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Laboniris
Lariviere : Fragment delta numéro 12
 Publié le 18/09/26  -  5 commentaires  -  2599 caractères  -  120 lectures    Autres textes du même auteur


Fragment delta numéro 12



Comme un pavé dans la mare. Je sue des gouttes de sang sur le miroir bombé de l’entre-soi. Gel et faïence. Explosion. Éclaboussure de fragments, érosion du quotidien sur le cours lisse et tranquille, sur le cours lisse et tranquille, et dégueulasse et resquille pacotille des sentiments, transpirant, renâclant, flottilles nauséabondes laissées dans les sillons bruns des parcours humains… Et comme en équilibre assassin, une phalange d’écœurement élargit la laideur naturelle… Légions en formation, bataillons claironnant des sourires mièvres. Paupières closes, yeux percés par les becs de lièvres des faussaires dans la suprématie dérobée de leurs rictus affreux. Routine des faits et des habitudes. Subtilisation des vrais frissons… Soliloques. Épandage faste du prévisible nourrissant éruption-frustration, cônes et bâtonnets, influx et reflux de nos cerveaux reptiliens saturés de complexes et d’espérances broyées jusqu'à l’os de leurs fondements et de leur premier souffle. L’absurde s'en mêle et s’emmêle, se pare de masques de bois et de termitières, de visages de cire, de carreaux d’azur délavés tes yeux fenêtres sales, poussières et firmament en sédiment déposé patiemment sur nos joies passées… Nos larmes ne produisent plus que des déserts de sel… Oriflammes trempées sur les eaux fortes des désillusions laquées de désirs défaits et de soies blanches devenues urticantes. C’est le terrible gong des défaites à venir. Les mots sont des cadavres exquis. Des corps décharnés, vidés de leurs substances. Néologismes et pléonasmes bouche tordue la parole des bègues. Nos cris sincères sont étouffés par le bruit et la fureur, alors nous errons, aphones, et nos regards hagards s'égarent, perdus dans l'air du temps. Ectoplasmes blafards, sans fard, sans consistance. Sous la coupe de l'ultrasensible, nos fissures profondes nous rendent humains, nos coutures uniformes nous font détestables. Une tempête de solitude, la vraie vie est ailleurs, un monde meilleur, le grand soir, qui peut y croire encore ? Marasme vert sur nos pas de damnés vidés de toute révolte. Nausée… Marée de trop… Au tourbillon des exaltés répondent les échos glacés des fureurs naissantes sur les aurores violacées, espoirs fanés, persiennes maussades des hauts-le-cœur, voilées de suffisance, déjà squelettes blanchis des lendemains. Écharpe et vapeur orange des orages ternes et des malaises suffocants. Vase happé des terrains conquis, vastes filaments rognés jusqu’aux tendons usés des nuits sans lune. C’est l’ankylose perpétuelle des jours nouveaux, poussant sur des talus de cœurs remplis de fourmis rouges…


 
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   Pussicat   
7/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Classé Laboniris, le commentaire (EL) doit prendre la mesure d'autant que la lecture est rendue difficile par la forme adoptée : le pavé. Je l'ai donc copié/collé puis aéré en blocs de 3, 4 phrases, par facilité.

Mon plaisir de lecture a commencé à la mi-temps : « Nos larmes ne produisent plus que des déserts de sel… » pour ne plus me lâcher, comme si le texte avait trouvé son rythme, sa place dans le souffle de ma voix (je lis à voix haute).

L'écho du texte résonne encore, comme quoi... Je salue l'entreprise.

   BlaseSaintLuc   
9/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ah que oui, ce texte, qui semble être le foutraque bordel d'un cerveau dérangé, est en réalité le résumé de notre réalité présente, de notre histoire en démarche, notre futur passé sans le voir !
Les malheurs de Sophie la girafe dans le monde selon Trump, il faut les lire avec des lunettes de soudeur pour ne pas se brûler les rétines.

Bravo.

   Donaldo75   
20/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lari,

Un fragment plus court que les autres ?
Ce texte me fait la même impression que les tableaux de Jérôme Bosch. Ce dernier est l'auteur d'œuvres fantastiques et symboliques, peuplées de monstres, de créatures chimériques et de visions à la fois célestes et infernales. Ici, les créatures sont les mots et les adjectifs, tantôt monstres tantôt chimères. Et les visions vont au-delà de ce que l'œil voit, de ce que le cerveau comprend, de ce que l'hémisphère gauche veut à tout prix réconcilier avec du sens.

Mon hémisphère droit aime bien, le gauche est allé dans un coffee-shop discuter de Jérome Bosch avec un brahmaniste.

   Myndie   
20/9/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Lari,

Je ne te cache pas que j'ai dû m'accrocher pour venir à bout de ce pavé qui m'a fait penser aux fameuses compressions de César. Tu nous offres un nouveau chant de révolte, un texte qui accumule les tensions jusqu'à provoquer une sorte d'hallucination ou de transe comme tu préfères.
A ce que je perçois comme une critique du conformisme de la société, du piège de la routine, voire du vide existentiel, et de l'appauvrissement du langage, il ne faut pas chercher de solution, il n'y en a pas.
Des phrases courtes et sans verbe, qui claquent comme un fouet, alternent avec des circonlocutions logorrhéiques et saccadées. Quoi qu'on puisse en penser,le rythme est maîtrisé, calculé même, de façon à entrainer le lecteur dans une spirale de panique et d'étouffement.
J'ai même eu l'impression que le texte pourrait être scandé comme un slam, ici par exemple :
« nous errons, aphones et nos regards hagards s'égarent, perdus dans l'air du temps. Ectoplasmes blafards, sans fard... »
J'ai bien aimé le mélange parfois dérangeant du minéral et du corporel:  « Je sue des gouttes de sang sur le miroir bombé de l’entre-soi. Gel et faïence. »
et l'inventivité surréaliste des formules comme :
« phalanges d'écoeurement », « talus de cœur remplis de fourmis rouges »
mais regretté que certains clichés ou images convenues affaiblissent la singularité de l'ensemble :
(« le bruit et la fureur », « la vraie vie est ailleurs », « le grand soir »).

Au final, je peux dire qu'entre la puissance visuelle, la prose cadencée et la force du réquisitoire, j'ai trouvé mon compte dans ton texte baroque et son rythme effréné.

   Cyrill   
22/9/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Lari.
Le nouveau Fragment est arrivé ! Encore un de haute volée. L’atmosphère est sombre et toujours très puissamment suggestive. J’y vois une vision critique et désabusée de la condition humaine marquée par la routine, la fausseté des sentiments. Solitude et désillusion sont notre lot. L’image du « pavé dans la mare » annonce une rupture d’avec un quotidien aseptisé et hypocrite. C’est un pavé à double titre. Peut-être parce qu’un peu plus court que les précédents, je n’ai pas éprouvé de difficulté à cette présentation resserrée, je l’ai trouvée au contraire très adéquate, elle correspond à un sentiment d’urgence. Le texte joue beaucoup avec des contrastes forts, le vocabulaire est très imagé et souvent dur, cassant. Au point qu’on en éprouve une sensation de malaise. Le rythme est inquiet, les phrases courtes et les accumulations, que j’aime particulièrement, en témoignent. À lire et à relire, on y trouvera toujours de nouvelles significations.
Bravo et merci pour le partage.


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