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Sentimental/Romanesque
costic : La boîte
 Publié le 02/06/11  -  16 commentaires  -  6087 caractères  -  120 lectures    Autres textes du même auteur

La tentation est encore plus forte quand l’objet du désir semble, par sa vertu et par les circonstances, admirable.


La boîte


Ils m’ont oublié. C’est un peu normal, je dois être là depuis au moins trois quarts d'heure. Peut-être même me suis-je endormi. J’étais bien sur le trône, loin du bruit des conversations. Maintenant la salle à manger est dans la pénombre. Il fait frais. Je me dirige à petits pas vers la porte, je me concentre, une glissade peut être fatale. Les événements peuvent survenir si vite dans la vie. Je n’ai pas envie de me retrouver encore une fois aux urgences à l’hôpital. Ils ne sont pas très agréables au service ecchymoses et fractures. Dehors il neige. Un climat doux qu’ils avaient dit. Tu parles ! Au moins il n’y a pas de vent. Le vent ici c’est du cristal, un cristal qui vous écorche vif. J’aperçois la silhouette du sapin de Noël, la sortie est à côté. Je siffle un peu pour me donner du courage. J’y suis presque.

Tiens une boîte ! On dirait une boîte de chocolats. Je vais faire une pause, j’en ai besoin.

Je tire la chaise et m’assieds. Ça fait du bien de souffler un peu. Voyons cette boîte, c’est bien du chocolat. Je me demande qui peut l’avoir abandonnée, c’est risqué tout de même. J’y vois pas grand-chose, je ferais sans doute mieux d’enfiler mes lunettes.

C’est une belle boîte. Un grand rectangle doré sur tranche. La photo par contre est horrible : deux mômes déguisés en adultes, la fillette embrasse le jeune garçon qui tient un bouquet de roses caché dans son dos. Âge tendre qu’ils appellent ça : rien à voir avec le chocolat ! Comme s’il fallait être un jeune bambin pour apprécier les bonnes choses ! Bon, de toute façon, c’est pas pour toi Pierrot !

Je peux la regarder tout de même.


Plaisir des yeux, ça ne mange pas de pain ! Je m’offre une halte, une petite respiration dans les heures molles de l’après-midi. Surtout que la pitance qu’on nous donne ici ne fait pas vraiment rêver. Je mange la plupart du temps du bout des lèvres, dans des assiettes tristes et usées, sur la table de formica bleu ciel, à vomir ce bleu.

On dirait qu’elle n’a pas été encore ouverte. Voyons. J’avais raison. Une fine pellicule de plastique scelle l’écrin de carton.

Zut, avec mes ongles trop longs j’ai amoché l’emballage. Il ne me reste plus qu’à le peler complètement. Faut se battre un peu pour l’arracher. Dans la poche le plastique, ni vu ni connu. Bon, rien ne m’interdit de jeter un œil à présent. Le papier blanc, aérien, avec le logo en lettres d’or crisse entre mes doigts. Plaisir des oreilles… ça ne mange pas de pain.

Les voilà qui apparaissent nichés dans leur compartiment ambré avec une lecture des plus ensorcelantes : la notice descriptive qui permet de se projeter dans un futur délicieux. Je sens la salive qui commence à envahir ma bouche trop longtemps soumise au rationnement. Un peu de lecture donc, ça ne mange pas de pain.

Sur le papier glacé le meilleur des romans-photos : la boîte ouverte s’offre à moi, puis chaque chocolat décline son titre individuellement.

Tourbillon praliné : chocolat au lait fourré d’un fin praliné aux noisettes et aux amandes.

Encouragé par cette douce stimulation gastronomique, je continue.

Carré feuillantines : chocolat au lait extra-fin décoré de fines arabesques de chocolat blanc.

Je deviens une bête. J’écume, dans ma bouche flotte un bouillonnement salivaire.

Rocher lait noisette : fin chocolat noir parsemé de grains de noisettes croquants, fourré d’un onctueux praliné noisette.

Le nombre de choses qui me maintiennent en vie se réduit à cet inventaire.

Cornet amandes : exquis praliné, enrobé d’un chocolat au lait extra-fin.

J’approche mon nez du spécimen. Je retrouve ce vague arôme d’amande qui se dissout dans le nez, mêlé à des souvenirs nébuleux, éphémères.

Douceur éclats : bouchées de fins chocolats lait et blanc, au praliné noisette et aux éclats de cacao.

La chaise se met à tanguer. Jusqu’à présent mon cœur n’a pas sonné l’alarme. Je poursuis.

Bûchette meringuée : chocolat au lait fourré d’une mousse de chocolat aux éclats de meringue.

Mon estomac émet une plainte sans fondement. Après un bref entretien avec mes viscères, je cesse de me préoccuper de mon état. Mon foie n’a pas à me faire de procès d’intention.

Godet noisette : savoureuse bouchée au gianduja, ornée d’une noisette entière caramélisée.

Le caramel est un problème pour mon dentier, mais qu’est-ce que le gianduja ?

J’engage contre moi-même une lutte pénible, douloureuse.

Maintenant je sais que je suis allé trop loin, ça ne peut pas finir autrement. Goûter au gianduja et mourir de honte.

Pourquoi pas ? Je sais, c’est très grossier, pour ne pas dire déloyal, mais j’ai passé l’âge des délicatesses.

Soudain un espoir m’envahit. Et s’il y avait deux étages ? Le cœur battant, je soulève les nids dorés de l’assortiment.

Une extase intense m’envahit quand la deuxième couche, identique, apparaît. Je rafle les chocolats et les répartis dans mes poches. Ensuite, je déchire difficilement l’emballage vide dont je parsème le sapin rachitique. Je referme la boîte allégée d’un niveau.

Juste à ce moment-là Isabelle apparaît. Elle me regarde avec cet air de pitié qu’on accorde aux invalides et aux aliénés définitifs.


- Allons, monsieur Trille ! Qu’est-ce que vous faites encore là, tout seul ? C’est l’heure d’aller faire une petite sieste. Faut que vous soyez en forme demain pour vos cent ans. Il y aura toute votre famille et des journalistes aussi.


Bras dessus bras dessous, nous regagnons lentement ma chambre. Elle n’a pas remarqué le renflement étrange de mes poches. Dès qu’elle tourne les talons, je cache mon butin avec mes cigarettes.

Ce soir je vais m’offrir un beau cadeau. Je m’imagine déjà en train de déguster mon larcin avant de m’endormir dans un ravissement total. Tant pis si je suis un peu barbouillé pour la fête. Pourtant, je n’ai aucun doute : demain des gens totalement dépourvus d’imagination me trouveront dans une condition exceptionnelle pour mon âge… On me demandera mon secret de longévité, je sais déjà que je répondrai comme cet écrivain dont j’ai oublié le nom : « La manière la plus profonde de sentir quelque chose est d’en souffrir. »


 
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   Anonyme   
18/5/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Un texte simple et sympathique. et vivant je trouve! J'aime beaucoup ces vieillards honteux et un poil cynique ..Et j'aime quand on les fait vivre de cette façon!

Bon il y a bien quelques défauts qui se baladent: l'énumération des types de chocolats est un peu dense et trop longue, on retrouve plusieurs fois "ça mange pas de pain" ce qui est un peu lourd, j'aurai mit WC au lieu de trône parce que je voyais pas bien de quoi parlait le héros...

Mais bon c'est vraiment sympa comme tout et pas casse t^te!

Un bon texte!

   socque   
18/5/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Une anecdote douce-amère qui sonne juste, mais je trouve inutile la citation de la fin.

   Selenim   
23/5/2011
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Commençons par le titre qui, contrairement aux friandises évoquées dans la nouvelle, est loin d'être attirant. C'est clair qu'il ne stimule pas la curiosité et encore moins la gourmandise.

L'intrigue est gentillette. Elle a l'avantage de rester légère et divertissante. La chute est modelée sur la même base. Je trouve malgré tout que l'aspect superficiel tient trop de place. Le texte n'arrive jamais à s'arracher de inoffensif.

On pourrait résumé ce texte à la description basique d'une boite de chocolat et de son contenu coincé entre les deux parenthèses de l'intrigue. Et je dois avouer que le résultat manque d'un peu de tout et laisse mon intérêt de lecteur à quai.

   Pascal31   
23/5/2011
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Une micro-nouvelle pas mal écrite mais qui a tout de même réussi le tour de force de m'ennuyer en très peu de mots !
La succession des chocolats décrits en détail pourrait être une bonne idée sur une longue nouvelle, dans un paragraphe, par exemple. Mais ici, cela représente une grosse partie du récit et ça semble interminable. Tout cela pour finir sur une pirouette qui se veut à la fois drôle et amère, mais qui n'apporte pas grand-chose.
Je n'ai pas compris le but que l'auteur cherchait à atteindre. Désolé.

   toc-art   
2/6/2011
bonjour,

c'est gentillet mais ça n'est que ça pour moi, la tentative de donner un peu de profondeur à la fin me semble être une justification à la fois facile et inutile. l'anecdotique peut aussi s'affirmer en tant que tel.

et puis quand même, plagier les notices d'une boîte de chocolats et le proposer ici, je trouve ça très fort ! perso, c'est ce qu'il y a de plus savoureux dans ce texte. :-)

bonne continuation

   micdec   
2/6/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Wow ! J'adore ! ( sauf la méchancetise tout à fait pas vraie et injuste, je cite : "ils ne sont pas très agréables au service ecchymoses et fractures". C'est tout des menteries, c'est les plus gentils. D'autant plus que ledit service n'existe pas tellement... )
Félicitations ! Plein !
Bien écrit, bien décrit, bien vu. Une sorte de "sans faute" plus rare que pluie en juin ( j'exagère, là, ok ! )
Et j'ai adoré ( encore ! ) l'essentiel, la description délicieusement circonstanciée des chocolats, un moment gourmet autant que gourmand ( d'autant plus que j'ai en horreur les sucreries mais j'en comprends l'intérêt vital, je crois )
Sans charre, j'ai lu avec délice et souri jusqu'au rire.
J'ignore qui vous êtes, Ô costic ! mais votre nic est bien choisi.
Merci beaucoup pour ce moment d'amusement gentil et cruel mais, surtout, ironique et tendre.

   Mourmansk   
2/6/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
costic,

La citation de fin me semble aussi superflue (peut-être parce que non adaptée selon moi).

Du reste, j'ai apprécié le côté cynique et très descriptif de ce texte: j'ai pu imaginer le héros tout au long du récit. C'est un texte qui réveille les papilles.

Enfin, faire débuter le récit avec un héros sur le trône est assez humoristique. Ce parti pris m'a bien plu.

   Anonyme   
3/6/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai trouvé ça mignon et attendrissant. J'imagine très bien certaines personnes âgées culpabiliser de la sorte face à du chocolat. Cependant j'avoue avoir sauter la description des chocolats.

   Anonyme   
3/6/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Une nouvelle sympathique mais un peu facile tout de même. L'énumération des différents chocolats n'a pas dû te demander beaucoup de travail. Sûr que t'avais une boite sous la main !

Au niveau de la crédibilité, je vois mal un centenaire garder autant d'acuité intellectuelle ... et de gourmandise.

Le style est sobre et efficace, un peu trop de phrases courtes peut-être qui donne une impression hachée à la lecture. Quelques répétitions "ça ne mange pas de pain" à éviter.

   beth   
4/6/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J’ai bien aimé le début de l’histoire avec les réflexions intérieures du vieux monsieur assis sur son trône et puis j’ai décroché.
L’idée du vieux monsieur qui se rabat sur les petits plaisirs gourmands de la vie me semble bonne.
Sans doute que la portée générale du texte est d’épingler les mouroirs, de rendre compte des petits plaisirs, des petites choses qui restent aux anciens? Mais je ne suis pas entrée dans l’atmosphère des maisons de retraite, dans ce texte, et pourtant certains éléments sont là : l’ancien abandonné sur ses WC durant ¾ d’heure, ongles longs, pitance qui ne fait pas rêver/mais il n’y a quasiment plus de conversations dans ces maisons…et je ne l’imagine pas sifflotant… Peut être que les chocolats, il les aurait engloutis 1 à 1 jusqu’au dernier, sans différer…à 100 ans on ne diffère guère ses petits plaisirs…
Peut être que chaque chocolat, plutôt que de faire l’objet d’une description, aurait pu permettre une exploration des sensations gustatives en lui évoquant un plaisir passé par exemple ?
Mise en forme : Est-ce que des retours à la ligne permettraient d’aérer le texte ?
Le registre du vocabulaire de l’ancien ne me paraît pas tout à fait au point : je mange du bout des lèvres/zut avec mes ongles trop longs j’ai amoché l’emballage/le papier blanc, aérien, avec le logo en lettres d’or crisse entre mes doigts/Je deviens une bête. J’écume, dans ma bouche flotte un bouillonnement salivaire/…
Ainsi le point de vue de l’ancien n’est pas uniquement le sien, les marques du point de vue de l’auteure sont présentes.
Pour moi la fin est à revoir.
Sinon c’est une histoire touchante.
J’espère avoir pu être utile à l’auteure dans ce commentaire.

   Marite   
5/6/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un petit tour, que j’ai bien apprécié, dans les pensées d’un centenaire ! On s’imagine, sans doute à tort, que l’esprit se ralentit avec la condition physique mais ce sympathique vieillard, espiègle sur les bords, nous démontre le contraire et joue tout en finesse pour dérober les chocolats ! Pas de précipitation pour la découverte du contenu de la boîte, l’un après l’autre, tranquillement jusqu’au dernier.
La répétition de l’ expression : « ça ne mange pas de pain » dérange un peu. Ne serait-il pas possible d’en trouver une équivalence ?
Le titre très succint « la boîte » m’a d’abord fait penser à un cercueil … et oui, désolée, c’était très loin des chocolats !
La chute m’a un peu déçue, je m’attendais à quelque chose de plus amusant.
Un bon moment de lecture.

   Menvussa   
2/7/2011
Commentaire modéré

   Menvussa   
7/7/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Petits plaisirs coupables au sein d'une maison de retraite.
Le texte se lit bien peut-être un peu long sur la description du contenu de la boite. la chute en deux temps donne une note d'humour suivi d'un paragraphe qui enlève au caractère léger de ce qui précède. Un peu trop moralisateur à mon goût.

   alvinabec   
4/8/2011
Dans l'ensemble, le texte est assez équilibré mais le personnage de Pierrot est difficile à identifier. Le discours du héros oscille entre du langage parlé, des expressions populaires et un vocabulaire plus soutenu"j'y vois pas gd-chose" "une fine pellicule scelle l'écrin" "nichés dans leur compartiment ambré" "ça ne mange pas de pain" " déguster mon larcin".La chute manque peut-être de causticité. A vous lire...

   Anonyme   
4/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai été attiré, alléché par un morceau de commentaire ci-dessus :
"Le discours du héros oscille entre du langage parlé, des expressions populaires et un vocabulaire plus soutenu."

Et bien oui : c'est que j'aime ça, moi ! Beaucoup ! Énormément !
Bon, je suis pas volé, même si j'imaginais repartir plus chargé.
J'ai cru qu'on partait sur une variation sur la "madeleine". Et puis non, plutôt une variation sur la "pomme". Mais comme ici le dentier aurait dû batailler trop sévèrement avec cette pomme, qu'elle soit propre ou figurée, ben on se rabat sur le chocolat, dernier possible des plaisirs interdits. (Tiens, c'aurait été pas mal ça, comme titre : "Les plaisirs interdits"... ça fait un peu Aznavour... ça attire le chaland et tout ça).

Quelques petites ellipses m'ont gêné. J'aime plutôt qu'on ne s'appesantisse pas trop sur les descriptions, qu'on ne me détaille pas tout, mais j'ai tiqué sur ce que je considère comme des maladresses. Je vais en donner un exemple.
"Je tire la chaise et m’assieds."
Il me manque un morceau dans mon "cinéma". En fait, ça ne tient pas à grand chose, peut-être uniquement à l'article défini que vous utilisez ("LA chaise"). Cet article défini suppose que le lecteur est déjà familier avec ce dont on parle. Or ce c'est pas le cas. "Je tire une chaise et m'assieds" aurait déjà changé beaucoup de choses, sans nécessairement être obligé de peindre un tableau de cette chaise.

Pas un moment de littérature inoubliable, mais somme toute assez agréable à lire, plus même que certains moments de littérature plus ambitieux mais oubliés avant que de les finir.
Sympathique, quoi !

   Anonyme   
5/3/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé ce texte. Le personnage était attachant, le style amusant. On retrouve bien l'image du vieillard qui, si au début paraît fort grincheux, retrouve une âme d'enfant malicieux devant une boîte de chocolat. Et on peut parfaitement comprendre qu'il en soit alléché!
Seul problème: je n'ai pas compris l'utilité de la citation finale
Bonne continuation!

   AntoineJ   
17/7/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
très sympahtique et plein d'humour
la veilleisse est bien proche de l'enfance, parfois
bonne idée l'alliance sensation / chocolat qui donne du piment et du peps ...
j'aime bien aussi la chute et l'intrigue. Le style aussi.


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