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Poésie en prose
wancyrs : Pestiféré
 Publié le 08/01/19  -  17 commentaires  -  2231 caractères  -  241 lectures    Autres textes du même auteur

On éprouve de la honte à être heureux seul. (Albert Camus)


Pestiféré



Pestiféré, toi mon frère
Qui comme moi demandes asile sur ces terres
Arides
Où les âmes s’emmurent à double tour
Dans des tours de glace aux parois lisses
Où glissent les appels de détresses,
Signaux de fumée de cris étouffés
Par la surdité des peurs de manquer.

Pestiféré, toi mon frère
Qui comme moi, hier
Couvert de bubons hideux
Aux portes de l’oasis, après le désert
Aujourd’hui le pied-à-terre te repousse à la mer
Pour protéger un lopin d’illusion,
Sentiment de sécurité funambule
Qui avance, raide, sur le fil fragile.

« Qu’il soit en règle ! » que je me dis
Moi l’immigrant, fils de migrant clandestin
Sachant bien que les hyènes ne partagent pas leur butin.
« Qu’il soit en règle ! » que je m’écrie,
Moi le nègre, fils de nègre,
Esclave en sursis à qui on a brisé les chaînes
Pour mieux l’enchaîner
De cupidité
D’avidité
De rigidité cadavérique,
Quand de vivre c’est devoir partager.

Pestiféré, toi mon frère que je snobe ; les litanies ancestrales déchantent quand le cerveau reptilien oublie les refrains jadis déclamés, mû par ce réflexe de protecteur qu’il sait si bien user…
Alors je laisse planer à ton égard des présomptions de profit, moi, locataire en ces terres où les bailleurs de fonds font et défont les destinées, bête de somme qui en somme tourne autour du puits à irriguer, actionnant le mécanisme qui rentabilise la confiance mise en elle :
Marché de dupes magnanimités
Traite politiquement correcte d’affamés de survie…

Pestiféré, toi mon frère
Qui pleures des torrents de suppliques dont la réplique c’est des regards obliques, tournés vers des crachoirs de luxe pour exhaler l’infect mépris du prochain, musique du maître qu’on danse pour s’enivrer de surdité :
Valse de parvenus
Salve de charognes
Ballets de pieds-plats encanaillés qui piétinent la misère jadis leur.

Pestiféré, toi mon frère que je toise du haut de ma liberté conditionnelle, oubliant que pestiféré je fus, je suis et resterai en ce monde où la condition de notre naissance détermine la courbe de notre existence…


 
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   Queribus   
18/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Une écriture originale avec une suite de vers libres suivie de deux paragraphes en prose suivis eux-mêmes d'une ligne en guise de conclusion:j'ai trouvé le procédé très habile et efficace; le texte me semble quand même un peu long et aurait pu, peut-être, être raccourci un peu. Le tout se dilue au fil d'une belle écriture avec cette expression qui revient régulièrement: Pestiféré toi, mon frère.

Quant à fonds, celui-ci apparait d'emblée et ne nécessite pas plusieurs relectures; le message est clair et bien entendu d'actualité.

En conclusion, j'ai trouvé votre texte plutôt réussi et je l'ai lu avec beaucoup de plaisir.

   Corto   
19/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Aïe ! tous les xénophobes vont vraiment souffrir.
Ce chant rythmé du refrain "Pestiféré, toi mon frère" est sans concession pour toutes les belles âmes qui "s’emmurent à double tour Dans des tours de glace aux parois lisses".

Albert Camus j'imagine aurait apprécié cette description des hypocrisies criminelles avec de remarquables images: "Moi l’immigrant, fils de migrant clandestin Sachant bien que les hyènes ne partagent pas leur butin."

On a ici un grand coup de papier de verre à passer sur ceux qui vivent "en ces terres où les bailleurs de fonds font et défont les destinées."

La qualité de ce poème qui baigne dans l'actualité est de décrire des phénomènes cruels, et d'interroger sur ce qu'est l'humanité.
Une invitation à la méditation et à l'action.

   Gabrielle   
20/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Quand nos peurs représentent un handicap...

Le sujet est très bien traité dans ce texte empreint de vérités.

Un texte qui peut déranger....

Merci à vous pour cette très belle réflexion.

Au plaisir de vous lire.

   dom1   
21/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Sujet promptement abordé avec talent et beauté.

Je pense que les phrases:

" Pestiféré, toi mon frère que je snobe ; les litanies ancestrales déchantent quand le cerveau reptilien oublie les refrains jadis déclamés, mû par ce réflexe de protecteur qu’il sait si bien user…
Alors je laisse planer à ton égard des présomptions de profit, moi, locataire en ces terres où les bailleurs de fonds font et défont les destinées, bête de somme qui en somme tourne autour du puits à irriguer, actionnant le mécanisme qui rentabilise la confiance mise en elle : "


Malmène la cohésion de l'ensemble qui avait un style que je trouve plus efficace.

Sinon, l'ensemble est fort juste.
En effet, chacun, face à cette immigration ( et émigration ) doit prendre position et ne peut rester indifférent.

Et selon sa sensibilité, son expérience, son histoire, chacun de nous est ainsi soumis à des sentiments opposés, entre lâcheté, lucidité et sensiblerie, nous naviguons ainsi, au gré de l'actualité et des images qu'elle véhicule avec plus ou moins de scepticisme.

Bravo, en tout cas, de donner ici à réfléchir et à interroger notre " égo "...

domi...

   Donaldo75   
21/12/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J’ai bien aimé ce poème. Certes, c'est parfois, surtout sur la fin, construit avec des éléments d'argumentaire, mais comment échapper à ce travers au vu du thème et de votre conviction d'auteur ? Avoir des convictions, c’est quand même aussi un des attraits de la poésie engagée.

Merci pour le partage.

   Vincente   
8/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
L'ensemble est très convaincant. D'abord par la rage déclamée dont on ne doute de la sincérité, ensuite par le propos humaniste sans concession et enfin par la plume bien déliée, efficace et inspirée.

Le parti pris de rendre chacun empathique envers les immigrants motive tout le propos. Le regard amène à comprendre que nous sommes tous des immigrés (virtuellement ou actuellement, potentiellement ou psychiquement, etc...).

La première saillie m'a emporté :
"Qui comme moi demandes asile sur ces terres
Arides
Où les âmes s’emmurent à double tour
Dans des tours de glace aux parois lisses
Où glissent les appels de détresses,
Signaux de fumée de cris étouffés
Par la surdité des peurs de manquer."

Puis de nombreuses formulations claquent :
"Aujourd’hui le pied-à-terre te repousse à la mer
Pour protéger un lopin d’illusion,
Sentiment de sécurité funambule
Qui avance, raide, sur le fil fragile."
"Esclave en sursis à qui on a brisé les chaînes
Pour mieux l’enchaîner
De cupidité
D’avidité
De rigidité cadavérique,"
"Traite politiquement correcte d’affamés de survie…"
"toi mon frère que je toise du haut de ma liberté conditionnelle"

PS : Dans l'avant-dernière strophe, plutôt que "dont la réplique c’est des regards obliques" un peu lourd, il me semblerait plus léger d'écrire "dont la réplique est des regards obliques"

   papipoete   
8/1/2019
bonjour wancyrs
" pestiféré, toi mon frère " ...on te regardera toujours de travers, on ne t'aidera pas à franchir ce gué, on te trouvera toujours " différent " !
Moi, je pourrais te toiser du haut de ma " réussite sociale ", mais la couleur de ma peau est là, qui me rappelle ce que je suis, d'où je viens !
NB même dans un pays de liberté, comme la France, il se trouvera toujours l'ordure dans la bouche, le regard pour considérer que " non blanc " est tare ; et que la cage ou les branches d'un arbre, sont le seul endroit où devrait se tenir le " noir " ( je suis poli ) !
Il y a bien des pays dont le notre, ou la paix est devenue d'un banal, que l'on ne prend garde à la peste qui gronde, qui monte avec ses relents de xénophobie, d'homophobie... mais Christiane Taubira, Teddy Riner et bien d'autres font battre nos coeurs !
Lisant " pestiféré " , je me replonge dans le film " Man to Man " et réaffirme que tous ne regardent pas le " différent de peau ", de la manière désespérante dont vous écrivez...

   FrenchKiss   
8/1/2019
Le texte est parfois confus, mais si j’ai bien compris, il semblerait qu’un migrant déjà installé et quelque peu embourgeoisé, mette en garde un de ses frères migrants de la « dernière vague », contre les risques d’y perdre son âme, comme il semble se fouetter d’avoir perdu la sienne :

- « Pestiféré, toi mon frère que je snobe ; les litanies ancestrales déchantent quand le cerveau reptilien oublie les refrains jadis déclamés, mû par ce réflexe de protecteur qu’il sait si bien user… Alors je laisse planer à ton égard des présomptions de profit… »

- « Pestiféré, toi mon frère que je toise du haut de ma liberté conditionnelle… »

- « Qu’il soit en règle ! » que je me dis Moi l’immigrant, fils de migrant clandestin


J’ai toujours entendu ma mère me dire : Ne sers jamais qui a servi », autrement dit : « ne va jamais faire le ménage chez une ancienne femme de ménage ».

De ce point de vue le texte nous fait une piqûre de rappel dans nos fesses de migrants installés : « la honte est sur toi, frère, puisqu’aujourd’hui ton âme matérielle s’éloigne de ton âme spirituelle et de tes origines. N’oublie pas ce que tu as été, ni les mains tendues sur ton passage. Ne brise pas cette chaîne du partage ou tu créeras l’enfer sur terre. » pourrais-je dire à votre suite.

Bizarrement, le ton imprécatoire enlève beaucoup de force au thème, lui retire son universalité. J’entends le narrateur comme le sorcier d’un rite fétichiste, qui tance ses compatriotes candidats à l’Europe, qui dicte sa malédiction en dégustant une grappe de raisin sur le trône damassé du repentir incarné. Ça ne m’atteint pas vraiment. Ou je fais la gueule ou je danse, mais je danse pas en faisant la gueule.

La bonne parole est louable, sa bonne communication le serait encore plus.
Le sentiment du péché, on l’inculque aux agneaux tous les dimanches matin. Quand on voit le résultat que vous dénoncez, j’espère que Dieu, plutôt que la miséricorde, viendra siffler à leurs oreilles un tourment éternel, comme les Erynies de la Mythologie. Je respecte toutes les religions, et je me crois donc autorisé à dire la mienne. Désolé, c’est pas Dieu qui va nous sauver, il sait déjà pas ce qu’il va manger à midi.

FrenchKiss
Passeur mythologique

   Pouet   
8/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Slt,

Avec beaucoup d'implication, de fougue et de vigueur, il est question de celui qui ferme les frontières après les avoir passées.

Certainement qu'il est question aussi ici de possession et de dépossession, on gagne en matériel, on perd en spirituel, en gros c'est ce que je comprends. On oublie ou on feint d'oublier. On met du baume doré sur ses plaies, on laisse sécher ses racines.

La "grandeur d'âme" ne saurait toutefois n'être qu'une question de possession matérielle.

Sur la forme, hormis la vigueur dont je parle précédemment, il y a un jeu sur les mots, la polysémie et les sonorités qui fait la part belle à la poésie.

   PIZZICATO   
8/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une critique sévère et amère contre la xénophobie et plus précisément le racicme.

L'auteur se réfère à ce que lui même à vécu. Mais peut-être que les mentalités tendent à évoluer - certes c'est encore à l'état foetal- et mieux accepter la situation.

" Esclave en sursis à qui on a brisé les chaînes
Pour mieux l’enchaîner
De cupidité
D’avidité
De rigidité cadavérique,
Quand de vivre c’est devoir partager "

Je pense que même immigré, l'homme conserve des attaches à ses racines et ses valeurs.

Un texte qui incite à la réflexion.

   BlaseSaintLuc   
8/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est cortiqué , quand les âmes de ceux qui en ont (mais est-ce le cas ?) tique sur l'absorption de corps qui crient asile !
Wancyrs avec des idées poussées et l'opinion amère sur le constat glaçant du refus des " ingrats".
Ce n'est pas dit, mais c'est pourtant une certitude , le rejet ne vient pas de tous, mais d'un groupe suffisamment fournis pour qu'il fasse poids et froid dans le dos, le groupe des xénophobes voir carrément des racistes .Peur de manquer, je ne crois pas, c'est juste de la bêtise, de l'ignorance, de l'égoïsme.

J'ai toujours du mal avec "l'esclave", je ne suis pas esclavagiste et wancyrs n'est pas esclave, ou alors nous le sommes tous.

(après vérification mes ancêtres ont tous étaient laboureur dans la région de Cholet ) mis à part un arrière grand père "caché"d'origine italienne dont je ne sais rien des ancêtres il n'a pas reconnus sa fille donc ma ma grand mère .

Oui, j'ai eu un grand-père dans la "coloniale" cassé de son grade pour avoir laissé conduire un "indigène" .

Je regrette ce que le colonialisme et l'esclavagisme, on fait comme dégâts, y suis je pour quelques choses ?

Donc c'est le présent que l'on traite, pas le passé.

Revenons au texte, moi, j'aime bien les textes politiques, les intellectuels doivent s'engager, c'est un devoir envers l'humanité.

mais le poète se blâme lui-même, il s'accuse de contamination de la bêtise des autres, "qu'il soit en règle !" se dit il. La règle de qui ?
Nous sommes tous celui qui s'accuse, espérons que la résilience nous prenne !

Je ne sais pas si c'est très "poétique" mais c'est bien pensé, bien construit et bien écris.

   emilia   
8/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
« Pestiféré, toi mon frère » : une anaphore très expressive qui interpelle en évoquant ce partage charitable et intemporel de Villon (encore lui) dans sa « Ballade des pendus », mais aussi la longue histoire de la lignée et du statut du narrateur qu’il définit comme « esclave en sursis à qui on a brisé les chaînes… » ; un chant passionné à slamer, au rythme incantatoire vibrant de sincérité où affleurent en écho les accents d’un Senghor ou Césaire… qui revendiquaient chacun leur négritude en exprimant sa vision dénonçant le colonialisme et l’exploitation, en étant cependant ouvert au dialogue des cultures et au partage de la langue avec le sentiment d’une condition humaine à défendre… ; un procédé efficace de rimes internes redoublées qui accentuent l’effet oratoire : « lisses où glissent / nègre, fils de nègre / immigrant, fils de migrant / chaînes pour mieux l’enchaîner / fonds font et défont / somme qui en somme / suppliques dont la réplique…regards obliques / valse, salve / pieds qui piétinent… » pour la forme du texte et, face à la complexité du ressenti : « toi mon frère que je snobe et toise aujourd’hui… », une sorte de mea-culpa à méditer qui interroge et dénonce le mépris de son prochain… ; merci à vous pour le partage de votre engagement…

   Provencao   
9/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bel engagement dans ce texte, où "pestiféré" prend toute sa dimension.

Votre écrit se veut à la fois pessimiste et tonique où vous vous débattez dans une sorte de sagesse, faite de critiques, de résignation et surtout de rage.


"Valse de parvenus
Salve de charognes
Ballets de pieds-plats encanaillés qui piétinent la misère jadis leur."

Ces vers devraient être neutre; mais l'homme les animent et y projettent leurs flammes et leurs démences...Ainsi naissent les points d'intolérances...qui ne révèlent le fond bestial de ces "valses".


Au plaisir de vous lire;
Cordialement

   Robot   
9/1/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte de repentance dans lequel un ancien "pestiféré" exprime ses regrets en raison de son manque de solidarité avec ses frères qui traversent aujourd'hui les épreuves que lui même a connu.

Plutôt que de rechercher d'autres coupables en dehors de ceux qui comme lui ont pu oublier d'où ils venaient, le narrateur assume sa part d'égoïsme.
C'est ce qui fait la richesse du récit.

   Brume   
9/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Wancyrs

Impossible pour moi d'en faire une analyse, tellement votre poème me parle.
Le ton est vif, en mode incantatoire. J'entends un conteur.
Il y a de la puissance dans vos vers, de la variance dans le ton, des sentiments dans l'écriture, un récit qui me crie et m'emporte.

Les émotions ici ne sont pas linéaires. Elles sont complexes, multiples, ambivalentes, ce qui est rare à lire en poésie.

Je trouve l'écriture d'une belle qualité et d'une grande force.

   Francis   
9/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une révolte que je partage ! Sur les frontons de nos maisons communes, nos ancêtres ont gravé le mot "fraternité" mais
sur nos places publiques les discours xénophobes sont de plus en plus nombreux ! Vos mots claquent et résonnent dans ce monde qui se recroqueville sur lui-même et dans lequel l’égoïsme, l'ignorance, la bêtise bafouent les bases de l'humanisme. Les fils d'immigrés( et ils sont nombreux) refusent de partager une terre qui un jour accueillit leurs aïeux. Le poète doit parfois tremper la plume dans l'encre rouge et vous l'avez bien fait.

   Gouttes-de-Vie   
2/3/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour,
Une sombre excitation, terminée par une belle autocritique. Je cite :
«Pestiféré, toi mon frère que je toise du haut de ma liberté conditionnelle, oubliant que pestiféré je fus, je suis et resterai en ce monde où la condition de notre naissance détermine la courbe de notre existence ...»


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