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Sentimental/Romanesque
i-zimbra : La dernière Ève
 Publié le 03/09/11  -  14 commentaires  -  10540 caractères  -  124 lectures    Autres textes du même auteur

À tombeau fermé… (est-ce qu'à la dalle Ève reste ?)


La dernière Ève


Je n'ai jamais rien raconté de certains événements de ma jeunesse, même pas dans un cahier. J'en aurais eu le loisir… toujours occupé autrement. Il y a un début à tout et le moment est venu. En faisant parler mes gènes, j'aurai terminé avant dîner.

À ma naissance, mes parents avaient dit que je serais la dernière. Ils n'avaient pas prévu que je ne cesserais d'accentuer mon retard. D'abord, je tétais tellement lentement que cela stoppa la montée de lait. Ma mère était comme ça ; plus tard elle me retirait mon assiette en disant : « Tant pis pour toi, tout le monde attend pour le fromage. » Toujours à lambiner. On ne m'envoyait même jamais chez Mère-grand, tant il était clair que le loup n'eût point trouvé non plus la patience de m'attendre.

Ma scolarité s'est plutôt bien passée, seulement on me disait souvent : « Eh bien, tu as mis du temps à comprendre ! » Je me serais presque cru sotte. Mais les autres disaient comprendre quand ils croyaient avoir compris ; moi, j'aime bien être sûre.


Puis sonna l'heure de quitter le foyer familial, et j'ai fréquenté des gens qui forçaient moins le tempo. Il y avait néanmoins toujours des réunions dominicales chez mes parents, avec mes cinq frères et sœurs. Je me rappelle bien les derniers repas de famille.

D'abord celui auquel notre père nous avait tous invités pour fêter sa retraite. Il avait travaillé dur, pour en profiter tôt et bien. J'étais arrivée à l'heure. Oh ! je savais être ponctuelle. On me soupçonnait pourtant encore d'avoir perdu du temps à regarder les paysages en venant : « Tu es partie de chez toi à quelle heure ?… Tu as eu des bouchons ? » m'avait demandé mon grand frère. Il m'avait doublée si vite, sur la route, qu'il ne m'avait pas vue. Il était dans je ne sais quelles affaires, mais qui marchaient bien. De mieux en mieux : il avait de moins en moins de temps pour faire les trajets entre des clients de plus en plus nombreux. Je ne sais pas s'il est heureux là-haut, parce qu'il ne sera plus jamais pressé. Je me souviens bien de lui ; on a continué de citer sa réussite en exemple.

Après le repas, j'avais sorti un de ces appareils pour rester connecté avec le monde, un cadeau si je me rappelle bien. Tout le monde le pensait mais je crois que c'est ma seconde sœur qui l'a dit : « Tu as quand même fini par te mettre à la page ! » La sienne de page s'est tournée l'année suivante. Elle fut une martyre de la modernité. Parce que c'est une religion, les nouvelles technologies. Elle s'était encore payé un machin à peine homologué, dernier cri. Elle n'en poussa qu'un… ce n'est pas comme si elle avait souffert longtemps à cause des émanations toxiques ou des radiations, comme cela arrive.

Papa était content de sa réception, et je ne la lui ai pas gâchée, car je venais de trouver un très bon travail. « C'est pas trop tôt, si tu veux assurer tes vieux jours. Je ne serai pas toujours là pour veiller sur toi. » Le dimanche suivant, c'est moi qui le veillais. Son cœur l'a privé de sa retraite.


Oh la la. Je me rends compte pourquoi je n'ai jamais parlé de ça à personne : ça ressemble à une histoire drôle. Mais s'il avait fallu que j'entre dans les détails, il y en aurait eu pour pleurer et à quoi ça sert ? Et puis il faudrait parler aussi des moments heureux… L'été qui a suivi le décès de notre père, sa veuve avait encore pu réunir une fois tous ses enfants. Un rayon de soleil revenait dans la salle à manger. Moi, j'avais été toute contente d'annoncer que j'avais acquis ma jolie maison. Las ! je leur donnais encore l'occasion de me faire sentir que mes moyens étaient ridicules : « Mais tu vas mettre toute la vie, pour la payer ! » Et après ?… Ils se sont pourtant bien trompés, mais eux en étaient déjà aux résidences secondaires. Ils faisaient des placements qui rapportaient vite, dont les gains futurs garantissaient leur train de vie – c'est ce qu'ils essayaient de m'expliquer, mais quand on vit dans l'instant comme moi, on se livre à d'autres genres de spéculations. « Qui ne risque rien n'a rien. » C'était dans la lettre qu'on trouva à côté de ma sœur aînée… Et j'avais senti que pour ceux qui restaient, cela sonnait encore comme un reproche à mon encontre.

Le dimanche midi, on a le temps de manger des bonnes choses. Mais puisque c'était le moment de raconter comme on avait bien utilisé chaque heure de la semaine, ça ne devait pas les changer des fast-foods : ils avalaient tout rond pour avoir le temps de parler. Chez Maman qui faisait toujours beaucoup à manger, je me servais peu pour avoir le temps de mâcher, et ne pas faire attendre entre les plats, mais ça ne ratait pas quand même : « Tu en mets un temps pour avaler trois haricots ! » Je crois que c'est mon dernier frère qui a eu un cancer des intestins. C'est le seul qui ait mis du temps à mourir. Après, il a pris celui de manger les pissenlits par la racine.

Cette hécatombe a sans doute travaillé notre mère, mais comment savoir ? elle a toujours vu les choses d'un point de vue très personnel. « Ce qui est fait n'est plus à faire. » Il faut l'avoir connue pour saisir l'aphorisme dans toute sa profondeur philosophique. Lorsque j'entends ça aujourd'hui, je la revois devant moi, à quatre pattes sur le carrelage. Elle tuait le temps, il n'en restait rien ; elle faisait tout en un rien de temps. « On n'a pas toute la vie ! », c'est comme ça qu'elle me houspillait. Qu'on ne me demande pas ce qu'elle voulait dire. Et pour qu'elle l'eût su elle-même, il aurait fallu qu'elle s'arrête pour y penser. Quand elle a vu ce que ça durait dans la famille, la vie, c'est comme si elle s'était dit qu'il était grand temps qu'elle en mette un sacré coup. Je n'aimerais jamais paraître l'âge qu'elle avait à cinquante ans. J'ai oublié ce qu'avait dit le docteur, il n'y a peut-être pas de terme médical pour "morte d'épuisement". En tout cas avec sa manie de sans cesse tout laver, je n'ai même pas eu à faire la toilette du corps.

Sans croire au Prince Charmant, j'avais toujours pensé que je finirais par trouver un garçon raide dingue de moi, et – la nature étant bien faite – qu'il ne me déplairait pas. La nature n'y fut pour rien, le premier fut le fils d'un préfet. À mon mariage, je pris comme témoin le frère qui me restait. « Eh bien tu en as mis du temps à te caser ! » m'avait-il félicitée. Pour lui, une femme n'avait pas d'autre but dans la vie, et il considérait sans doute le mien atteint. Mais un homme a d'autres ambitions. Ce tout juste trentenaire se voyait bientôt ministre ; il avait pris de l'avance dans la course aux honneurs. Toutefois, c'était grâce au soutien des « hommes d'honneur ». De drôles de fréquentations. Et quand ils ont misé sur un autre cheval, ils ont mis mon frère à la réforme. Pour les chevaux, cela signifie la boucherie ; de toute façon, on n'a jamais retrouvé le corps de mon frère.


Je me souviens encore assez bien de cette famille, même si j'ai fait le ménage dans ma mémoire. Parce que la jeunesse est quelque chose qui marque. C'est fondateur. J'en parle peut-être avec beaucoup de légèreté, mais cela fait maintenant presque quatre-vingt-dix ans, alors, comme on dit, c'est loin tout ça. D'autant plus que je n'ai pas eu trop de nouvelles de mes neveux et nièces. J'espère qu'ils vivent encore. Oh je ne crois pas qu'ils m'aimaient beaucoup… c'est comme s'ils m'avaient jugée coupable. « Évidemment, ce n'est pas à elle que ça risquait d'arriver », voilà ce qu'ils devaient penser. Mais si le destin avait été inversé, ma famille aurait pu dire au contraire – à mes funérailles : « L’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt ». L'un dans l'autre, on a toujours raison. C’est pourquoi je n’ai jamais voulu tirer une morale de cette histoire ni en instruire les gens pressés. Mais j'ai développé une aversion pour le temps imparti et dès que quelqu'un regarde sa montre en me voyant, je prends mes jambes à mon cou.

Si le temps c'est de l'argent, j'étais donc bien riche. Je l'ai toujours su, au fond. Et ce qu'on me reprochait, c'était une forme d'avarice… Pourtant, j'en donne beaucoup, de mon temps. Aux petits enfants par exemple. J'ai toujours aimé leur compagnie. Ils ont ces jeux d'empilement, avec des cubes, ou n'importe quoi : plus ça monte, et plus on s'attend à ce que ça s'écroule. Aux anniversaires que je faisais à la maison de retraite, je lisais la même chose dans les yeux du personnel (certains sont maintenant pensionnaires). Mais depuis quelques années, ça ne me le fait plus. À tel point que l'autre jour, quand j'ai eu mon malaise, j'ai eu le temps de voir qu'ils étaient tous réellement incrédules.


Lorsque j'ai vu défiler toute ma vie comme un grand film, il y a eu quantité de séquences qui m'ont émue aux larmes, et au regard desquelles je serais volontiers allée jusqu'au mot "Fin" le cœur léger. Mais j'ai eu une rémission ; je tenais à dire pourquoi.

La vie continue (c'est drôle, d'habitude on dit ça après la mort de quelqu'un). Demain matin, mon arrière-petite viendra me chercher à l'hôpital, et je déjeunerai avec sa petite famille. L'aîné sera là avec sa fiancée, que je ne connais pas encore. Ensuite, j'irai voir mon ami Louis ; il est prévenu, mais sera complètement rassuré sur ma bonne forme lorsqu'il me verra arriver à pied, et nous passerons une bonne soirée. Si j'ai jamais reproché à quelqu'un d'y mettre le temps, ce n'est certainement pas à lui (ah qu'elle est belle, la vie !). Mais d'abord je lui raconterai mon expérience de mort imminente, une EMI comme on appelle ça.

L'âme qui sort du corps en le regardant, la lumière blanche, le tunnel, tout ça… C'était pas mal ! Je m'étais dit qu'après tout à mon âge, même si je continuais à faire tout ce que je faisais à vingt ans – certes trois fois moins vite… mais avec dix fois plus de loisirs on a du temps de reste –, enfin je me disais que c'était peut-être le moment de passer la main. Je me laissais donc aller, c'est-à-dire vers le bout du tunnel – la mort est une minute unique ; j'étais pleine de curiosité excitée. Voilà, j'y étais. Aveuglée par la lumière blanche, je ne sais pas si au-delà les ténèbres sont complètes ou pas mais je ne distinguais pas grand-chose. Cependant j'ai gardé l'ouïe fine et tout était silencieux… jusqu'à l'instant ultime, quand je les ai entendus, tous, reprendre en chœur : « Eh bien, tu en as mis du temps ! » J'ai eu la force de faire demi-tour, ils ne sont pas près de m'y revoir !

Les trépassés ont leur temps perdu. J’ai encore tout le mien. Chaque seconde, je continue mon expérience de vie éternelle ; une EVE, comme je m'appelle.


 
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   socque   
3/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Très jolie fin, très bien trouvée ! Cela dit, avant, même si j'ai apprécié cette écriture légère pour dire des choses sinistres, j'ai trouvé le message trop moralisateur, trop évident et pas léger, lui. Peut-être y a-t-il un peu trop de matière dans ce texte. Il serait éventuellement intéressant de le rendre moins dense en donnant moins d'exemples de la mort des membres de la famille : avec cette accumulation, il me donne une impression de recherche de la performance qui va complètement à l'encontre du message à mon avis. Simple suggestion, bien sûr, j'essaie de mettre le doigt sur ce qui m'a gênée.
Me gêne aussi ce que je perçois comme un ton vindicatif de la narratrice, un côté "On me disait que j'étais lente, eh bien voilà, j'ai tout réussi et ils sont morts, bien fait pour eux" que j'ai ressenti tout au long du texte et qui m'a déplu.
Mais l'histoire est très originale et bien écrite.
Ah, sinon le jeu de mots du résumé, en haut, m'a paru gratuit et sans intérêt : pourquoi raccorder l'Everest à cette histoire ?

"dès que quelqu'un regarde sa montre en me voyant, je prends mes jambes à mon cou." : je trouve que l'expression ne convient pas pour une narratrice qui, justement, prend son temps.

   monlokiana   
8/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Sur une écriture fluide qui se laisse lire sans ennui, rythmé et tout, j’ai bien aimé ce bout de texte. On sent vraiment le personnage, même si à certain endroit du texte, on serait tenté de sombrer dans l’ennui.
J’ai bien aimé cette Eve qui se fond dans ses souvenirs, on se l’imagine bien, sa personnalité et tout ce qui renferme son caractère. J’ai lu ce texte deux fois, et je ne vois vraiment pas où critique négative il y aurait.
Un bon moment de lecture. Une qualité dans l’écriture.

   Pascal31   
26/8/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Cette succession de cadavres familiaux m'a assez vite lassé.
J'ignore si l'auteur voulait être drôle ou original, moi ça m'a simplement ennuyé et j'ai eu un mal fou à lire jusqu'au bout.
Ce n'est pas forcément mal écrit, malgré quelques répétitions gênantes, quelques lourdeurs (exemple : "De mieux en mieux : il avait de moins en moins de temps pour faire les trajets entre des clients de plus en plus nombreux").
Je n'ai pas trouvé un grand intérêt à ma lecture. Probablement parce que le sujet ne m'a pas touché, ni amusé (si tel était le but).

   Anonyme   
3/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime quand on parle légèrement de choses graves et ce cynisme ne m'a pas gênée, bien au contraire.
Certes l'énumération des décès est sans doute un peu fastidieuse et sans surprise mais elle est nécessaire, et puis la fin rattrape joliment certains passages un peu longuets.
Il y a des petites choses qui m'ont un peu accroché l'oreille, comme : "je me serais presque cru sotte" que je trouve bizarre mais, dans l'ensemble, c'est un texte que j'ai lu agréablement et qui m'a fait sourire.

   Anonyme   
3/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
La fin est bien, bien que ce ne soit pas une fin ipuisqu'l faudra bien qu'elle remette ça ... un jour ....
Sinon c'est pas très drôle, enfin je moi je trouve cela un peu triste ou pluttôt gris. Elle fait tout au ralenti ça on le sait, mais ce qu'elle fait ça on ne le sait pas (rien peut-être) peut-être se contente t'elle de vivre?
tout semble passer à côté d'elle et son regard est indifférent.
plustôt que la "dernière Eve", ne serait-ce pas "l'étrangère"?
La vie est injuste on donne plus à ceux qui n'en font rien.
Enfin c'est comme-ça après tout, personne n'y peut rien.
Heureusement l'écriture est simple, ça permet de lire facilement.

   brabant   
3/9/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir i-zimbra,

Eh oui, c'est ce que l'on appelle de l'humour noir et c'est bien fait, vous arrivez à me surprendre avec la fin.

Le style n'est pas désagréable, je me suis senti primesautier en vous lisant. Il y a ce qu'il faut de dérision et de distanciation bien pesées et bien placées. J'ai eu l'impression d'une accumulation - bon, lui tue toute sa famille d'un coup, mais il y a la quantité aussi, contraignante - et d'une atmosphère à la Guitry (''Mémoires d'un tricheur'') et l'on sait que ce dernier était un maître.


Un texte qui ne vire pas au cauchemar car il n'est pas lourd, qui donnerait presque envie d'aller voir de plus près ce qu'est une EMI, d'aller la toucher du doigt, et c'est sans doute là son vrai danger, mais la preuve aussi qu'il est réussi, y compris sur le plan moral car on ne plaint pas ces chers disparus !


Bravo, au plaisir de vous lire...

   Anonyme   
5/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Je n'ai pas été transcendé par la lecture du texte que je trouve néanmoins plaisant. Il me semble surtout que l'ensemble est construit uniquement pour préparer la chute (qui est amusante d'ailleurs, bien trouvée, et d'un rapport étonnant avec le titre lorsqu'on la découvre). En seconde lecture, on apprécie davantage cette "préparation", mais en première lecture, j'ai flirté un peu avec l'ennui.

Ce texte est très bien écrit, c'est évident.
Les choses que j'y ai relevées sont donc du domaine du pinaillage.

Il y a une petite chose qui me fait toujours tiquer lorsque je la rencontre. Il s'agit de la phrase suivante :
Tout le monde le pensait mais je crois que c'est ma seconde sœur qui l'a dit : « Tu as quand même fini par te mettre à la page ! ».
Je la considère comme une petite (c'est-à-dire pas très grave; y a pas scandale) maladresse de point de vue. Affirmer les pensées des autres me semble outrepasser la position du "Je" narratif. On se trouve là dans la position d'un narrateur omniscient et ça ne me semble pas cohérent. Le doute, ou du moins la réserve, aurait pu être exprimé d'une façon ou d'une autre (par exemple : "Tout le monde devait le penser [...]"; ou alors, plus subtil : "Tout le monde le pensait, je n'ai aucun doute là-dessus" car, dans ce cas, cela permet d'exprimer l'absence de doute tout en conservant la position du narrateur personnalisé). Ceci est d'autant plus flagrant que le doute est exprimé dans la seconde partie de la phrase ("[...] je crois que c'est ma seconde sœur [...]"). Le doute, ici, exprime la méprise possible du fait du grand recul temporel et donc de l'approximation du souvenir. Ce n'est pas de même nature, mais ceci met davantage encore en évidence l'absence de doute de la première partie. De plus, on trouve cette même nature de doute à la fin de la phrase précédente. Ça fait beaucoup... à moins que ce ne soit volontaire ?

Je n'ai pas bien compris ce qui suit. La sœur est décédée à cause du dysfonctionnement d'un appareil, manifestement, mais lequel et comment ? Ce n'est pas indiqué. Ce n'est pas essentiel, j'en conviens, mais cela crée une petite frustration de lecteur.

J'ai tiqué sur une autre phrase aussi :
L'été qui a suivi le décès de notre père, sa veuve avait encore [...]
Il y a, au travers de tout le texte, un cynisme certain, mais que l'on perçoit néanmoins sans brutalité. Le fait que la narratrice désigne sa mère comme la veuve de son père me donne l'impression d'un cynisme qui dépasse le registre choisi pour le texte (sauf peut-être pour la chute).
En fait, non (après relecture) : il est vrai que la mère est plutôt maltraitée par la narratrice, plus loin dans le texte, mais cette expression "sa veuve" m'a surpris à cet endroit du récit. Ce n'est donc pas une incohérence par rapport à l'ensemble, mais plutôt un changement brutal dans l'intensité du cynisme, à cet endroit précis.

Je trouve la phrase suivante aussi curieuse :
Cette hécatombe a sans doute travaillé notre mère, mais comment savoir ?
Elle l'aurait été à moins, me semble-t-il !

Encore un endroit où j'ai eu un petit souci :
Ce tout juste trentenaire se voyait bientôt ministre
La personne désignée est indéterminée. D'ailleurs, j'ai cru d'abord qu'il s'agissait du fiancé/mari avant de comprendre qu'il s'agissait du frère.

Une dernière petite chose : le jeu de mots qui sert de résumé peut faire sourire, mais c'est quand même très potache ! (mais, après tout, c'est plutôt sympathique de la part d'un auteur qui, de manière évidente, est très vigilent quant à la précision de ce qu'il écrit).

   widjet   
5/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Un petit texte plaisant (le plus accessible de cet auteur cultivé) avec un humour noir et acide, une sorte de conte mordant sur (entre autres, et c'est surtout ça que j'ai retenu) les bienfaits de la lenteur.

   Anonyme   
6/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu
Un portrait de famille au scalpel mais ça ne m'a pas convaincue.

Une famille vue dans un objectif particulier, cynique, mais ça ne suffit pas pour me persuader.

Un court opus qui prend le pari de camper une famille très banale mais le regard de l'auteur aimerait montrer qu'elle est particulière.

"Ce qui n'intéresse que moi n'intéresse personne", André Malraux.

Le point fort ? Une écriture qui balance bien.

   Palimpseste   
7/9/2011
J'ai bien aimé le début, moins la fin...

Un peu moralisateur ou convenu, je ne sais pas... Elle m'a laissé un peu sur ma faim et je ne la trouve pas super-connectée au début...

A peine quelques lourdeurs ou maladresses (moi aussi, j'ai mis du temps à comprendre que le trenternaire était le frère et pas le fiancé)...

Côté écriture, rien à dire: c'est fluide et ça se lit très bien...

Merci.

   aldenor   
7/9/2011
Comment arrêter le temps ? Ne rien faire !
Hiberner ; ça tombe sous le sens. C’est une idée qui m’est déjà venu. Le texte m’a donc accroché des le début.
Par extension, faire les choses lentement permet de durer plus longtemps…

Vient se mêler au scénario une deuxième interprétation, plus banale : la vanité de la réussite matérielle devant la mort.
J’ai l’impression que la sagesse de cette vieille dame énumérant les brèves destinées des membres de sa famille, oscille entre les deux.

Moi aussi j’oscille sur ce texte. L’impression globale n’est pas nette. L’humour, noir, je veux bien, mais je ne sais pourquoi me laisse ici mal à l’aise et je ne sais finalement quelle sagesse retirer. A quoi bon durer ? A quoi bon l’éternité ? Juste pour bisquer les gens pressés ?

L’écriture ? Il y’a de bons passages, mais je ne trouve pas la densité, la précision, des précédents i-zimbra.

Perplexe. Il doit y avoir autre chose à puiser dans l’idée de cette nouvelle. Ou peut-être pas…

   toc-art   
13/9/2011
Bonjour,

je n'ai rien à dire sur l'écriture, ce qui veut dire qu'elle est bonne selon moi car elle se fait oublier. En revanche, elle ne m'a pas sauvé de l'ennui mais je crois que cela tient plus à la construction terriblement redondante et monotone.

Il me semble d'ailleurs que j'avais déjà eu cette impression sur un autre texte de l'auteur. Le problème, c'est que la lassitude gagne à partir du moment où on comprend où l'auteur veut en venir (assez tôt) et que celui-ci s'acharne encore et encore à aller au bout de sa démonstration. C'est... agaçant en fait.

Bonne continuation.

   David   
18/9/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour i-zimbra,

Eve, veuve de fils de préfet... je ne suis pas sûr qu'elle ait 90 ans, je crois qu'elle ne dit pas son âge, c'est celui de ce qu'elle estime être sa vie d'adulte ; à la fin, elle va voir le jeune couple de son arrière-arrière petit fils si je compte bien :

Citation :
Demain matin, mon arrière-petite viendra me chercher à l'hôpital, et je déjeunerai avec sa petite famille. L'aîné sera là avec sa fiancée, que je ne connais pas encore.


"arrière-petite", ça pourrait être fille comme nièce, mais ça ferait à 20 ans par génération : mère à 20 ans, grand-mère à 40 ans, arrière-grand-mère à 60 ans, elle pourrait se trouver arrière-arrière-grand-mère à 80 ans... donc en fait c'est plutôt une limite basse pour "l'âge du capitaine", c'est bien Eve ici, je pense qu'elle est centenaire, mais je ne trouve pas plus d'indice quantifiable, ça en fait un sacré personnage, mais ça commençait dès le début.

Je commençais par la fin pour montrer le côté attachant du personnage, qui frise quand même un peu avec l'anti-héros, une personne indifférente ou même retirant une certaine satisfaction de la mort des membres de sa famille. C'est "tout un poème" les cinq histoires de la mort des frères et sœurs et les deux des parents, je veux dire que ça va faire cohabiter l'attirance et la répulsion jusqu'à la fin qui tranchera en levant toute ambiguïté sur les émotions humaines d'Eve, le fait qu'elle en ait bien, des émotions, sans revenir sur la froideur et l'humour de ce qui précède.

Un frère est mort dans un accident de voiture ; la sœur a eu un accident domestique, il m'a semblé... bon, j'ai pensé à la mort d'un chanteur célèbre dans sa baignoire pour "visualiser", mais c'est mon interprétation :

Citation :
Après le repas, j'avais sorti un de ces appareils pour rester connecté avec le monde, un cadeau si je me rappelle bien. Tout le monde le pensait mais je crois que c'est ma seconde sœur qui l'a dit : « Tu as quand même fini par te mettre à la page ! » La sienne de page s'est tournée l'année suivante. Elle fut une martyre de la modernité. Parce que c'est une religion, les nouvelles technologies. Elle s'était encore payé un machin à peine homologué, dernier cri. Elle n'en poussa qu'un… ce n'est pas comme si elle avait souffert longtemps à cause des émanations toxiques ou des radiations, comme cela arrive.


La mort du père, de maladie, est très brièvement présenté en trois lignes. Ça laisse quand même planer une sensation dramatique, c'est pas juste les proportions, la mort suivante est celle d'une autre sœur par suicide, ce n'est plus la maladie et l'accident, c'est un autre genre de drame. La mort d'un second frère, de maladie, pousse encore en avant une drôle de forme de cruauté, plutôt quelque chose d'iconoclaste, faudrait pas parler de la mort comme cela en quelques sortes :

Citation :
Le dimanche midi, on a le temps de manger des bonnes choses. Mais puisque c'était le moment de raconter comme on avait bien utilisé chaque heure de la semaine, ça ne devait pas les changer des fast-foods : ils avalaient tout rond pour avoir le temps de parler. Chez Maman qui faisait toujours beaucoup à manger, je me servais peu pour avoir le temps de mâcher, et ne pas faire attendre entre les plats, mais ça ne ratait pas quand même : « Tu en mets un temps pour avaler trois haricots ! » Je crois que c'est mon dernier frère qui a eu un cancer des intestins. C'est le seul qui ait mis du temps à mourir. Après, il a pris celui de manger les pissenlits par la racine.


Ça commence par la gastronomie et ça finit sur un cancer des intestins, je me demande même si le mot "haricot" n'est pas là pour préciser le sentiment d'agonie à l’hôpital évoqué ensuite, jouant sur l'homonymie de l'aliment et du récipient à urine pour les malades alités.

Le récit de la mort de la mère est génial, en fait elle apparait déjà dans le cours du texte, alors que le père a... à peine plus de place que l'époux d'Eve d'ailleurs. C'est assez foudroyant :

Citation :
Cette hécatombe a sans doute travaillé notre mère, mais comment savoir ? Elle a toujours vu les choses d'un point de vue très personnel. « Ce qui est fait n'est plus à faire. » Il faut l'avoir connue pour saisir l'aphorisme dans toute sa profondeur philosophique. Lorsque j'entends ça aujourd'hui, je la revois devant moi, à quatre pattes sur le carrelage. Elle tuait le temps, il n'en restait rien ; elle faisait tout en un rien de temps. « On n'a pas toute la vie ! », c'est comme ça qu'elle me houspillait. Qu'on ne me demande pas ce qu'elle voulait dire. Et pour qu'elle l'eût su elle-même, il aurait fallu qu'elle s'arrête pour y penser. Quand elle a vu ce que ça durait dans la famille, la vie, c'est comme si elle s'était dit qu'il était grand temps qu'elle en mette un sacré coup. Je n'aimerais jamais paraître l'âge qu'elle avait à cinquante ans. J'ai oublié ce qu'avait dit le docteur, il n'y a peut-être pas de terme médical pour "morte d'épuisement". En tout cas avec sa manie de sans cesse tout laver, je n'ai même pas eu à faire la toilette du corps.


Il reste un frère à tuer et c'est ce qui lui arrive, homme politique corrompu, il est exécuté par la mafia, j'ai imaginé. Mais c'est aussi l'occasion de brèves confessions de la narratrice, c'est assez poilant, et sans haut-le-cœur cette fois-ci :

Citation :
Sans croire au prince charmant, j'avais toujours pensé que je finirais par trouver un garçon raide dingue de moi, et – la nature étant bien faite – qu'il ne me déplairait pas.


Il reste encore des histoires à raconter, l'histoire même puisque c'est le titre qui se dévoile aussi à la fin, avec une certaine magie, un retournement bien inattendu. Je n'avais plus du tout le titre en tête, je ne connaissais pas encore le prénom de la narratrice mais je ne me posais pas de questions... j'étais dans l'instant avec ma lecture ?

   Anonyme   
20/9/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Certains passages m'ont fait sourire, tous dans le même registre :

"Je ne serai pas toujours là pour veiller sur toi. » Le dimanche suivant, c'est moi qui le veillais"

"C'est le seul qui ait mis du temps à mourir. Après, il a pris celui de manger les pissenlits par la racine".

"En tout cas avec sa manie de sans cesse tout laver, je n'ai même pas eu à faire la toilette du corps".

D'autres passages m'ont ennuyée à mourir plus vite que cette Eve. Elle "prend trop son temps" pour raconter son histoire...

L'analyse du temps qui passe m'a fait penser à du Devos par moments, et là, c'est amusant.

La chute est inattendue.

Merci


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