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Policier/Noir/Thriller
emju : Le gardien de l'ombre
 Publié le 18/11/18  -  8 commentaires  -  5562 caractères  -  64 lectures    Autres textes du même auteur

"Une lumière ici requiert une ombre là-bas."
Virginia Woolf


Le gardien de l'ombre


Avec le temps tout s'en va.


La nuit tombée, les derniers passants me bousculent m'invectivent, rentrent chez eux laissant ma rue fatiguée, sale et honteuse.

C'est à ce moment précis que je m'enflamme pour faire briller la rue des Pénitents.

Cette rue je la connais par cœur et saurais, par le menu, décrire chaque recoin, chaque arbre, chaque pierre qui font d'elle et pour moi, la plus belle rue du quartier. Elle porte bien son nom, ceinturant tel un cordon de police, la prison de la ville. Sur cent mètres, elle étend son ruban bitumé, fière et soumise, au pied du grand mur lisse et froid.


Ce soir, c'est ma dernière projection en plein air. Dans quelques minutes, le mur de l'ignorance ouvrira sur la vie en ombres chinoises. Chaque nuit, j'attends avec impatience que l'amour soit au rendez-vous sur la toile improvisée du mur carcéral et je brille de tous mes feux pour éclairer la scène.


L'écran est réservé aux femmes venues de loin parfois, écouter battre dans la pierre, le cœur d'un mari, d'un amant, d'un père ou d'un frère. Elles sont là pleines d'espoir, timides, fébriles, lascives parfois, leur corps amoureux dansant sur le béton muet à leurs prières. Les ombres sur le mur sont des cris d'amour étranglés, bâillonnés, verrouillés.


À l'instar des affiches de cinéma placardées sur les murs, ici la femme est actrice et metteur en scène.


Rue des Pénitents, sur le grand écran baigné de lumière, c'est chaque nuit le cinéma en plein air. En vingt ans, j'en ai vu danser bon nombre de scènes d'amour et, en fin de vie, je chavire au souvenir des femmes pathétiques et touchantes.


Sur le grand mur, il y avait "les feux de l'amour" avec les belles de nuit "tout feu tout flamme" qui, certaines, sous "le charme discret de la bourgeoisie" qui, d'autres en "talons aiguilles", se livraient aux "jeux interdits" de la provocation.

C'était "Thérèse" qui pleurait "le beau Serge" ou "Nana" qui guettait l'amant qui ne reviendrait pas.


L'ombre s'étirait sur le mur baigné de lumière, grandie, magnifiée, imposante et si vulnérable. Au moindre bruit, la forme s'affaissait et la bravade gestuelle s'effondrait comme un château de cartes. Cela commençait toujours autour de minuit et se terminait toujours sur "tous les matins du monde".

Ces étalages d'amour muselé étaient, sont et seront toujours "affaires de femmes" avec "la grande illusion" d' "une histoire simple" "tout feu tout flamme" sur le mur de l'incompréhension.


Cela fait une que mon projecteur caviardé d'insectes venus y brûler leurs ailes, éclabousse l'enceinte au teint terreux. J'attends la femme.


La voilà qui arrive, longue silhouette collée au mur comme un papillon de nuit. Dans la lumière, elle paraît immense, malingre, échevelée telle une "chatte sur un toit brûlant" frissonnante et apeurée. Un bruit la fait sursauter, une sorte de grondement qui se rapproche comme un roulement de tonnerre prêt à éclater. L'écran hurle de peur. La forme s'écrase petit à petit et se met à ramper à reculons jusqu'au mur d'en face. Là, elle se redresse et je la vois danser sur la façade quelques secondes. Puis, elle s'enfuit en courant.

Elle a à peine tourné le coin de la rue qu'une voiture tous feux éteints glisse doucement sur l'asphalte humide. Il commence à bruiner et j'ai du mal à distinguer à travers mon globe crasseux ce qui se passe dans la rue.

J'ai beau forcer ma carapace en feu, la pluie attaque au couteau ma rue soumise et impuissante. Elle martèle le sol, projetant sur le mur de la prison des boulets d'eau qui volent comme des obus et retombent en "Hiroshima" sur le sol détrempé.


La voiture est restée dans l'ombre, noyée sous les nuages qui crèvent tandis que soudain le ciel se déchaîne, libérant des éclairs zébrant le long mur gris. C'est comme un feu d'artifice, explosant sur la toile improvisée, dans un bouquet final pour l'homme aimé, là, derrière les barreaux.


La femme, elle non plus, n'a pas bougé ; elle est tapie dans l'ombre attendant que la rue se libère. La pluie finit pas se calmer et suinte encore quelques gouttes avant de quitter définitivement le lieu du supplice. Mon œil en feu toise la façade luisante et froide, la forçant à ouvrir son cœur, à crier les mots d'amour retenus dans son ventre, à jeter au monde sa détresse. Mais le corps inondé de lumière reste froid à mes appels et attend la femme sur son mur des lamentations.


Tout paraît calme ; c'est comme une fin du monde avant la renaissance au petit matin. La pluie a laissé ici et là des flaques qui s'écoulent et disparaissent dans le caniveau.


C'est trop calme et le silence absorbé par la nuit transpirante éclate soudain sur le mur de la prison. La femme vient s'écraser sur l'écran, les bras en croix, le ventre collé à la paroi comme si elle faisait l'amour avec la pierre. L'ombre et la lumière tissent autour d'elle une auréole et la voilà prise au piège de mon projecteur.

Des portières claquent tandis qu'une cavalcade se fait entendre ; des hommes en uniforme se précipitent sur l'ombre accrochée à l'amour et l'arrache d'un coup sec à la toile. Elle retombe comme une fleur fanée, la bouche pleine de "je t'aime" mourant sur ses lèvres.


Toute la nuit, j'éclairais la prison qui résonnait du cœur de la femme jetée à terre et interdite d'amour sur le grand mur gris.


Au petit matin, j'attendis qu'on vienne me chercher pour me mettre au rebut. Je partis avec dans mon œil aveugle à jamais, le souvenir de l'amour sur les murs de la prison et le corps des femmes qui criaient en ombres chinoises face à mon projecteur.


 
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   izabouille   
3/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai pas tout compris, l'histoire (s'il y en a une) m'a échappé...
Sinon, il y a une belle écriture, un style intéressant mais le sujet est vague.
J'ai bien aimé les références cinématographiques insérées dans le texte.
Il y a aussi des erreurs ou des oublis, comme "le mur de l'ignorance ouvrira sur la vie en ombres chinoises." Ne serait-ce pas "s'ouvrira"
Et aussi "Cela fait une que mon projecteur caviardé", il doit manquer un mot, "heure" je suppose.
Bonne continuation.

Iza en EL

   plumette   
7/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
le point de vue du réverbère : bonne idée de départ de ce texte !
le faisceau lumineux éclaire un lieu bien spécial: le grand mur d'enceinte de la prison où viennent à la nuit tombée les femmes, mères, soeurs, amantes de prisonniers pour y danser un ballet bien spécial.

y avait-il une consigne pour l'écriture de ce texte , imposant à l'auteur d'utiliser un maximum de titres de films?
j'ai trouvé que ce passage faisait un peu plaqué et n'apportait pas grand chose à l'histoire.

La deuxième partie du texte qui met en scène une femme parmi les autres a réactivé mon intérêt avec de belles images.

je trouve que la nouvelle aurait pu s'arrêter à "mourant sur ses lèvres".

Plumette

   matcauth   
19/11/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Votre texte n'est pas d'une approche facile, car la personnification a un côté irréaliste qui rend la lecture compliquée. On ne peut s'empêcher de regarder cette même réalité, on compare, et finalement la suspension d'incrédulité ne tient pas longtemps. Ou alors, il faudrait que tout l'environnement autour, du reverbère, en l'occurrence ici, soit personnifié également.

Mais vous instaurez une ambiance de belle manière, on ressent ce calme, ce silence, cette monotonie, malgré les rêves de cet objet.

Ce teste est écrit à parti de pas grand-chose, et, ce qui est plutôt lugubre s'embellit. Je n'aurais toutefois pas insisté autant sur les noms de films, même s'il est agréable de se rappeler de quelques uns d'entres eux.

L'ensemble est agréable à lire, c'est donc ce que je retiendrai de cet exercice somme toute difficile.

   Stephane   
11/12/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir emju,

Entrer dans l'esprit de ce réverbère a été une expérience fascinante. L'idée est vraiment bonne et l'effet de ces jeux d'ombres est spectaculaire. L'ambiance est envoûtante et les images plus belles les unes que les autres.

Cordialement,

Wall-E

   Corto   
18/12/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Votre réverbère gardien de l'ombre semble bloqué au temps du cinéma muet. Curieux car dans les multiples "rue des Pénitents" de France et d'ailleurs ce n'est pas tellement le défilé des ombres que l'on voit mais plutôt le vacarme des cris et hurlements, ceux de désespoir et d'amour, d'impatience et récriminations.
Il est bien vrai que "L'écran est réservé aux femmes venues de loin parfois" ce qui ne diminue en rien le tintamarre de la souffrance et de la séparation.
De ce fait j'ai trouvé votre description cinématographique un peu irréelle bien que fort bien écrite et brillant de nombreuses références.
Mais "la grande illusion" m'a laissé sur ma faim.

   vis9vies   
11/1/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’ai beaucoup aimé ce texte plein de poésie, une histoire intemporelle qui se joue en noir et lumière, les références au cinéma qui entraînent la nostalgie, la pluie, la femme indistincte qui occupe toute la scène au point qu’on en oublie l’acteur immobile. Tout le déroulement est très visuel. On pourrait sans difficultés en tirer un film (ou une animation) ;)

La poésie est appuyée ça et là par de belles phrases avec de jolies assonances : « Rue des Pénitents, sur le grand écran baigné de lumière, c'est chaque nuit le cinéma en plein air. »

J’ai relevé quelques maladresses, mais rien de grave, juste deux trois bricoles qui pourraient améliorer la narration, la rendre plus littéraire :
*) Au début. « qui font d’elle et pour moi ». Pourquoi ajouter « et pour moi » ? On a déjà un narrateur qui s’exprime, on le sait que toute appréciation sera la sienne. Le « et pour moi » est non seulement inutile, mais maladroit, comme un « moi, je ».
*) Un peu plus loin. « femmes venues de loin parfois »… « lascives parfois ». Certaines répétitions de mots choquent plus que d’autres. C’est le cas des mots rares ou difficiles, mais c’est aussi le cas des adverbes.
*) « À l’instar des affiches […] la femme est… » On comprend la pensée, mais syntaxiquement ce n’est pas ce qui est dit : la femme est-elle une affiche ?
*) La plupart des « en » et des « y » qui suivent un pronom personnel (j’en, j’y) sont inutiles et surtout alourdissent inutilement. « j’en ai vu danser… » Et que donnerait la phrase avec « j’ai vu danser » ? ;)
*) Dans le même ordre d’idée, les « il y a » ou « il y avait »gagnent à être discrets.
*) La répétition de « tout feu tout flamme »
*) « Cela fait une que mon projecteur… » Il manque un mot ? Une heure ?
*) Il est souvent plus élégant de faire appel aux comparaisons sans dire explicitement qu’on le fait, en faisant sauter les termes « comme, tel, pareil à, etc. » sans rien enlever au message écrit. Ex. : « Dans la lumière, elle paraît immense, malingre, échevelée, une "chatte sur un toit brûlant" frissonnante et apeurée. » Mais c’est affaire de goût ;)
*) Erreur de frappe : « La pluie finit par se calmer ». « des hommes se précipitent […] et l’arrachent…
*) « Mon œil en feu […] la forçant… », alors que la phrase suivante dit « Mais le corps inondé de lumière reste froid à mes appels… », c’est donc qu’il ne force pas. Il exhorte ?

Une phrase m’a dérangé, au tout début : « Sur cent mètres, elle étend son ruban bitumé, fière et soumise, au pied du grand mur lisse et froid. » J’ai un peu de mal avec le « fière et soumise », n’arrivant pas à associer les deux. J’aurais plus compris quelque chose comme « fière dans sa soumission ».

   Pierrick   
9/6/2019
 a aimé ce texte 
Bien
On pourrait, à vous lire, passer assez vite son chemin tant il y a de confusion dans votre narration qui ressemble plus à un exercice de style qu'à une nouvelle. Et pourtant, quelque chose nous retient par la manche : des volutes poétiques, un surréalisme touchant, une écriture noire en même temps qu'incandescente et, bien sûr, cet hommage très (trop) appuyé au cinéma. Votre passion du 7 ème art semble authentique mais, grands dieux, pourquoi l'affubler de cet inventaire de titres de films ? C'est inutile, lourd, pompeux et ça fait "Vous avez vu comme je m'y connais en cinoche !". C'est dommage car votre texte possède un climat, une ambiance, une signature intéressante.

   mirgaillou   
16/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai lu ce texte avec intérêt car j'ai eu l'occasion de voir un reportage sur cette pratique. Je n'ai donc pas eu de mal à entrer dans cette histoire qui offre un sujet original.

Je vous ferai la même remarque que plusieurs autres critiques, vous avez tendance à sauter des mots...

Quant aux titres de films, c'est vrai vous en abusez un peu.
mais je peux faire une critique très positive, car vous proposez un sujet vraiment inédit.
À l'avenir, essayez de taper moins vite et n'oubliez pas de vous relire!


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