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Sentimental/Romanesque
Ashanon : À l'ombre d'un péché
 Publié le 18/06/11  -  9 commentaires  -  6297 caractères  -  76 lectures    Autres textes du même auteur

Il est bien souvent raconté que d'être poète est une tare ; qu'il y a moult autres choses à faire que de "jouer" avec les mots. Ça ne paye pas son homme entend-on parfois.
Antonin, un jeune rêveur, est la risée de la maison. Il n'en a cure et jouit du jeu de ses mots.


À l'ombre d'un péché


Prudence m’avait dit :


« Tu verras, quand ta garce d’insouciance t’aura fait transgresser les lois, ben tu pourras plus faire marche arrière. Sauf si…

- Sauf si quoi ? lui avais-je répondu.

- Sauf si tu reconnais tes erreurs et fais acte de repentance, idiot ! Mais après faudra qu’on te pardonne. Et là, c’est pas encore gagné… »


Puis une claque arrivée promptement sur le haut de mon crâne m’inculquait soudain sans effort le sentiment de vengeance.


Je m’appelle Antonin Certin mais il y a peu de chance que l’on me croie ; c’est pourtant vrai. Ça fait vingt-et-un ans aujourd’hui que je traîne ce fardeau mais j’aurai ma revanche un jour ou l’autre ; quand je serai vieux. Je viens de m’apercevoir que j’ai perdu trois ans en cette fichue année 1974, mais tant pis. Je suis libre !


Pour l’instant je pense à ce que cette bourrique de Prudence m’avait dit et elle avait raison, la punaise ! Je ne pourrai plus faire marche arrière et c’est tant mieux. J’ai goûté et j’ai aimé. Mais la Prudence, elle, je ne l’ai jamais aimée et je ne l’aimerai jamais. Et là je viens de recommencer ; ça va l’enquiquiner au diable quand elle apprendra. C’est d’ailleurs pour ça que je pars de chez moi ce matin. J’ai commis une nouvelle fois ce qu’ils appellent "erreur" et je ne supporterai pas mon père avec ses reproches motivés par la fourberie de Prudence. Et ma mère dans tout ça qui ne dit rien, qui ne pense rien, qui ne sait plus que je pleure, qui est morte ! Je suis majeur aujourd’hui et je vais vivre !


Elle est ronde et froide comme les culs-de-poule qu’il y a autour du piano de la cuisine, la Prudence. Ses mains sont râpeuses comme les mandolines oxydées par les légumes mal lavés que je n’aime pas. Son haleine poisse comme l’ail collant qu’elle met dans tous les plats et qui me donnera éternellement la nausée.

« L’ail, c’est pour piquer le cochon, lui ai-je souvent dit. Et pour les cochonnes on n’enlève même pas la peau. »

C’est vrai qu’elle a de gros melons, la Prudence, mais je voudrais même pas savoir s’ils sont sucrés. De toute façon, mon père a bien dû les goûter alors c’est même pas la peine de penser qu’on puisse passer après lui. Le père qui prêche la bonne parole, la bienséance, la bonne tenue et qui n’est même pas capable d’être fidèle à une femme qu’il a tuée au labeur. D’abord, les seules fois où il pense à ma mère, c’est quand il va à la messe. Jamais !


Pourtant, la saloperie de Prudence, elle s’est bien rincé l’œil quelques fois quand j’étais enfant et qu’elle m’apportait l’eau chaude à mettre dans le bassin pour le bain.


J’étais nu comme son ver solitaire. Elle s’esclaffait de me dire qu’un peu de vin ferait gonfler la grappe. Elle se délectait de me faire tourner, dans tous les sens, pour voir si les coutures tenaient toutes... J’aurais dû lui pisser dessus ! Je bande en pensant à toutes les saloperies que j’aurais pu lui faire, si seulement…


Ce jour-là, celui où cette affreuse gouvernante m’avait frappé le crâne, j’avais couru comme un lapin avec mon chien, Oscar.

Essoufflé, je m’étais assis sur le perron d’une maison de vigne appartenant au père Soucaze - l’un des vignerons associés de mon père - à l’ombre d’arbres fruitiers. Fidèle, mon épagneul breton, qui connaissait par cœur le chemin menant au domaine, ne m’avait pas attendu, tiraillé qu’il était par la soif. Mais je me foutais bien de savoir ce qu’il pourrait raconter à la maison. Moi seul connaissais son langage.


Malgré mes mauvais moments au domaine, les belles choses de la vie je les prenais comme elles venaient lorsque je pouvais m’échapper. Sans rien dire je me faisais plaisir, je faisais parfois plaisir, on était tous contents ; enfin, sauf mon père et Prudence, bien sûr. Je n’ai ni frère, ni sœur ; ça m’a évité de nombreux problèmes et comme ça, personne ne rapportait…


Je venais de franchir la barre de mes seize ans la veille au soir. Le soleil tapait fort quand il se trouvait une place entre les nuages et arrosait de son omnipotence les vallons de ceps. Le temps se couvrait et venait à l’orage. La poussière commençait à sentir l’humidité qui allait arriver ; mon nez s’en rappelle encore. Je venais de me saisir de mon carnet et de mon crayon de bois. La sueur de mon front perlait et gouttait sur le papier, le tachant, le maculant comme si...

J’engageais une nouvelle fois le rituel qui me valait d’être bien souvent raillé et monté au pinacle des injures : « Niaiseries, écritures de lopette, dessins de manchot et autre virgule obsédée ! » entendais-je souvent.


Effectivement, je me fourvoyais depuis belle lurette dans les méandres rêveurs de mes pulsions poétiques. Mais je les emmerdais. Ils parlaient de moi et là était l’essentiel.

« Ne laisse pas les autres indifférents, et surtout, fais ce qu’il te plaît. » m’avait dit ma mère sur son lit de malade. Je l’avais écoutée et j’en suis fier aujourd’hui. Mon crayon partait alors en une parabole :


"Je la regarde, prisonnier de ses courbes divines

Elle m’offre sa peau de velours cent fois caressée

Je croque vers son cœur enrobé de chairs sirupeuses

Quand elle inonde de son jus mes commissures

Chaude et fraîche se jouant de mes soleils


En fruit charnu aux veines sanguines

Bombée, dodue, gourmandise de mes pensées

Ses deux collines serrant une queue joueuse

Elle enveloppe de son odeur mes pensées impures

Enfin, je puis l’aimer à jouir de ses merveilles."


Je commettais une nouvelle fois l’irréparable. Les dieux allaient me tomber dessus comme les plaies sur l’Égypte. Le ban des bannis, tout comme les Pataugas de mon père, allaient de nouveau connaître mon arrière-train et mes culottes courtes en tergal. Des cochonneries insupportables et indignes de mon âge venaient de salir le pudiquement correct.


Plutôt que d’être vigneron et commercer pour jouir des bienfaits de la nature, je m’étais installé dans un autre métier : celui d’éternel poète. Celui qui jouit, lui aussi, d’offrir et recevoir. Celui qui, lui aussi, jouit des plaisirs de la nature et de ses fruits. Fussent-ils défendus !


Et sais-tu où tu peux la mettre, ma repentance, sorcière ?


 
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   socque   
1/6/2011
 a aimé ce texte 
Bien
J'apprécie la hargne du texte, mais ce qui la provoque me paraît un peu léger. J'aime aussi cette ambiance de sensualité crispée, comme une atmosphère alourdie avant l'orage (de ce point de vue, la scène sur le perron d'une maison de vigne me paraît bien dans l'ambiance).
Le poème a un rythme incertain à mon avis ; dommage, parce qu'il me paraît lui aussi bien coller à cette ambiance électrique comme une chemise pleine de sueur colle à la peau.

   Pascal31   
13/6/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai bien aimé ce court récit sur les déboires du jeune Antonin Certin qui s'interroge sur son avenir incertain !
Je ne suis pas parvenu à vraiment m'attacher à ce poète incompris, mais les jeux de mots (le titre, l'emploi judicieux du prénom de la gouvernante, etc.) sont bien trouvés et appuyés par une écriture simple, un style fluide : j'ai donc passé un bon moment en lisant cette nouvelle.
Avec en prime un poème coquin "viticole" qui n'aurait pas démérité en section "poésie".

   toc-art   
18/6/2011
Bonjour,

je ne crois pas que ce texte fasse une bonne nouvelle, je pense qu'il est autre chose, bien plus un morceau d'un texte plus long et plus dense, dans la grande tradition des récits initiatiques où la personnalité du narrateur (souvent écrivain ou artiste) se construit dans les méandres de son enfance.

Quelque chose d'intemporel ici, de très classique, presque début du siècle je trouve dans les rapports (famille bourgeoise, gouvernante, l'eau chaude qu'on apporte dans le bain...), mais là encore, on retrouve une certaine "tradition" de la littérature qui, moi, me plait.

l'écriture est pensée, maîtrisée, on sent une vraie maturité me semble-t-il, l'auteur n'a pas cédé à la volonté de tout expliquer, les ramifications entre les personnages ne sont pas développées (là encore, cela me conduit à penser qu'il ne s'agit que d'un extrait d'un récit plus long).
Un texte qui pique la curiosité du lecteur et donne envie d'en connaître plus sur l'univers que l'auteur semble capable de mettre en oeuvre. Au plaisir donc...

bonne continuation

   Anonyme   
18/6/2011
Une histoire pleine de trous, à remplir par le lecteur. Y'en a qu'aime ça, je n'en fais pas partie.
Le nom du chien, c'est Oscar ou Fidèle ? Je dois dire que ma première impression était qu'une coquille s'était glissée dans le texte. Ensuite j'ai lu le commentaire de toc-art et ne comprenant pas ce qu'il disait à ce sujet précis, j'ai relu la nouvelle quatre fois avant de comprendre son point de vue.
Si c'est Oscar, effectivement, il manque un petit mot quelque part.

Sinon, j'ai aimé le style, et l'ensemble même si je ne suis pas fan de ces histoires où le lecteur tient les manettes.
Avis très partagé. Oui, si ce texte est un morceau de quelque chose de plus vaste et non, quant à penser que ce texte est une nouvelle.

   Ashanon   
20/6/2011
Il y a effectivement une coquille pour "Fidèle" qui m'est imputable. Je vais tenter d'y remédier.
Par ailleurs, ce texte n'est pas une partie d'un autre texte.

   marogne   
19/6/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
On a un peu de mal à relier la colère de ce texte à ce qui semble la provoquer. Quoi, tout cela pour ça?

Il pourrait même se faire que l'on comprenne le texte comme étant une auto-justification, une recherche de la critique pour pouvoir presque se sentir au-dessus des autres, cela vient sans doute du peu de détails donné, et sans doute d'une exagération et des sentiments des autres et des réactions qu'ils créent.

Et puis de l'ail, et même avec la peau, c'est bon pour le gigot d'agneau...

   beth   
22/6/2011
 a aimé ce texte 
Pas
Et la poésie dans tout celà? Je n'ai pas décelé de pulsions poétiques...pas une ombre. Pour moi beaucoup de graveleux simplement.
En quoi a-t-il perdu 3 ans?
L'ail se pique dans l'agneau pas dans le porc?
Je n'ai pas apprécié ce texte le fait est certain.

   antares77   
26/6/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
D'un côté une évocation d'une enfance à la Pagnol en moins insouciant et en plus revenchard plutôt très réussie ...
De l'autre un trop grand écart ente les péchés, les poêmes, et les reproches et les insultes qu'ils suscitent.
Pour tout dire, à la première lecture, j'avais compris que le personnage était un queutard invétéré (pardon pour le vilain mot) et que c'était ses prouesses qui constituaient les "erreurs". Et je pense, trs humblement, que la nouvelle aurait mieux fonctionné de cette façon-là.
Mais la prose est fluide, l'adolescence rebelle est bien décrite, la naissance d'une décision qui restera transversale à toute une vie, née et cimentée par les vexations de l'enfance. En conclusion, bien jolie petite nouvelle !

   souchys   
15/6/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Déçu de cette lecture...

Le récit me laisse un sentiment mitigé...

Pff, que dire ? Les autres l'ont déjà fait !


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