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Fantastique/Merveilleux
Bleuterre : Les visages de l'eau
 Publié le 02/10/14  -  9 commentaires  -  3273 caractères  -  169 lectures    Autres textes du même auteur

Nouvelle réaliste magique, inspirée par Remy de Gourmont et par les légendes orales qui circulent sur la Vouivre.


Les visages de l'eau


Je te regarde. Les reflets du temps s'impriment sur ta peau, miroir lisse et insaisissable grimpant le long de mes chevilles esseulées que tu encercles. Elles ont froid, puis chaud. Je ne sais quelle sensation choisir tant elles sont fugaces, tu ne me laisses pas le temps. Tes bras remontent et rampent le long de mes genoux, puis de mes cuisses.


Je te regarde et te sens. Je sens la terre que tu charries, la pourriture, l'humus moelleux où s'enfoncent mes orteils déchaussés.


Je te regarde et avance, maintenant, tes lianes mouvantes glissent sur mon dos. Tu deviens peu à peu ma peau.

Devant moi, une pierre, dressée. Sur la pierre une zébrure, une faille, je m'approche. Un œil vert, sans paupière, me scrute. J'ai envie de le toucher, le caresser, sentir son poli dans ma main, peut-être l'arracher et le tenir, comme une bille que je sentirais dans ma paume, comme un joyau précieux. L'œil-pierre reflète les arbres. J'entends le vent dans leurs feuilles.


Je ne te regarde plus, maintenant, c'est cet œil unique qui me fascine, m'hypnotise, me happe. Soudain, ma conscience semble s'élargir et je me mets à écouter, j'entends ton murmure qui devient cri, il se mêle au bruit du vent, la tête me tourne, et je vois mon reflet.

Alors je pose ma main sur l'œil, en même temps que tes bras m'encerclent, de plus en plus pressants, ils me massent, me palpent, remontant désormais jusqu'à mes épaules. Je rends les armes et je m'allonge, quittant cet œil, me laissant porter par tes mains. Je vois le ciel, et ferme les yeux, ébloui par le soleil.

Il ne se passe rien d'autre, dans ma tête vide défilent les sons, les lumières et le souvenir de l'œil. J'ai la sensation qu'il me regarde encore, qu'il me déshabille à l'intérieur et qu'il sait.


Je sais maintenant que cet œil est le reflet de ton esprit, je ne sais plus vraiment s'il a été réel ou imaginaire, peu importe. Il me pénètre en ce moment même. Cet œil est une femme. Je connais son nom. Ma grand-mère m'avait dit de m'en méfier. La Vouivre. Ce nom qui faisait frémir tous les paysans du coin. Ils se signaient et regardaient le ciel en l'entendant.

Elle s'était donnée à l'esprit de la Vouivre, un soir d'automne, un soir de pluie tout gris. On l'avait retrouvée le lendemain, ses longs cheveux blonds mêlés de vase. Peu après notre dernière rencontre où elle m'avait confié sa vie en sursis. Je n'avais rien pu faire pour elle et je m'en étais voulu.

Cet œil sait. Il sait la tombe, il sait la pierre sous laquelle j'ai tenté d'enterrer mes souvenirs. Il sait le visage que j'ai tenu dans mes mains, que j'ai vu sourire, que j'ai embrassé et qui a disparu à jamais. Il sait ce que j'ai dit, le mensonge, pour lui faire plaisir, mais qu'elle a entendu comme un mensonge. Il sait que j'ai tenté de l'aimer pour la protéger d'elle-même. Il sait combien je me regardais en elle, comme une pourriture de ne pas arriver à l'aimer autant que je voulais.

Ton esprit sait tout cela, Vouivre, et tu m'as déjà pardonné. Tes bras m'encerclent avec volupté, avec gourmandise, ils m'appellent à me laisser porter encore quelque temps. Je suis couché face au soleil, et maintenant que tu connais mon secret, je n'ai plus peur. J'ai maintenant le temps de mes choix, y compris de t'épouser, la Vouivre.


 
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   socque   
4/9/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bravo ! Un instantané qui dit énormément de choses, dans une langue réfléchie et belle... J'ai beaucoup aimé l'histoire ainsi racontée, l'écriture, l'allégorie de l'eau-amante qui devient la Vouivre.

J'apprécie aussi que le récit ne vire pas à l'horreur pure à la fin, que le narrateur reste maître de son destin : s'il se noie (comme il me paraît très possible), il l'aura choisi, étouffé sous ses remords. En fait, tout le texte me semble une illustration d'une expression comme "se noyer dans les souvenirs"...

   Asrya   
5/9/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Un très court texte bien raconté, concis, clair et délicat.
Cette personnification de l'eau est très habile, douce et tendre. J'ai adoré. Cette poésie m'a plu et j'aurais souhaité qu'elle perdure davantage encore.

Quelques maladresses malgré tout, un peu gênantes dans ce lac de beauté (beaucoup de répétitions)
Je cite le plus flagrant et le plus désagréable à mon sens :

"Je te regarde et te sens. Je sens la terre ...."
" J'ai envie de le toucher, le caresser, sentir son poli dans ma main,"
"comme une bille que je sentirais dans ma paume"

Les répétitions des "Je te regarde" ne me gênent pas car sont annoncées dès les premières phrases. Cette structure au contraire inocule parfum de charme.
Pareil pour les répétitions de "Il sait" à la fin de la nouvelle.

Malgré tout, cela fait beaucoup de structures répétées pour un récit aussi court.
C'est un parti pris qui ne me gêne pas dans l'absolu ; il ne faut pas en abuser.

Merci pour cette échappée en eaux troubles,
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   RB   
20/9/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Ce n'est pas mal écrit mais je n'ai ressenti aucune vibration, aucun émoi. Je ne sais pas pourquoi. L'histoire, déjà, il est vrai, me paraît d'une créativité relativement peu originale.
Je pense que l'auteur aurait dû aller beaucoup plus loin dans le temps et narrer, sous forme de flashbacks ou d'allusions, l'histoire qu'il a eue avec cette femme, décrire aussi cette histoire de Vouivre... dont j'ai vaguement entendu parler. maintenant je vais devoir aller sur Wiki pour savoir, pour tenter de reconstituer ce qui l'a inspiré...

   fergas   
26/9/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un joli texte poétique qui nous entraine dans l’onde insondable. On peut même se demander si il n’aurait pas sa place plutôt dans la catégorie « poèmes » sur ce site.
L’écriture est belle et envoutante. Cependant j’aurais préféré que l’auteur ne nous entraine pas sur les pas de la Vouivre, qui vient un peu polluer l’ambiance onirique par ce raccord à une légende connue.

Le premier paragraphe est parfait, je l’ai relu plusieurs fois :
« Je te regarde. Les reflets du temps s'impriment sur ta peau, miroir lisse et insaisissable grimpant le long de mes chevilles esseulées que tu encercles. Elles ont froid, puis chaud. Je ne sais quelle sensation choisir tant elles sont fugaces, tu ne me laisses pas le temps. Tes bras remontent et rampent le long de mes genoux, puis de mes cuisses. »

   Soruf   
2/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une jolie histoire, courte mais qui n'avait pas besoin d'être plus longue.
J'ai beaucoup aimé la description de l'entrée du corps dans l'eau, je la trouve très soignée, on retrouve les sensations que l'on éprouve lorsque l'on va se baigner.
Il n'est pas aisé de tout saisir, de comprendre notamment le mythe de la Vouivre, mais on comprend les sentiments du narrateur et cet espèce de baptème/rédemtion qu'il est en train de vivre.
Merci pour ce partage !

   Anonyme   
3/10/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Bleuterre,

Magnifique sensation liquide et parfois visqueuse que vous avez su me transmettre avec finesse:

"Je te regarde et te sens. Je sens la terre que tu charries, la pourriture, l'humus moelleux où s'enfoncent mes orteils déchaussés.
Je te regarde et avance, maintenant, tes lianes mouvantes glissent sur mon dos. Tu deviens peu à peu ma peau."

L'eau devient amante et pourtant les pensées de l'héroïne vont vers ce mystérieux œil de la Vouivre.

J'aime cette douce émotion subtile de celle qui recherche un apaisement et qui fini par trouver ce sentiment à la fin.

Belle écriture, tout en délicatesse et en sensation. L'écriture est fluide, de belles tournures limpides et élégantes, de belles impressions visuelles (beaucoup de vert émeraude).

   Neojamin   
3/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Bleuterre et Merci!
J'aime ces textes courts que l'on peut lire sans respirer, en se laissant happer par l'histoire...ou par le personnage principal, comme ici, la Vouivre.
Belle écriture, sobre, claire et précise. Plus que des mots, elle transmet un sentiment, une ambiance. Je me suis imaginé au bord d'un lac que je connais bien.
Un beau monologue qui s'en va sans trop laisser de traces si ce n'est un bel instant de poésie.
Merci encore.

   Lulu   
8/10/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai complètement oublié ce que j'ai pu entendre sur la Vouivre, mais j'aime beaucoup ce texte qui la fait vivre de façon originale. Elle apparaît sans apparaître vraiment. Elle a pourtant ses formes puisqu'elle procure des sensations - ce que je trouve judicieux dans ce texte où une description simple aurait été moins original - jusqu'à l'apparition de son oeil au regard prégnant.
Je trouve que l'écriture est belle, bien rythmée.

Au plaisir de vous lire à nouveau.

   carbona   
8/2/2016
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour,

Ce texte ne m'a malheureusement pas procuré beaucoup d'émotions. Je regrette l'angle par lequel vous avez abordé cette légende, le côté sensuel / sentimental ne me séduit pas. Ou j'aurais aimé qu'il soit contrebalancé par d'autres sentiments et par des détails d'histoire.

Désolée,

Carbona


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