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Réalisme/Historique
hersen : Conte international du Bois-Joli
 Publié le 22/09/23  -  15 commentaires  -  3791 caractères  -  191 lectures    Autres textes du même auteur


Conte international du Bois-Joli


Il s'appelle Hans.

Ou bien Jean.

Ou alors Juan, John ou João. Ou Jan, Giovanni, Yann, Jon, Ivan…


Il abat des arbres. C'est ce qu'il a appris à faire.


Il travaille dur. La forêt, ce n'est pas pour n'importe qui, ça se mérite.


Harassé par sa journée de travail, il jouit en toute simplicité du sentiment du travail bien fait. Qui fatigue sainement le corps, qui donne à l'esprit du concret : mon temps passé ici se compte, se dit-il rassuré. En rondins.


La forêt, c'est d'abord une odeur. Composée de multiples senteurs difficiles à isoler, pour les apprécier une à une ; mais celle du si fin copeau que rejette la machine s'imprime durablement dans l'esprit du travailleur. Il en redemande. De temps en temps, il s'arrête d'abattre et il prend, du bout des doigts, un peu de ce bois émietté. Le hume.


Il coupe parce qu'il y a une certaine jouissance à le faire. Il ne se ment pas. Il compte ses arbres couchés, débarde prestement pour admirer un fût bien net.

Le lendemain, il repart, son outil à la main. Aménage les taillis pour favoriser la pousse des plus gros arbres.

C'est à la fin de la journée, quand ce sentiment de travail bien fait admet le repos du corps, que parfois naît un doute. Et si demain je n'ai plus de bois à couper ? Une inquiétude passagère.


Le matin suivant, il retourne au pied de ses arbres.


Il abat, débarde, débite, encorde.


Tout à son occupation, il aurait pu ne rien remarquer et continuer à entretenir son taillis pour qu'il devienne forêt à son tour. Son inquiétude se serait dissipée en voyant les nouveaux arbres prendre belle tournure, qui combleraient les manques de la forêt de moins en moins dense. Un roulement dans l'ordre des choses.


Au lieu de cela, et le point de mystère est précisément ici, restant non élucidé, il se demande pourquoi les rayons frappent plus fort aujourd'hui. Curieux, il pose sa machine et marche vers l'orée. Il la connaît bien, il est chez lui.

Il marche tout le jour et ne trouve pas la limite de sa forêt. Il s'entête et continue son chemin. Il pense à ses outils, ses troncs abattus. Où sont-ils ?

Il ne reconnaît rien. Des essences étranges bordent le sentier qu'il emprunte. Des odeurs nouvelles entêtantes, euphorisantes. Des écorces aux couleurs chatoyantes accueillent des épiphytes magiques.

Une paix magistrale se dégage de ce lieu. Un boisé intouché dans la majesté de fûts immenses.


Le bûcheron est là, un Giovanni ou un Jon, bouche bée, perdu, ne ressentant rien d'autre qu'un bien-être infini. Pas faim, pas soif, pas de besoins.


Les jours s'écoulent, paisibles. Palper les troncs magnifiques suffit à son bonheur. Il déambule dans cette immense forêt sans début ni fin, sans orée.


Jusqu'à ce qu'il se plante devant un arbre. Tiens, s'interroge-t-il, cela me rappelle quelque chose. Yanis touche le tronc, palpe l'écorce rugueuse sous sa main lisse. Un sentiment étrange, celui d'être revenu dans son domaine, le traverse. Et il se rappelle tout, sa vie d'avant. Bon sang, se dit-il, ça fait combien de temps que je suis là à ne rien faire ? Pris de panique, João se rappelle sa tronçonneuse disparue. Il passe tout le jour à la chercher et se désespère car la nuit va tomber. Mais un rayon Malin du soleil couchant, d'un dernier éclair, illumine un carter orange. Ah, enfin, la voilà, ma tronçonneuse, se réjouit John !

Puisque c'est le soir, il décide de dormir sur place, dans les fougères. Il sombre dans un sommeil bienheureux, rêvant à tous ces arbres magnifiques que demain il ira couper.


Et le dernier rayon du soleil couchant se meurt, entraînant avec lui des lambeaux de ce qu’il reste d’air pur. Si Giovanni était non pas endormi, mais attentif, aux aguets, il verrait bien que même l’odeur de copeaux frais s’en va à tout jamais.

Mais il dort…


 
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   Dugenou   
22/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Bonjour hersen,

Drôle de texte, vraiment ! Ici, chaque lecteur est susceptible d'interpréter cette allégorie de sa propre façon... voici la mienne :

Je crois y voir une histoire de revanche de la Nature sur l'homme qui l'exploite, mais peut-être me trompé-je ? Même après plusieurs lectures, je n'arrive pas à entrer dans le texte, tellement il est conté de façon sibylline...

   jeanphi   
22/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour hersen,

Voici que l'occasion nous est donnée de découvrir une très belle nouvelle au forma court, remplie d'une large palette de contrastes subtiles, dont certains pressentiront émaner de douces essences poétiques.
Une polytonalité philosophique basée sur la suggestion interroge notre relation au monde, globalisé, ..., à travers ces lignes.
L'ambiguïté me semble catalyser votre processus narratif. La tranquillité n'aurait plus prise sur notre système qui associe intuitivement la sérénité à de la simplicité d'esprit. Il semble néanmoins que vous décrivez effectivement un simple d'esprit, tiré des limbes de sa bêtise par le bien être et un sentiment du travail accompli. Allons bon. De l'esprit qui démontre empiriquement la supériorité de la captation carbone des cultures de sapins de Noël au bûcheron inculte du fonctionnement de la mécanique de sa tronçonneuse, y a-t-il plus qu'une décisive histoire de prédispositions acquises ou non en fonction de la qualité et des conditions de leur éducation ?..
Moi qui serais plutôt incliné à considerer qu'un individu affairé à l'abbatage forestier ne peut être fondamentalement plus mauvais ou plus bête qu'un autre, ne puis m'empêcher de discerner une once d'ambiguïté quant à cette question de votre texte.
L'écriture est vraiment superbe, aérée, empreinte d'un détachement qui frise la désinvolture. Je crois pouvoir dire immédiatement après lecture que vous avez
durablement marqué ma mémoire.Dressez-vous un dualisme nécessité/conséquences au jour de la cause environnementale ? J'espère que vous aurez à cœur de m'en faire part.

   Marite   
22/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Assez perplexe après une première lecture de ce texte classé en "réalisme/historique" je suis allée chercher quel était l'objectif d'un conte et voici ce que j'ai trouvé :
" Les contes permettent d'enseigner et d'éduquer ceux à qui ils s'adressent, généralement des jeunes qui manquent d'expérience de la vie. Il s'agit d'un exemple concret, une histoire qui véhicule un message à travers les péripéties de son protagoniste. "
Donc, je suppose que ce conte est censé attirer notre attention sur les conséquences du réchauffement climatique de la planète car le titre spécifie bien : "Conte international" ...
Et je m'interroge sur l'impact qu'il pourrait avoir sur des jeunes esprits en formation, pourquoi pas ? Mais sur des esprits déjà formatés j'en doute ...

   Pouet   
22/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Slt,

un texte qui fait cogiter un peu, qui ne nous sert pas un bourgeon d'épicea épicétou tout cuit sur un rondin en guise d'assiette en plastique recyclée.

Je pense que l'homme fait ça qu'il a appris à faire ; même si apprendre ce n'est pas forcément aimer ; on en apprend des "mauvaises nouvelles".
Mais dans le faire présent il me semble qu'il n'y a pas d'arrière-pensées. C'est le faire. C'est comme ça, une sorte de constitution dans le sens de la chair ou de l'écorce, dans la peau ou dans la grume.

Sans doute est-on ici entre rêve et réalité.
Sans doute est-il question de déforestation
Sais doute est-il question d'éternel recommencement.
D'Eden un peu aussi. On y parle beaucoup d'odeur, l'odorat m'a semblé le sens prédominant plus que le toucher du bois mais ce n'est qu'une impression. Car il est beaucoup question de sens. De l'existence aussi bien sûr, de ce qu'on veut en faire pour nos enfants.

Je pense entrevoir aussi une prise de conscience de la beauté , qu'elle n'est pas que copeaux, qu'elle touche à un écosystème qui ne s'embarasse pas de tronçonneuses à débiter les songes.

Le conte c'est que c'est partout pareil, cest universel, un conte, et qu'il faut les choyer les bois joli de Hans, Jean, Giovanni... sans trouver pour autant l'ensemble manichéen. Plutôt dans la dénonciation larvée. Mais là c'est pas un conte; on fait plutôt les comptes : la forêt amazonienne perd bon an mal an 30 000 km2 de surface chaque année. Les petits chicots de scie font les grandes gueules-gouffres à dents de sabres.

Voilà en tout cas ce que moi j'en retiens.

J'en aurais bien lu un peu plus, un développement supplémentaire. Mon unique regret.

   Robot   
22/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
n'aime pas
Je reconnais que l'écriture est de qualité.
Censée je suppose affirmer la volonté internationale du conte qui nous est présenté, je trouve un peu grossière la ficelle de la multiplication des désinences du prénom en introduction.
Sur le fond, je trouve que le récit manque de nuance s'il veut nous dire que le monde serait plus beau et les populations plus heureuses si on cessait de "d'abattre, débarder, débiter, encorder."
Faut-il ?... Peut-on se passer de chauffage ? - eh oui - le chauffage au bois ça existe encore. peut-on se passer de menuiserie, de charpente. Devrait-on laisser Notre-Dame de Paris sans ses poutres en bois et les remplacer par des étayages métalliques ? Devra-t-on s'asseoir sur des bancs en béton inconfortables ? Et poser les écoliers sur des pupitres en acier ?
Si un conte est censé amener une forme de morale, je pense que la réflexion n'a pas été menée en profondeur pour permettre d'envisager les conséquences d'un abandon universel (international) de l'exploitation forestière.
Je ne m'étendrai pas sur le choix de la catégorie sauf à dire que je ne vois pas où se situe l'aspect historique et que pour ma part comme je le souligne dans les propos ci-dessus on est loin du réalisme.

   Eskisse   
22/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour hersen,

Il y a un côté fascinant à cette nouvelle qui tient à la perte de repères spatiaux et temporels caractéristique de certains contes.

Le lecteur s'identifie à ces ouvriers de la forêt qui entretiennent un lien intime avec celle qui les fait vivre mais pas pour toujours.
Plongés qu'ils sont au coeur du poumon de la terre, ils n'ont pas l'air de prendre conscience de ce que leurs actes induisent à long terme. Et il n'est pas fait mention des "grands" qui les emploient ce qui rétrécit le champ à leurs sensations à eux.
Le mythe de Sisyphe y est suggéré comme si nous étions condamnés à quoi ? à mourir ? à détruire ?.
Une nouvelle qui ne nous impose pas ce que l'on doit penser.( Si ce n'est qu'il vaut mieux perdre sa tronçonneuse. )
C'est ce que j'aime ici.

   papipoete   
23/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
bonjour hersen
Il coupait des arbres, mais ne les tuait point ; simplement il fallait que l'on se chauffe, fabrique des planches et autres parquets !
Le bûcheron un jour, se trouva devant une forêt inconnue, alors qu'ici il connaissait le moindre recoin... Et si l'on arrêtait d'abattre tous ces arbres ? il rêvait...
NB un conte dont le thème ressemble à celui des animaux, qu'il faudrait épargner quoi qu'il arrive ; laisser faire la nature et comme les Bishnoï du Rajastan, ne vivre que de ce qui est mort, naturellement.
la forêt intouchable put s'imaginer à Bornéo, là où ses animaux n'ont plus de domaine à eux .
J'avoue que l'annonce chez nous à Lons le Saunier, qui disait qu'au Parc il faudrait abattre nombre d'arbres malades, sembla comme coup de massue ; finalement beaucoup oscultés de plus près, en réchappèrent
Ce texte est plein de douceur, avec ce bûcheron amoureux de ses victimes à venir, mais qu'il fera tomber sans torture...

   Luz   
23/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour hersen,
C’est un conte que je n’ai pas très bien compris, mais ce n’est pas grave, il me faut du temps en général… En tout cas, j’ai été entrainé au fil du texte par une impression de mal à l’aise : cette forêt très particulière, soudain apparue, qui fit perdre au bucheron ses repères et ses outils.
C’est un conte, une nouvelle poétique pas ordinaire, et très belle.
Bonne journée.
Luz

   ferrandeix   
24/9/2023
trouve l'écriture
très perfectible
et
aime un peu
Un conte propre à éveiller la sensation de mystère. La forêt justement y est propice, le thème du sommeil, du réveil. Cependant, la trame ne me paraît pas perceptible. Il aurait fallu des indices pertinents: rien de cela. On quitte la lecture avec un sentiment d'inachevé, d'inabouti. Il faut ajouter une écriture qui me paraît bien précaire, accumulant les formes peu gracieuses. Je ne retiendrais que
"a appris à " et "ça se mérite". Je dirais au final qu'à partir des éléments utilisés, on pourrait construire une nouvelle de qualité, mais tout serait à revoir.

   Anthyme   
24/9/2023
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Hersen.

Un texte qui m'interpelle, peut-être à cause des points de suspensions finaux qui semblent m'inviter à lui donner une conclusion.

Vous ne serez alors probablement pas surprise que votre « Mais il dort … » me susurre « …deux trous rouges au côté droit. »

… … … …
Arghhh …
Mon intérêt me fait brûler les étapes : je manque au devoir préalable du commentaire technique.
… … … …

Que dire, si ce n’est que votre écriture m’apparaît exemplaire ; irréprochable alliage de précision et concision.

Pour dire ; il m’a fallu relire plusieurs fois avant de trouver une « toute-tite-bête » (et encore !) en forme de non-sens :
« Il verrait bien que même l’odeur de copeau frais s’en va à tout jamais. »

Boff … « Voir » … « Sentir » …
Je pense que l’éveil des sens de cette forme d’« endormissement » autorise tous les panachages. En effet, le paragraphe aurait bien pu se clôturer :
« Il verrait bien que même l’odeur de copeau frais s’en va à tout jamais, noyée dans le rouge de son sang. »

Mais alors, plus de non-sens et suspension finale devenant superflue car le lecteur se voit imposer une interprétation.

Tout compte fait, laissons « voir » l’effacement de l’« odeur » sans autre précision : le lecteur pourra ainsi faire sa part de boulot !

   Louis   
26/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Un bûcheron est l’unique personnage de ce récit, à l’allure d’un conte moderne.
Sa nationalité ne détermine pas son identité. Ni la particularité de sa psychologie. Mais son activité professionnelle, et son rapport aux essences sylvestres. S’il est un "individu" singulier, il partage néanmoins, avec d’autres à travers le monde, les mêmes caractéristiques, représentatif d’un type de rapport "international" à la forêt et aux arbres.

Ce bûcheron partage les valeurs artisanales : l’amour du « travail bien fait ». IL n'est pas un industriel de l'abattage.
Il ne coupe pas les arbres sans déplaisir, au contraire :
« Il coupe parce qu’il y a une certaine jouissance à le faire »
Son activité est plus qu’un simple "travail" avec sa dose de pénibilité, et de répétitivité.
Tâche harassante, sans doute, mais elle « fatigue sainement le corps »

Il aime donc son activité de coupe des arbres, qui n’est pas seulement son gagne-pain, mais aussi la source d’une « jouissance ».
Nulle opposition pourtant entre son activité de coupe et son amour des arbres.
Il les aime, les arbres. Il aime leur odeur, vivants. Mais il aime aussi leur « senteur » quand ils périssent en « rondins » sous les dents de sa tronçonneuse, ainsi celle « du si fin copeau que rejette la machine ».

Il semble se préoccuper de la perpétuation de la forêt : il « aménage les taillis pour favoriser la pousse des plus gros arbres ». Ainsi fait-il fonction à la fois de bûcheron et de forestier. Son travail et la forêt, il les souhaite "durables".

Le futur est pour lui objet de crainte : « Et si demain je n’ai plus de bois à couper ». Son imaginaire oscille entre le futur d’un monde sans arbres, où bois et forêts auraient disparu et le passé d’une nature primitive qui avait couvert la terre de forêts.
Ses fantasmes balancent entre un avenir sans arbres, et un monde premier où ils règnent partout.
Quand la forêt s’enchante sous l’effet de son imaginaire, elle occupe un espace illimité ; elle se compose d’essences plus variées et plus nombreuses. Ce mirage est celui d’une forêt primitive sans marques d’une intervention humaine. Sans coupe, sans bûcheron. Une forêt "vierge" : « Un boisé intouché dans la majesté de fûts immenses ».

Sa vision de la forêt primitive ne l’empêche pas de retrouver inchangée son activité de coupe ; sans y renoncer.
Pourtant dans la forêt enchantée : « Palper les troncs magnifiques suffit à son bonheur »
Les arbres y sont considérés pour ce qu’ils sont, pour ce qu’ils apparaissent sensiblement, tactilement en particulier, et non pour leur utilité, et non en tant que marchandise. Le rapport à l’arbre n’est pas encore celui de la rationalité technique. Le monde est habité en poète.

« Pas faim, pas soif, pas de besoins » : ce qui est éprouvé dans la forêt enchantée, qui prend alors une allure édénique, est associé et ramené à un « bien-être infini ».
L’absence de besoin semble la condition du bien-être, plutôt que sa conséquence, ou son effet.
Si l’homme-bûcheron n’avait, en effet, ni faim ni soif, s’il n’avait nul besoin matériel, pourquoi le travail harassant, pourquoi couper des arbres, pourquoi les vendre, les échanger contre des biens matériels, ou, si les arbres ne lui appartiennent pas, vendre sa force de travail ?

Lors de son retour à la réalité, il se « réjouit » de retrouver sa tronçonneuse.
La réalité n’a pas changé, et son rapport aux arbres, non plus. Il lui faut bien "vivre", survivre, et répondre à ses "besoins". Il continuera de couper, découper, débiter le bois avec sa tronçonneuse.

Pourtant le bûcheron ne participe pas au processus de "déforestation", comme le font ceux qui incendient les forêts, par exemple, pour les convertir en terres d’une culture intensive, ou en pâturage pour le bétail. Il ne "massacre" pas la forêt avec sa tronçonneuse, mais son activité peut-elle se poursuivre inchangée dans le contexte actuel ?

Il « dort », dit la fin du conte, et il rêve de forêt enchantée ; cela signifie qu’il ne s’est pas encore éveillé à ce qui détruit le monde sylvestre, à la disparition de « l’air pur » en conséquence ( puisque les arbres absorbent le gaz carbonique), et celle de « l’odeur de copeaux frais ».

Sa préoccupation du travail bien fait, sa rêverie elle-même, lui masquent la réalité : la forêt qui disparaît et l’urgence des mesures à prendre, non limitées à une "coupe durable", mais exigeant un rapport différent aux arbres et à tout l’environnement naturel, ainsi qu’au travail productif et à la consommation, de même qu’aux sources de « jouissances ».

Que dit ce conte ?
Que l’imaginaire catastrophiste ou celui d’un passé idéalisé n’ont pas d’effet sur les hommes, qui continuent à dormir et à rêver, sans vraiment prendre conscience de la situation réelle.
Seule l’observation éveillée, lucide, et l’étude de l’orientation de notre monde peuvent permettre de comprendre ce qui se passe, étude fondée sur la raison, et non sur des émotions comme la crainte, ou sur l’imagination.

Merci hersen pour ce conte intéressant.

   hersen   
26/9/2023

   Cyrill   
30/9/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Ça commence comme un conte poétique, avec ce festival de prénoms de toute origine qui installe bien l’allégorie de la fraternité. Du moins l’ai-je ressenti ainsi. D’un bout à l’autre du monde, il y a des frères bûcherons, qui se reconnaissent comme tels en ce qu’ils ‘méritent’ la forêt. Cet homme multiple compte le temps, pas en heures qui seraient synonymes de salaire, mais en rondins qui rassurent, qui attachent au sol, à la terre.
Il compte, mais surtout il nous conte son attachement, son amour du travail bien fait, utile, le plaisir qu’il en retire. Mais est aussi question de nécessité dans ce travail physique, il sert à ne pas penser au-delà de l’action et de sa valeur immédiate. Car c’est l’oisiveté qui engendre le doute. Qui fait naître des inquiétudes.
Doute et inquiétudes qui seront mis en exergue bientôt, dans la partie onirique et la conclusion.
Il y a comme un glissement imperceptible, une faille qui permet à l’absurde, à l’inconnu, de s’introduire dans l’immuable. Cet inconnu se révèle merveilleux. Une forêt primaire s’invite, avec tout ce qu’elle peut comporter de sens profond. Recommencement, retour au virginal, au sauvage, renaissance. Non finitude, également, que peut représenter l’absence d’orée.
Pas n’est besoin de savoir quelle est la raison de cette forêt, son existence et celle du bûcheron se suffisent à elles-même.
Il n’y a pas vraiment de retour à la réalité puisque le bûcheron universel intègre cet éden à sa réalité et se réjouit d’avoir la possibilité de tronçonner de si belles essences, aveugle à la menace qui pèse sur la nature et le vivant.
Ce texte a bien sa place dans la catégorie choisie, il aurait pu aussi se trouver en ‘fantastique/merveilleux’, ça n’empêcherait pas le lecteur de partir dans ses propres réflexions sur la base de ce que tu nous proposes, Hersen.
Le propre d’un texte réussi, pour moi, est qu’il n’apporte pas de réponse pré-mâchée, qu’il pose des questions ouvertes, en un mot qu’il trouble. Pour ma part, c’est l’aspect de la finitude – et du monde et de l’humain – qui m’a le plus troublé. Et m’a fait revoir une position assez confortable d’accusateur qu’il m’arrive d’adopter envers les ceusses qui détruisent la forêt et autres aspects de la nature. Nos besoins en tant qu’animaux cherchant à se reproduire sont énormes et usent la terre. Nous même, chacun de nous, mourrons un jour, la terre mourra puisque dans un mouvement d’expansion universelle.
Non mais attends, deviendrai-je zen ? Non, juste un peu plus désespéré mais content d’avoir lu quelque chose d’intelligent et non dépourvu de ces qualités stylistiques et poétiques qui me réjouissent.
Merci pour le partage.

   Zultabix   
13/10/2023
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Hersen,

Permettez-moi cette facétie n'ayant rien d'ironique, ce conte international du Bois-Joli commence un peu de la même manière que ce refrain entêtant de Marie Laforêt :

An-ton, I-van, Bo-ris et moi
Re-bec-ca, Po-la, Yo-han-na et moi
Sa-cha, So-nia, Da-vid et moi
Di-mi-tri, Ya-ni, Na-ta-cha et moi

Et se conclut un peu dans le style rimbaldien du "Dormeur du Val" !

Tout cela pour vous dire que j'ai beaucoup aimé votre chanson poético écologique et les errements sylvestres de votre bûcheron aussi sensible que le zinzinulement de la mésange.

Serviteur de l'intérêt de tous, c'est en coupant ces arbres qu'il admire, que le boquillon semble un jour atteindre l'ataraxie, cette tranquillité de l'âme si chère aux épicuriens.

Comment les arbres pourraient t-il lui en avoir, puisqu'il les a tant aimé avant de les abattre. Les arbres ressentent cela. Intensément ! Profondément ! Et cela les ravis. Je le sais, car je pense être comme vous, un hêtre humain !

Bien à vous !

   Zultabix   
13/10/2023
Rectification : comment les arbres pourraient lui en vouloir !


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