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Poésie libre
Yakamoz : Devenir poisson
 Publié le 17/09/26  -  9 commentaires  -  684 caractères  -  162 lectures    Autres textes du même auteur


Devenir poisson



Par une nuit blanche d’étoiles,
Le froid tranchait comme du verre
Au fond de la haute vallée.

Vêtue de neige la forêt sommeille,
Le sous-bois engourdi de givre
Souffle un silence de soie.

Elle marche sur un sentier de glace,
Mue par une force qui la submerge,
Sombre silhouette sous l’obscure clarté.

Son esprit noir épris de folie
Murmure à son oreille :
Quitte la terre, tu n’es pas à ta place.

Au creux d’une clairière, le lac
Frissonne sous un linceul de brume.

Elle quitte ses oripeaux comme on laisse une mue,
Se glisse dans l’eau glacée,
Devient poisson.


 
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   Pussicat   
17/9/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime bien
Je trouve cette poésie surréaliste rafraîchissante où une "sombre silhouette", qui est-elle, d'où vient-elle ? on ne sait pas, se déshabille, plonge dans l'eau du lac et devient poisson. Métamorphose.

Rafraîchissant, malgré quelques passages qui se décalent du fond par la forme un peu lourde comme "Elle quitte ses oripeaux" / l'oxymore "obscure clarté" trop usé.

Belles allitérations : "Le sous-bois engourdi de givre / Souffle un silence de soie."

1ère strophe : "Au fond de la haute vallée." / la
5e strophe : "Au creux d’une clairière" / une > j'aurais lu "Au creux de la clairière, le lac", mais peut-être est-ce mieux ainsi.

Edition : commentaires EL / Précision sur "Au fond de la haute vallée.", lieu identifié en opposition à "Au creux d’une clairière".

   Passant75   
7/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Une « obscure clarté » tombant d’une « nuit blanche d’étoiles », cet oxymore, emprunté à Corneille dans Le Cid, installe d’emblée un univers où les contraires se rejoignent. Beauté et inquiétude, lumière et obscurité, vie et mort s’y confondent. L’étonnante expression « esprit noir épris de folie » ajoute une autre ambiguïté, la folie est-elle subie ou désirée ?

Puis vient l’injonction, « Quitte la terre, tu n’es pas à ta place. » Mais pour aller où ? Et surtout, que signifie « devenir poisson » ? Disparaître ? Mourir ? Se libérer ? Se métamorphoser ? La « mue » suggère une renaissance, mais le poisson peut aussi évoquer une régression vers l’origine aquatique de la vie. Évolution ou retour en arrière, le poème ne tranche jamais. Que de portes ouvertes. Peut-être trop ! Ne risque-t-on pas, comme le personnage du poème, de se noyer ?

   LeChevalier   
17/9/2026
L'auteur serait-il inspiré par les légendes slaves de roussalki ? L'opéra de Dvorak a rendu ces personnages assez célèbres pour que l'hypothèse ne paraisse pas absurde.

Reste-t-il que je vois dans ce texte la description d'une profonde détresse, tellement profonde qu'elle prend la forme d'une voix, d'une force qui pousse le sujet à abandonner toutes ses habitudes, même son milieu de vie, pour tenter autre chose. Est-ce que ce serait mieux ? Rien n'est moins sûr et la fuite est rarement une solution.

D'un point de vue poétique, je vois une recherche de figures sonores qui devient facilement excessive (comme avec « esprit / épris »). C'est tout de même un texte à l'originalité valorisante.

   Provencao   
17/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Yakamoz,

Une belle poésie où toutes les vibrations sont finement évoquées.
J'ai cherché l'émotion ...mais tout est ordonné avec froideur, engourdissement et frissons qui prennent sens au fil de la lecture.

De très belles images au creux de la clairière.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   rendu   
17/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour

J'aime bien le déroulé du poème, très expressif et imagé mais je butte sur la fin, pourquoi devenir poisson
et pas sirène puisque le personnage est au féminin ?

   Cristale   
17/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Yakamoz,

Quand le corps ne demande qu'à vivre mais que l'esprit réclame la mort… Se fondre dans un univers de glace et se confondre avec les éléments jusqu'à revenir aux origines de la vie, disparaître, désir de renaître sans connaître les mêmes conditions qui ont conduit à cette décision, ce geste ultime...

J'ai trouvé l'ensemble poétique d'une écriture naturelle et musicale, qui déroule ses vers sans anicroche.

Lecture glaçante que l'image du poisson adoucit finalement.

Juste un détail pour affiner le visuel : je laisserais une majuscule uniquement au début de ce qui forme une phrase.

Triste mais beau.

   jf2   
18/9/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Je n’ai pas aimé :
Un oxymore éculé : Obscure clarté.
Des images approximatives qui ne m’ont pas fait rêver : blanche d’étoiles, marche sur un sentier de glace.
Le doublon sémantique entre Vêtue de neige la forêt sommeille et Le sous-bois engourdi de givre.
Le vers elle quitte… trop long qui casse le rythme.
Des expressions qui font un peu trop penser à des films : le style Western avec la haute vallée et Star Wars avec une force.

J’ai aimé :
Beaucoup d'images suggestives : tranchait comme du verre, vêtue de brume, engourdi de givre, silence de soie, sous un linceul de brume même si elles sont très classiques.
L’ensemble très musical, en particulier la deuxième strophe avec ses allitérations.
La pirouette de la dernière strophe qui apporte un élément rafraichissant.

Je me demande si travailler la rime et viser une autre catégorie, comme contemporain, n’améliorerait pas encore le poème.

   Polza   
17/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Après les petits zoizeaux les petits pois sont rouges, le hasard fait bien les choses !

En poésie classique, il est d’usage de commencer chaque vers par une majuscule, mais puisque vous avez opté pour de la poésie libre, vous pouviez vous affranchir de cette règle. Ce n’est pas pénalisant, mais c’est important aussi une bonne mise en page…

« Par une nuit blanche d’étoiles,

Le froid tranchait comme du verre

Au fond de la haute vallée. »

On a le lieu et le contexte, c’est joliment dit, ça me va plutôt très bien pour une entrée en matière…

« Vêtue de neige la forêt sommeille,

Le sous-bois engourdi de givre

Souffle un silence de soie. »

Vous avez évité l’écueil « Vêtue de son blanc manteau », je vous en remercie ! Cette suite est sur la même lancée que les trois premiers vers, ça me va toujours…

« Elle marche sur un sentier de glace,

Mue par une force qui la submerge,

Sombre silhouette sous l’obscure clarté. »

Arrivée du personnage principal après avoir planté le décor.
« froid/neige/givre/glace » tout est froid dans ce poème, la mort rôde…

« Son esprit noir épris de folie

Murmure à son oreille :

Quitte la terre, tu n’es pas à ta place. »

J’aime beaucoup ce passage, il y a quelque chose de très simple et de si poétique à la fois. Et puis moi, la folie, ça me parle toujours !

« Au creux d’une clairière, le lac

Frissonne sous un linceul de brume.



Elle quitte ses oripeaux comme on laisse une mue,

Se glisse dans l’eau glacée,

Devient poisson. »

On y est, le linceul est prêt, même s’il est de brume, cette fois, ma mort ne rôde plus, elle prend le temps de s’arrêter pour accomplir son œuvre !

L’ensemble m’évoque un potentiel suicide poétique très joliment et tristement écrit. Il y a un je ne sais quoi qui m’a fait penser à « La Vouivre » de Marcel Aymé dans votre poème…

J’ai également eu la sensation d’une sorte de conte philosophique, de parcours initiatique, de transmutation, elle ne meurt pas, elle devient poisson…

Peut-être dans« Sombre silhouette sous l’obscure clarté. » l’enchaînement de « Sombre » avec l’oxymore « l’obscure clarté » fait légèrement « accumulation », mais c’est un procédé dont on peut se servir en poésie, pourquoi pas…

Quoi qu’il en soit, votre poème m’a vraiment ému, ma sœur était du signe du poisson et s’appelait Delphine (Delphina en latin). Bien que les dauphins ne soient des mammifères, j’ai tendance à penser que tout ce qui nage dans l’eau est un poisson !

Ce poème m’a donc fait penser à elle, qui a quitté ses oripeaux dans un sous-bois… je peux donc vous assure que si je faisais un peu mon malin au début de mon commentaire, je le fais beaucoup moins en ayant compris l’ampleur et la force poétique de votre poème…



   Donaldo75   
19/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Salut Yakamoz,

J'ai trouvé dans ce poème un peu de gothique, l'impression que m'avait laissée une BD du magazine "A suivre" dans les années 90 mais dont je ne me souviens pas du nom. Il y a dans ces vers une narration graphique. Le champ lexical ne part pas dans des circonvolutions stylistiques qui rongeraient le sens. Il ne rentre pas non plus dans un classicisme jauni qui alourdirait le narratif. C'est cristallin, à tendance sombre.

Bravo !


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