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Beckett : Un lundi ordinaire
 Publié le 11/10/11  -  17 commentaires  -  13051 caractères  -  286 lectures    Autres textes du même auteur

Un lundi matin, des gens, un bus et un coup de blues...


Un lundi ordinaire


4e rond point. C’est un de ces bus accordéon qui ondule comme un serpent dans son couloir réservé. Le convoi de 8 h 52. À bord, mes amis anonymes. Nous nous côtoyons tous les jours sans nous saluer. Ça ne se fait plus. Il y a le gros type genre chauffeur de car scolaire avec sa tignasse pelée, la citerne à bière qui lui sert de bide, et ses deux grosses fesses molles qui pendouillent comme du fromage fondu de part et d’autre de la surpiqure de son velours sans poches. Il y a l’employée de banque en préretraite (elle descend devant la BNP) avec ses jambes en pattes d’oiseau, ses 12 couches de fond de teint orange, ses cheveux peroxydés et permanentés qui font penser aux tifs de ces chanteurs de hard rock des années 80, et ses paupières peintes de la couleur de ses tailleurs cintrés tirés sur sa silhouette d’anorexique Weight Watchers. J’imagine le boulot. Des heures de maquillage, des années de privations et de mouvements de gym exécutés devant la télé, des tonnes de salades et pamplemousses ingurgités pour obtenir cette allure de travelo desséché qu’on aurait trempé dans la cire ; un compromis entre Ziggy Stardust et Axl Rose qu’on aurait enfermé un siècle dans une cabine de bronzage et à qui on aurait ensuite liposucé jusqu'à la dernière goutte de graisse pour ne laisser sur le squelette que cette peau marron et chiffonnée rappelant celle du poulet grillé. Il y a le bigleux bibliophile avec son strabisme hors concours et ses verres de lunettes épais comme sa myopie. Je me demande toujours quelle page il est en train de lire. Je le sais au moment où il tourne la page : il renifle. Son bras gauche est relié à ses sinus. Il y a le quinquagénaire tiré à quatre épingles, avec ses joues lisses, rasées au savon, ses costumes aux coloris assortis à la saison, bleu marine l’hiver, beige l’été, qui se donne des airs de PDG, mais dont les mocassins à glands de supermarché trahissent le statut de petit cadre minable. Et puis il y a moi, assis tout seul à l’arrière, avec mes tennis, mon jean, mon t-shirt, ma demi-calvitie monastique, mon allure d’ado attardé, un livre ouvert sur les genoux, à moitié endormi, qui rêve de forêt à perte de vue, de peau de bête, et de mort naturelle. Moi et mon espoir de me réveiller un matin dans un endroit différent. 10e feu rouge.


Nous avons tous une mine pitoyable. Nos yeux bouffis, bordés de noir, contrariés par l’heure matinale, regardent sans voir, plongés à l’intérieur, déjà au travail. Nous anticipons nos tâches débiles de la journée, nous faisons notre petit planning de corvées dans nos têtes, nous préparons notre sourire pour nos collègues, notre patron. Vautrés sur les sièges ou debout suspendus aux poignées comme des quartiers de viande exsangue, secoués par notre bus accordéon, nous nous dirigeons vers nos emplois respectifs. Sans un sourire, assis sur notre orgueil, dévorés par des envies en trompe-l’œil, nous partons travailler dans un atelier, un bureau, un magasin, peu importe où, pour gagner de quoi nous endetter et nous offrir des fringues à la mode, du high-tech, et des vacances, là-bas, dans l’un des pays lointains et exotiques où des enfants fabriquent nos téléphones portables et nos chaussures de sport. Nous partons faire des frites, du béton, des photocopies, vendre des appartements, des jeans, du fromage, des assurances, nous allons sourire, mentir, taper « cordialement » au bas de nos courriels, nous rabaisser devant un petit chef au nom du dieu full HD compatible 3D et obéir à la déesse pendule pour avoir le privilège de manger et de voyager low cost. Tous ensemble, nous partons construire du rêve, triompher de la médiocrité, tâcher de nous hisser hors du lot, pour nous affranchir du besoin et nous assurer une consommation sans limite et sans fin, le paradis moderne. Sauf que ça n’arrivera pas. Et au terme de 50 années d’efforts et d’abnégation tout ce qui nous restera de ce servage consenti sera une impression dégueulasse de ne pas avoir été à la hauteur, un sentiment de culpabilité et d’échec. Ça vous rappelle quelqu’un ?


Et elle est là, comme une anomalie, un atoll dans le désert, assise dos à la marche, face à moi. Merveilleux petit être rose et chaud né de la rosée au matin. 15 ou 16 ans peut-être. Ses longs cheveux savamment coiffés, et ses lèvres neuves et rubicondes barbouillées à la fraise luisent sous l’éclat jaune du soleil. Elle croise poliment les jambes. De son grand sac à main vinyle posé sur ses cuisses lisses et court-vêtues dépasse une épaisse pochette cartonnée griffonnée au Bic, probablement son nécessaire scolaire. Son débardeur blanc à fines bretelles tendu par ses seins jeunes et lourds, blottis l’un contre l’autre comme le p’tit cul rose d’un ange, s’ouvre tel un bénitier devant moi. Amen. 11e feu rouge.


Je la regarde. Embusqué à l’arrière du bus, avec mon teint blafard du matin, le noir sous mes yeux, la tête encore coincée entre le jour et la nuit, feignant de bouquiner, je me repais de cette apparition. Je me livre à ma petite anthropophagie visuelle habituelle. Je m’empresse de goûter des yeux cette beauté avant que son teint ne grise, que son corps ne se lasse, que ses chairs ne s’affaissent, avant que ses yeux cessent de regarder dehors, avant qu’elle nous ressemble. Je vois mon sexe enserré entre ses nichons. Ma langue lapant ses tétons. Je sens le goût poivré de sa chatte au fond de ma gorge. Je la vois nue, ses seins, son cul, son vagin exposés à la lumière du jour. En train de me pomper, de m’insuffler un peu de sa vitalité. Le bus freine violemment. Deux personnes tombent. Trois protestent. Les seins de la demoiselle ont un petit hoquet délicieux. 19e virage.


16e arrêt : Belvédère. Un type en complet gris attaché-case descend, suivi du gros cul graisseux. Une femme noire enfourne une poussette à bord et nous rejoint. On tousse à gauche.


La jeune nymphe sent mon regard vicelard dégouliner sur elle. Je fais mine de tourner une page. Nos yeux se croisent. Bleu translucide contre marron vitreux. Elle sent mon désir et je sens sa gêne. Pendant un instant nous nous épanchons l’un dans l’autre. J’entends presque son cœur battre dans ma poitrine. J’ai de nouveau 15 ans et je suis léger. Une chaleur intempestive à l’entrecuisse monte aux joues de Pimprenelle sans prévenir : elle rougit. Non, vraiment, ce n’est pas un spectacle à offrir à un type en panne de semence. Mon pantalon enfle sous mon livre ouvert. Je repense à mes échecs successifs, à ce plaisir qui reste coincé dans mes couilles, à cette routine qui assèche ma vitalité, à Patricia et à Alice. Avec toi Lolita, j’y arriverais. Je lâcherais la purée rapidement. J’en suis sûr. Je te prendrais accroupie, la jupe relevée, sur le siège du bus et mes angoisses s’écouleraient en toi comme une rivière pâle et épaisse. Et enfin ma tête se viderait pour 5 secondes d’éternité et de plénitude que m’envieraient les maîtres yogis. Je guérirai encore une fois. L’adolescente remonte discrètement son décolleté.


20e virage. Un cri primal met tout le monde au garde-à-vous. À l’avant, le gamin dans sa poussette hurle. Imaginez vos tympans prêts à se briser comme du verre. Imaginez un porc qu’on égorge, une cloche d’église enfermée dans votre boîte crânienne. Pensez à une longue et froide aiguille de métal qui pénètre votre cervelle par les oreilles, et vous serez encore loin de la vérité. 12e feu rouge.

Bien sûr, il y a les odeurs : sueur, pet, urine de saoulard, tabac froid, frite kebab, couche de bébé marinée, vomi, alcool renversé entre deux sièges. Les bruits aussi, les baladeurs écoutés à plein volume, les bavardages téléphoniques de ceux qui informent leurs amis que « là, ils sont dans le bus ». N’oublions pas toux, mastication, rot, reniflement, mouchage, et toutes autres formes de partage de nos petites activités organiques, et souvent tout ça en même temps. Mais ce qu’il y a de pire c’est le cri déchirant et disproportionné de cette petite chose inconsciente et irraisonnable qui pour une raison inconnue décide de vous charcuter les tympans aux aurores. Les passagers rentrent la tête dans les épaules comme si un obus allait tomber sur le bus et prient pour que ça cesse. En même temps, il n’a pas tort le môme, un bus à 9 h du matin, ce n’est pas un endroit où se trouver.


17e arrêt : Descartes. Les portes s’ouvrent. Le petit monstre hurleur et sa mère descendent. Nos épaules retombent. Un vieux monte. Casquette et froc en velours vert. Il regarde à droite, à gauche, avec ses mirettes laiteuses. Il cherche un siège abandonné pour y couler ses fesses flasques. Une tique qui cherche un chien. Je prie pour qu’il ne voie pas la place libre à côté de moi. Trop tard. Il traîne les pieds jusque-là et s’assoit.


21e virage. Le vieux respire bruyamment. Après le coup du gamin, ce n’est pas de chance. Du coin de l’œil je vois les poils de son nez entrer et sortir de ses narines. Un coup dehors, un coup dedans, comme un genre de herse poilue. Ça racle, ça siffle comme si une bouillie glaireuse allait remonter du fond de ses poumons. Pas moyen de m’absorber dans la contemplation de la jeune nymphe. À chaque expiration ça sent le salami. Le plateau de charcuterie. Beaucoup d’hommes âgés exhalent cette odeur de viande boucanée. J’ai lu quelque part que les chiens étaient capables de détecter la présence de certains cancers dans votre haleine. C’est ça l’odeur de charcuterie : la maladie, ça sent la maladie, la vieillesse. Mon avenir, notre avenir à tous. Je suis un futur morceau de viande séchée et puant. On renifle aussi à l’avant. Le bigleux tourne une page. 13e feu rouge.


Cette fois, j’en ai assez ! Assez de toutes ces tronches d’enterrement, de cette procession motorisée de résignés asservis, marre du communautarisme de la tristesse et des yeux noirs. Alors je me lève et j’avance au milieu du bus. J’agite les bras pour attirer l’attention sur moi. On murmure, on s’étonne, tous m’observent. Et je dis : « Hé vous tous ! Il fait beau, si on allait à la plage ? Hein ? Et si on passait d’entreprise en entreprise de boutique en boutique chercher tous les gens et que nous allions tous à la plage ? Si on y va tous personne se fera virer, hein ? Qu’est-ce que vous en dites ? ». Grand silence. Les yeux s’écarquillent autour de moi, puis se voilent et regardent de nouveau à l’intérieur comme pour peser le pour et le contre, puis, soudain ils se rallument comme lorsqu’on aperçoit une issue qu’on a cherchée toute sa vie. Les premiers sourires fleurissent sur les visages. Un « oui » déterminé est lâché au fond du bus, et tous les autres suivent. Le chauffeur à l’avant crie : « Ouais, mec t’as raison, chiche ? Il fait trop beau, je vous conduis ! ». Le bus est en liesse. Ce n’est plus le même endroit que cinq minutes auparavant. La petite Lolita me lance un sourire timide. Et nous chantons tous ensemble « No surprises » de Radiohead. Sauf que je ne me lève pas de mon siège, je ne vais pas au milieu du bus. Je me tais comme les autres et j’encaisse, comme inhibé par une force invisible. 5e rond point.


La petite merveille bâille, révélant un implant métallique planté dans sa langue. Merde, la gangrène l’a déjà prise. Dans les temples aztèques et mayas, les prêtres se perçaient la langue lors de rituels pour communiquer avec les dieux. Il y a 4 000 ans, au Moyen-Orient, on se perçait le nez comme un signe extérieur de richesse. Dans l’Égypte ancienne seuls les membres de la famille royale avaient le droit de passer un anneau dans leur nombril. Aujourd’hui des gamines de 15 ans se trouent la langue pour faire comme Britney Spears. Des bonnets en été, des lunettes noires la nuit, des casques géants pour reproduire de la musique compressée. Toute une génération de gamins pourris par le culte de l’objet pour l’objet, son esthétisme. L’échec de nos parents, la reddition de nos aînés qui prônaient la révolution et qui aujourd’hui transpercent les langues des gamines. Et nous tous, entassés dans notre bus, qui partons perpétuer cette trahison. Toute la planète qui part en couille. Et nous sommes là, tranquilles, dociles, affaiblis par les contraintes harassantes de nos horaires et du mensonge. Et cette odeur de sauciflard qui m’emplit les narines. Le vieux renifle de plus en plus fort. Une mélasse aqueuse perle dans les poils de son nez. J’ai la nausée. Remarquez, j’ai toujours la nausée le matin avant midi.


Et là, au bruit que font les pneus sur la route, et à la vitesse réduite à laquelle nous roulons, je sais où nous sommes. Je pourrais vous le dire les yeux fermés. 10 ans que je fais ce trajet deux fois par jour. 13 feux rouges. 5 ronds-points. 23 virages. 18 arrêts. 7 km de trajet. 25 minutes pour bouquiner. Je connais le moindre trou dans le bitume. C’est le dernier feu avant l’arrêt Manufacture, le 18e, mon arrêt. J’appuie sur le bouton. Le bus s’arrête. Je me lève et je me faufile comme je peux entre les genoux du vieux salami. Je m’offre une dernière fois les seins de la demoiselle vus du ciel. Et je descends. Nous sommes lundi matin. Et je pars lutter pour mon salut.


 
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   socque   
19/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Sur le fond, j'ai tendance à me lasser des variations sur l'aliénation quotidienne, le tout-consommation à gerber, le tous-des-moutons-sauf-moi, le délire obligatoire du moment libérateur fantasmé, la promesse de grâce d'un petit cul nubile qui se révèle hélas aussi con que les autres, puisque seul le narrateur n'est pas con. Je remarque d'ailleurs que, malgré sa mine pitoyable à cause du rythme de vie imposé par la méchante société, il (le narrateur) est exempt des odeurs louches, reniflements et autres ridicules organiques de ses compagnons de bus (à part Lolita), bref qu'il est manifestement d'une essence différente de ses frères humains ; du coup, il se permet de les juger.
Donc, sur le fond, franchement je n'aime pas ce mépris universel.
Sur la forme, je dois reconnaître que c'est bien fichu, expressif, plutôt enlevé.

"cette allure de travelo desséché qu’on aurait trempé dans la cire ; un compromis entre Ziggy Stardust et Axel Rose qu’on aurait enfermé un siècle dans une cabine de bronzage et à qui on aurait ensuite liposucé" : je trouve dommage d'employer à quelques mots d'intervalle des constructions similaires dans un même but de comparaison ; du reste l'ensemble de la phrase me paraît lourd.

   Anonyme   
30/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Vous forcez vraiment le trait dans la description de vos personnages mais ce n'est pas déplaisant. Il en ressort un humour caustique assez cruel qu'on imagine alimenté par le ressentiment d'une vie "minable".

Cette vie minable vous la disséquez sans grande originalité dans le deuxième paragraphe. Rien de percutant dans votre dénonciation de la société de consommation et des rapports aliénant engendrés par le travail. J'ai l'impression d'avoir lu ce passage des centaines de fois. En vérité ça frise la rébellion adolescente.

Excellent ce portrait de la nymphette soumis à votre "anthropophagie visuelle". On a l'impression d'être assis à côté de vous à reluquer la demoiselle. Dommage que vous dérapiez en suivant. Franchement je ne sais pas si votre fantasme sexuel passera la censure. Continuons quand même ...

Aïe, ça ne s'arrange pas ! Vous perdez le contrôle de votre écriture. La scène d'amour que vous imaginez avec la demoiselle (mineure en plus) sur la banquette du bus est beaucoup trop cru. L'érotisme se fracasse à l'aune de vos pulsions et le porno pointe le bout son nez.

Heureusement vous vous ressaisissez par la suite et le discours que vous lancez aux gens du bus est réussi et plein de pertinence. Une bouffée de rêve dans la grisaille.

Un bon style, une écriture chatoyante, hélas desservis par une morgue envahissante et des passages trop en dessous de la ceinture. Calmez-vous et reprenez ce texte avec plus de sérénité.

   monlokiana   
11/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
C’est difficile de dire ce que j’en pense. C’est une nouvelle sympa. J’aurais aimé que le texte soit un peu plus aéré. On peut se tromper de lignes et revenir à la ligne précédente et ça gène la lecture, déjà que lire sur écran c’est déjà difficile. Donc, vite les sauts de lignes !
Le premier paragraphe présente les gens du bus :

« 4ème rond point. C’est un de ces bus accordéon qui ondule comme un serpent dans son couloir réservé. Le convoi de 8h52. A bord, mes amis anonymes. Nous nous côtoyons tous les jours sans nous saluer. Ca ne se fait plus. Il y a le gros type genre chauffeur de car scolaire avec sa tignasse pelée, la citerne à bière qui lui sert de bide, et ses deux grosses fesses molles qui pendouillent comme du fromage fondu de part et d’autres de la surpiqure de son velours sans poches. Il y a l’employée de banque en pré-retraite (elle descend devant la BNP ) avec ses jambes en pattes d’oiseaux , ses 12 couches de fond de teint orange, ses cheveux peroxydés et permanentés qui font penser au tifs de ces chanteurs de hard rock des années 8O, et ses paupières peintes de la couleur de ses tailleurs cintrés tirés sur sa silhouette d’anorexique Weight Watcher. J’imagine le boulot. Des heures de maquillage, des années de privations et de mouvements de Gym exécutés devant la télé, des tonnes de salade et pamplemousse ingurgités pour obtenir cette allure de travelo desséché qu’on aurait trempé dans la cire ; un compromis entre Ziggy Stardust et Axel Rose qu’on aurait enfermé un siècle dans une cabine de bronzage et à qui on aurait ensuite liposucé jusqu'à la dernière goutte de graisse pour ne laisser sur le squelette que cette peau marron et chiffonnée rappelant celle du poulet grillé. Il y a le bigleux bibliophile avec son strabisme hors concours et ses verres de lunette épais comme sa myopie. Je me demande toujours quelle page il est en train de lire. »

J’ai bien aimé, c’est détaillé. On se les imagine facilement ces passagers. Il y a de la qualité dans l’écriture et l’auteur est riche (en vocabulaire^^)
Toute la suite du texte est un lot de descriptions, j’aurais aimé que ça change un peu. Des dialogues, pourquoi pas ? J’ai bien apprécié cependant. Merci pour cette lecture.
Je n’ai pas trop compris la fin ? Il descend ? Et l’idée de la plage ?

   brabant   
11/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Beckett,


Bon, que conseiller au personnage principal de ce récit ? Tour d'observation sans laquelle rien n'existerait puisque tous les autres semblent n'avoir pas de vie propre ou si peu :)

- Faut arrêter de boire le dimanche, mon vieux !

Ou bien, si c'est un abstinent :

- Bois un bon coup le dimanche, mon vieux !

De toute façon il a la gueule de bois... pour ne pas vouloir avoir la gueule de l'emploi.


Texte souvent outrancier à force de se vouloir caricatural.

J'ai bien aimé quand même, me suis poilé (lol) : "je vois les poils de son nez entrer et sortir... Un coup dehors, un coup dedans, comme un genre de herse poilue." Génial ! Mais oui !


A part ça, ça pourrait être beau malgré tout un bus le lundi matin... s'il n'y avait pas un esprit frappeur à l'intérieur à tout renifler, décortiquer, soupeser, critiquer, fantasmer... y compris lui-même (ce qui n'est aucunement à mon avis une excuse), veau doré parmi les veaux dorés.


Lol, c'est le 18ème arrêt, le narrateur descend. Le bus reprend sa route. Dormez en paix, braves gens !

:)

   Anonyme   
12/10/2011
(Oui... les gens sont moches, parfois plus à l'intérieur qu'à l'extérieur, ils puent, ils sont parfois plus cons que des oies, ils ont dans la tête une image d'eux-mêmes qui ne correspond pas toujours à la réalité glaciale du regard de l'autre.

Il n'y a que la jeunesse du corps qui soit regardable après, sitôt abordé les rivages de la quarantaine, ça commence à dégringoler et ce qui est chouette c'est que c'est valable pour tout le monde. Même Lady Gaga, Madona et Mel Gibson vont y passer.)

Quand on a lu et apprécié "les indiens à roulettes" on s'attend pas à ça. Du tout. C'est le Ying et le Yang, sans mixage.

"avec ses jambes en pattes d'oiseau" => pourquoi c'est pas "avec ses pattes d'oiseau" ?

"Je me demande toujours quelle page il est en train de lire. Je le sais au moment où il tourne la page : il renifle."
Ici (outre la répétition de page) deux idées se percutent me semble-t-il.
Je me demande toujours quelle page il est en train de lire : pourquoi, le livre que le bibliophile lit, le narrateur l'a lu ? Le connait par coeur au point que si on lui dit : 432 ! il récite la page ?
Je le sais au moment où il tourne la page : il renifle.
Il renifle parce que l'histoire est triste (et que donc le narrateur sait exactement à quel passage en est le lecteur) ou alors le monsieur renifle parce qu'il a... le bras gauche etc... Mais du coup la vraie/fausse cause : "son bras gauche est relié à ses sinus" passe à la trappe, enfin, en ce qui me concerne.

"Moi et mon espoir de me réveiller un matin dans un endroit différent." différent sans aucun doute, mais pareil, sans aucun doute, que le narrateur se rendorme, il n'arrivera jamais vraiment "ailleurs".

Deuxième paragraphe, impression que le narrateur veut lâcher du lest, diluer le vitriol dans un "nous" qui du coup, me semble relativement hypocrite.

"dans un atelier, un bureau, un magasin, peu importe où, pour gagner de quoi nous endetter..." j'aurais supprimer le "où" c'est moche à l'oreille.

"nous allons sourire, mentir, taper « cordialement » au bas de nos courriels..." il m'a fallut relire plusieurs fois pour apprécier parce qu'avec "taper cordialement" j'étais partie sur taper "cordialement" sur l'épaule, disons que le texte m'a entraînée vers cette image là et que j'ai eu du mal à raccrocher les wagons.
Ecrire ? Frapper ?
Mais bon c'est du chipotage.

"un atoll dans le désert"... y'a pas d'île dans le désert, seulement des oasis. Ca choque un peu mais c'est vrai qu'au moins comme ça, ça ne fait pas "cliché".

"Merveilleux petit être rose et chaud né de la rosée au matin. 15 ou 16 ans peut-être." Le jour où je rencontrerai une adolescente de 15 ou 16 ans "née de la rosée du matin" autrement dit naïve et douce et fraîche etc... sera un jour pas comme les autres.

"Une chaleur intempestive à l’entrecuisse monte aux joues de Pimprenelle sans prévenir : elle rougit."
Le narrateur ne manque pas d'air. Est-il sûr que cette blanche colombe pense exactement à ça ou est-ce plutôt la continuité de cette histoire de vase communiquant ; la chaleur est à lui et elle enflamme ses joues à elle ?
Pas clair et au fond, en contradiction avec cette image de jouvencelle si joliment éclose de la rosée du matin.

"Je guérirai encore une fois." La seule petite phrase qui en dit long sur le narrateur et me fait passer l'éponge sur sa mauvaise humeur flagrante.

20ème virage : même les bébés y passent ! Ha !que ne sont-ils nés, eux, de la dernière rosée !

"ce n’est pas un endroit où se trouver." Quelque chose de plus littéraire que "trouver" ?

L'homme qui monte au 17ème arrêt ressemble beaucoup à l'homme du 4ème rond-point. Même pantalon en velours, même fesses molles/flasques.

"C’est ça l’odeur de charcuterie : la maladie, ça sent la maladie, la vieillesse." Comprends pas trop : la maladie, ça sent la maladie.
Et puis cette phrase est injuste : la maladie n'atteint pas que les vieux, or c'est ce que je déduis de cette phrase.

"on se perçait le nez comme un signe extérieur de richesse." Je trouve la phrase mal fichue.

Un billet qui ne laisse aucune chance à personne, pas un millimètre de marge de recul, ou d'espoir.
Un texte très triste, que j'ai lu sans véritablement le savourer tant tout était retranscrit durement et sans la moindre concession. J'ose même pas écrire "compassion".
Plus Triste la Vie…

Mais par souci d’honnêteté j’ajouterai que 'est parfois ce que je vois, ce que je pense quand je me trouve noyée dans la foule, que ce soit dans les transports en commun ou ailleurs. Ce qui me rassure c’est que ça me passe très vite, et que ça ne m’empêche pas d’apprécier ou de sourire des travers du genre humain.
En est-il de même pour le narrateur ?
Les lundis au soleil, ça existe aussi…

   marogne   
12/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bravo pour ce portrait d'un être abject sous couvert de critique de la vie moderne et de la société dans laquelle nous vivons. j'apprécie la distanciation qui, faisant presque prendre au sérieux la charge, rend encore plus ridicule le narrateur.

Je regrette néanmoins que le procédé tende à banaliser ceux qui dans cette humanité resteraient à plaindre ou à admirer.

Sur le style lui même, je crois qu'il est effectivement bien choisi, on a presque l'impression que l'auteur croit à ce qu'il écrit. Il y a accumulation, répétitions, banalités, lieux communs, ... tout ce qui signale le degré zéro de la pensée et en même temps la médiocrité intellectuelle des commentateurs modernes. Bravo, c'est du grand art.

   Anonyme   
13/10/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte que j'ai lu et relu. Le récit des choses ordinaires ? Toujours cette grande maîtrise de la langue, des effets, ce sens du relief.

J'aime ton écriture Beckett et je dis pas ça à tout le monde.

"un compromis entre Ziggy Stardust et Axl Rose qu’on aurait enfermé un siècle dans une cabine de bronzage et à qui on aurait ensuite liposucé jusqu'à la dernière goutte de graisse pour ne laisser sur le squelette que cette peau marron et chiffonnée rappelant celle du poulet grillé."

Et ton p..... de sens de la formule qui m'enchante grave !

   dodo-chan   
13/10/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Perception effroyable mais bien retranscrite.
J’attendais en bon client une solution, une idée et bien que dalle.
Dommage, sa manque de fond pour investissement dans la forme.
Merci pour ce bon moment de noirceur humaines.



dodo

   Anonyme   
13/10/2011
 a aimé ce texte 
Vraiment pas
Un lundi ordinaire

Le narrateur a un regard un peu plus indulgent sur sa propre personne que sur celle de ses « amis » soit ils sont caricaturaux soit il n’en parle pas.
Un véritable dégout de la vie avec même le bébé qui n’a pas grâce à ses yeux et quand sa lourde paupière se lève c’est pour que ses bas instincts, qui n’ont jamais eut le courage ou la possibilité de s'exprimer, se déchainent pour lui permette de rêver au viol sal d’une jeune ado.
Berk ! On s’y croirait. Au moins ça c'est réussi.
Et puis d’un coup il se lève pour faire croire à une issue possible et les autres qu’il vient de décrire comme des loques le suivent. Invraisemblable ! Ah non heureusement ce n’est qu’un rêve. Ouf ! On est passé à côté d’un lieu commun : Le rêve de plage dans la grisaille du quotidien.
Le style y est mais le fond dégouline et je n’arrive pas à m’abstraire du fond.

   widjet   
14/10/2011
 a aimé ce texte 
Pas
« Les Indiens à roulettes » patinent encore et joyeusement dans mon esprit. C’est dire si j’attendais confirmation dans ce second opus. Bon, ben, cette fois c’est foiré.

Le trop est l'ennemi du bien, voilà comment je pourrais résumermon point de vue.

Je crois que là, la couche est un peu trop épaisse, trop grasse à l’image de cette phrase interminable et lourde « Des heures de maquillage (…) que cette peau marron et chiffonnée rappelant celle du poulet grillé » . Critique de la société ok, mais dans le précédent opus, c’était plus percutant et l’observation plus acide (je préfère de très loin l’ironie au graveleux) contrebalancé avec une forme de tendresse qui rendait ce personnage malgré tout attachant. Celui-ci est (volontairement et c'est un choix d'auteur) détestable et sa charge est une nouvelle fois trop appuyée (enfoncée à coups de pilon), dépourvue de trouvailles originales (les descriptions des passagers sont bof), la répartie est moins claquante (ça vire à la facilité), ça tourne souvent en rond (idées répétitives) par manque de renouvellement (et d’inspiration ?).

Côté écriture, quelques bricolos du genre « Ce n’est plus le même endroit que cinq minutes auparavant » (« que 5 mn auparavant » est un rajout dispensable). « Petit être rose et chaud né de la rosée », répétition « rose » évitable. Et ce n’est plus la BNP…mais la BNPP.

J’ai la sensation d’un texte vite écrit. Trop vite, sans doute. Cela se voudrait un peu revendicateur, acerbe. Ce n'est finalement qu'anodin, gueulard et stérile. Ordinaire, en somme.

W

   alvinabec   
14/10/2011
Bonsoir,
Votre texte tient plus d'un coup de gueule que d'une "histoire" avec intrigue.
On peut aussi y voir une analyse sociologique des contraintes mêlées aux fadeurs d'un lundi matin dans un aéropage de personnages ordinaires.
Au-delà du témoignage, quelle est l'intention de l'auteur?
A vous lire...

   horizons   
18/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Effectivement pas une once d'humanité chez cet energumène qui n'ai pas, je l'espère, l'auteur lui-même (sinon condoléances). Mais on ne fait pas de bonne littérature avec des bons sentiments. Donc ce portrait d'un être abject, justement parce qu'il est excessif, est bien campé. On aimerait que les circonstances de la vie se chargent de faire mordre la poussière au bonhomme. Une intro à un récit plus long?

   Anonyme   
22/10/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est bien troussé mais le sujet manque d'originalité. J'ai l'impression d'avoir déjà lu ça sous d'autres formes.
Malgré tout, la forme, justement, est bonne. L'auteur a un talent certain.

   matcauth   
22/11/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
variation sur le même thème, le lundi, la civilisation, le train-train. On aurait voulu y voir moins de descriptions évidentes, sans surprises. On aurait preferé voir une solution, une tentative, une folie ou un rebondissement. A partir d'une idée facile, le texte est écrit de façon facile, avec des détails faciles et une fin inexistence. Pour ce que j'en ai compris, le texte pourrait continuer ainsi sur dix volumes. Je ne mes usi pas identifié au personnage, à l'histoire, à rien.
Il y a le style, la plume qui relèvent et adoucissent ma déception mais ça ne sera peut être pas suffisant.

   Alfy   
21/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
L'idée du bus est courrante mais toujours agréable lorsqu'elle est bien exploitée. Ici, ton début est très convaincant même s'il est par moment un peu lourd. Mais je pense la lourdeur n'est qu'une question de point de vue.
Ensuite, la méchanceté éternelle ça ne me dérange pas, mais le pervert qui matte en force la petite fille innocente avec un air de quinquagénaire pédophile est parfois poussé à un tel extrême que cela en devient énervant.
Enfin, je trouve que le vocabulaire utilisé est souvent le même et souvent trop direct. Là est peut-être le plus gros défaut de ce texte: c'est trop direct, ça manque de raffinement de métaphore comique et pas seulement dégoulinante de méchanceté.
Ce qui aurait pû êter une ironie satirique méprisante mais tout de même sympathique reste une connardicitude pure et dure où la seule touche paisible est la pédophilie.
J'exagère bien évidemment mais ton texte manque terriblement de finesse. Il n'y a pas un paragraphe où tu ne fais pas référence à un liquide humain, à une odeur désagréable où à un truc dans le genre.
Pour finir, le paragraphe du rêve et de Radiohead est bien trouvé et tu aurais peut-être mieux fait de terminer là-dessus plutôt que sur autre chose.
Au final ton texte est bien mais il aurait pû être très bien si tu avais freiné les ardeurs de "j'en veux à la terre entière" de ton héros pour laisser place à un comique raffiné qui aurait fait compatir le lecteur au lieu de le faire haïr ton personnage...

   Fortesque   
11/10/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Au début, j'ai vraiment eu du mal avec ce flot nauséeux de quolibets, même si par après certains m'ont fait rire. Je les trouvait trop "premier degré", "bêtement méchants", "même pas drôles". J'ai quand même apprécier pour finir l'ambiance sombre un peu crasse qui s'en dégage, et surtout j'ai trouvé intéressant ces "passages" de l'ombre à la lumière, de la réalité au fantasme que sont les deux scènes de nu (pour aller dans un registre cinématographique), et celle de liesse générale. C'est très visuel, surtout la première, un peu comme des images en gros plans et en surex éclairées par le flash d'une pensée coupable. C'est cru et violent, le lecteur est pris en otage par ces quelques lignes, et ce n'est pas fait pour me déplaire. C'est complètement en concordance avec la férocité des descriptions concernant les passagers du bus, d'ailleurs. Il y a aussi quelques notes d'humour bien choisies comme l'histoire du type qui renifle. A propos du narrateur, je ne serai pas aussi catégorique que d'autres commentateurs. Même si ce qu'il pense est à la limite de l'ordurier, il s'inclus lui-même dans cette fange humaine (mes amis anonymes), et puis il essaie aussi de "sauver" tout le monde, même si ce n'est qu'un rêve, en leur donnant une autre perspective. Voilà, j'avais surtout envie de donner mon ressenti par rapport au texte pour dire que, malgré quelques réserves, je l'ai apprécié au moins autant pour ses défauts que pour ses qualités.

   Anonyme   
20/2/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément
J'entends peut être à tort dans ton texte, des influences que je partage (la provoque de Gainsbourg, l’œil de beigbeder...) malheureusement pas de style remarquable ou marquant ton sceau. Cela dit, ton regard genre "vu du ciel" est très intéressant, et c'est finalement celui que nous avons tous les lundis matin dans le bus...
Le rythme est sympa même si il n’est pas révolutionnaire, mais l’humour est présent et c’est déjà beaucoup !
Bon, c’est un fond et une forme déjà vu mais tout de même c’est un texte que j’ai apprécié.


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