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Sentimental/Romanesque
Absolue : Sous le prunier en fleurs
 Publié le 20/05/17  -  12 commentaires  -  4639 caractères  -  76 lectures    Autres textes du même auteur

L'histoire d'amour entre deux habitants de la baie d'Ha Long.


Sous le prunier en fleurs


Dans la baie d'Ha Long, Wan Ho Chi lance son filet dans l'eau. Aujourd'hui c'est son jour de repos. L'air est chaud et humide en ce mois de juillet et des gouttelettes perlent sur son front. Quelques jonques remplies de touristes glissent près de lui, rares en cette période de pluie. Rêveur, il les suit des yeux quelques instants. Cela fait plusieurs années maintenant qu'il s'est installé au bord d'un des îlots verdoyants de la baie, dans cette petite maison sur pilotis, auprès de sa femme puis de ses six enfants.


Li Woo… Il repense à leurs rendez-vous secrets sous le prunier en fleurs, à cette odeur de citronnelle lorsqu'il l'avait embrassée dans le cou, à ses mains jadis si douces…

Puis, instantanément, l'image de Tuyên lui apparaît. Le visage déformé par la colère, le regard fou, sa main brandissant la machette qu'elle était en train de nettoyer. Il entend encore ses cris, il revoit la robe orange qu'elle portait ce jour-là, la robe qui l'empêchait de courir trop vite, la robe qui les avait sauvés.


Une secousse dans le filet arrache Wan Ho Chi à ses pensées. Il aime ce frétillement, promesse d'un bon repas. Délicatement, il remonte le poisson.

Aujourd'hui, c'est son jour de repos. Tout à l'heure Li Woo préparera le poisson avec le safran acheté sur le marché. Peut-être aussi qu'elle aura pris de l'alcool de serpent. Peut-être alors que la nuit sera douce.


Lentement, le pêcheur reprend le chemin de l'îlot. Quelques passagers des jonques lui font de grands signes de la main. Cela fait longtemps qu'il ne leur répond plus. Il a l'impression d'être une curiosité, un animal prisonnier de toute cette étendue d'eau. Car Wan Ho Chi est un enfant de la terre, un fils d'agriculteur. Dans les montagnes de Löc Yên, il courait des heures durant, gardant les troupeaux de vaches et de cochons, récoltant le riz, la patate douce, et coupant la canne à sucre… C'est sa sœur, aînée, Tuyên, qui le lui avait montré. Il fallait couper la tige juste au-dessus du premier nœud. Tuyên tenait à le faire elle-même, avec son père et les hommes du village. C'était une femme vigoureuse et endurante, au geste précis. Lorsque la récolte était terminée, elle nettoyait soigneusement toutes les machettes.

Le regard embué, Wan Ho Chi attache sa barque au bord de la petite maison de bois. Chaque année, à la même époque, de grandes fleurs écarlates flottent à la surface de l'eau…


Doucement, il pousse la porte.

"Li Woo ?"

Il y a quelques années encore, ses enfants se seraient jetés dans ses bras, sous le regard bienveillant du moine tibétain qui les gardait. Voilà cinq ans que le petit dernier était parti. Leur vieux moine les avait quittés peu après, emportant avec lui l'odeur des herbes magiques qu'il fumait. Il avait tenu à ce qu'on disperse ses cendres dans la baie car il croyait aux vertus de la poudre d'os sur la santé des poissons. Le moine croyait en beaucoup de choses. Il avait dû quitter le temple bouddhiste où il résidait à cause de "ses idées et son comportement inadaptés à la doctrine".


De toute façon, sa vie de moine reclus ne lui convenait plus et ce fut un soulagement pour lui de partir à la découverte du monde afin d'aider son prochain de manière concrète, loin des prières contraignantes et de la vie ascétique. C'est à cette époque qu'il rencontra le jeune couple hagard, au détour d'un champ de maïs.


Un grincement de porte tire le pêcheur de sa rêverie. Il reconnaît le pas léger et furtif de Li Woo. Elle est belle encore, malgré son âge, et on devine dans ses gestes un amour toujours intact. Elle a les bras chargés d'épices. Du safran mais aussi du gingembre, du thym, du romarin, de la cannelle, de la citronnelle.


Ils sont sous le prunier en fleurs. Ils ont un secret. Ils chuchotent. La sœur de Wan Ho Chi écoute, sa machette à la main. Li Woo est enceinte. Elle porte en elle l'enfant du mari de Tuyên. Li Woo ne voulait pas. Elle s'est débattue. Elle n'a rien osé dire. Sauf à Wan Ho Chi, son ami d'enfance. Lui qui comprend tout, lui qui l'aime depuis le tout début. Tuyên sent une rage incontrôlable s'emparer d'elle. Un éclair de lumière, une lame qui siffle dans les airs, un cri. Puis une course éperdue. Le bruissement de lourdes étoffes orange qui tentent de se rapprocher, un souffle rauque, des pleurs. Ils ont dépassé le champ de maïs, quelqu'un vient à leur rencontre, un vieux moine qui connaît le secret des herbes qui soignent et le langage des enfants.


Wan Ho Chi tient Li Woo entre ses bras. Du bout des doigts, il parcourt le visage aimé, caresse la longue cicatrice sur la joue de son épouse. Dans leurs veines coule l'alcool de serpent.


 
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   socque   
24/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai le sentiment que c'est une mauvaise idée de construire sous forme de nouvelle "à chute" une histoire qui, selon moi, vaut surtout par l'ambiance, le dépaysement (pour nous Occidentaux, bien sûr) d'un conte d'amour sous le prunier en fleurs, avec le vieux bonze en baby-sitter et une onomastique exotique en diable.

Déjà, j'ai dû relire deux ou trois fois le paragraphe révélateur pour comprendre les rapports entre les différents personnages, d'autant que le beau-frère de Wan Ho Chi déboule dans l'histoire de manière complètement inattendue. C'est vrai que je suis une bille dès qu'on dépasse les trois personnages, mais quand même, je pense vraiment que vous concentrez bien trop d'informations en quelques phrases. Du coup, on change complètement de registre, c'est comme si vous aviez tenté de plaquer une esthétique BD ultra-violente sur une estampe japonaise classique : ça peut marcher, mais faut faire super attention à ce qu'on fait ; en l'occurrence, pour moi, c'est raté.

Je n'aurais pas détesté me promener dans cette vie douce des vieux amoureux menant leur vie simple sous le prunier, découvrir peu à peu le parcours de leur vie, mais votre hâte à tout balancer dans l'avant-dernier paragraphe, pour moi, gâche sérieusement les choses.

   Tadiou   
21/5/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
(Lu et commenté en EL)

Petite histoire « simple » avec une écriture légère et fluide, comme s’il s’agissait d’un reportage. Quelques jolies descriptions qui sentent bon l’exotisme.

Le lecteur est très vite appâté par la 5 ème phrase décrivant un drame.

J’ai l’impression d’un résumé, d’un texte « à l’emporte-pièce ».
Personnages à peine esquissés. Pourquoi cet adultère avec son beau-frère??? Cela semble gratuit.

Bref je reste largement sur ma faim, dénué de toute émotion.

   Thimul   
20/5/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Pas pu rentrer complètement dans cette histoire.
L'écriture est bonne mais c'est la narration qui pour moi ne colle pas tout à fait.
C'est court, vraiment très court pour que je puisse m'y installer vraiment. L'histoire a un certain potentiel, mais l'émotion n'est pas vraiment là.
Le personnage de Li Woo n'est pas assez développé ce qui fait que ce que l'on apprend à la fin tombe plutôt à plat. Pas un mot par exemple sur la peur éprouvée devant la lame, ou sur la honte probable après avoir vécu ce drame.
J'aurai vraiment aimé que vous m'attachiez plus à vos personnages en prenant le temps de me les raconter.

Une maladresse narrative je trouve : pourquoi dire au début que c'est grâce à la robe orange qu'ils ont été sauvés ? Il aurait mieux valu le réserver pour la fin.

Enfin certaines expressions me chagrinent dans le contexte :
"Peut-être aussi qu'elle aura pris de l'alcool de serpent" , Peut-être aura-t-elle pris de l'alcool de serpent conviendrait mieux.

Par contre, l'ambiance du récit est plutôt bonne ce qui d'ailleurs génère ce commentaire car je suis sorti de ce texte en ayant l'impression qu'on ne m'avait pas donné assez.

Donc, un demi merci...

   Bidis   
21/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Une écriture fort jolie et une atmosphère délicate, douce et très dépaysante. Tout cela au service d'une histoire, à mon estime (peut-être suis-je dans l'erreur), ni vraiment forte, ni même très intéressante. J'ai dû relire pour comprendre car les noms des personnages sont trop exotiques pour moi et je les confondais. Il n'y a pas vraiment d'intrigue qui eût attisé ma curiosité. Surtout, je n'ai pas trouvé de substance, ni de ressort psychologique. Je pense qu'un grand amour entre deux êtres est une chose rare dans la réalité mais banale en écriture de sorte que pour en parler, il faut presque du génie, tandis que la haine, l'évocation d'un viol demandent beaucoup de force, de puissance dans la narration. Or ici, tout est sur le même ton.
Mon évaluation oscille donc entre le "beaucoup" et le "un peu".

   vendularge   
21/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

J'aime assez cette histoire joliement contée, courte, c'est vrai mais qui dit tout de l'essentiel avec poésie. C'est ça, un texte qui a tout à fait sa place en prose poétique..

L'ensemble est délicat, pudique. On voyage un peu dans cette baie...

Merci

vendularge

   placebo   
21/5/2017
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Assez d'accord avec socque : dépaysement garanti pour moi, bonne écriture, bon potentiel, mais le texte n'avait pas besoin d'un drame ou en tout cas pas raconté de cette manière.

Bonne continuation,
placebo

   hersen   
22/5/2017
Bonjour Absolue,

Une ambiance résolument exotique intéressante.

Mais je dois dire que j'ai eu du mal à suivre l'histoire...si histoire il y a.

Je ne peux mettre le doigt sur ce que je ne comprends pas qui m'empêche d'apprécier cette ambiance.

J'espère que vous nous donnerez quelques explications.

Il me semble que je ne peux pas évaluer, car je n'aurais pas d'argument pour défendre ma note.

Merci pour cette lecture,

hersen

   Absolue   
23/5/2017

   GillesP   
26/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Je commence par ce que j'aime bien: l'aller-retour entre le présent et le passé, par petites touches successives, au gré de la rêverie du protagoniste.
Ce que j'ai moins aimé, c'est le côté trop rapide de l'histoire: pour tout dire, j'ai eu l'impression de lire plutôt un résumé d'intrigue. Au final, on ne sait pas grand chose des personnages, ce qui m'a empêché d'éprouver autant d'empathie pour eux que je ne l'aurais voulu.
Au plaisir de vous relire.
GillesP

   stony   
26/5/2017
Le problème, dans ce texte, c'est que vous y cumulez plusieurs obstacles pour le lecteur :

1. Des flash-back :
2. La brièveté ;
3. Cinq personnages dont un est à peine esquissé et deux autres évoqués uniquement et très brièvement par des actes passés :
4. Des noms de personnage orientaux, moins faciles à mémoriser pour des occidentaux.

Le cumul de ces quatre obstacles m'a obligé à relire pour suivre un fil que la brièveté m'avait complètement fait perdre, mais, même à la relecture, cela reste beaucoup trop bref pour une construction plus complexe.

Cela dit, votre écriture n'est pas désagréable et je vous relirais volontiers dans une nouvelle au ratio longueur/complexité plus raisonnable.

   Sylvaine   
27/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Contrairement à certains, j'ai aimé la brièveté de la nouvelle. La concentration, l'art de dire le moins pour faire entendre le plus, n'est-ce pas justement la caractéristique du genre ? Vous en dites juste assez pour faire comprendre l'essentiel, et je ne trouve pas du tout que le texte soit obscur. Simplement, il n'y a rien de trop, et ça me paraît une qualité, pas du tout un défaut. La nouvelle est bien construite, la chute amenée avec naturel. L'écriture est simple et élégante, l'atmosphère orientale bien présente quoique réduite à quelques indications discrètes. Le texte m'a fait penser à un dessin à la plume : quelques traits, et un vrai pouvoir de suggestion.

   Alex   
30/6/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Par petites touches, toutes aussi délicates que j’imagine l’exotique Baie d’Ha Long, vous brossez la destinée de vos personnages avec les mystères qui leur vont bien, et leurs vies qui se devinent sous le coin du voile à peine levé.

Vous promenez le lecteur d’un pas nonchalant dans une ambiance exotique.
Je n’arrive pas à déterminer si c’est seulement à cause du nom des lieux, des personnages et de la longue liste des épices typiques de l’Asie, ou le style employé à coup de flashback.

Même si l’on comprend mieux pourquoi la sœur ainée de Wan Ho Chi en voulait à li Woo, au point de lui courir après avec une machette à la main, la chute me parait précipitée et confuse, cousue de fil blanc. Comme si l’auteur avait eu du mal à faire durer son inspiration.

Votre nouvelle à le piquant léger et agréable de la citronnelle.


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