dont ils ignoraient leur pays ( au nord du leur... ) C'étaient nos frères d'arme, pas le temps de broyer du noir, on les tirait sans les louper d'en face ; on les tirait au poteau d'infamie...enfin ils n'auraient plus les pieds gelés.
C'étaient nos frères d'arme, du noir sur du blanc, du rouge au pantalon garance...
NB des lignes si dures à lire ; des silhouettes incrustées dans le regard ; des cris étouffés par la bise ; quel prix à payer depuis que le noir de peau vit sur Terre !
je voudrais que ce texte si fort paraisse, parce qu'il est si remarquable, mais aussi pour entendre ( si j'ai bien compris ) la musique qui l'accompagne !
ça fait mal et du bien en même temps de lire un tel éloge à l'homme, différent !
papipoète en lecture aveugle le 21 décembre 2020
aujourd'hui, j'entends la bande-son, mais ne m'en voulez pas cher " cousin canadien " , je n'aime guère le ton ! Je vous l'avais dit lors d'une chronique chrétienne, où vous parliez à tous nos frères de la Terre ; de telles paroles purent être lues par Malraux accueillant Jean Moulin au Panthéon !

   Donaldo75   
28/12/2020
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour,

Ce poème est long, puissant, et va au-delà du slam à mon goût même si je ne réfute pas du tout ce qu'annonce l'exergue. D'aucuns pourraient le trouver surchargé, moi je le trouve riche. Le thème n'est pas anodin ni trivial, il s'agit de dénoncer et de ne surtout pas oublier ces tirailleurs sénégalais venus mourir en Europe pour une guerre décidée par des aristocrates peu soucieux de la vie humaine. L'horreur de la guerre est mise en avant car quelle que soit la couleur de la peau cette guerre a été inhumaine, inutile, juste la preuve que les dirigeants de l'époque considéraient le peuple comme de la piétaille, de la chair à canon, des poupées de sang juste bonnes à envoyer au front pour montrer à l'autre, l'aristocrate avec qui il se sont fâchés, les puissants avec qui ils veulent se mesurer, qu'ils ont des muscles et des munitions. Et ces tirailleurs sénégalais ont fait partie du lot de sacrifiés puis ont été oubliés, rayés de l'Histoire, parce que ces mêmes dirigeants en ont décidé ainsi, pour des raisons culturelles, le racisme, la colonisation, l'impérialisme j'en passe et des plus veules. Je ne tiens pas à rédiger un mémoire de sciences politiques sur le sujet - j'ai déjà donné sur une autre guerre mondiale - mais ce slam, ce poème, cet écrit vaut l'effort de lecture parce qu'il nous enfonce dans la tête des vérités pas forcément évidentes ou difficiles à entendre. Et même pour les érudits, celles et ceux qui savent déjà tout ça, ce poème conserve de l'intérêt.

Je vais peut-être sembler exagérer mais j'ai beaucoup aimé ce poème. Est-il parfait ? Je m'en fous et je laisse à d'autre la critique de la forme qui détaillerait son imperfection. A-t-il une tonalité ? Oui, sans conteste. Plus tonal que ça, tu meurs, dirait mon grand-père. A-t-il une couleur ? A l'évidence, la réponse est oui et cette couleur est le noir. Noir comme la peau de ces tirailleurs sénégalais, noir comme la poudre à canon, noir comme l'âme des puissants et des égoïstes qui ont envoyé à la mort des millions de jeunes gens.

Bravo !

   Luz   
6/1/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour wancyrs,

C'est un poème, une chanson particulièrement forte.
Je ne sais que rajouter après le commentaire de Donaldo75 auquel j’adhère entièrement.
La poésie, peut-être, car elle est présente bien évidemment avec toute sa dureté :
"C’étaient des hommes tranchés ...... par balles
Projectiles de chairs ...... noires
Dans la ...... blanche neige
Blanc, maculé de ...... rouge,
Sang nègre
Morts pour ...... la République"

Poème tragique, dit sans violence, pour que cesse un jour l'exploitation et la guerre.
Bravo et merci.

Luz

   hersen   
6/1/2021
Bonjour Wancyrs,
En principe, je ne te commente plus car ça finit toujours en eau de boudin :)))) Mais contente de te revoir parmi nous !
J'ai sous les yeux un poème dont on peut dire qu'il est fort, très certainement, et ce qui est important, c'est d'être avant tout honnête là-dessus.
Alors, d'une certaine façon, un grand bravo pour avoir su évoluer si bien dans cette horreur de soldats qui n'avaient rien à faire là, ce qui est je crois ton propos principal ici, parce qu'ils venaient d'un autre continent.
Et je suis d'accord. Ils n'avaient rien à faire là.
Mais quelque part, je suis troublée qu'après toute ces décennies on en soit encore à discerner tel ou tel groupe, ethnie, chacun peut l'appeler comme il veut et que finalement, ce n'est pas la guerre qui est combattue ici dans son concept, mais un groupe de soldats particulier.
Parce que l'horreur, elle a été pour tous, et que je pense que nous devrions maintenant être unis sur ce point, que l'Africain qui déboule dans une guerre ne le concernant pas n'est pas mieux loti, bien sûr, que le gars au fin fond de la Creuse, dans sa ferme, qui va lui aussi voir sa vie chamboulée, et aussi les siens, et aussi ses "camarades" de tranchée. Quand tu es rouge sang et gris boue, au fond de ces couloirs enterrés, quelle est la couleur de l'humanité ?
Je ne le sais toujours pas.

Et l'Africain ayant combattu pour les Blancs et le gars de la Creuse qu'on a arraché à sa terre, à mon avis, ils sont comme deux frères.
Se reconnaissent comme tels.
Et clairement, n'ont pas eu à lire Camus pour apprendre le mot "absurde" : ils l'ont vécu.

   Corto   
7/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Voici à nouveau un récit glaçant de la première guerre mondiale dans ce qu'elle a eu de plus horrible, de plus cynique. Tout cela à une époque où aller chercher des renforts en hommes dans les colonies faisait apparemment partie des mœurs.
L'horreur était partout et cela a été souvent décrit. Ce poème rend hommage aux Africains victimes de ce système.

Comme déjà dit plus haut des hommes de nos campagnes françaises ont été tout aussi injustement victimes du comportement des généraux: voir l'histoire du landais Vincent Moulia qui s'échappa juste avant d'être fusillé "pour l'exemple" (il avait été choisi au hasard pour "faire le nombre réglementaire") et se cacha près de son village natal après avoir traversé clandestinement la France du nord au sud. Il dut ensuite franchir la frontière espagnole pour échapper aux gendarmes.

Horreur et cynisme. Tout a été dit, écrit, la mémoire se trouve relancée par ce beau et tragique poème.
C'est un détail: Je n'ai pas vraiment trouvé de plus-value à la version orale.

   Robot   
6/1/2021
Bonjour Wan,

Je suis partagé sur ce slam entre la forme et le fond.

Sur la forme, je déclame un récit bien construit dont les coupures indiquées par les espaces permettent de donner le rythme oral. Beaucoup d'images fortes apportent une densité au récit. De ce point de vue l'ouvrage est réussi et efficace.

Sur le fond je suis beaucoup moins en accord. Je trouve que le récit a comme parti-pris de choisir quels sont les bons morts. Il y aurait ceux qui ont eu une "bonne" mort, les blancs et ceux qui ont eu une mauvaise "mort" les noirs. Une mort ethnique en somme dont la valeur serait basée sur la couleur de la peau.

Je pense que l'erreur est de ne pas avoir saisi l'universalité de ces morts inutiles, africains ou métropolitains. Puisqu'on est sur une appréciation en fonction des couleurs je remarque que sont omis les morts du Maghreb (bronzé) et d'Indochine (jaune).
Et pourquoi singulièrement les Sénégalais ? Les noirs des Antilles et de La Réunion ils sont "mieux" morts que d'autres ?
Et les noirs des USA et Canadiens qui sont morts maltraités dans les forêts du Jura par leurs propres commandements quel niveau de cotation faut-il attribuer à leur mort ?

Par exemple, un passage comme celui-ci me heurte par sa volonté de faire différence:

Aider à verser leur ... sang ...... noir
Afin de préserver un peu de ...... sang blanc.

Que je sache le sang des hommes est universellement rouge.

Comme je n'aime pas non plus les six derniers vers qui jouent sur la différence de couleurs des cadavres.

Un mot aussi sur le titre "z'oubliés" qui me fait penser au langage prêté par Hergé aux africains de langue française dans la version initiale de "coke en stock". Pour le coup celà m'apparaît vraiment comme un impair.

Si je comprends l'intention mémorielle, je trouve le regard historique biaisé, tendancieux. Ainsi l'ostracisme littéraire de ce récit rejoint l'ostracisme ethnique qu'il veut dénoncer.

Partagé entre la forme et le fond je préfère ne pas noter.

   dream   
7/1/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Comment synthétiser, en quelques minutes seulement, l’enrôlement des tirailleurs sénégalais dans cette abomination planétaire qui a duré quatre ans, dont les non-dits, comme les dénis, réactivent aujourd’hui, fractures et polémiques ? En racontant l'histoire de son point de vue, l’auteur prend le contre-pied d’une tragédie historique qui jusque-là reflétait d'abord le regard de l'Europe colonisatrice.

Combattants africains engagés volontaires ou enrôlés dans les rangs de l’armée française, les tirailleurs sénégalais ont été de tous les combats, du conflit de 1870 contre la Prusse à la guerre d’Algérie achevée en 1962. "On sait que ces « soldats noirs » étaient plus de 200 000 hommes lors de la Première guerre mondiale, 150 000 pour la seconde et 60 000 en Indochine".

Dieu ! Que d’émotion dans ce très beau poème ! Quelle souffrance dans cette évocation !

Un Grand Bravo à l’auteur !

NB. Ne me secouez pas… je suis plein de larmes.
dream

   wancyrs   
6/1/2021
Un forum est ouvert ICI

   Vincendix   
7/1/2021
Bel hommage aux soldats Africains morts pour la France, mon grand-père qui avait « fait » Verdun parlait souvent du courage des tirailleurs, cet homme que je n’avais jamais vu pleurer avait les yeux humides quand il les évoquait.
Ceci dit, je ne suis pas vraiment d’accord pour dire qu’ils sont oubliés, plusieurs monuments les honorent et c’est mérité.
Peut-être oubliés d’une certaine classe comme le sont les victimes de la guerre d’Algérie, les 25 000 jeunes Français NON volontaires et les innombrables Algériens, des deux côtés.

Je m’abstiens de noter tout en reconnaissant la qualité de l’écriture.
Vincent

   Raoul   
9/1/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir,
J'arrive un peu tard...

Voici un texte extrêmement nécessaire, quand on voit ce qu'on voit et qu'on entend ce qu'on entend, par les temps qui courent.
Très beau poème au phrasé particulier, scandé comme une chanson douce pour évoquer et embrasser la douleur de ceux qui, comme l'écrivait Joffre étaient là pour "servir" « Il faut y aller avec tous [les] moyens et ne pas ménager le sang noir, pour conserver un peu de blanc » de chair à canon...
Le rythme est très prenant, les progressiosn et glissements sonores font avancer les images et le propos comme par accident, c'est un procédé bien adapté, je trouve. Les images sont parlantes et bien trouvées, elles évoquent cette guerre d'une façon inhabituelle, "sentie" et sensible. Perso, ça m'a rappelé les photos en relief sur plaques de verre qu'on regardait dans des sortes de jumelles en bois.
Je dirais, si je voulais chipoter, que certaines tournures sont un peu maladroites ( ex. 'sur' le peloton d'éxécution).
Malgré cela, le poème se tient, et le ton qui se veut candide pour parler de l'inimaginable parvient tout à fait à ses fins.
Superbe et (trop) rare.
Merci pour ce superbe texte habité !

   Angieblue   
20/1/2021
 a aimé ce texte 
Passionnément
Waooouh! ça m'a fait penser à "L'affiche rouge" d'Aragon.
Entre autres ce passage:
"Ils sont tombés mil quatre cents en un jour
Ils sont tombés six mille en trois jours"


Mon sang s'est retourné! Ce rythme, cette puissance d'évocation, ce jeu sur les mots, ce visuel qui retrace les tranchées...!

Et puis le jeu sur les oppositions, les répétitions...:

blanc/noir

"courir...les pieds gelés

N'osant crier...la bouche gelée

Voulant pleurer...les larmes gelées"

"se prendre une balle...au front" (puissant le double sens!)

"hommes-tranchée" (puissant!)

"boucliers...bouc liés" (Idem)

"Même si des tombeaux de Blancs
Étaient remplis de cadavres noirs,"
(puissant et déchirant)

C'est explosif et ça prend aux tripes!
Oui, tu vomis tes tripes, mais ça claque, c'est construit, maîtrisé et il y a de la technique, des procédés stylistiques!

On se prend une sacrée secousse! ça transpire de révolte! ça palpite!

Je suis retournée mais très impressionnée!
T'es un chaman de la plume, toi!


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