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Humour/Détente
Alice : Rouge vif sur brun-rouge
 Publié le 23/08/14  -  10 commentaires  -  14658 caractères  -  172 lectures    Autres textes du même auteur

Jouer d'un instrument c'est ne se donner des excuses qu'à soi.


Rouge vif sur brun-rouge


Je passais devant lui tous les jours. D’une façon ou d’une autre, il était toujours sur ma route. Sur celle de l’université. Sur celle de l’épicerie. Même sur celle du vendredi soir, celle qui n’avait pourtant jamais de destination précise.


Il avait une tache sur la mâchoire. Rouge vif. Redoutablement dérangeante : mes yeux n’avaient nulle part ailleurs où se réfugier sur sa figure. Lorsqu’on en vient aux traits, les visages ont quatre possibilités : la beauté, la laideur, la banalité et l’insulte ; quand je pensais à lui, le plus souvent lorsque je sortais de chez moi sachant que j’allais passer devant lui, je me figurais toujours ce flou couleur chair, agglutiné autour d’une insulte rouge vif. Tout ce que je connaissais de lui était une tache et elle m’insultait tous les jours. Elle m’obsédait à un point tel qu’il me semblait parfois la voir se résorber un jour, pour bouffer plus voracement encore la mâchoire et une partie du cou de l’homme le lendemain. Le reste de son visage aurait pu être celui d’un archange que rien n’aurait changé. Mon dégoût me faisait replonger dans un écœurement gratuit tel que je n’en avais jamais éprouvé depuis l’enfance ; mon dégoût possédait l’inéluctabilité du puéril.


Ayant conscience, sans pouvoir rien y faire, de cette puérilité, je résolus ce matin-là de me concentrer sur l’environnement immédiat du personnage, et d’à tout prix éviter d'empêtrer mes yeux dans ce glacial amas de flou et le rouge vif qu’il molletonnait. En quittant l’appartement rue des Saules, je priai pour tomber sur quelque chose, fût-ce un canif ensanglanté ou une main amputée, qui me distrairait suffisamment de la mâchoire honnie.


En tournant le coin de la quatrième avenue, j’aperçus la chose. J’entrevis par trois fois le rouge, comme un signal clignotant ; mes paupières, protectrices, s’étaient mises à papillonner pour m’aider à tenir mes résolutions. Immédiatement, j’abaissai les yeux sur le sol, me demandant comment j’avais fait pour ne pas avoir cette idée de génie plus tôt. Il faut croire que le dégoût est presque autant un incitatif à la contemplation masochiste qu’à l’évitement.


Par terre c’était reposant. Il y avait du pavement. Des souliers sans lacets. Une boîte d’instrument.


Et, appuyé contre un corps que j’avais toujours vu fumeux, l’instrument. Il était de ce brun-rouge laqué à l’éclat humain si émouvant qu’il justifie les coupes forestières du monde entier aux yeux du plus fervent écologiste. Les ouïes s’étiraient, la courbe de la volute luisait au soleil, en dépit de la main d’une propreté relative qui la caressait sporadiquement.


Certains instruments se regardent mieux qu’ils se jouent. Le son du violon m’avait toujours insupporté, en particulier dans les mains des amateurs qui sont par définition cent fois plus disposés à jouer devant public que le sont les virtuoses. L’écoute d’un violon était une chose que j’aurais volontiers fait subir aux enfants qui se foutaient de ma gueule au magasin, forts de la certitude que je ne pourrais pas leur taper dessus avant une bonne quinzaine d’années. La vue d’un violon était une chose que je n’aurais pas même refusée à mon pire ennemi. Un violon débarrassé de la musique est la plus belle chose du monde.


Pour le coup, je n’avais plus aucun mal à garder mon regard et mon écœurement de mioche loin de la tache maudite. En passant devant l’énergumène ce fameux matin-là, en pensant à l’énergumène en classe deux heures plus tard, en traînant mes sacs d’épicerie sous le nez de l’énergumène vers l’heure du souper, la seule chose que je voulus regarder et regardai de l’énergumène fut l’ombre de sa paluche sur le sacro-saint violon. L’exorcisme était total.


Mon nouveau manège se répéta pendant plus d’un mois. Mes yeux, effarouchés par la glu rouge vif qui les avait réconciliés avec l’innocence horrifiée de l’enfance, mirent un temps à se remettre, mais sortirent neufs de leur cure de désintoxication. Jusqu’au jour où le démoniaque personnage se mit dans l’idée de réduire l’instrument naguère affranchi à sa première et stridente utilité. Devant moi.


Lorsque je vis ce brun-rouge qui m’émouvait si bien aux larmes, qui avait si bien exorcisé mes yeux, lorsque je vis ce miracle de finesse et d’achèvement s’approcher de l’insulte rouge vif et… s’y… appuyer… je perdis les pédales et dans une sorte de grincement fis ce que je n’avais jamais fait. Je m’arrêtai devant le personnage.


Quelque part dans le flou un regard se précisa, puis tout un visage au beige rosé rassurant, en même temps qu’une odeur de naphtaline m’ancrait encore plus à la réalité, et je fus capable, dans la mesure où la mentonnière dissimulait une partie du massacre, de le fixer pour la première fois.


Je n’eus pas le temps d’ouvrir la bouche. Il se lança le premier :


– Je te paye deux cents dollars pour que tu me laisses t’enseigner le violon, petit.


Il avait ce sourire aux lèvres, celui du grand-père longtemps oublié à l’hospice : le sourire de celui qui sait qu’on ne peut décemment rien lui refuser quand il demande quelque chose.


J’ouvris la bouche, la refermai. En dépit de l’incroyable absurdité de la proposition, j’avais la bête impression que ce que je répondrais devait être intelligent. Une seconde et la tentation de la réplique monsieur tout le monde l’emporta. On n’a pas besoin de toujours bichonner son alter ego romanesque.


– Quoi ?


Il articula excessivement chaque syllabe, comme si c’était lui qui s’était adressé à un demeuré :


– Deux cents dollars. À toi. De moi. Pour que je te donne des leçons de violon.

– C’est complètement stupide. Pourquoi est-ce que vous me payeriez moi pour me donner des leçons ?

– Parce que grâce à toi il me reviendra au final le double de ce que je t’aurai donné.

– Vous voulez m’enseigner sur un prêt et me compter les intérêts ?


Il a ri, sa bouche encore trop floue au-dessus de la tache immonde pour que je puisse voir la couleur de ses dents.


– Crois-moi, que je te demande ou non de me donner cet argent, tu mourras d’envie de le faire. Et tu feras une bonne affaire.


Ma connerie qui, elle, était impayable, calcula rapidement. Après tout, c’étaient deux cent dollars faciles, qui faisaient toujours bien pour régler l’épicerie, avec moins de retard accumulé sur le loyer pour blanchir les nuits. Bien que la perspective de participer à la déchéance d’un violon me chagrinât, je devais bien admettre qu’il y avait de pires moyens d’obtenir de l’argent. Et je voyais mal comment qui que ce soit aurait pu me contraindre à débourser six cents dollars. J’avais résisté à Facebook. Je pouvais résister à un violoniste.


Lequel n’eut pas à attendre ma réponse pour en connaître la teneur :


– Sois ici après-demain, à quinze heures.

– Et l’argent ?

– Après-demain, à quinze heures.


***


Dix coupures de vingt dollars m’attendaient dans la boîte du violon le surlendemain. Je me demandai un instant ce que le violoniste pourrait faire si, après deux leçons, je lui déclarais avoir rempli ma part du marché et l’avoir laissé me donner « des » leçons de violon. J’étais loin de m’imaginer prendre l’habitude de retrouver l’énergumène.


Mais aussi absurde que la routine puisse paraître après un événement aussi peu routinier, elle s’installa bel et bien au fil des mois. Tous les jeudis, à quinze heures, je désengorgeais systématiquement mon horaire et rejoignais le violoniste et son chef-d’œuvre brun-rouge au bord de la rue des Lilas, là où nous avions parlé pour la première fois. Les premiers temps, je posais l’archet sur les cordes avec tant de force que le son qui en ressortait était comparable à celui d’une égoïne malmenant du métal.


Après une heure de larmoiements, nous avions droit à l’une de ces pauses durant lesquelles je passais devant lui auparavant. Assis côte à côte, le violon coincé entre nous deux, nos mains sur son cageot émouvant de perfection, nous parlions de tout et de rien. J’évitais toujours consciencieusement de fixer la tache. J’avais cependant remarqué un étrange mais ô combien bienvenu phénomène : la tache se résorbait de jours en jours. À dire vrai, plus je jouais, plus la tache du prof perdait de son horrifiante superbe.


– Eh, prof ! Maintenant qu’on se connaît mieux, dis-moi un peu ce que tu veux faire avec quatre cents dollars.

– C’est ce qu’il me manque pour m’acheter une guitare acoustique.

– Tu veux acheter une guitare acoustique ? Tu vas traîner ton violon et ta guitare ?


Bizarrement, la pensée qu’il ait un quelconque refuge où entreposer ses instruments ne me semblait pas crédible. Quand je voyais ses longs doigts, mi-chair mi-saleté, traîner amoureusement le long de la volute de son chef-d’œuvre grinçant, je ne l’imaginais pas se séparer de quelque instrument que ce soit.


– Non. Juste ma guitare. J’aurai plus de violon.


J’ignore pourquoi, mais cette réponse à couleur d'évidence me fora un trou dans la poitrine, me donnant l'impression momentanée qu'il me manquait deux côtes.


– Bah pourquoi ?

– Parce que c’est comme ça. Avant mon violon, j’avais une flûte traversière. Quand j’ai eu mon violon, j’ai plus eu de flûte traversière. Après mon violon, je vais avoir une guitare acoustique. Quand j’aurai ma guitare acoustique, j’aurai plus de violon.


***


Plus je jouais et mieux je grinçais. Je comprenais soudain pourquoi les amateurs aiment tant se produire en public. Le son d’un violon, comme les pleurs de quelqu’un, est une chose aussi horripilante qu’émouvante. Plus on connaît une personne, plus l’écoute de ses sanglots provoque en nous davantage d’émotion que de gêne. Plus on connaît le son d’un violon, plus ses grincements suscitent en nous davantage d’émerveillement que d'horreur. Chaque violoniste amateur de ce monde, chaque personne ne pouvant pas même rêver d’élever le violon au-dessus de son propre pouvoir et de le rendre mélodieux, est conscient qu'il grince en jouant. Il est simplement infiniment fier de ses grincements. On n’a d’indulgence et de souci que pour les vagissements de son propre nouveau-né.


J’étais tombé amoureux de mes grincements à moi, mes grincements qui ne se faisaient pas qu’entendre par des passants grimaçants, mais qui se faisaient également sentir dans les traces de cordes sur quatre doigts de ma main gauche, dans la crampe lancinante qui se logeait entre mes omoplates et n’était soulagée que quand je m’allongeais sur le sol, dans la raideur de mon auriculaire droit quand il avait longtemps assuré l’équilibre de mon coup d’archet qui apprenait à s’assurer sans s’encastrer dans la touche.


Au bout de sept mois, j’étais devenu accro, monopolisant l’instrument de plus en plus longtemps. Vint le jour où je refusai carrément la démonstration du prof et jouai deux heures d’affilée. Vers la fin de la leçon, j’interprétai de peine et de misère une parcelle de menuet, cependant que mes yeux s’égaraient sur le visage du violoniste. Ses yeux de la couleur indécise d'un galet mouillé, son nez épaté, sa mâchoire un peu anguleuse…


Je m’arrêtai brusquement de jouer.


Le visage était distinct, la mâchoire était dans le visage. Et il n’y avait plus d’insulte rouge vif sur la mâchoire.


– Hey prof… elle va revenir ta tache ? ai-je lancé avant même de penser que mon commentaire était malpoli.


Le violoniste fronça les sourcils, et je lui pointai sa mâchoire. Pour le coup, il éclata de rire.


– Non. Non, elle va pas revenir.

– Comment ça ?

– Retourne chez toi, petit. On se revoit tantôt.

– Mais…

– Retourne chez toi, on se sépare juste le temps que tu comprennes que t’es un vrai violoniste. Ces choses-là ça se comprend tout seul.


Perplexe, je lui remis l’instrument et courus jusqu’à mon appartement rue des Saules. Je m’attendais presque à y trouver une montagne de pierres précieuses, comme dans les histoires de mon enfance.


Il n’y avait rien. Chasanova, mon tas de poils, vint à ma rencontre en s’éventant de la queue. Je le caressai puis m’avançai dans mon chez-moi, à la recherche d’un indice qui confirmerait que j’étais désormais un « vrai violoniste ». Est-ce qu’ils font des diplômes pour ça ?


J’allai m’asperger le visage dans la salle de bain. La réponse était dans le miroir.


Sur la pâleur naturelle de ma peau, la tache paraissait encore plus rouge que sous la crasse du prof. Elle courait sur le rebord de ma mâchoire, de son angle gauche à mon menton.


Un violon, on l’étreint toujours plus fort que ce qu’on pense. Que ce soit des mains ou de la mâchoire, on ne réalise jamais totalement à quel point on se chiffonne autour de lui. L’aveu de mes muscles crispés s’étendait sur la frontière de mon visage et sur une partie de mon cou, rouge vif comme au premier cauchemar.


De la même façon que les grincements de l'amateur horripilent tout le monde sauf l’amateur, la tache du violoniste horripile tout le monde sauf le violoniste. Dans ce qui me dégoûtait sur le prof, je lisais sur moi une élection. Un marquage au fer pour chochottes, un certificat de tutelle signé par le violon : tu es mien.


Il me fallut trois secondes pour décider que j’avais besoin de grincer tous les jours pour le reste de ma vie.


Je courus plus vite que je n’avais jamais couru, mes poumons à la traîne derrière moi, ma mâchoire marquée à dix mètres devant mes pieds. L’atelier de lutherie le plus proche était sur la première avenue. Je le ralliai en moins de quatre minutes.


Échevelé, je poussai la porte et pénétrai plus calmement dans l’antre aux odeurs boisées. Une lutherie, c’est une scierie coquette. J'osais à peine respirer de peur de l'effaroucher. Avisant sur mon visage l’air hagard du pire consommateur éperdu au monde, le luthier s’empressa de mettre de côté son travail et de venir me lécher les bottes.


Il ne me fallut pas longtemps pour comprendre que ça ne serait pas jouable. Tous les violons ici coûtaient au moins mille dollars. Je n’avais pas mille dollars à dépenser. Ma tache picotait, me suppliant d’envoyer au diable le manger et le boire pour le prochain mois. Mes yeux me donnaient l’impression de se déchirer. Il n’y avait pas moyen.


Les larmes dans mes yeux grelottaient déjà quand je sentis une main se poser sur mon épaule. Tournant la tête vers la droite, je vis la réminiscence rougeâtre d’une allégeance sur la mâchoire du prof. Il me fit son sourire entendu et me tapota l’épaule.


– Allez, pleure pas, petit. Moi je te fais un prix d’ami. Six cents dollars, pour que tu l’entretiennes, cette tache-là.


 
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   socque   
24/7/2014
 a aimé ce texte 
Bien
"À dire vrai, plus je jouais, plus la tache du prof perdait de son horrifiante superbe." : c'est là que je me suis dit qu'il y aurait transfert. Bingo.

Bon, l'histoire est intrigante et sympathique, mais en ce qui me concerne elle a été parasitée par une bête incertitude sur l'âge du narrateur, à cause de cette phrase :
"L’écoute d’un violon était une chose que j’aurais volontiers fait subir aux enfants qui se foutaient de ma gueule au magasin, forts de la certitude que je ne pourrais pas leur taper dessus avant une bonne quinzaine d’années."
J'ai eu beaucoup de mal à me défaire de l'impression qu'il manquait une quinzaine d'années au narrateur pour taper sur les autres, non qu'il ne pourrait décemment se défendre contre les gosses avant qu'ils aient quinze ans de plus. C'est bête, mais ça m'a gênée, surtout avec ces notations
"mon écœurement de mioche"
"en pensant à l’énergumène en classe deux heures plus tard"
qui m'ont embrouillée un peu plus.
Et puis pourquoi parle-t-on de dollars alors que l'environnement me paraît très français (rue des Lilas, rue des Saules) ? Comment se fait-il que le narrateur prenne conscience tout d'un coup de la tache sur sa figure, alors qu'a priori elle a dû apparaître peu à peu, si elle a disparu peu à peu du visage de son professeur de violon ?

J'ai eu le sentiment que les remarques destinées à humaniser le narrateur, à l'ancrer dans un métier, un environnement pour que le lecteur ressente de l'empathie pour lui, tombaient pour moi à plat, avaient pour effet de parasiter le mouvement du texte. Peut-être cela sera-t-il tout différent pour d'autres lecteurs.

   jaimme   
5/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai beaucoup, beaucoup aimé. Je me suis laissé porter, de plus en plus vite, en me pourléchant de nombreuses phrases empreintes de vraie poésie. On passe de la réalité à l'onirisme intérieur du poète sans solution de continuité, incessamment.
J'ai vécu, là, un vrai moment de bonheur de lecteur. Et ça m'arrive de moins en moins souvent.

   Anonyme   
24/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
le choix du dollar dénote avec le nom des rue, très Parisienne, et le magasin de violon que j'ai imaginé rue de Rome.
Sans doute est-il plus stable a travers le temps que l'euro,
mais curieusement je comprends l'auteur, il y a bien plus d’évasion dans le mot dollars que dans le mot euro plutot source de soucis quotidiens que de rêves.

En tout cas, peu importe.
Comme dans tout conte, il y a des incohérences qui questionnent et rappellent que rien de ceci ne peut être réel.
J'ai adoré cette évasion, me demandant jusqu'au bout comment diable l'histoire allait bien pouvoir se terminer...
de surprise en surprise, j'adore.

   Uranie76   
24/8/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai aimé la plume quant à moi, il y'a une grâce féminine dans l'écriture, une certaine élégance qui pare de poésie les phrases et les mots naturellement, sans qu'on sente l'effort.

Le fond :

Quand je lis
"Il était toujours sur ma route. Sur celle de l'unversité."
Je lui donne un âge, plus tard je le lis enfant :
"Pour le coup, je n’avais plus aucun mal à garder mon regard et mon écœurement de mioche loin de la tache maudite"

et puis d'autres il est adulte puisqu'il paye son loyer comme ici

"Après tout, c’étaient deux cent dollars faciles, qui faisaient toujours bien pour régler l’épicerie, avec moins de retard accumulé sur le loyer pour blanchir les nuits"

l'idée du texte m'attire, je suis sensible à ce type de nouvelles , mais les incohérences ont eu raison de mon adhésion jusqu'à l'émotion. Là où j'ai bloqué aussi c'est qu'un jeudi par semaine, pendant sept mois, pour maîtriser un instrument aussi ingrat que le violon et être qualifié de violoniste par un maître du genre, ce n'est pas suffisant. ça aurait été possible avec une guitare ou un piano, ça aurait été possible de passer outre si l'enfant pouvait voir l'homme quotidiennement pour bénéficier du violon et s'exercer dessus, et ça aurait justifié la tâche rouge si teintée d'onirisme soit elle et l'évolution rapide de l'élève doué.

évidemment y'a un côté irréel, mais le texte n'étant pas dans cette catégorie, je n'ai pas su savoir quelle part d'irréalité et d'onirisme il y'a, et quelle part accorder donc à ces incohérences. Ce flou disparaîtra peut-être après l'explication de l'auteure.

En oubliant tout ça un court instant j'arrive à apercevoir toute la force poétique de votre texte Alice, et votre indéniable talent dans la narration.

   Asrya   
24/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
"A Pénélope" m'avait séduit ; alors, ce n'est pas sans un certain engouement que je me suis attelé à la lecture de cette nouvelle.

Pourtant, j'ai eu du mal.
Beaucoup de mal à entrer dans ce monde étrange que vous nous décrivez.
Les personnages, l'environnement, un tout mêlé que je n'ai pas réussi à distinguer clairement.

J'ai dû m'en remettre à deux lectures pour comprendre l'essence même de votre récit.
Mais... quelle joie !
Quelle joie d'avoir dû m'y reprendre à deux fois pour pénétrer dans cet univers que vous avez crée !
Sans cela, je serai passé à côté de cette nouvelle, qui malgré des passages que je juge un peu maladroit (les goûts et les couleurs hein...), m'a doucement charmé jusqu'à m'émerveiller à la limite de l'adoration.

De la poésie, il y en a en pagaille !
Je me permets de reprendre certaines phrases qui m'ont bercé d'allégresse à leur lecture :

"Par terre c’était reposant. Il y avait du pavement. Des souliers sans lacets. Une boîte d’instrument."

"Il était de ce brun-rouge laqué à l’éclat humain si émouvant qu’il justifie les coupes forestières du monde entier"

"Certains instruments se regardent mieux qu’ils se jouent"

"lorsque je vis ce miracle de finesse et d’achèvement s’approcher de l’insulte rouge vif et… s’y… appuyer…"

"Plus je jouais et mieux je grinçais"

" Le son d’un violon, comme les pleurs de quelqu’un, est une chose aussi horripilante qu’émouvante. Plus on connaît une personne, plus l’écoute de ses sanglots provoque en nous davantage d’émotion que de gêne"

"J’étais tombé amoureux de mes grincements à moi"

"Il me fallut trois secondes pour décider que j’avais besoin de grincer tous les jours pour le reste de ma vie"

Je m'arrêterai pour les citations ; libre à chacun d'honorer les siennes.

Quelques passages maladroits je disais plus haut, notamment au début du texte ; beaucoup de répétitions :"mâchoire" "rouge vif" "yeux" ; peut-être que cela a nui à ma concentration lors de la première lecture.

Quoi qu'il en soit, c'est un texte qui mérite d'être lu, relu si incompris, et qui m'a subjugué de par la vivacité de vos élans poétiques.

Merci beaucoup à nouveau,

J'ai hâte de vous lire, de vous lire, de vous lire et de vous relire encore,

Avec plaisir,

Asrya.

PS : Par contre, pourquoi cette catégorie "Humour/Détente" ?!

   Cat   
29/8/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Alice,

Je retrouve avec plaisir une plume que j’aime, pleine de poésie posée par touches tendres. Chasanova, le tas de poils, mais aussi le sourire aux lèvres, celui du grand-père longtemps oublié à l’hospice… et tant d’autres encores.

J’ai particulièrement aimé la troisième partie : plus je jouais et mieux je grinçais… il faut avoir connu cet engouement pour un instrument de musique pour mesurer la justesse de la réflexion. J’ai reconnu les grincements qui suscitent l’émotion, l’émerveillement et qui procurent le plaisir suprême quand jouer s’imprime dans la peau meurtrie, dans le corps raidi. J’ai aimé cette image : « le marquage au fer pour chochottes »…

Je me suis juste un peu égarée au début, ne comprenant pas tout de suite ou ce jeu de rouge vif et de brun rouge voulait m’amener. Mais bien vite la magie a opérée.

Merci pour le bon moment passé à te lire.

Cat
amateure passionnée

   patro   
31/8/2014
Superbement écrit , j'aimerais avoir cette maitrise .
Quelques expressions du langage commun ramènent à la réalité ce qui se vit comme un songe , un film en demi-teinte au travers des yeux de ce jeune ? gosse ? étudiant?
Descriptions , dialogues , commentaires ,suspens tout y est ; on veut savoir la suite et le pourquoi de l'évitement initial autant que de la passion qui suit .
"Hé! Dieu , si j'eusse étudié/Au temps de ma jeunesse folle"* le violon ou la flute , je savourerais encore mieux le plaisir de faire sonner (grincer ) un instrument . *Villon " testament
Heureusement , Alice, tu traduis pour nous ces instants sensibles de répétitions de gammes ( que les voisins maudissent ).
Ce fut un bon moment de vidéo mentale .

   MariCe   
1/9/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Voilà un texte assurément très bien écrit ; j'ai envie de dire que vous employez les mots avec la maîtrise du musicien qui choisit ses notes selon la sonorité qu'elles évoquent.
En filigrane, une belle leçon de morale. Ne juge pas ton prochain sur les apparences car celles-ci peuvent être trompeuses.
Une très jolie fable Alice.

   Soruf   
15/9/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai beaucoup aimé.
Je vais répéter les autres commentateurs, mais le style est franchement superbe : poétique, élégant, sans accroc du début à la fin. Le texte est truffé d'images réussies (le contraste des couleurs,...) et de réflexions bien senties (à propos du violon par exemple). L'histoire également est jolie.
Pour ma part, je n'ai pas ressenti d'incohérence particulière (je suis sans doute pas très vigilant sur ce point-là néanmoins). Mais par exemple, "l’écœurement de mioche", il me semble que cela reprend l'idée que le personnage a conscience que cet écœurement est puérile (comme dit plus haut). Pas de doute, le narrateur est étudiant.
Bref, un très bon moment pour moi.

   caillouq   
27/9/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Un très joli conte. Dommage qu'il y ait ces fausses pistes sur l'âge du narrateur, qui n'apportent rien ni à l'intrigue ni à la langue. Et les surprises des dollars et du "pavement", associé aux noms bien français. Mais peut-être l'auteur est-elle québécoise, ou tout au moins canadienne ? (je me suis déjà posé cette question avec un précédent texte + horaires de posts)
Petit regret : que le texte ne contienne pas plus de chair concernant le violon lui-même, instrument si ingrat qu'il pourrait être intéressant de comprendre comment le narrateur a pu passer par-dessus les difficultés inhérentes à son abord. Mais c'est un conte.
Ah oui : quid des quatre cents dollars que le professeur devait récupérer pour s'acheter une guitare ? OK, 1000 - 600 = 400, mais quel est le lien entre le prof et le luthier ? Sûrement encore une subtilité que je n'ai pas comprise.
Le texte reste néanmoins très fluide et agréable à lire.


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