Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Science-fiction
dowvid : Les doigts rebelles
 Publié le 19/10/14  -  7 commentaires  -  5025 caractères  -  103 lectures    Autres textes du même auteur

Michel a une importante réunion, mais il y a un petit pépin...


Les doigts rebelles


"Vous avez quatre nouveaux messages, quatre messages non lus"


Il voulut garder les yeux fermés quelques instants, mais c'était impossible. Quelque part au fond de sa viande, des ordres fusaient et les paupières se relevaient.


"Raymonde a publié : Devan le Musé du Louve, à Pari"


Une jeune femme plutôt mignonne grimaçait en gros plan sur l'écran, devant la pyramide de verre.


"Vous avez sept nouveaux messages, sept messages non lus"


Il pressa nerveusement l'index et le majeur droits contre son front. Ses yeux chauffaient, la sueur peut-être. Il tourna la tête à gauche.


"Suzie vous invite à jouer à Crazy Lampoons"


"Michel, où tu es ? On a réunion dans 5"


"Veuillez attendre…"


Il tourna la tête encore, à droite, à gauche. Rien n'y faisait.


"Vous avez neuf nouveaux messages, neuf messages non lus"


"Clovis vient de se brancher sur Skype"


Une sonnerie de téléphone retentit à ses oreilles, ajoutant à son désarroi. L'icône bleue scintillait dans le coin droit de l'écran.


"Un appel manqué de Clovis"


Il ferma les yeux à nouveau, espérant quelques secondes de répit. De trop brefs instants s'évaporèrent.


"Vous avez douze nouveaux messages, douze messages non lus"


"François a commenté un lien que vous avez partagé : LOL"


"Dominique a publié dans Groupe de diffusion : Quelqu'un a vu Michel ? La réunion doit commencer"


"Simon a répondu dans Groupe de diffusion : Aucune nouvelle de lui. Clovis a tenté de le skyper sans succès"


"Vous avez une nouvelle demande d'ami : Helena Giacomini veut devenir votre amie"


"Dominique a répondu dans Groupe de discussion : Mais keski fout ? J'espère qu'il ne lui est rien arrivé"


"Vous avez seize nouveaux messages, seize messages non lus"


"Suzie vient de battre son record à Crazy Lampoons"


"Pierre a répondu dans Groupe de diffusion : Je lui trouve un drôle d'air ces temps-ci"


Michel passa la main droite sur son front, puis il ferma ses paupières à l'aide du pouce et du majeur. Ça dura quelques instants à peine de plus que tout à l'heure. Décidément…


"Vous avez dix-neuf nouveaux messages, dix-neuf messages non lus"


"Le PDG de Pétrolia aurait été conspué par une poignée d'Attikameks lors de la visite des puits de forage de la compagnie situés sur des terres ancestrales. L'armée a vite réagi… lire la suite…"


"Simon a publié dans Groupe de diffusion : Michel, donne de tes nouvelles le plus vite possible. On a besoin de toi pour ce projet. Si pas de nouvelles d'ici cinq minutes, on réfère à la Sécurité."


Les doigts de Michel semblaient paralysés. Pas moyen d'enlever ses lunettes pour se frotter les yeux, se sortir de ce cauchemar qui le harcelait depuis tantôt. Il aurait tant voulu crier, arracher ces verres qui le dérangeaient tout à coup, comme une montée d'urticaire. Il en était incapable. Aucun son ne sortait de ses poumons. Et ses mains ne lui obéissaient plus.


Une nuit difficile, précédée d'une journée pourtant ordinaire, pareille à toutes les précédentes. Il s'était mis au lit avec une certaine appréhension, une idée étrange tentant de s'insinuer dans sa tête : "Et si…"


Il avait essayé de résister seul d'abord, puis il avait rejoint son médecin personnel qui l'avait calmé avec une bonne dose d'ondes thêta. Il s'était bien endormi, comme chaque fois. Et pourtant ses doigts continuaient à vouloir s'escrimer contre ses lunettes, comme si leur vie en dépendait. Des doigts qui voulaient leur indépendance, tentant de désobéir aux ordres de son cerveau fatigué. Il était en plein délire, c'est sûr.


On lui avait déjà parlé de ce phénomène. Il s'en croyait pourtant protégé, étant donné qu'il savait, qu'il y faisait attention.


"Vous avez vingt-huit nouveaux messages, vingt-huit messages non lus"


Ses yeux fissuraient sous l'effort.


"Dominique a publié dans Groupe de diffusion : Michel, on est inquiets. Ta trace GPS est désactivée. Tu ne réponds pas aux messages. On informe la Sécurité"


"Suzie vous invite à la rejoindre dans le salon des joueurs de Iron Castle"


"Vous avez trente-quatre nouveaux messages, trente-quatre messages non lus"


Ses doigts gourds s'agrippaient aux montures légères posées sur ses oreilles.


Une lumière verte emplit tout à coup son espace visuel.


"Votre système vient d'être infiltré par le Service de Sécurité Sans Souci. Nous vous prions de bien vouloir vous détendre"


Une décharge électrique lui traversa le cerveau, en même temps qu'un éclair émis par le verre de ses lunettes Google++. Ses doigts avaient failli à la tâche.


Il demeura sans réaction quelques secondes, puis son index s'agita nerveusement sur la monture droite de ses lunettes.


"Michel a publié dans Groupe de diffusion : J'arrive, tout le monde. Un petit souci avec la connexion. Mais c'est réglé. J'arrive."


Ses doigts avaient repris vie.


"Vous avez zéro nouveau message, zéro message non lu"



______________________________________________

Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Asrya   
15/9/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Vous nous offrez là une conception très originale de la vie !
Cela traduit-il une crainte de la future technologie ?
Ce serait légitime.
Cette succession de bribes événementielles est plutôt intéressante à lire. Agréable pour autant ? Je ne sais pas. Disons que la curiosité a pris le dessus sur le plaisir.
J'imagine que ce doit être un exercice difficile et... je n'oserai pas m'y risquer. Garder le lecteur en haleine tout au long du récit, en essayant de rester dans la thématique des phrases multiples, courtes, humoristiques, inquiétantes, vivantes en sorte, c'est un défi ; difficile à relever.
Pour le coup, je salue l'audace, je suis un peu plus dubitatif quant au fond, et la manière dont tout ceci a été transcrit.

Je n'ai pas très bien compris le jeu de mot de "Service de Sécurité Sans Souci" , s'il y en a un du moins. J'ai également eu du mal à saisir l'ensemble de l'action...
Ces lunettes, ces "verres", nouvel accessoire high-tech dont le rôle n'est pas clairement défini, m'a quelque peu perturbé. J'ai essayé d'imaginer mais... je n'en ai pas tiré grand chose.

Dernière petite chose négative, la narration qui entrecoupe les "messages éphémères" est un peu lourde et compte de nombreuses répétitions, maladroite et gênantes pour la lecture.

Une idée intéressante, qui aurait mérité selon moi plus d'investissement, plus de recherche, plus d'humour, davantage de clarté, et un peu plus de minutie.
Merci pour votre lecture, j'ai tout de même passé un agréable moment.

   socque   
26/9/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Y a pas une expression pour désigner ce phénomène, du genre "surcharge informationnelle" ? Le récit est à peine de la science-fiction, je trouve, la rapidité d'accumulation des sollicitations me paraît "sonner" vrai...

Malheureusement, je n'en dirai pas autant de l'explication de la crise : les doigts refusent d'obéir, Michel ne peut plus répondre en temps réel à ses messages et, en une époque qu'on imagine de réactivité instantanée obligatoire, s'ensuit une réponse radicale genre électro-choc. D'accord, pourquoi pas, mais j'ai une impression de contradiction dans le texte entre
"Les doigts de Michel semblaient paralysés." et
"Et pourtant ses doigts continuaient à vouloir s'escrimer contre ses lunettes, comme si leur vie en dépendait. Des doigts qui voulaient leur indépendance"
Ce n'est pas grand-chose, mais le texte étant court, et consistant surtout en différents messages (la description de la situation en soi est très brève), cela m'a vraiment gênée, à nui à la fluidité de ma lecture.

Sinon, l'idée est sympathique, je trouve, mais trop proche de notre époque pour vraiment me dépayser... Les messages sont trop "de maintenant", selon moi, j'aurais bien vu plus de délire pour marquer le décalage avec notre époque. Bien sûr, c'est vous l'auteur, c'est à vous de voir.

   in-flight   
20/10/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Science fiction? Pas vraiment, tout est actuel à part le support (les lunettes) mais les "google glass" seront certainement dispo dans un avenir proche. Si l'objectif de la nouvelle est de montrer l'aliénation (l'auto aliénation à mon sens) des individus faces aux nouvelles technologies, c'est moyennement réussi car le Michel s'en remet plutôt bien de ce bug.

"Une nuit difficile, précédée d'une journée pourtant ordinaire, pareille à toutes les précédentes. Il s'était mis au lit avec une certaine appréhension, une idée étrange tentant de s'insinuer dans sa tête : "Et si…" --> cette phrase semble représenter le nœud de l'intrigue à savoir un Michel qui se dit qu'une autre vie est possible, que d'autres valeurs existent... Dommage que cela ne soit pas plus développé.

Bonne continuation.

   Robot   
21/10/2014
 a aimé ce texte 
Un peu
J'ai lu ce texte qui s'apparente à une fable. Plutôt claire dans son écriture. En tout cas le récit fait de Michel un aliéné qui retombe dans le piège initial. J'aurais aimé que cet aspect soit un peu développé, La fin est une pirouette qui empêche de déterminer si aux yeux du narrateur la technologie est oui ou non génératrice de dépendance névrotique. A-t-il voulu laisser le choix au lecteur ? Si c'est le cas, je pense que c'est une erreur de ne pas avoir fait ressentir son point de vue... au travers de son personnage.

   Shepard   
21/10/2014
 a aimé ce texte 
Pas
Bonjour dowvid !

Votre texte n'a pas vraiment convaincu...
Bon déjà c'est sujet avec lequel on a bien labouré récemment ("l'envahissement de la communication instantanée"), et je dois dire que le format de court-métrage sied plus à ce type d'idée que le texte. A mon avis cela évite l'effet de mise en page lourde et très hachée. Mais c'est une question de goût...

La situation du texte en elle-même ne me convainc pas et c'est problématique puisque le texte repose uniquement là dessus. Les personnes à qui on demande d'être h24 en ligne ne son pas submergée par les messages des amis facebook (ou autre) mais plutôt des mails de leurs clients/collègues qui au final représentent une faible part des messages dans le récit. Là, concrètement, on dirait plutôt que le type n'a rien à faire et qu'il procrastine pour ne pas aller à sa réunion, je ne ressens pas "l'urgence" qui justifierait la perte de contrôle.

J'attendais un délire complet à vrai dire, des messages de plus en plus absurdes et de plus en plus pressants (c-à-d des demandes de plus en plus impossibles avec de moins en moins de temps) avec une gradations mieux exprimée qu'un simple compteur de messages.

La "sécurité", pourquoi pas, mais un peu maladroit, on s'attendrait plutôt à une mise au ban de celui qui "refuse" de communiquer plutôt qu'un blitz magique et ça repart. Je déplore aussi le manque de communication de la "sécurité" (paradoxalement) qui arrive un peu comme un deus ex et clôt le récit.

C'est un récit un peu trop "léger" et expéditif pour une idée aussi débattue.

   marogne   
22/10/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
J'ai été gêné par les phrases descriptives entre les retranscriptions des messages, le style m'a semblé maladroit et lourd, parfois même déplacé comme dans "au fond de sa viande"......

Ce premier plongeon dans la viande a sans doute gâté mon appétit et j'ai continué la lecture en picorant...dommage, car on doit pouvoir faire de beaux textes sur cette idée, même si elle est assez "vieille"... ou alors on peut dire que Dan Simmons était un visionnaire.

Mais qui n'a pas cédé au désespoir devant son écran et la liste qui s'étend des emails à "traiter"???

En tout cas, malgré ses défauts, je pense que je rêverai de cette lumière (rayon?) verte dès demain devant mon pc.....

   PatriciaBD   
14/6/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai aimé dans ce texte le combat de l'homme contre la technologie mais surtout contre lui-même. Il voudrait ôter les lunettes, mais ses doigts ne répondent pas. La fin m'a fait froid dans le dos : l'Homme est tellement asservi qu'on trouve normal de le réinitialiser à distance pour qu'il entre dans les schémas pré-établis.


Oniris Copyright © 2007-2018