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alpy : Le trou
 Publié le 16/08/10  -  14 commentaires  -  12248 caractères  -  139 lectures    Autres textes du même auteur

Il était une fois un petit village au milieu de nulle part. Un jour, à la suite d’un violent orage, un énorme trou apparut en face de l’église au milieu de la route. Rien ne serait plus jamais comme avant…


Le trou


Il était une fois un petit village au milieu de nulle part ; une grappe de chaumières entassées autour d’une église misérable dont le clocher anémique dépassait à peine les toitures en tôle. Si petit et si pauvre était ce hameau qu’il n’avait pas de nom et n’apparaissait point sur les cartes routières.


Une vingtaine de marches suffisaient pour atteindre le haut du campanile et s’offrir une vue désolante. Peu importait le choix, le paysage restait immuable sur tous les axes de la rose des vents ; des terres plates et vides à perte de vue. Le sol était tellement sec et aride que peu de cultures avaient la capacité d’y subsister. La piètre production subvenait péniblement aux besoins des villageois.


Le seul élément qui reliait les habitants au reste du monde était la route départementale qui coupait la bourgade en deux. Le ruban de bitume traversait altier les piteuses ruelles argileuses, les narguant. Cette artère restait vide de voitures mais pleine de signification car elle n’était pas seulement leur unique lien avec l’humanité mais aussi leur attache à la modernité. N’était l’asphalte, ils en étaient encore au Moyen Âge.


Le climat n’aidait pas au développement. Peut-être bien au contraire, il fallait trouver en lui le responsable de leur stagnation. Les températures de quarante degrés en été et le moins quinze en hiver pouvaient se comparer à d’autres localités mieux loties. Un tel manque d’humidité aurait, par contre, été difficile à trouver ailleurs à l’exception du désert. La doyenne centenaire du village racontait à qui voulait l’entendre que dans son enfance elle avait vu pleuvoir, sa bouche édentée arborant toujours un énorme sourire face à l’incrédulité de l’interlocuteur.


Or, arriva une nuit où l’impossible se réalisa. Un terrible orage s’abattit sur la bourgade. La rafale châtia les maisons, la pluie mitrailla les toits, le tonnerre étourdit les esprits. Le jour venu, la tempête partit laissant derrière elle le sceau de son passage. Peu à peu, les villageois commencèrent à sortir de leurs demeures pour constater les dégâts. Toitures envolées, fenêtres cassées, potagers ruinés, débris éparpillés. Cependant, le véritable choc se produisit quand ils découvrirent un trou gigantesque face à l’église au milieu du goudron. Si la route était leur seul symbole de civilisation et modernité, le cratère signifiait l’isolation et la déchéance.


Le nombre de voisins autour de l’orifice augmentait graduellement. Enfin, la population toute entière s’y retrouva ; une petite trentaine d’âmes se regardant les unes les autres, muettes, interdites. Un silence pesant enrobait l’assemblée. Personne n’osait le rompre. Leur cerveau semblait éteint. Que faire ? C’était la fin des temps, l’apocalypse. Leur futur s’était envolé avec le vent. Les derniers espoirs s’éteignaient déjà dans leurs têtes agrestes, quand la vénérable doyenne exclama :


- Il faut réparer la chaussée !


Bien sûr ! Comment n’y avait-on pas pensé ? Une solution tellement simple ! Une soixantaine d’yeux expectatifs se tourna vers le maire.


Rien ne singularisait le petit homme en habit paysan et béret que tous fixaient. De même que les autres, ses vêtements montraient les mêmes traces d’usure, son corps mince accusait les privations, sa peau tannée la brutalité du soleil, les cernes sous ses yeux la fatigue. Sa fonction était bénévole et s’exerçait à l’église, leur seul bâtiment public.


L’édile aurait voulu les réconforter, leur dire que tout irait bien, que cette bouche noire qui aspirait leur jeunesse serait bientôt un mauvais souvenir. Mais il n’avait guère le choix et fut contraint de les décevoir. À cause de ses maigres recettes, « travaux publics » ne figurait pas dans le vocabulaire de la municipalité.

La lumière d’espérance mort-née, la chute fut encore plus violente. Ils frisaient la dépression collective quand l’ancienne intervint à nouveau :


- Nous pouvons le remplir d’ordures. Comme ça il sera bouché sans nous coûter un sou.


L’idée semblait logique mais jeter des déchets dans un trou en face de l’église, était-ce une hérésie ? Tout le monde se scrutait, s’interrogeait du regard, mais personne ne voulait assumer une telle décision.


- Demandons son avis au curé, avança encore l’auguste centenaire.


Et ce fut ainsi que le consensus se fit. Le religieux devant passer par le village la semaine suivante, ils lui demanderaient sa bénédiction pour colmater cette porte ouverte à leur désespoir.


Comme prévu, le révérend s’y rendit pour sa visite mensuelle sept jours plus tard. L’évêque avait nommé un prêtre itinérant qui faisait la tournée des petites bourgades incapables de financer leur paroisse. Il lui restait un kilomètre à parcourir quand il remarqua des signes inhabituels. Les derniers vestiges de l’humidité abandonnée par la tempête quittaient la terre ardente et remontaient vers le ciel provoquant une scène dantesque. Le village ondoyait vaporeux se consumant dans des flammes dansantes. Au centre, des figures semblaient brûler en enfer telle une fresque de Michel Ange. J’y vois la main de Lucifer ! s’écria-t-il en se signant.


Il fut pris par une envie subite de faire demi-tour, puis se ressaisit. Il s’agissait de son troupeau et son devoir était de l’aider. Il se recommanda au Seigneur et continua à avancer. Au fur et à mesure qu’il se rapprochait, le tableau devenait plus distinct et moins effrayant. Finalement il rejoignit la foule qui s’amassait au pied de l’église. Au départ cette manifestation le désorienta, il avait un sentiment d’anormalité qu’il n’arrivait pas à définir, jusqu’au moment où il remarqua l’énorme trou au milieu de l’asphalte.


Les gens s’attroupèrent autour du curé en lui demandant sa bénédiction pour combler l’orifice avec des déchets. Encore sous l’effet de son hallucination, le religieux fixait le cratère croyant entendre les plaintes des suppliciés provenant d’un fond invisible à ses yeux. Il fallait fermer à tout prix cette porte d’entrée au domaine de Satan, cette descente au feu éternel. Rien de plus approprié que les ordures pour la condamner.


Il donna son accord à la requête des villageois et entreprit également un rituel de purification. Il récita des prières à haute voix, psalmodia d’incompréhensibles phrases en latin en jouant avec les grains de son chapelet et aspergea le gouffre d’eau bénite. Ensuite, la doyenne lança le premier sac dans les noires profondeurs et les autres l’imitèrent.


Les mois passèrent et les habitants prirent l’habitude de déverser leurs déchets dans l’orifice. Mais quand on a peu pour subsister, on a aussi peu pour s’en défaire et leurs efforts disparaissaient dans l’obscurité de l’abîme sans laisser trace. Jour après jour ils s’approchaient du bord, regardaient l’intérieur sombre et y vidaient leurs résidus. Quelques-uns priaient en silence pendant l’opération. Un matin d’été un jeunet, pour s’amuser, se mit dos au gouffre et jeta les ordures par-dessus son épaule. Le jeu fut vite adopté par d’autres enfants.


Au bout d’un an, malgré l’acharnement des villageois la victoire semblait se ranger au côté du trou qui s’obstinait à être. Ce serait une bataille de longue haleine. Le prêtre considéra alors que l’aide divine s’avérait fort nécessaire. Il organisa une messe et répéta la cérémonie de purification.


Le temps fit encore tourner les aiguilles des horloges. Le divertissement enfantin évolua. Quelqu’un avait rajouté le raffinement de faire un vœu pendant le geste et la pratique se répandit aussi entre les adultes. La deuxième année révolue, le curé conclut que si ce trou diabolique existait encore cela signifiait qu’il n’avait pas fait assez. Après la messe, il organisa une procession. La statuette de la vierge fut sortie de l’église et conduite autour du village suivie de tous les habitants. Le cortège s’arrêta en face du gouffre et le religieux répéta le rituel en présence de la madone. Le maire, pour sa part, déclara ce jour comme fête du village et organisa un pique-nique. Chacun sortit dans la rue des tables et des bancs, puis ils mangèrent tous ensemble dans un esprit de communion générale.


Un jour, un voyageur étourdi emprunta la mauvaise déviation et se retrouva face à l’orifice. Surpris par l’étrange rite des indigènes, il descendit et posa des questions. Ensuite il s’approcha du bord et regarda étonné l’abysse avant de faire demi-tour et repartir.


Peu à peu, l’histoire commença à se propager dans la région et les premiers curieux arrivèrent pour en prendre connaissance. La chaleur était insupportable et les étrangers demandèrent à une autochtone où ils pouvaient acheter des boissons fraîches. La femme répondit qu’il n’y avait pas de bar mais qu’elle pouvait préparer une limonade pour quinze centimes le verre. Ce fut le premier revenu touristique dans l’histoire de la localité. Quand les visiteurs suivants se présentèrent, la dame décida d’apposer un panneau de « buvette » devant sa porte.


Les mœurs des nouveaux touristes évoluèrent. Ils voulurent s’associer au rituel au lieu de rester en simples spectateurs. Un deuxième natif très entreprenant proposa alors la vente d’ordures avec grand succès. Petit à petit, poussé par l’affluence, le village sans nom devint le lieu-dit « Le Trou » et des signalisations furent installées aux entrées de la bourgade.


Le temps poursuivit son cours. Le Trou évolua en lieu de pèlerinage, en commune puissante subventionnée par les économies des touristes. L’église fut renouvelée et agrandie. Une somptueuse mairie fut érigée et un salaire établi pour son illustre résident qui portait désormais des élégants complets confectionnés sur mesure avec des tissus importés d’Italie. Le tracé de la route fut dévié vers une rue parallèle pour permettre la circulation sans perturber le sanctuaire. Des bâtiments poussèrent de la terre aride. Des pavillons, des hôtels, des restaurants, des parkings payants et des commerces vendant des souvenirs et des santons. L’apogée de l’année était sans doute, avec sa procession, sa messe et son pique-nique, le jour de la fête du village. Les masses s’y ruaient comblant les installations et vidant les étalages.


Le jour arriva où le cratère fut finalement plein. Or, l’origine du rite s’était effacé des mémoires jusqu’à disparaître. Personne ne saurait en dire la raison, peut-être les années, peut-être les intérêts économiques. Et ce fut ainsi que la tradition resta et les bénéfices avec elle.


Les ordures commencèrent à s’entasser au-dessus du niveau de la route mais le commerce fleurissait et l’avidité des hommes était plus forte que le sens commun. C’était l’hiver et le froid cacha pendant six mois les premiers troubles. L’arrivée des chaleurs de l’été déclencha la putréfaction des déchets amoncelés sous le soleil et des odeurs infectèrent l’air jadis pur du village. Les habitants s’obstinèrent. L’odeur était supportable, bientôt la canicule serait finie et avec elle les effluves.


Le monticule grandit davantage et la nouvelle belle saison amena un deuxième fléau, les cafards. Le maire entreprit une campagne de fumigation et les affaires continuèrent.


La troisième plaie s’abattit alors, les rats s’installèrent dans les parages. Quelques voix se levèrent mais une dératisation fut organisée et une seule famille décida de prendre l’exil.


Les rongeurs s’avérèrent coriaces malgré les efforts déployés pour les éliminer et le premier cas de peste se déclara. On isola le malade et on lui prodigua tous les soins nécessaires mais au bout de quelques jours le malheureux trépassa. Deux autres maisonnées abandonnèrent la commune.


L’épidémie s’étendit, d’abord un deuxième cas, puis un troisième, bientôt la moitié de la population fut décimée. Finalement, les survivants furent contraints de quitter le village.


Cependant l’affluence des pèlerins au sanctuaire ne s’arrêta point et la montagne, nourrie de leurs offrandes, engloutit lentement les constructions. L’église fut la première victime, les autres la suivirent.


Deux siècles plus tard, Le Trou est devenu le sommet le plus haut du pays et continue à s’élever comme espérant toucher le ciel. Au milieu d’un territoire ras et hostile, cette pustule incongrue s’érige altière en monument à la croyance humaine.


 
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   silene   
29/7/2010
 a aimé ce texte 
Pas
Passons sur les incohérences propres aux contes de ce type, qui tirent au plus court, pour dégager leur morale au plus vite : quelle riche idée, vraiment, d'enfouir des ordures, et tout à fait propre à attirer des touristes, bien connus pour leur appétence pour ce genre de décor. La baguette magique transformant un hameau pouilleux en opulente bourgade n'est pas mal non plus. On suppose également que les stoïques pèlerins sont de glace devant les agressions aigües de rats excités par la faim.
Je suis assez dubitatif sur le sens que vous voulez mettre à cet apologue ; après avoir manifesté l'indigence insondable du hameau, en la rendant visible, le trou renverse la situation, et donne à voir l'opulence excessive, débordante, incongrue, et qui amène la mort ? Voulez vous faire ressentir qu'il était préférable de continuer les Cent ans de solitude, plutôt que tenter - assez maladroitement, convenons-en - d'infléchir le cours des choses ? Comme je n'arrive pas à discerner une piste claire, j'attends que vous dévoiliez un peu plus vos intentions.

   jaimme   
29/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Je ne m'arrête pas sur la forme. Le travail est perceptible.
Mais je ne vois pas bien l'objectif de cette nouvelle. Est-elle entièrement contenue dans la dernière phrase? Peut-on mettre "bêtise" humaine à la place de "croyance"? L'avidité et la superstition sont-elles ici visées?
Je vois surtout un problème de crédibilité vers la fin: alors que les fléaux s'abattent sur le hameau, les voisins voient-ils un intérêt à venir et jeter les poubelles? Quelles poubelles d'ailleurs puisqu'il n'y a presque plus personne sur place? Apportent-ils leurs poubelles? Enfin j'imagine mal des superstitieux mettre tant de poubelles que l'église elle-même est engloutie... et le sommet en serrait tellement haut: comment feraient-ils pour jeter des ordures à cette hauteur?
Le sujet est original, mais il me semble que l'histoire prend des raccourcis très rapides vers la fin.
Dernière chose: les habitants sont présentés comme des abrutis. Etait-ce nécessaire?
Merci pour cette lecture.

   florilange   
8/8/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
L'écriture convient à ce conte, simpliste et ne s'attachant à rien de réel. À part quelques bricoles, rien à dire là.
L'idée est intéressante et elle est exprimée directement, froidement, sans le moindre état d'âme.
Je cherche la morale qui, théoriquement, devrait terminer tout conte? Que la bêtise ne peut rien amener de bon? Qu'il faut se tenir à l'égard de Dieu comme du Diable? Que l'avidité est toujours punie?
Bref, il nous manque une chute... autre que cette fin par la maladie, la mort et le désert revenu, à trop forte odeur religieuse : un conte, selon moi, est avant tout fantastique.

   Maëlle   
10/8/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Conte facétieux et légérement moral, qui ne se prend pas vraiment au sérieux, et fait sourire - mais un peu frémir également. Pas une lecture inoubliable, mais un moment agréable.

   Yaya   
16/8/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Après un début que j'ai trouvé un peu artificiel, dès l'apparition du trou ma curiosité a été piquée. Le conte suit alors son cours, inexorablement. L'écriture est plaisante. Il m'a pourtant manqué quelques nuances, une voix dissonante parmi les villageois par exemple. Je pense que ce côté inéluctable m'a laissée un peu trop spectatrice, m'empêchant de ressentir la moindre émotion (même si je conçois que cela puisse être un choix d'écriture) ou de me sentir impliquée.

   Jagger   
16/8/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le style est travaillé, ça se sent. L’idée de départ est simple et intrigante (comment ce trou c’est retrouvé ici ?) ce qui nous incite à lire la suite pour en savoir plus.
 
L’histoire aurait peut-être pu être mieux exploitée. Je pense qu’avec les possibilités qu’offre la trame, il y avait  plus à en tiré. Il est difficile d’en retenir une morale, ce qui, je pense est le but de ce genre de récit.
 
La résolution du conte est clairement le point faible. Dommage, ça avait bien commencé.

   brabant   
20/8/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Alpy,

J'aime votre malicieuse "doyenne centenaire... (au) sourire (édenté)" - j'ai l'impression de voir la Dame Tartine des B D de ma jeunesse - ainsi que les "têtes agrestes", et aussi la "fonction bénévole" de l'édile, l'église comme "bâtiment public".
J'aime le rôle central, moteur, déterminant, tenu par la centenaire.
Le prêtre itinérant est digne de Daudet avec ses terreurs, ses tergiversations, et son sens du devoir, l'utilisation de l'eau bénite, finalement sa ""fuite"".
J'aime la façon dont s'institue un rite, grâce au "jeunet", et le temps s'écoulant, un inconnu (bien vue cette mémoire disparue du pourquoi des débuts), le curé (de retour) et sa procession.
Du hasard d'un étourdi et du bouche à oreille grandissent ainsi les traditions.
Cette genèse est très bien étudiée.
Des traditions bien exploitées naissent la prospérité.
Cela s'est-il passé ainsi pour les lieux de pélerinage ? Y compris les plus célèbres...
Ainsi "Le Trou" devient riche; des ordures naquirent le richesse. Je vois, moi, ces ordures grimper comme la Tour de Babel. Et sur cette tour, que la folie et la crédulité des hommes font monter jusques au ciel, Dieu fait s'abattre les plaies. Nous ne sommes pas en Egypte, on s'arrête au nombre de trois. Déjà de quoi faire une montagne !
Une montagne qui naît d'un trou, c'est une belle histoire ! C'est mieux en tout cas qu'une montagne qui accouche d'une souris, même s'il y est question de rats. Bien sûr elle a mangé l'église. Mais une montagne n'est-elle pas en elle-même une église. Et si tradition il y a, cela montre bien que les traditions se perdent dans la nuit des temps. Et si un archéologue du futur allait un jour lointain déterrer cette église, et les ordures. Quelles conjectures ! avec sanctification possible ! des ordures !

Ce texte est avant tout pour moi un conte.

Si je devais réfléchir, je n'irais pas condamner ces pauvres gens dans leur obstination. Ne vaut-il pas mieux mourir gros et gras que maigre et famélique ? Je loue donc leur entêtement à ne pas vouloir redevenir misérables envers et contre tout. Je laisse aussi les condamnations morales aux bien-pensants. Pour bien-penser il faut déjà être bien pourvu.
Le procès des sociétés de consommation est vite fait. Vaut-il mieux redevenir serf, bougre ou moujik ? Je n'en suis pas si sûr.


En tout cas merci pour ce texte soigné, bien écrit, au cheminement agréable. Je préfère m'en tenir au premier degré du conte et non à sa morale.
Chacun choisit aux textes son possible. Pour celui-ci le mien est celui de la distraction, comme d'un enfant qui jouerait avec les légendes... et s'en émerveillerait. Tout simplement.

   doianM   
3/9/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Ce conte me semble symbolique, sortant du cadre réducteur d'un fait divers.
Il aurait fallu, peut-être, le travailler davantage pour l'en libérer.
Le message serait, sentiment personnel: Il est risqué de construire le bonheur sur de la fange.

   Bidis   
2/10/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Je trouve cette histoire originale, un conte à raconter à des petits enfants et qui devrait à mon avis les enchanter, je ne peux pas dire pourquoi, je ressens cela ainsi.
Car quelque chose de ce texte ressort qui montre, sans prise de tête, la profonde stupidité humaine et ça me suffit pour me réjouir.
C’est un peu palpitant aussi, on est embarqué dans cette histoire avec l’envie d’en connaître la chute.

Le style est simple, ce qui rend la lecture agréable. Mais j’ai relevé tout de même pas mal de choses, dommageables pour l’écriture... et pour mon évaluation.

- « Les températures de quarante degrés en été et le moins quinze en hiver pouvaient se comparer à d’autres localités mieux loties » :
La comparaison se fait ici entre deux éléments incompatibles : les températures d’une part, les localités de l’autre. Il aurait fallu écrire "pouvaient se comparer à celles d’autres localités " encore que cela n’aille pas à cause du « moins quinze en hiver » qui s’intercale. Mais, pour moi, cette phrase est à remanier, telle que, elle n’est pas correcte.
- « Rien ne singularisait le petit homme en habit paysan et béret que tous fixaient. De même que les autres, ses vêtements montraient »
Il aurait fallu écrire : « de même que ceux des autres, ses vêtements » car « les autres » se relie à « tous » qui désignent les paysans.
- « À cause de ses maigres recettes » :
Le « ses » doit se rapporter à « municipalité » selon le sens, mais il y a confusion grammaticale avec le sujet qui précède, je trouve (l’édile)
- « le révérend s’y rendit pour sa visite » :
Le « y » désigne le village selon le sens, mais la porte selon la syntaxe, il me semble.
- « L’évêque avait nommé un prêtre itinérant qui faisait la tournée des petites bourgades incapables de financer leur paroisse. Il lui restait un kilomètre à parcourir quand il remarqua des signes inhabituels » :
Ici, la confusion est encore plus flagrante. Le pronom « il » désignent le révérend selon le sens, mais l’évêque selon la grammaire.
- « du trou qui s’obstinait à être ». :
« être » me semble faible ou même peu approprié, j’aurais préféré « qui s’obstinait à demeurer » ou un autre verbe désignant l’effet du trou, son acharnement à ne pas se laisser refermer, comme « béer » par exemple.
- « Le temps fit encore tourner les aiguilles des horloges » :
Je ne trouve pas cette phrase très heureuse, mais là, c’est subjectif, je ne peux pas dire pourquoi.
- « ... signifiait qu’il n’avait pas fait assez. » :
« fait assez » me semble incomplet, pauvre. J’aurais préféré « fait assez d’ efforts » par exemple.
- « les premiers curieux arrivèrent pour en prendre connaissance » :
Ils ont déjà connaissance du phénomène. S’ils viennent, c’est pour voir le trou.

   misumena   
2/11/2010
 a aimé ce texte 
Un peu
Cher Alpy,
Vous venez de faire sur un forum une petite pub amusante en faveur de la lecture de vos textes. Je joue le jeu et viens vous lire.

J'ai relevé au cours de ma lecture les mêmes problèmes syntaxiques que Bidis : je ne les citerai donc pas.
J'ai aussi vu quelques soucis de ponctuation. Cependant, j'utilise moi-même, sciemment, la ponctuation d'une manière parfois peu académique. Il s'agit alors pour moi de créer un rythme particulier. Donc, j'aimerais savoir si l'absence de virgule est voulue dans des phrases telles que :
"Le village ondoyait vaporeux se consumant dans des flammes dansantes" (ça fonctionne aussi sans virgule)
"L’idée semblait logique mais jeter des déchets dans un trou en face de l’église, était-ce une hérésie ? " (j'aurais mis une virgule avant "mais")
"Cette artère restait vide de voitures mais pleine de signification car elle n’était pas seulement leur unique lien avec l’humanité mais aussi leur attache à la modernité." Ouf ! Tout cela sans une petite pause, c'est bien long.

L'histoire est effectivement un conte. J'aime les contes et je suis plutôt écolo, mais je n'ai pas accroché à celui-ci et à ce Babel d'un nouveau genre. Et la fin (le monument à la croyance, humaine, cela va sans dire, on n'a pour le moment pas fait la preuve de croyances dans d'autres espèces que la nôtre) me reste absconse.

Cependant, je reconnais que l'exercice du conte est difficile, et que le texte a été travaillé. Cela se lit, cela se sent.

   Anonyme   
5/11/2010
Je viens juste de lire votre nouvelle. Je l'ai beaucoup appréciée. Néanmoins je trouve la situation initiale longue, en ce sens que vous vous êtes un peu attardé à décrire le lieu de l'histoire. Trop de description risque de nuire à l'objectif ultime de la nouvelle (transmettre un message). Et la fin de l'histoire n'est pas vraiment une chute comme le demande la structure de la nouvelle. C'est vrai on a réussi à combler le trou, mais je ne vois pas que c'est vraiment une chute...

   Anonyme   
6/11/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’ai lu avec intérêt ce conte qui démarre dans une ambiance de moyen âge où la route, seule, témoigne d’une époque contemporaine. La modernité visible arrive plus tard avec l’économie touristique les hôtels et les parkings payants. Au début j’ai pensé à Las Vegas « terres plates et vides à perte de vue », mais finalement le point de vue est peut être plus global comme si l’humanité tout entière était symboliquement représentée par cette foule qui se diverti en accumulant des ordures. C’est peut être un conte écologique. Le trou représente le néant de l’existence, l’acharnement à le combler : la volonté farouche d’exister, l’encouragement du religieux : l’aveuglement. C’est terriblement désespéré, une note d’espoir l’aurait adouci mais l’auteur ne l’a pas voulu. Comme la vraie vie, les contes ne finissent pas toujours bien.

   alvinabec   
8/11/2010
On tient là une jolie prose qui s'apparente plus au conte philosophique qu'aux contraintes habituelles de la nouvelle-voir l'absence de chute-. Le début du texte pourrait être plus ramassé, la description du village un peu longuette. L'intention d'ensemble est cohérente et drôle.

   arnotikka   
6/2/2011
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime cette écriture un peu naive, façon comte.


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