Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Sentimental/Romanesque
Alienor : Fragments d'Élise
 Publié le 27/12/14  -  7 commentaires  -  13298 caractères  -  65 lectures    Autres textes du même auteur

Quand la mémoire va chercher du bois mort, elle ramène le fagot qu'il lui plaît.

Birago Diop


Fragments d'Élise


Quatre


Mercredi. Il fait assez chaud pour que je m'installe en terrasse. Septembre, mon préféré, avec sa lumière moins verticale. Le serveur arrive, François il me semble, un beau jeune homme au regard inquiet. Il me tend un menu habillé d'un cuir rouge patiné. Je lui adresse un sourire en guise de merci et commande un poulet au curry, comme d'habitude. Pour le vin, Olivier choisira. Comme d'habitude.


J'aime cet apaisement que me procure la routine, ce sentiment d'abandon couplé à une sérénité de surface. Il y a dans ces répétitions l'idée d'un cycle immuable qui rassure. Un cycle qui ne prendra jamais fin.


Olivier s'approche, dans un costume anthracite, la veste ouverte sur une chemise blanche. Il ressemble à son père. Un charme discret qui ne flatte la rétine qu'après un examen attentif. Son regard, toujours fuyant, comme si à cinquante ans on pouvait encore avoir honte de sa mère. Il appelle le serveur d'un geste économe du bras. Ce sera une sole meunière et une bouteille de puligny-montrachet. Je n'aime pas le poisson, ça me rappelle le goût des larmes. Enfin, il me dit bonjour et garde un baiser scellé sur ses lèvres. Une mère passe après la faim. Sa semaine, son boulot, sa famille. Il parle des enfants comme de bagages en transit. Chloé veut le quitter, il est plus fidèle à son travail qu'à sa femme. Banquier, il multiplie les capitaux sans compter ses heures. Son couple va poser la division : le père en diviseur, Chloé numérateur, le divorce en quotient et il reste… les enfants. Jamais de décimale, une famille se dissout en entier.


L'employé apporte les assiettes et pose devant moi la viande nimbée de jaune. En périphérie, carottes et riz sont cernés par une tribu de petits pois.


Mon fils est égoïste, une partie de mon héritage avec l'ambition. Ses ennuis m'indiffèrent et il ne peut pas m'en vouloir. Il y a longtemps déjà que ses angoisses ne me concernent plus. Il paraît que les enfants apprennent de leurs parents, l'inverse est aussi exact. Olivier m'a montré comment entendre sans écouter. Il me parle, sur le même ton monocorde, son verre à la main. Il est le sujet, le verbe et le complément. Sa grammaire ne connaît qu'une exception : lui-même. Dans ces instants-là, je me retrouve face à un miroir que j'ai envie de gifler.


Olivier paye l'addition avec une carte dorée dont la surface est grignotée par une série de minuscules hiéroglyphes. Il m'embrasse sur le front et disparaît.


Je contemple quelques secondes ma tasse de café. Vide. Une profonde fatigue m'envahit, elle sape ma volonté et anesthésie mes envies. Je me lève malgré tout, guidée par mon corps avide de chaleur. Dehors, je mets le trottoir sous mes pieds. Je verrai bien où il m'amène.




Trois


La terrasse est déserte, chaises et tables ont gagné la remise. Février joue avec les flaques d'eau et accroche une fine buée à chacune de mes respirations. Enfant, je croyais avoir mangé des nuages. Une fois à l'intérieur, je m'installe sur une banquette d'un vert passé. La chaleur me pénètre peu à peu, comme un vers de Baudelaire. Par la vitre je vois la ville qui s'anime. Les passants aux tenues de deuil défilent devant les crépis délavés des façades. Sur le sol enneigé, les empreintes de pas enchaînent les croches sur la portée du trottoir. En hiver, les rues s'accordent au piano. Du blanc pour quelques touches de noir.


Une vague odeur d'épices se dépose sous mon nez. Peut-être de la cannelle. Un costume à peine repassé apparaît sur ma gauche. Le serveur qui l'occupe me propose le menu. Je le parcours sans le voir, j'ai encore trop de neige dans la tête. "Ce sera un poulet au curry !" Avec ses petits légumes. Le jeune homme m'adresse un sourire fermé. Pour le vin, mon fils commandera. Mon fils, Olivier. Ma plus belle réussite. Employé de banque, marié à Chloé, deux enfants adorables. Il symbolise l'alchimie parfaite d'un héritage génétique et d'une éducation moderne. Le passé conjugué au futur. Son père serait fier. Il a ses mains, sa fossette et ses yeux.


Le voilà enfin, sa silhouette modelée dans un caban de laine noire. Il effleure ma joue de ses lèvres pincées. Comment peut-il avoir des yeux si bleu sans avoir jamais regardé le ciel ? Quelques frissons me parcourent. Il s'installe en face, la banquette gémit sous sa charge d'homme marié. Il brode sur son travail, je l'aiguille vers les enfants, il crochète au menu. Le serveur note "filets de perche" sur son carnet. Je n'aime pas la mer ni rien de ce qui en sort.


La conversation s'envole. Il parle de moi, de ma santé, des semaines passées. La banque n'arrive que sur la deuxième marche du podium, sa nouvelle voiture récolte le bronze. Je ne me rappelle plus la dernière fois où il a conjugué à la deuxième personne du singulier. Il est beau quand il s'inquiète, de nouvelles rides naissent sous la lumière des néons. La conversation suit son cours, ponctuée de poulet, de perches et de puligny-montrachet. Peu à peu, je vois Olivier s'effacer pour laisser émerger un fils que je croyais disparu. Je devine des sentiments qui affleurent sous le vernis qui cède.


Lorsqu'il était enfant, il nous arrivait de partager des moments de complicité charnelle, entrelacs de papouilles, bisous et autres câlins. L'adolescence a brisé le lien, creusant un sillon profond vers l'âge adulte. Face à moi, sur ce siège à l'assise éprouvée, se dévoile une homme qui a longtemps oublié d'être un fils. Un homme qui parle au passé, qui évoque la troisième personne du singulier. Celle qui manque. Nous parlons de ces années-là, celles où son père n'était pas qu'un pronom dans une phrase.


Le poulet est délicieux. Le vin légèrement amer. Olivier paye le déjeuner et dépose un baiser sur ma joue chauffée par le bourgogne. Il m'adresse un dernier sourire avant de se faire happer par un février aux aguets. Je finis mon café, songeuse. Avant de sortir, je vois l'addition recroquevillée sur sa soucoupe en grès. Le papier nu me semble honteux sans pourboire pour l'accompagner.




Deux


Lorsque j'arrive au café du Ponant, une table vient de se libérer. Un couple de touristes reprend le flot des passants en marche. Je m'assois devant une assiette où deux frites se battent en duel et où le verre expulse les dernières bulles de son eau gazeuse. Cette année, août se laisse aborder avec pudeur. Je garde ma veste en coton, déboutonnée. Un serveur approche pour débarrasser. Il est amusant dans sa tenue trop large. Tout en disposant de nouveaux couverts, il me propose un poulet au curry. Pourquoi pas. Du vin ? Je le laisse choisir, je n'y connais rien.


Je me laisse aller sur le dossier de ma chaise. La barre centrale me chagrine quelques vertèbres mais la sensation n'est pas désagréable. Je laisse mes paupières s'affaisser pour mieux ressentir les rayons de cette fin d'été. L'image de mes hommes s'impose à moi. Olivier, dans une salle de classe, assidu sur sa copie, imperméable aux bavardages alentour. Paul, en ciré jaune, son visage mangé par l'air iodé, les mains extirpant d'un filet des poissons aux branchies écumantes. Les images sont nettes, elles défilent au ralenti, quelques fragrances me parviennent, diluées mais tenaces. Le large, la craie, le fioul, le papier, la sueur et l'encre. Elles se superposent à l'infini dans un kaléidoscope de senteurs.


Lorsque j'ouvre les yeux à nouveau, un homme est assis en face de moi. Il me sourit d'un air triste. Sa chemise aux plis parfaits joue avec la lumière zénithale. Des ombres se chevauchent à chacun de ses mouvements. Je vais lui demander de quitter ma table lorsqu'un doute me traverse. Je l'ai déjà vu. Je crois.


Le serveur revient avec deux assiettes et une bouteille de vin. Il s'exécute en silence alors que mon invité surprise me raconte sa matinée. Des histoires banales de bureau, de collègues insipides, de machine à café récalcitrante. Il me parle de sa femme, de ses enfants. Il regarde dans ma direction mais évite les yeux. Comme s'il avait peur de ce qu'il allait trouver. Sa voix se fait fébrile, ses déglutitions plus rapprochées. Une angoisse subtile éclot à la surface de ses mouvements.


Je lui parle alors de moi, de ma famille. De cette évidence, que même éloignés nous sommes ensemble. Les mots n'ont jamais été mon domaine de prédilection, les chiffres ont toujours eu ma préférence. Mon mari Paul m'a fait traverser la poésie mais seul Baudelaire m'a transportée. Avec maladresse j'évoque ce fils qui s'éloigne jour après jour, cet époux absent des semaines durant. Je passe mes journées en tête-à-tête avec une solitude que je n'ai jamais appris à dompter.


Le repas est servi. Mon "invité" détache avec précision une ligne d'arêtes de son rouget. Il fait frémir un demi-citron à la verticale et quelques gouttes viennent lécher la chair dorée.


Je poursuis ma chute de mots. Mon mari est pêcheur. Un homme incapable d'immobilité. Seul l'océan peut lui offrir ce mouvement perpétuel. À terre, m'a-t-il dit un jour, je sédimente. L'immensité des eaux atlantiques lui offre chaque jour un échantillon de la mort. Pourtant, c'est en ce lieu qu'il se sent le plus vivant. Je crois que je l'ai choisi car il était encore plus libre que moi.


Mon fils est un adolescent brillant. C'est un être synthétique et efficace. Il n'a pas vraiment d'amis, personne ne vient jamais à la maison. Il a compris très tôt qu'il fallait être individualiste pour réussir. S'attacher aux autres c'est un peu comme mouiller l'ancre, on reste sur place et le lien finit par rouiller.


Une voiture au pot percé traverse la rue et couvre mon monologue. Je croise enfin son regard. Un iris bleuté et froid, un reste d'éclat, de la fierté peut-être. Il baisse les yeux sur son poisson à peine entamé. Ses lèvres frémissent mais seul un filet d'air en sort. Puis, avec une ampleur allant crescendo, les paroles ondulent enfin.


Il me parle d'un passé dont il garde surtout des images. Son père a disparu en pleine mer un soir de juin. Lui était encore jeune, à peine douze ans. Il se souvient de ses mains, carrées et parcourues de crevasses. Ses doigts calleux capables des caresses les plus délicates. Il le revoit un matin, sur un petit chalut à la peinture émaillée. Calfeutré dans un ciré jaune, le bonnet enfoncé jusqu'aux yeux, sa barbe brune indomptée jaillissant du col. Ce matin-là, impossible de distinguer l'horizon tant la mer était grise. Un matin calme, limpide, annonciateur de révolution. Il lui a fallu presque quarante ans pour réaliser. Un trou de quarante ans, c'est long à combler.


Il a voulu se tourner vers sa mère, ignorée depuis ce jour-là. Comme si elle pouvait être responsable de cette disparition. Il s'est cloisonné dans le travail, s'occuper l'esprit est devenu sa priorité.


Renouer. Tisser des liens depuis longtemps rompus. Par égoïsme, pour son bien-être, il a endossé sa veste de bon fils. Revoir sa mère, suivant les exigences du calendrier, à l'occasion d'un déjeuner. Au café du Ponant, là où son père l'avait rencontrée, un restaurant sans charme qui accompagnait des vies sans changer leurs caps. À bientôt cinquante ans, Olivier avait besoin d'elle pour achever le long parcours du deuil. Lui qui aspirait à comprendre le passé afin de supporter le présent.



Un


Élise attend en compagnie d'une dizaine de pensionnaires. La table porte les atours de Noël, feuilles de houx en plastique, bougies électriques et nappe en papier. Les convives, pour la plupart, regardent dans le vague, comme si les murs couleur d'albâtre dissimulaient un horizon. Les femmes parlent, personne ne les écoute. Il y a deux hommes, la mâchoire affaissée, trop faible pour supporter le poids du dentier. Une odeur de sueur rance se dispute la vedette avec les derniers assauts du savon et les envolées d'une purée de marrons. Malgré les mouvements, la scène tient plus du tableau. Une œuvre déjà vécue, diluée dans les souvenirs, seuls carburants de ce semblant de vivacité. Le personnel de l'EHPAD tarde à servir le repas. Les vieillards ne s'impatientent pas, il n'y a pas d'heure quand il n'y a plus d'après.


La porte à verrouillage numérique s'ouvre. Olivier pénètre dans le petit réfectoire. Son visage a maigri, les cernes ont mangé quelques rides. Barbe et cheveux se sont parés de cendres. Il cherche sa mère de ses yeux embués. C'est elle qui le trouve en premier.


Elle se lève avec lenteur, impliquant tous ses muscles dans l'effort. Sa démarche, même fragile, conserve une grâce aérienne.


Les bras du fils enveloppent le corps frêle de sa mère. Elle a perdu son odeur, elle ne diffuse plus ces émanations d'encens que sa peau avait, à la longue, absorbées. Il se perd un instant dans sa chevelure lâche.


Elle lui rend son étreinte avec une faiblesse de nouveau-né. Olivier devine plus qu'il ne ressent. Lorsqu'elle parle enfin, le fond sonore s'évapore et sa voix tinte comme du cristal.


– Paul. Tu m'as tant manqué. Ces semaines en mer me paraissent de plus en plus longues. Tu vas bien ?


Olivier s'écarte avec délicatesse et laisse fleurir un sourire. Il cueille la main de celle qui fut sa mère et la guide vers la sortie.


– Où va-t-on Paul ?

– Au restaurant. C'est toi qui choisis.

– Au café du Ponant. La dernière fois, j'avais adoré leur filet de dorade.



Zéro


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   socque   
30/11/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bien que le sujet soit battu et rebattu, vous avez réussi à m'emporter dans cette histoire à la tristesse délicate malgré son côté tragique.
Au chapitre "Trois", j'avais compris quel serait le mouvement du texte, comme deux trains opposés se croisant : le fils suivant le temps selon la flèche habituelle, "réelle", la mère le remontant, entraînée à contre-courant par sa maladie.

Ce deuxième chapitre semblait aussi esquisser un mouvement inhabituel, celui d'un bonheur grandissant chez la mère, de plus en plus dans ses illusions. Je retrouve cette tendance au chapitre "Un", mais je la trouve moins marquée dans "Deux", ce qui me paraît dommage. Comme lectrice, je crois que j'aurais aimé ce pied-de-nez à la tragédie par une vision d'Élise de plus en plus sereine. Pour moi, "Deux" manque de subtilité, il déploie des détails biographiques dont je n'ai pas le sentiment d'avoir besoin pour saisir les trajectoires divergentes, puis à nouveau convergentes dans l'affection de cette mère et de son fils...

Reste une écriture que je trouve attentive, sensible, vraiment intéressante.

" La chaleur me pénètre peu à peu, comme un vers de Baudelaire." : joli !

   Asrya   
2/12/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
"Février joue avec les flaques d'eau et accroche une fine buée à chacune de mes respirations"
--> un peu lourdingue

"Une vague odeur d'épices se dépose sous mon nez"
--> un peu maladroit le "se dépose"

"Le papier nu me semble honteux sans pourboire pour l'accompagner."
--> l'image est intéressante mais peut-être que le terme "honteux" n'est pas le plus approprié

"A terre, m'a-t-il dit un jour, je sédimente"
--> Phrase intéressante quand on sait que la sédimentation s'effectue exclusivement en milieu aquatique (eaux douces ou salées)

"Il a compris très tôt qu'il fallait être individualiste pour réussir"
--> drôle de notion.

La forme de votre texte m'a permis de l'aborder de la meilleure des façons.
J'ai été captivé par cette succession de moments (fragments), ce "Quatre", "Trois", "Deux", "Un", "Zéro" ; décompte infernal qui profile si tristement l'achèvement du récit.
Cette forme m'a vraiment donné envie de lire votre nouvelle et d'apprécier son contenu. J'ai donc lu.
A plusieurs reprises ceci-dit (remarquez, cela peut-être un bon point). Pour cause, à la première lecture (par manque de concentration probablement), j'étais parti dans un quiproquo qui, sur la fin, devenait incohérent. Surpris par cette soudaine incohérence, je me suis attelé à la relecture de votre œuvre, et soulagement (Mea culpa), votre texte est très compréhensible.
Ce qui m'amène au petit bémol suivant. Le titre. Il est excellent, vraiment. Il donne envie (m'a donné envie en tout cas) ; toutefois, sa seule lecture annonce la chute de votre récit (le quiproquo que je m'étais imaginé était bien moins prévisible ; plus savoureux selon moi). Dommage.
J'aurais adoré être davantage surpris. Plus d'originalité, moins de banalité.
Mais attention, la banalité a du bon, et dans le cas présent, ce fut ceci dit appréciable ! La manière dont vous racontez cette histoire est assez juste, tendre, douce ; sans excès. Plutôt harmonieux.
Bien sûr certaines phrases sont légèrement trop appuyées, un peu lourdes et plus de concisions auraient été bénéfiques (toujours d'un avis personnel) mais dans l'ensemble, l'écriture est appréciable. (un petit travail sur l’orthographe et la conjugaison embelliraient le tout)
J'ai passé un bon moment à vous lire, puis à vous relire,
Merci pour cette lecture,
Ce fut un plaisir,
A bientôt.

   Dupark   
27/12/2014
Cela m'est arrivé plusieurs fois. Je lis avec l'idée de commenter et je tente de mémoriser les passages qui accrochent, pour aider l'auteur. Or, une pratique fréquente sur ce site est de mettre en scène un personnage qui n'a plus toute sa tête. Cela permet le décalage. Après quelques paragraphes, je comprends que les erreurs n'étaient peut-être que les divagations du personnage et pas de l'auteur. Je note ou pas ?

Je note.

"il est plus fidèle à son travail qu'à sa femme" manque de précision. Olivier trompe-t-il sa femme avec son travail seulement ?
"Je n'aime pas le poisson, ça me rappelle le goût des larmes" : problème de mémoire ou bien ses larmes sentent-elles vraiment le poisson ?
"Olivier m'a montré comment entendre sans écouter" : cela peut intéresser le lecteur. Comment fait-il ?

J'ai lu le reste en diagonale. J'ai compris le défi : mettre de la poésie sur le tragique. La nouvelle que j'ai commentée avant celle-ci met de la poésie sur le viol de la folle du village. Coïncidence ? Non, ce sont des nouvelles d'automne. Quelqu'un peut ouvrir une fenêtre ? Les volets aussi.

   Anonyme   
29/12/2014
Bonjour Alienor

Texte délicat aux phrases ciselées qui ne m'a pas emportée.
Il n'y a que le défunt père qui m'a interpelée, un beau personnage - il est marin pêcheur, aime Baudelaire, il a des mains calleuses, n'était pas souvent là - c'est tout ce que j'aurai à me mettre sous la dent. Une esquisse. La femme me parait très différente de son homme, j'aurais aimé qu'elle me parle de lui et d'eux.

Cette solitude qu'elle n'arrive toujours pas à dompter ? pour une femme de marin, c'est rude.

J'attendais cette nouvelle avec impatience et je suis assez déçue. Rien de nouveau sous le soleil, le sujet est rebattu par ici, que ce soit en nouvelles ou en poésie, par conséquent, oui, j'aurais aimé je ne sais pas, que vous me racontiez la même histoire mais en en changeant la focale. Il y manque de l'intensité, il me semble que cette maladie ne nous fait pas seulement remonter le temps, mais qu'elle nous le fait vivre, y croire encore - donc j'eusse aimer qu'elle me parle d'elle et de Paul plutôt que de l'entendre me raconter son fils dont l'avenir et le présent m'indiffèrent.
"Il lui a fallu presque quarante ans pour réaliser. Un trou de quarante ans, c'est long à combler." pas trop compris cette partie là. Quarante ans pour réaliser que son père est mort ? Pour se faire à l'idée ? Pour enfin parvenir à en parler ? Pour s'y intéresser ? Pour chercher à en apprendre plus ?
Ca ne me rend pas Olivier plus sympathique.

C'est pas si grave. J'attendrai le prochain opus.

Ha oui... lumière zénithale. Gare au lapsus !


Merci et en attente de vous lire.

   David   
29/12/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Alienor,

brrr... l'histoire est prenante avec son compte à rebours, j'ai même eu l'impression que l'écriture se faisait moins riche, plus nue, aux fils des épisodes, pour refléter la perte des moyens de l’héroïne. Le thème de la mémoire arrive subtilement, une fois fini je repensais au "Le serveur arrive, François il me semble", mais il y a de nombreux échos que je ne listerais pas plus, c'est mécanique d'une certaine façon mais pas désagréable et pas trop lourd. l'histoire colle vraiment à un format de nouvelle, ça ne ressemble ni à un extrait ni à un condensé, un petit moment de lecture avec un peu plus d'intensité que d'ordinaire.

   Neojamin   
29/12/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Aliénor,

Beau texte, très bien écrit, captivant grâce à une trame originale. C'est une belle idée que de raconter l'histoire d'une famille en quelques rendez-vous. Les scènes qui se répètent dans un décor qui ne change pas ou peu, idéal pour intensifier les changements qui secouent l'humain.
J'ai lu les deux premières parties sans savoir où le texte menait...Le "deux" est très bien amené, comme si de rien n'était...Très bon.

Au niveau de la forme, j'ai trouvé quelques images qui m'ont fait tiquer. L'écriture est très belle dans l'ensemble mais j'y ai trouvé, à mon goût bien entendu, un trop plein de métaphores et d'images qui n'apportent pas toujours beaucoup au récit, par exemple:
"une tribu de petits pois."
"La chaleur me pénètre peu à peu, comme un vers de Baudelaire"
"Il m'adresse un dernier sourire avant de se faire happer par un février aux aguets"

...et qui diminuent l'impact d'autres images qui sont très bonnes:
"Dehors, je mets le trottoir sous mes pieds. Je verrai bien où il m'amène."
"En hiver, les rues s'accordent au piano. Du blanc pour quelques touches de noir."
"Comment peut-il avoir des yeux si bleu sans avoir jamais regardé le ciel ?"

J'ai tendance à préférer quand une métaphore surgit d'un coup, me prenant par surprise!

Une petite incohérence à mon avis:
"Comme s'il avait peur de ce qu'il allait trouver"
Cela laisse sous-entendre qu'elle sait que quelque chose ne va pas...

"attacher aux autres c'est un peu comme mouiller l'ancre, on reste sur place et le lien finit par rouiller."
Décidément, de très belles images...

Merci et bonne continuation!

   widjet   
31/12/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Ce qui, pour moi, est préjudiciable au texte, c’est que cet esthétisme dans le style ne me semble pas toujours « stratégiquement » bien dosé. Si au début, ce style (qui, si je le prends de façon intrinsèque, est en soi souvent délicieux pour la rétine - l’auteur a un sens de la formule, je le sais depuis longtemps, hi, hi) fonctionne très bien dans les chapitres 4 et 3 (ce qui confère du reste un caractère assez prétentieux voire antipathique à cette femme, j'ai trouvé ça habile et bien vu) j’ai beaucoup regretté que cette dernière ait conservé dans le chapitre 2 de façon encore trop marqué selon moi cette sophistication dans le vocabulaire et son sens aigu de l’observation et du détail (« sa barbe brune indomptée », « L'immensité des eaux atlantiques lui offre chaque jour un échantillon de la mort », « Il fait frémir un demi-citron à la verticale et quelques gouttes viennent lécher la chair dorée », « Sa chemise aux plis parfaits joue avec la lumière zénithale » et puis l’énumération des couleurs, ah les couleurs, le grand truc de l’auteur !). Alors certes ce n’est pas incohérent (on peut toujours faire de l’esprit et avoir l’oeil même si la mémoire part en couille), mais pour ma part, pour illustrer davantage cette dégradation, j’aurai justement imaginé qu’au fur et à mesure, son vocabulaire, ses tournures, bref son langage (qui symbolise et illustre parfaitement au début son identité propre, qui est une véritable affirmation de sa personnalité), perde de sa richesse, qu’il commence lui aussi à s’assécher, à fuir son être à l’instar de ses souvenirs. On le sent un peu, c'est vrai, mais pas assez.

C’est un petit regret, mais cette préciosité dans la forme qui est restée presque tout du long m’a gêné. L'auteur le sait, il gagnerait à moins distribuer ses métaphores pour laisser le lecteur se faire cueillir alors que là, y'en a encore trop ce qui "banalise" ces effets pourtant exquis au demeurant.

En revanche, j'ai bien aimé que l'auteur ne cherche pas vraiment - en dépit de la maladie de l'héroïne et donc de sa nouvelle vulnérabilité - à rendre cette dernière aimable. Car finalement, celui pour qui nous avons de l'empathie est surtout le fils, personnage en retrait qui, au travers de ce que dit la mère à son sujet, nous permet à nous de l'approcher de plus près, de nous le rendre plus concret, palpable ainsi que sa douleur et donc de ressentir ce que lui peut éprouver (c'est bien connu, ce sont eux qui sont lucides qui souffrent).

Sur le sujet lui-même, l’auteur a su, sur un thème éculé adopter un angle intéressant, distancié (jamais de misérabilisme et encore une fois le fait d’avoir crée un personnage n’inspirant vraiment pas de sympathie est une bonne idée) et encore une fois, le sens du détail et de la recherche (des trouvailles stylistiques que je sais apprécier, mais d’autres sont un peu trop forcées comme « Il m'adresse un dernier sourire avant de se faire happer par un février aux aguets », « Le papier nu me semble honteux sans pourboire pour l’accompagne », d’autant qu’ils se suivent presque ou encore le largement dispensable « En périphérie, carottes et riz sont cernés par une tribu de petits pois ») font de ce texte un bel écrin, mais un poil trop « froid » voire lugubre à l'instar de ce décompte mortifère qui donne un côté "pour qui sonne le glas" (procédé volontaire, je pense et assez habile aussi je trouve)

W

PS : je précise que j'ai lu assez vite et sans doute mal


Oniris Copyright © 2007-2020