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Réalisme/Historique
macaron : Little French
 Publié le 01/09/11  -  11 commentaires  -  8045 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

D'après une photographie en noir et blanc. Un homme est caché par un pan de sa veste. Il est coiffé d'un Stetson blanc.


Little French


Qu’on ne vienne pas me dire que c’est un pur hasard ! Cette photographie… un instantané, pris sur le vif ! Vous en conviendrez, je ne crois pas aux coïncidences. Alors, il se cache, me direz-vous ? Bien entendu qu’il s’efface derrière le pan de sa veste, que c’est un peu comme un réflexe, un conditionnement, qu’il n’allume pas une cigarette comme on pourrait le croire. Et son chapeau, insisterez-vous ? Évidemment tout le monde le reconnaît, pensez ! Depuis le temps qu’il le trimbale, son Stetson, on ne sait même pas s’il lui reste des cheveux sur le dessus du crâne. Mais si tout le monde sait qui il est, il ne peut pas passer inaperçu et il est inutile qu’il esquive. Voilà tout le paradoxe ! Vous affirmez avoir conscience de l’existence d’untel, d’autant qu’il se distingue par un comportement excentrique, un signe ostentatoire et puis après… Je ne vous ai pas raconté la mère Camus et ses deux chiens ; un fantôme ambulant pas avare de rosseries envers ses cabots. Unanimement connue et pourtant, elle a traversé la vie sans un mot, sans un regard. Qu’est-ce qui la rendait si fuyante ? C’était quoi, son drame à elle ?

Paulo, je peux en parler, je lui avais rendu un petit service. Une convocation à l’hôpital, c’était sur ma route. Il entre dans ma vieille Citroën avec son Stetson vissé sur le crâne.


- Tu ne le quittes donc jamais ton galure, lui dis-je un brin taquin.

- Eh non, me répond-il machinalement, peu enclin à la discussion.

- Rassure-moi, tu ne dors pas avec ?


Il me regarde attristé, souriant avec peine.


- Ah, tu sais… c’est toute une histoire !

- Raconte, Paulo, raconte, on a le temps ! Avec les embouteillages à Trilport, on n’y sera pas avant une bonne demi-heure à l’hosto et encore !


Il a fallu que je lui tire les vers du nez ; c’est réticent les secrets, ça renâcle à sortir, à prendre l’air, à s’émanciper. À vingt ans, il partit sur un coup de tête, sans prévenir personne. Il supportait plus son daron, autoritaire et irascible. Dans les années cinquante, l’on vivait longtemps chez les parents, même une fois marié et avec des enfants. C’était sans espoir. Avec ses économies, il embarqua pour les États-Unis, l’Amérique, un vieux rêve… Après avoir trimardé un peu dans tout et n’importe quoi, se débrouillant avec quelques mots, bourlinguant au petit bonheur des rencontres et des opportunités, il arriva au Texas. Pas mal pour un péquenot de La Ferté-sous-Jouarre ! C’est ici que son destin bascula, comme souvent dans ces cas-là, l’espace d’un instant, pour un oui, pour un non. Comment il se retrouva, désarticulé, sur le dos d’un mustang furieux dans ce rodéo près d’Austin, vous le raconter serait fastidieux. Depuis ce jour, il enchaîna les concours, doué qu’il était, tenant les huit secondes réglementaires sur le cheval sauvage sans grandes difficultés, sans trop de casse. Les Texans, impressionnés, le réclamaient dans toute la contrée, époustouflés par son style délié, énergique et serein, français. Dans la presse, les journalistes en firent une vedette, une virtuosité chez eux, la confection de stars ; Little French qu’il s’appelait dorénavant, pas très original mais efficace. C’est que tout le monde profite de la gloire aux États-Unis, surtout les marchands et, de ce côté-là, incontestablement, ils sont les plus forts. Paulo, les dollars commencèrent à tomber dans son escarcelle, bientôt en avalanche. Et que fait-on avec des dollars en Amérique ? On achète une automobile ! Pas le modèle commun, on le brade, on le donne ; une voiture luxueuse, longue comme un paquebot, puissante comme un avion de chasse : une Chevrolet ou une Buick. Little French choisit une Buick noire, chromée, décapotable. Avec sa renommée naissante, son carrosse équipé, la blonde fantasmatique n’allait pas tarder à faire son entrée. Il la rencontra un soir dans une boîte chic où un jazz épuré égrenait quelques notes sucrées pour quelques pas de danse. Elle ressemblait tout à fait à ce qui était au goût du jour : une Marilyn blonde et mutine au sex-appeal irrésistible. La romance les emporta, à la fin de la saison des rodéos, sur la côte pacifique pour d’interminables balades en voiture. Tendre est la nuit et Little French, tel un héros fitzgéraldien, pressentait-il en ces soirées tièdes - dans le bruit rassurant de la mer, sous une brise bienfaisante - la fugacité du bonheur, l’illusion du rêve américain ? Pas le moins du monde ; il eut une pensée attendrie pour ses parents, pour sa sœur Viviane qui lui manquait un peu et pour Nathalie qu’il avait lâchement abandonnée et dont le geste délicat, quand elle enlevait sa petite culotte avant de batifoler dans quelques coinstots sordides de La Ferté, l’émouvait plus que de raison. Que se passa-t-il ce trois novembre sur la route de San Diego ? La Buick allait-elle trop vite ou se disputaient-ils ? Peut-être minaudait-elle, insatisfaite ; l’on connaît le caractère changeant de ces starlettes hollywoodiennes. Ou alors, elle avait posé sa tête contre son épaule et sa main, caressant le pantalon de flanelle, remontait le long de sa cuisse, s’amusait à l’entre-jambes. Little French perdit le contrôle de son véhicule et tapa une Ford qui venait en face. Elle mourut sur le coup, éjectée de la Buick telle une poupée en celluloïd qu’une enfant gâtée aurait congédiée. Le couple de la Ford fut amoché mais s’en sortirait. Little French secoué, lobotomisé, fut conduit à l’hôpital avant d’être mis en examen. La presse s’empara de l’affaire et il n’était plus question de Little French mais de Paul Robillard, dont la présence sur le sol américain suscitait à présent maintes interrogations. La famille de la fille porta en justice le drame et réclama un dédommagement exorbitant tout comme le couple accidenté. Sur les conseils de son avocat, afin d’éviter la prison qui lui ouvrait grand ses portes, il se délesta de la petite fortune qu’il avait gagnée. Quand il eut payé son bavard, il ne lui restait plus que le prix d’un billet pour l’Europe.


Je l’imagine tout à fait, Paulo, sur le pont du bateau, appuyé contre le bastingage, regarder s’évanouir les derniers reflets de l’Amérique. À peine une année s’était écoulée depuis qu’il avait posé le pied sur la terre promise et tout de suite la réussite et puis très vite la chute. Maintenant, il ne pensait qu’à elle… Britney ! Si belle, si blonde ! Déjà s’estompait en lui, malgré les efforts de sa conscience révoltée, le souvenir charnel : sa bouche boudeuse et gourmande, ses grands yeux clairs et francs, sa voix enfantine et chantante. C’est elle, Britney, qui lui avait choisi son Stetson, de couleur crème pour sa figure ronde, son teint briard. Comment ne pas oublier l’odeur de sa peau, le velouté de ses seins fermes et généreux, cette fontaine inespérée ! Pouvait-il perdre le tracé sublime de la courbe de ses reins, œuvre d’art comme il n’en est pas permis, à vous transcender l’état d’âme, à vous faire aimer la vie, le rodéo, l’Amérique !


Tout le monde vous le dira, sur la photographie, c’est sa clope qu’il allume Paulo. Même qu’il y a un sacré zef, que nous sommes en automne, peut-être en hiver, et ça brasse sec et les arbres sont tout nus. Mais je me répète, je vous ennuie, je vous serine avec mes sornettes n’est-ce pas… pourtant, des histoires comme celle de Paulo j’en ai plein la bobèche et des bien plus tragiques, plus cruelles… des destins laminés, fracassés… seulement on n’y pense pas, on ne les retient pas dans nos petits tracas quotidiens. Remarquez, c’est sans doute mieux ainsi. On ne vivrait plus, autrement, on attendrait… notre tour… qui viendra… à coup sûr !


Quand je le déposai à l’hôpital de Meaux, tandis qu’il descendait péniblement de ma vieille Citroën, je m’entendis lui demander :


- C’est donc ça, ta balafre au-dessus de l’arcade droite !

- Eh oui, l’accident dont j’aurais préféré ne pas réchapper. Tu saisis maintenant que je ne puisse pas exorciser le passé. Ma gueule, tous les jours devant la glace, comme un reproche d’être encore ici-bas, comme une tête de meurtrier qui n’a jamais réglé sa dette.


 
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   socque   
9/8/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les adresses au lecteur me paraissent trop insistantes dans ce texte, comme si vous craigniez que l'histoire ne se suffise pas à lui-même alors que si, à mon avis. Quant à ceci :
"Mais je me répète (...) notre tour…qui viendra… à coup sûr !", je le trouve parfaitement inutile et même dommageable : ce recul soudain du narrateur pour enfoncer des portes ouvertes brise selon moi l'intensité du texte.
Parce qu'il s'agit d'une belle histoire, je trouve, racontée sans en faire des caisses, de manière efficace, avec ce qu'il faut de léger recul ironique mais tendre pour le personnage mis en scène.

   oxoyoz   
18/8/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai pris beaucoup de plaisir à lire, c'est doux et granuleux sous la langue. Il y a du style, du verbe, du vocabulaire. On se laisse porter par le narrateur et on imagine la scène, l'époque, les couleurs. Une belle histoire, dur, peu banal : un truc extrapolé avec travail à partir de la photo, c'est pas l'idée la plus simple, c'est bien. À la première lecture, le premier paragraphe et très difficile à comprendre. Le dernier paragraphe l'éclaircie, ça rééquilibre le texte.

   Anonyme   
20/8/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Quelques mots inconnus à mon répertoire : daron, trimardé, coinstots, bobèche. Je suppose que c'est de l'argot des années 50.

L'histoire est bien écrite mais ne m'a pas franchement emballé. On reste dans le domaine de l'anecdote, un rêve américain qui tourne court sans véritables péripéties.
Je ne trouve pas très crédible l'acharnement des médias sur ce frenchie. S'il n'était pas ivre ou drogué au volant, on a affaire à un banal accident de la route qui ne justifie pas une telle condamnation.

J'ai bien aimé la description de la starlette qui donne lieu à des passages savoureux :"Comment ne pas oublier l’odeur de sa peau, le velouté de ses seins fermes et généreux, cette fontaine inespérée ! Pouvait-il perdre le tracé sublime de la courbe de ses reins, œuvre d’art comme il n’en ai pas permis, à vous transcender l’état d’âme, à vous faire aimer la vie, le rodéo, l’Amérique !".

   Gerwal   
1/9/2011
 a aimé ce texte 
Pas
"anecdotique et peu crédible"... anecdotique, parce-que une histoire parmi tant d'autres illustrant un "rêve américain" fantasmé... peu crédible, à cause de cette fortune acquise si rapidement par ce "péquenot de La Ferté-sous-Jouarre" et dilapidée tout aussi rapidement, de façons peu convaincantes...
Quelques scènes d'un érotisme peu approprié au sujet ("...Nathalie qu’il avait lâchement abandonnée et dont le geste délicat quand elle enlevait sa petite culotte avant de batifoler dans quelques coinstots sordides..." "...elle avait posé sa tête contre son épaule et sa main, caressant le pantalon de flanelle, remontait le long de sa cuisse, s’amusait à l’entre-jambes...") -ceci dit sans vouloir jouer aux "père-la-pudeur"- .

Bon, sinon, une bonne connaissance des routes de la Seine-&-Marne...

   brabant   
1/9/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Bonne après-midi macaron,

Cela n'est généralement pas le genre d'histoires sur lesquelles je m'arrête.

Mais vous avez réussi à piquer ma curiosité, c'est donc que quelque part c'est assez bien fait.

En fait votre style coule bien, il entraîne. J'ai donc lu en me disant : cherchons l'endroit où il va fauter, cherchons la maladresse, je n'en ai pas trouvé de vraies, je n'en ai pas trouvé d'énormes. La plume ici ne tombe pas de l'encrier comme le héros ne tombe pas de cheval.

Et je vois des promesses chez l'auteur que vous êtes.


Les passages érotiques relevés par Gerwal m'avaient fait craindre le pire. Mais non, comme le laisse d'ailleurs sous-entendre Gerwal, la plus grande part est laissée au fantasme ; ce que moi-aussi j'approuve. Je n'aime pas le salace. L'horrible, le cru et le sale aujourd'hui...


Au plaisir de vous lire donc, puisque vous n'êtes pas ennuyeux...

   alvinabec   
31/1/2013
 a aimé ce texte 
Bien
Du souffle dans ce texte, du rythme.
Le passage de" il a fallu que...jusqu'à... Europe" est excellent, la cadence est bonne, le style narratif tout à fait raccord avec la vitesse made in USA.
La fin du récit n'est pas de même facture, pt-être à revoir...L'intention de l'auteur n'épouse plus le traitement du sujet avec autant de virtuosité.
A vous lire...

   Anonyme   
11/9/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Macaron !

j'ai pris beaucoup de plaisir à lire ta nouvelle, malgré son apparente banalité (le rêve américain, tout qui bascule, la misère qui arrive). Tu as un rythme vraiment étonnant dans ton récit, particulièrement dans ce looong paragraphe (qui aurait peut être pu être plus aéré !). Vraiment plaisant, au risque de me répéter. En revanche, j'ai du mal à comprendre le rapport premier avec la photo, est-ce juste une entrée en matière ?

Quoi qu'il en soit, je trouve tout cela bien mené, et en règle générale bien voir très bien écrit. Je déplorerai juste l'utilisation d'un argot pas franchement nécessaire ici à mon avis.

Bonne continuation en tout cas !

   toc-art   
13/9/2011
Bonjour,

j'aime bien l'histoire, moins l'angle de vue choisi. Je n'ai pas bien compris cette histoire de photo... c'est peut-être moi, mais qu'est-ce que ça vient faire là exactement, qu'est-ce que ça apporte à l'histoire elle-même ? Du coup, j'ai l'impression qu'on me colle un extrait des souvenirs du narrateur d'après peut-être des photos de son album perso, je sais pas, non plus que cette phrase "vous en conviendrez, je ne crois pas aux coïncidences." A qui s'adresse-t-on ? Au lecteur ? Euh... on le connait le narrateur nous ?

Du coup, tout le texte m'apparait bancal. Parce que le Paulo, dixit le narrateur, est peu prolixe et pourtant il en apprend des choses sur le chemin de l'hôpital, ce narrateur, un peu trop quand même non ? Je trouve que vous vous collez une difficulté supplémentaire en passant par le prisme du narrateur dont le style est très souvent parlé mais parfois trop littéraire, ce qui renforce cet aspect bancal dont je parlais. Pourquoi ne pas mettre le héros directement en scène ?

Sur un plan technique, outre les niveaux de langage, attention aussi à bien établir de qui on parle. Vous évoquez successivement la fille laissée en france, puis la blonde sans transition ce qui fait que le "elle" peut se rapporter indifféremment aux deux femmes et crée une possible confusion.

Le paragraphe racontant la vie de Paulo est trop long.

Le récit est cependant vif et engendre une vraie sympathie, en dépit des maladresses (pour moi) constatées plus haut. Bonne continuation.

   matcauth   
8/1/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
bonjour,

voici une histoire qui m'a plue, car pour moi, oui, ce rêve américain existe. Je me demande si ce personnage n'a pas été inspiré par un jeune français qui a réussi à percer dans le rodéo, là-bas, chez l'Uncle Sam.

J'ai aimé les différences de ton entre les conversations et cet immense paragraphe décrivant son parcours américain. Mais pourquoi ne pas avoir décrit ce qui amène ce "pequenot" à monter sur un cheval? après tout, beacuoup de choses sont décrites, sauf celle-là, bizarre?

Voilà. Un rythme agréable, un texte fluide malgré les épais paragraphes : c'est une gageure, et une jolie histoire, somme toute. De mon point de vue, j'aurais fait traîner la fin, décortiqué un peu plus les mouvements, l'ambiance, afin de donner une émotion supplémentaire au dialogue, à la chute. Mais ceci n'est qu'un avis.

A vous relire bien vite.

Merci.

   Anonyme   
21/8/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Il y a un peu de Modiano, dans ce texte. Dans ce personnage...

Un personnage comme cela, croisé par hasard, que l'on pourrait oublier facilement, si ce n'est, justement, qu'il est dérisoirement magnifique. Et c'est ce dérisoire qui pousse à toucher au magnifique.

On l'écoute, on le devine, on l'imagine... Avec lui on monte très haut, puis on flambe très vite. Cela sert à ça, une vie.

Très solide récit, juste ce qu'il faut d'intimiste, juste ce qui faut de brillance, pas un mot plus haut que l'autre et le droit de rêver.

   stony   
14/2/2016
 a aimé ce texte 
Bien
J'aime bien l'idée de reconstituer une histoire à partir de quelques éléments, qu'il s'agisse d'une photographie, d'un vêtement semblant cacher quelque chose ou d'une conversation sur la route de l'hôpital. Une demi-heure, ce n'est pas si long pour donner du temps au détails et il faut bien un peu d'imagination pour combler les trous de la mémoire ou d'un récit partiel. J'ai lu plus haut que Modiano était évoqué. On peut effectivement songer à Dora Bruder, où il s'agit de remettre au jour une histoire, une existence, que les circonstances ou même une volonté claire en ce sens s'ingénient à effacer, et de rendre ainsi de la chair à un être dépouillé.

J'ai bien aimé que l'essentiel d'une histoire soit captée malgré la brièveté.

J'ai bien aimé que des registres de langage différents soient mêlés, ce qui confère un certain charme au récit, une richesse et de la vie. Je note que le passé simple côtoie l'argot, qu'une syntaxe des plus châtiées côtoie une autre plus relâchée, voire volontairement fautive. J'ai noté une négation partielle ("Il supportait plus son daron [...]"), mais à moins d'en avoir manqué d'autres, il n'y en aurait qu'une seule. Erreur ou crainte de reproduire le procédé ? Quel dommage ! J'ai noté des adresses au lecteur. Je sais que ce procédé segmente très fort la clientèle, mais vous l'assumez. J'aime bien.
J'ai bien aimé les dialogues qui donnent de la vie au récit.
Sans doute par obsession, je n'ai pu m'empêcher de penser à Céline, surtout lorsque j'ai lu "Paulo, je peux en parler, je lui avais rendu un petit service" (référence : "Le siècle dernier, je peux en parler, je l'ai vu finir.", Mort à crédit, Louis Ferdinand Céline, 1936).
Usant moi-même de ce genre de procédés, avec un bonheur variable, peut-être, je m'expose à un retour de bâton, mais tant pis, j'en prends le risque : je trouve que le style gagnerait à ce que ces procédés soient plus imbriqués pour qu'ils ne paraissent pas pour de simples juxtapositions. Je ne dis pas qu'ils soient totalement disjoints, mais une plus grande intimité encore serait peut-être profitable.

Moins bon que "Bois-Haumont", mais meilleur que "Ce qu'il sera demain". Selon mon humble avis, toujours.

D'ailleurs, je peux bien vous le dire, maintenant que des indices m'ont été donnés dans ce texte-ci : en lisant "Bois-Haumont", je n'ai pu m'empêcher de penser au séjour de Ferdinand dans cette institution anglaise, chez les Merrywin, au Meanwell College.


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