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Science-fiction
jaimme : L'étable
 Publié le 14/09/10  -  38 commentaires  -  49476 caractères  -  982 lectures    Autres textes du même auteur

Se révolter ou s'adapter, il n'y a guère d'autres choix dans la vie. (Gustave Le Bon, anthropologue, anticlérical et... raciste.)


L'étable


Être « arraché » ? J'en rêve.

Depuis que je suis en âge d'être au second niveau.

Marly-c s'est faufilé jusqu’à moi pour me l'annoncer. Nettement plus corpulent que la moyenne, il ne se gêne pas pour écraser la file du niveau inférieur, prendre appui sur les autres sans politesse et donc, paradoxalement, l’épais Marly avance très vite. Tout le monde s'écarte sur son passage. C’est le genre de gars qui n’a aucun scrupule à mettre le pied sur la nuque d’un malheureux qui ne baisserait pas la tête assez vite. En cas de coup dur c'est toujours lui qui ouvre le chemin.


- Eh, Dingue-c ! T’es le meilleur !


On m'appelle comme ça depuis que j'ai arrêté un Déviant en le mordant au talon. Je l’ai tenu ainsi jusqu'à ce que mes collègues arrivent et le dépècent. Un Déviant qui sait y faire peut nous échapper pendant des jours. Normalement, quand on en repère un, il faut passer au-dessus et le ceinturer. Pas évident. Depuis mon exploit tous les Cops utilisent cette méthode.

Certains ont voulu m'appeler Le Cabochard, d'autres Le Teigneux, mais c'est Le Dingue puis seulement « Dingue » qui m'est resté. C'est bien, les gens le savent et je navigue maintenant dans une sphère de peur. J’en rajoute, je grogne, je mords souvent, le travail en est facilité.


- Arrête de rêver, on t'attend dans la salle de l’Hiérarque. Tout de suite !


Dans… la salle de… ? Oui, mais pour cela… il faut que je fasse demi-tour. Et même en situation d'urgence j'en ai pour des heures. Les Médics renoncent dans une telle configuration. Je suis trop loin, dans le mauvais sens, c’est sans doute trop tard.

Je demande l'heure. Le bouche à oreille finit par me dire qu'il était 9 h 12 quand quelqu'un a pu toucher le cadran. Il doit être maintenant près de 9 h 20 et je n'ai progressé que de quatre places. Le calcul est vite fait : avant d'arriver à la salle de demi-tour la plus proche il me faudra une demi-heure, puis... Non, je ne serai jamais chez l’Hiérarque avant la fin de la journée ! Le poste va me passer sous le nez !

Tant pis, je n'ai pas vraiment le choix. Je hurle à plein poumons: "URGENCE COP !". Et je remonte vers le niveau trois.

Pour cela il faut que je quitte la position allongée sur le ventre. Je pivote sur le côté. Je ramène mes genoux vers le torse, je glisse mes mains puis mes bras entre les deux jeunes de la couche supérieure et j'appuie de toutes mes forces sur le gars juste en-dessous. Un niveau quatre, un pied sur son dos, sert à m'arc-bouter.

Un craquement terrible, c’était prévisible. Tant pis. De la viande pour tous ce soir ! Et de la tendre en plus !

Je brusque le passage entre deux gamins du niveau deux. Le niveau un c'est rien du tout, des minots qui hurlent de peur, des bébés qui chialent. Je passe en force dans cet espace étrangement clairsemé. Je pivote, j’avance, me voilà dans le bon sens et dans la bonne file. Mon demi-tour se fait en passant sur des enfants de trois à cinq ans. J'évite quand même de faire ça sur les nouveau-nés.

Je reste au niveau un, le plus souvent je le survole.

Mais rapidement je suis mal. Très mal. Rien au-dessus de moi. Personne. En levant le bras je touche le plafond.

J'ai froid. J'ai des spasmes de phobie et je vomis sur la couche en-dessous. Ce sont des gamins, ils ne disent rien. De toutes les façons ils vont se lécher mutuellement, avec une belle voracité. Toute trace va disparaître rapidement. C'est de la nourriture après tout.


Je passe devant la porte de l’école des plus petits. Je reconnais la leçon sur la politesse entre les sexes. C’est le fameux passage sur la demande de première pénétration. Infaisable. Comment attendre, sans érection, la réponse de la fille ? N’importe quoi ! Ces gamins vont vite s’en rendre compte.

Ces quelques secondes de divertissement ont un peu apaisé mon cœur.

En quelques minutes je suis près de la porte de l’Hiérarque. Alors je replonge. Je n'ai pas trop envie que les gardes me sentent arriver au niveau un ou deux. L’abus de pouvoir est puni. Ce n’est pas poli.

Toujours en beuglant "URGENCE COP", je me vrille en plongeant, j'écarte assez facilement le gamin de cinq ans puis l'ado de quinze ou seize qui est en-dessous et je me retrouve à mon niveau. Le trois. La femme du quatre, plutôt bien pour son âge, la peau encore douce, s’indigne alors que j'atterris sur ses fesses. Elle ne râle pas trop en fait. Pour la remercier je lèche un peu son dos. Ses frémissements montrent qu'elle apprécie le geste. Nous sommes des gens polis.

Voilà, c'est la porte.

Tout le monde s'écarte en passant devant et murmure un « Bénissez-moi ». Personne n'a envie de passer à portée des gardes. Concrètement cela veut dire que tous les rangs se compriment vers la porte opposée. Un arc de cercle de la largeur de deux paumes de mains reste vide autour des visages des gardes. Impressionnant cet espace. Impossible ailleurs d’en avoir autant.


Les arrachés sont effrayants avec leur visage ravagé par les scarifications. Quand on devient garde les anciens enfoncent leurs dents dans les joues, arrachent la peau des tempes, du cou. Tout le monde le sait. Le jour où un enfant passe au niveau deux on lui fait toucher les visages.

Être arraché est un honneur et je suis prêt à subir cette épreuve immédiatement.

Devenir garde c'est d'abord bénéficier de la proximité de l’Hiérarque, baigner dans sa sainteté. Bon c'est vrai, on ne le touche pas : on se tient toute la journée les pieds tournés vers sa pièce, allongés les uns sur les autres et le nombre ferme hermétiquement sa porte.


Quand quelqu'un a l'honneur de s'adresser à l’Hiérarque il le fait à travers le mur de gardes. Le silence est alors imposé dans cette partie du couloir, quelques gardes se serrent, créant une ouverture vers la pièce de l’Hiérarque et, d'après ce qu'on m'a dit, on peut entendre la voix de notre chef à tous. Notre dieu. En plus être à ce poste c’est respirer facilement et on n’en bouge pas de toute la journée. Les autres vous craignent. Et c’est génial : je vais être garde bientôt ! Un arraché ! Moi !


Je suis à quelques centimètres de la masse compacte des gardiens du sanctuaire et, alors que je m'attends à ce rite tant espéré, l’un d’eux s'adresse à moi et me dit de monter tout en haut, vers le plafond.

L'espace existe, je m'y faufile en prenant les appuis qu'il faut, sur les têtes, les jambes, les dos qui sont à ma portée. Je passe même au-dessus du niveau un, entre la première couche et le plafond. La phobie de cet espace qui me laisse une fois de plus le dos nu est reléguée au second plan car j’entends un des gardes les plus proches du plafond ramper vers l'extérieur de la salle de l’Hiérarque et glisser vers le bas en me frôlant. Un espace libre est ainsi créé. Un couloir pour entrer dans le temple de l’Hiérarque.

Je perçois alors, incrédule, une voix éraillée venant de l'intérieur de la pièce, si curieuse qu’elle ne peut appartenir qu’à un être divin, notre Hiérarque lui-même. J’en ai la certitude.


- Entre, Dingue. Entre mon enfant. Je connais ta ténacité, ta capacité à innover tout en restant poli. Tu es peut-être celui qui va avoir l'honneur de me servir. Peut-être… Entre, je vais t’expliquer.


*

***


À deux cents mètres de là.


- Garde à vous !

- Repos. Et prenez un siège… Ok, on y va. Mesdames et Messieurs les officiers, Monsieur le civil… Oui, vous pouvez fumer, c’est quoi entre mon index et mon majeur ? Un boudin blanc à combustion spontanée ? Allez, assez perdu de temps... L’artefact a été trouvé, comme vous le savez, il y a 112 heures, soit quatre jours pour cette planète.
L’alerte a été donnée par un vaisseau autonome d’exploration et le signal sub a été reçu au siège du gouvernement 4 heures standard plus tard. Nous sommes ici depuis seulement une demi-journée, mais les événements se sont enchaînés avec une telle rapidité que j’ai décidé d’avancer ce premier briefing.
Avant toute chose et parce que j’ai déjà eu à répondre à certaines questions de mes lieutenants… cette mission est militaire et le restera. Ce vaisseau, ou ce qu’il en reste, a été identifié par son volume, unique dans l'Histoire. C’est le « Bon voyage mes amis », mis en chantier en 2612 de Notre Seigneur Jésus-Christ… ou 504 de l’Expansion comme aiment à le dire les Mécréants ! Je… Monsieur le Superviseur du ministère de l’Expansion ? Vous avez une question ? Ne pourrions-nous pas attendre la…

- Monsieur le Major-Général, je suis ravi de la majuscule que vous placez au début du mot « Mécréant ». Vous le prononcez si bien que je la perçois avec une évidente clarté et je vous remercie du statut de représentant de toute une communauté dont vous m’honorez par là même. Comme vous le savez la Constitution me permet d’arborer mes convictions d’athée, de « Mécréant » selon vous. La même Constitution vous permet aussi de railler les opinions de ceux qui pensent différemment ! Mais le même article de la même Constitution prévoit qu’une indignation verbale dans ce cas permet, sans réplique juridique, que je me moque ouvertement de vos croyances de cul-béni, immédiatement et quelles que soient vos fonctions… Mais je n’en ferai rien, le briefing avant tout.

- Monsieur le Superviseur Mécréant, je vous remercie pour cette interruption constructive !

- Je vous en prie Monsieur le Major-Général au cilice-qui-fait-une-bosse-sur-votre-cuisse-gauche !

- Putain, mais virez-moi ce connard ! Foutez-le à poil et dehors, qu’il aille cramer en enfer ! Ou au moins mettez-lui un flingue sur la tempe que je puisse continuer en paix !… Oui, merci, je sais, c’est le superviseur de ce putain de gouvernement. Il est sacré ce putain de païen, je sais. Mais s’il l’ouvre encore je ne réponds de rien !...
Je continue donc : le nom de ce put… de ce vaisseau clame avec le plus grand ridicule que l’expédition était effectivement civile. Une putain d’expédition de ces putains de civils qui s’en allaient jouer à Adam et Ève sur des mondes même pas sécurisés par la Sainte Armée.
En fait c’est un vaisseau-monde de colonisation, classe I. Des millions de personnes se sont cotisées pour payer ce monstre.
Un monstre réduit à une montagne de ferraille.
Pourtant il est possible que nous arrivions à comprendre ce qui est arrivé lors de sa destruction. C’est de notre ressort, à nous, militaires.
De plus nous sommes toujours en guerre : la planète est donc en quarantaine.
Il y a 400 ans moins quelques mois standards, lors de la Septième Guerre contre les Armes, ce colosse a été anéanti à quelques kilomètres au-dessus de nos têtes. Puis il est venu s’écraser ici, à plusieurs parsecs de toutes les routes, même les plus insignifiantes, qui sillonnent notre Saint Empire, sur cette planète économiquement et stratégiquement sans intérêt.
Nous nous trouvons une fois de plus devant un de nos vaisseaux attaqués par les Armes, ou du moins ce qu’il en reste. Comme à chaque fois nous restons sidérés devant la sauvagerie inutile de leurs attaques.
Au mieux nous retrouvons des morceaux de quelques centimètres, irradiés, fondus. Pourquoi s‘acharnent-ils ainsi ? Personne n’a pu apporter de réponse satisfaisante. Une perte de munitions évidente. Ces machins-là ne pensent pas comme nous, c’est sûr !
Nous avons mis 400 ans à retrouver le « Bon voyage les amis ». Désolant.
Mais il en reste… quelque chose. Nous allons ENFIN avoir des informations. Peut-être même sur cette race dont nous ne savons rien, sinon que, périodiquement, et au hasard semble-t-il, un des nôtres leur sert de cible. Massacré sans raison connue.
Nous possédons sept secondes d’images sur eux !
Oui, Monsieur le Superviseur aux yeux et à l'esprit incrédules, je viens de vous lâcher un secret militaire et je vous saurai gré de le garder pour vous : nous ne possédons que sept secondes d’enregistrement en près de 600 ans de guerre. Elles nous montrent un de leurs vaisseaux en train de tirer sur l’un des nôtres et… il est plus couvert d’armes que de furoncles sur le cul de mon oncle !

- Merci pour ce renseignement vital, Monsieur le Major-Général. Il fera l’objet d’une note de bas de page dans le rapport que je dois faire au ministère. Pas d’inquiétude, je vous citerai au mot près.

- Monsieur le Superviseur, dois-je vous rappeler qu’en cas de quarantaine militaire tous les rapports doivent passer par l’analyse scrupuleuse des services de la Sainte Armée ?

- …

- Je vois que vous m’avez compris. Continuons.
Comme à chaque fois toutes les balises de détresse ont été détruites. Aucune navette de secours n’a pu s’échapper. Mais en l’occurrence je peux voir quelque chose, analyser, toucher, et… je n’ai jamais constaté un tel acharnement ! Sur aucun champ de bataille. Tout sur ce vaisseau est détruit, fondu. Vous avez vu comme moi cette immense carcasse.
Comme moi vous avez fait plusieurs fois le tour de ce Léviathan martyrisé. Il ne reste rien de récupérable dans ces milliards de tonnes, c’est évident au premier coup d’œil.
Sauf ce long bras intact. Cet appendice insignifiant au regard de la masse du vaisseau.
L’étable.
Ce parallélépipède de près d’un kilomètre de long, de vingt-deux mètres de large et d’un mètre quatre-vingt-dix de haut est miraculeusement intact et… en état de marche.
Ce module, qui contenait des bovins, a une machinerie autonome qui lui permet d’atterrir en solo, de produire de l’air et même des granulés d’alimentation à partir d’à peu près n’importe quoi. Il est là, à quelques mètres, et ses moteurs sont en marche ! Quelque chose fonctionne là-dedans !
Les portes et leur mécanisme d’ouverture font partie du magma qui les relie encore au vaisseau-mère. Des mètres et des mètres de métal fondu et solidifié.
Les experts pensent que lorsque le vaisseau s’est écrasé, les moteurs de l’étable ont permis à cette petite partie du mastodonte d’éviter l’essentiel du choc. Elle a dû être maintenue en l’air quelques secondes, ou quelque chose comme ça.
Nous avons donc commencé à percer son blindage latéral avec une lance au laser, un moyen très doux, qui minimise les dommages, juste de quoi ouvrir un trou de trois centimètres dans la céramite d’un demi-mètre qui enserre l’ensemble. S’il y a quelque chose à retrouver, c’est là, de toute évidence, et nous venons d’en avoir confirmation.
Il y a exactement quarante-sept minutes le percement était terminé. Quatre minutes plus tard j’ai donné l’ordre de tout arrêter : la sonde nous a transmis des bruits provenant de l’intérieur.
Des voix.


*

***


- Entre, Dingue. Glisse-toi, la tête la première, dans le trou laissé par Fidèle-a. Oui, vas-y. N’aie pas peur, tu sens la trouille jusqu’ici.


J’avance sous le plafond, entre les arrachés qui m’encadrent et celui de la couche en-dessous. Tout juste la place. Ces gardes ne sentent pratiquement pas la sueur. Faut dire qu’ils ne bougent que le soir pour aller dormir, remplacés par l’équipe suivante. Ou bien est-ce la fameuse « odeur de sainteté » ?

Ma tête émerge au-delà des pieds des gardes, je suis dans la salle sacrée, le temple. Et là… personne. Du vide. Comme au-dessus du niveau un. Je tends mon bras droit pour sonder devant moi : rien !


- Surprenant, non, mon enfant ? Laisse-toi tomber jusqu’au sol. Il n’y a que moi ici et quelques serviteurs. Et… ne t’inquiète pas pour ça : je ne te demande pas de te suicider.


Je fais ce qui m’est ordonné, avec appréhension. Toucher le sol c’est arriver au niveau cinq, sentir les rails, mourir bientôt… Mais j’ai confiance en l’Hiérarque, ce n’est certainement pas ce qu’il demande, il ne m’aurait pas fait venir juste pour assister à ma mort ! J’avance lentement et finis par chuter lourdement sur le sol. C’est la première fois de ma vie que je me couche dessus. C’est froid. Plus que les murs qui sont toujours en contact avec la chaleur humaine.

Je sens les rails qui avancent en permanence. Je roule sur le côté pour ne pas être emporté. Et ma main reconnaît même un tuyau d’alimentation. Le tuyau personnel de l’Hiérarque.


- Approche. Viens vers moi, petit. Prends ma main, je sais que tu es terrorisé. Oui, encore un peu. Plus près.


Mes pieds touchent encore la muraille rassurante des gardes derrière moi. Je m’étire et tends le bras. Je ne sens toujours pas la main de notre dieu. Il va falloir, pour l’atteindre, que pendant un moment je ne touche PERSONNE, ni les gardes, ni l’Hiérarque !


Cela n’arrive jamais. Dès la naissance la couche deux est là, juste en-dessous. Puis en grandissant on entre dans cette couche, celle des ados, on y trouve la joie d’être totalement entouré. On baigne dans le Monde. Puis on passe à la trois, la mienne, celle des jeunes adultes. La quatre vient quand on commence à fatiguer un peu. Et lorsqu’on est trop usé pour avancer seul il faut tomber à la cinq, traîné par les rails toute la journée, jusqu’au jour où… Mais jamais, JAMAIS, on ne se retrouve sans personne allongé sur soi ou en-dessous de soi. On est toujours en contact avec une couche. C’est normal, le contact c’est la source de la vie.


Je panique, je sens que je panique. Mes orteils étirés touchent à peine ceux du garde derrière. Il a compris, il est sympa, il allonge lui aussi ses jambes. Mon corps est tendu à son maximum, mon bras est à la limite du déboîtement et j’entends les encouragements de l’Hiérarque, là, tout près. Mais…

Je finis par craquer.


- Non ! Non ! Je ne peux pas, je ne peux pas, c’est impossible ! Pitié, non, tuez-moi ! Je ne peux pas faire ça. Hiérarque ! Hiérarque, pitié !


Pas de réponse cette fois. Il attend que j’obéisse. Un dieu se définit par l’obéissance due et consentie.

Alors je décide de tenter quelque chose.

Je suis le Dingue, non ? Je suis le Dingue, alors je dois pouvoir y arriver !

De toutes les façons je n’ai pas le choix. Une idée folle m’étreint.

Je repars un peu en arrière. Le gars qui est derrière moi doit être un génie, il a tout de suite compris : lui aussi ramène ses jambes vers lui, durcit ses pieds contre lesquels je prends appui et je lui dis : « À trois ! ». Je compte et il me propulse vers le centre de la pièce.

Mes doigts. Mes doigts tendus agrippent désespérément… le vide. Rien.


« NON ! »


Frénétiquement je rampe vers l’avant, je me contorsionne violemment. Mes genoux et mes coudes percutent lourdement le sol. Mon souffle, ma vie, l’espoir, tout disparaît.

Je finis par toucher un pied.


*

***


- Monsieur le Superviseur, voulez-vous, s’il vous plaît, m’accompagner jusqu’au vaisseau ? Jusqu’au lieu du perçage.


Le major-général n’est pas homme à ignorer les compétences de chacun de ceux qui l’accompagnent.


- Je sais que vous êtes diplômé de lettres anciennes. Vous avez même participé à l’écriture d’un dictionnaire, je crois.


Le superviseur n’est pas homme à s’imaginer des regrets de la part d’un militaire de haut rang.


- Je sais que je suis le seul homme de cette expédition à parler le standard vieux de 400 ans. Mon ministère a plus de prévoyance que le vôtre. Ou plus d’imagination.


Les deux hommes s’arrêtent à mi-chemin entre la salle de réunion et le vaisseau.

À travers leurs lunettes polarisées, campés dans leur tenue de campagne auto-réfrigérée, ils se toisent.

Chacun reconnaît dans le regard de l’autre un maître dans son domaine respectif. Un homme qui a dû se battre jour après jour pour marcher sur le chemin de l'excellence, voire de l'exception. Un homme qui a renié jour après jour ses espoirs d’une vie sociale, sans doute d’une vie de famille. Spectacle d’une grandeur partagée que ces deux géants de deux mètres dix, bardés de leurs certitudes, de leur carriérisme forcené, de leur uniforme clinquant, de leur testostérone génétiquement boostée.

Minuscules maîtres de l’empire humain en expansion.

Les yeux à la même hauteur. À quelques centimètres.

Aucun des deux ne baisse le regard.


Le major-général écrase sa cigarette et reprend la parole, ce qui en soi est la victoire... inévitablement attendue par le civil et repoussée jusqu’à sa limite extrême par le militaire.

Une défaite dans l’honneur.


- Oui, j’ai besoin de vous pour comprendre leur baragouin. Le type à l’intérieur, celui qui nous a répondu, se prend pour un dieu. Là ça devient tellement délicat qu’il nous faut une certitude dans la traduction.

- La traduction ? Pas question.


Le major-général s’attend si peu à cette réponse qu’il manque s’étouffer. Sans lui laisser la latitude de répliquer, le superviseur ajoute :


- C’est moi qui mènerai l’entretien, directement.

- … Il vous faut savoir, Monsieur le Superviseur du ministère de l’Expansion, que si vous veniez à prendre connaissance de faits relevant de la sûreté militaire et mettant en danger les projets militaires, et j’en serais seul juge, je vous exécuterai sur le champ.

- Qu’appelez-vous « projets militaires » ?

- Voulez-vous vraiment que je vous exécute ? Là, avant même d’avoir eu l’occasion de parler à cette personne, là-dedans ?


*

***


Je viens à peine de toucher le pied de l’Hiérarque et les serviteurs se précipitent pour m’étreindre, m’entourer.

Ils sont si nombreux à venir se coller contre mon corps tremblant ! Ils ont attendu l’ordre de notre Dieu, c’est évident.

Je viens de faire l’objet d’un test.


- Oui, Dingue, qui méritait si bien son nom, tu es le premier de mes enfants à oser accomplir cet exploit. Se trouver sans contact humain. Et y survivre.
Tu vois, tous ceux qui m’entourent, je les ai choisis pour cette aptitude à supporter une forme limitée de vacuité. Je leur ordonne un vide latéral, un vide dessus ou dessous. Entre mes mains ils finissent par y arriver, quelques heures par jour. Mais moi seul peux connaître en ce monde l’arrachement absolu. Et bien plus longtemps que toi ! Le secret est transmis de Hiérarque en Hiérarque.
Avoir la force d’endurer un arrachement sur une de ses faces c'est préfigurer l’après-vie, avancer déjà sur le chemin du paradis. La mort est l’ultime arrachement qui nous amène jusqu’au monde béni des mille niveaux. Je suis leur psychopompe, moi seul peux les guider dans les couloirs de la solitude. Si leur cœur est pur, si leur abandon est total, ils vivront des béatitudes infinies dans la chaleur de leurs ancêtres.
Sinon ils erreront. Seuls, indéfiniment, et hurlant de douleur.
Que ta langue s’arrache de ta bouche si tu venais à révéler ces vérités secrètes.
Toi, mon enfant chéri, tu t’es élevé un instant jusqu’à l’arrachement suprême. Ma présence t’a inspiré. Ton cœur est resté attaché à ma divinité et ton corps s’est libéré des entraves terrestres. Tu es devenu Passeur entre les mondes. À partir de cet instant je t’élève au nom de Passeur-s. Le « s » indique que tu as l'honneur de faire partie de mes serviteurs.


Pendant ce petit discours je sens, j’entends, toute une petite foule reprendre sa place. Ils ont dû se serrer contre les murs pendant mon épreuve. Certains même se glissent sous moi.

Le temple est donc une pièce dans laquelle ne subsistent que deux couches. L’Hiérarque trône, bien sûr, dans la couche supérieure pour ne pas toucher le sol inconfortable, froid et humide.

Privilège de l’Hiérarque.

Et moi ? Je ne sais pas si je déteste plus l’idée d’un contact avec le sol ou le vide que connaissent ceux de la couche supérieure…

Serai-je un serviteur parmi les autres ? D’après le peu que j’ai entendu jusqu’à présent les serviteurs qui m’entourent n’ont pas eu à vivre le même test que moi. Sinon… ils seraient morts.


- Assez reposé mon enfant ? Nous n’avons pas de temps à perdre. Écoute-moi attentivement. Je suis le seul à pouvoir interpréter les dires sibyllins des autres mondes. Or ce matin, un de ces mondes s’est adressé à moi. Et la voix va parler à nouveau. Elle l’a dit.
D’abord il y eut l’Annonce. Un hurlement sourd, magnifique. Précisément vers moi. Dans le mur de mon Temple et derrière ma tête. Un peu en hauteur, vers le cinquième niveau du reste du Monde. Puis il y eut le Sifflement. L’air s’est plaint terriblement. Après fut le Choc.
Plus de sifflement. Fini. Un de mes serviteurs a localisé un trou dans le mur. Un œil vide dans lequel on peut mettre deux doigts. Mes gens sont montés les uns sur les autres et je suis allé jusqu’au trou. L’oculus.
Tu vas me seconder, j’ai du mal à monter jusque-là, j'honore le Monde depuis si longtemps de ma présence.


Maintenant qu’il le dit… La peau de son pied était comme celle des vieux, ceux du niveau cinq, mais en pire. Et sa voix !

Sa voix aussi était ridée.


- Alors que j’étais près du trou, j’ai entendu une âme ramper dans l'œil, l’enfer et le paradis se traînaient jusqu’à moi, à l’intérieur de cet opercule sacré. Et puis une voix s’est fait entendre. Comme si quelqu’un était à côté de moi, là dans cet espace infime. Quelqu’un posait une question. Mais je n’ai pas compris. Le mort devait être fatigué. Cette voix a dit d’autres choses. J’ai saisi distinctement certains mots. « Qui est là ? », « Qui parle ? », et puis « Je reviens ». Alors je me suis présenté. Je lui ai dit l’honneur qu’il avait d’entendre la voix de Dieu.
Passeur, tu vas avoir à parler à un mort, car il n’y a que des morts en dehors du Monde. Le monde des défunts a percé un trou dans le monde des vivants. N’aie pas peur, tu n’es pas un homme à avoir peur je l‘ai constaté, tu étendras ta jambe vers moi et je poserai ma main sur ton pied. De plus tu es encore jeune. Tu vas donc monter sur les autres, la voix des morts va retentir et tu vas lui demander ce que nous avons fait de mal. Poliment. Tu vas lui demander aussi si ma place est réservée auprès des autres Hiérarques. Et puis si ma première compagne est vierge dans le monde des morts et…


J’écoute longuement la litanie de questions que l’Hiérarque veut que je pose au monde des morts. Je ne comprends pas grand-chose à ses demandes. Mais je suis certain d’une chose maintenant : notre Hiérarque a peur de parler lui-même aux morts.


*

***


Le « Bon voyage mes amis » couvre la plaine, déborde sur les montagnes à l'ouest. Crée un paysage par sa seule présence.

Une ville titanesque sans porte. Une armée de géants foudroyés, éventrés.

Le soleil griffe les reliefs polis par le vent et le silence écrase ce monde de shrapnels.

Deux points à peine visibles s’approchent d’un court appendice de ce Moloch.


- Il y aurait des gens là-dedans ?

- Une personne au moins, celle qui nous a répondu. Un gars de quarante à cinquante ans d’après la voix. Une traduction correcte nous est revenue par le sub. On dirait bien que le type est complètement marteau. Il se prend pour un dieu ou un grand-prêtre. Il croit parler à des morts… Ne le détrompez pas, il nous livrera plus aisément les renseignements que nous cherchons. Rappelez-vous que notre mission est avant tout de savoir ce qui est arrivé au vaisseau et d’obtenir des renseignements sur l’ennemi.

- Mais on va le laisser là-dedans ?

- Bien sûr que non, d’ailleurs l’équipe technique va ouvrir un passage dès qu’on aura reçu le matériel. Il nous faut aussi un câble avec caméra infrarouge. Là on n’a que le son : la vidéo de base fournie par le câble actuel indique que ce type vit dans le noir total.

- Oh… Et pourquoi un sas ?

- Mettez-vous devant le trou, vous allez comprendre.


Le superviseur obtempère, s’avance vers le trou de perçage sur lequel on a placé un dispositif qui inclut le câble de liaison.

Le major-général ouvre une sorte de claquet et s’écarte vivement.

Le superviseur est instantanément pris de spasmes nauséeux et vomit. La tenue réfrigérée ventile rapidement l’air vicié.

Tout en se tenant la gorge, il finit par s’asseoir. Ses convulsions s’espacent. Les couleurs reviennent doucement sur son visage.

Le major-général contient difficilement un rictus narquois.


- Mêmes causes, mêmes effets. Vous êtes le quatrième. Rien ne vaut l’expérience directe, n‘est-ce pas ? Les analyses ont confirmé la composition du gaz, vous l’avez reconnu. Cet air est saturé d’ammoniaque. Classique dans une étable. Ce type doit vivre entouré de bestiaux.
Bon, vous vous sentez prêt pour le premier contact ? Rappelez-vous : vous jouez le rôle d’un mort qui parle à un dieu ! Un dieu des vaches, baignant dans la pisse !


Le regard que le superviseur lui lance alors aurait dû lui remettre en mémoire que la compassion est une composante de l'humanité. Mais de toute évidente les yeux impavides du major-général indiquent clairement qu’il ne se place pas dans cette catégorie.


*

***


Je monte sur la pyramide de serviteurs.

L’odeur en s’approchant du sommet est immonde. C’est bien du trou que vient cette infection. Merci mon Hiérarque, je vais finir par regretter la vie de cop ! Maintenant il va falloir que je parle avec des morts alors que j’arrive à peine à respirer !

Je n’entends rien en provenance du trou, alors je prends la parole :


- Je suis le serviteur de l’Hiérarque, ô morts ! Je suis très poli. Et je sais me tenir quelques instants dans le vide.


Pas de réponse.


- Je m’appelle Passeur-s. Et toi, ô mort ?


Toujours rien.


- Hiérarque, il n’y a pas de voix. Le mort est parti.

- Attends mon enfant, le mort a dit qu’il parlerait à nouveau. Prends patience.


*

***


- Bonjour, il y a quelqu’un ?

- …

- Bonjour, Dieu, vous m’entendez, je suis un mort.

- Ô mort Bonjour, je te salue, je suis très poli ! Je ne suis pas le Dieu. Je suis un de ses serviteurs.

- … Euh, je m’appelle Frantz, pas « Bonjour ». Vous connaissez le mot « bonjour » ?

- Non, c’est quoi « bonjour » ?

- C’est le matin, quand le soleil… Non, non, c’est sans importance.

- Je suis très poli.

- … Oui, je vois. C’est bien. Je… suis très poli aussi.

- L’Hiérarque demande ce que nous avons fait de mal pour que tu viennes jusqu’à nous.

- … Je… les morts trouvent que vous ne parlez pas assez avec eux. Ce n’est pas très… poli. Vous devez nous parler de vous. Les morts sont loin, depuis trop longtemps. Comment vivez-vous par exemple ? Vous êtes combien là-dedans ?

- Là-dedans ?

- Oui, dans le monde des vivants.

- Ah, dans le Monde ? Je n’en sais rien. Je vais demander à l’Hiérarque. Je vous demande d’attendre poliment.



- Je ne comprends pas ce que me dit l’Hiérarque, je vais répéter. Soissante. Disse. Sète… attendez. Mile. Sein… attendez… Sans. Un.

- Quoi ? Soixante-dix-sept mille cinq cent un ! Mais…

- Oui, ça a l’air d’être ça. Poliment.

- Mais c’est impossible, on ne peut pas mettre autant de gens là-dedans ? Je veux dire : dans le Monde.

- … Le Hiérarque dit que si. Mais pas plus. Pas un de plus.

- Un autre mort me dit que vous devez faire erreur, c’est impossible. Dans votre monde, on pourrait mettre tout au plus dix mille personnes, serrées, debout, les unes contre les autres.

- … Le Hiérarque dit que lors de la création du monde nous étions effectivement disse mile. Mais… c’est quoi « debout » ?

- Ben… sur ses pieds, quoi.

- Sur ses pieds ? Je ne comprends pas. Que voulez-vous dire par « sur ses pieds » ? Tu parles bizarrement, ô mort. Poliment, bien sûr.

- Bon, on verra ça plus tard. Parlez-moi de vous, de toi par exemple, qui es-tu ? Que fais-tu de tes journées ?

- Mon nouveau nom est Passeur-s. Ce matin je m’appelais encore Dingue-c. J’étais cop, chargé de trouver et d’arrêter les Déviants.

- Je voudrais vérifier : c’est quoi pour vous un « Déviant » ?

- C’est une personne qui n’est pas polie.

- … Euh, oui, ça je sais, mais je voudrais savoir si les choses ont changé depuis l’époque où j’étais vivant. Qu’est-ce qu’un « Déviant » en ce moment ?

- Ben, c’est quelqu’un qui n’est pas dans la bonne couche, qui essaie de passer devant quelqu’un ou qui crie trop fort, qui défèque sans prévenir les couches en-dessous, qui ne demande pas poliment quand il veut une relation sexuelle. Oh, aussi : qui parle sans respect de l’Hiérarque, qui refuse de mourir…

- Stop, stop, je ne comprends pas tout, vous allez trop vite. Reprenons ça dans l’ordre. Non, dites-moi d’abord, qu’est-ce que ça veut dire « qui refuse de mourir » ?

- Vous me demandez de répondre poliment ou voulez-vous la réponse de l’Hiérarque ?

- … Euh, donne-moi d’abord la façon polie, puis celle de l’Hiérarque.

- Parfois on nous signale que quelqu’un de la couche cinq refuse de mourir. Ce n’est pas poli. Alors…

- Attends, je… Je ne sais plus où j’en suis là.

- Ce n’est pas poli d’interrompre sans cesse quelqu’un qui parle. Du moins dans le Monde. Poliment.

- Oh, pardon, continuez, on verra après pour les questions.

- Oui, alors quand un couche cinq refuse de mourir après plein de tours, on descend jusqu’à sa couche, on le poursuit, on le tue, on le dépèce et les rails emportent les morceaux jusqu’à la salle de la nourriture… Pour le Hiérarque… Le Hiérarque dit que les couches cinq doivent mourir rapidement car des enfants naissent et qu’il leur faut de la place. Certains d’entre nous tiennent les comptes tous les jours. Poliment.

- Je… on reviendra là-dessus tout à l’heure. Un autre mort demande que vous parliez de la création du Monde.

- Je vais demander à l’Hiérarque. Moi je sais seulement ce que tout le monde sait, on l'apprend à l'école : il n’y a pas eu de création du Monde. Pourtant l’Hiérarque a parlé des disse mile tout à l’heure… Je ne comprends pas, je vais lui poser la question.

- Attends, Passeur, est-ce que ton Hiérarque nous entend là ? J’ai l’impression qu’à chaque fois tu es obligé de t’éloigner pour lui demander quelque chose… Si tu colles ta bouche contre le trou et que tu parles très très doucement je serai le seul à t’entendre. Je te comprendrai, mais personne ne saura que tu parles.

- … Il est en bas, il ne peut pas vous entendre, mais…

- Comment en bas ? Il n’y a pas de sous-sol et on a percé à un mètre soixante… Non, non, laisse, continue de parler doucement. Est-ce que tu es heureux ?

- Qu’est-ce que tu veux dire, ô mort ? C’est quoi « heureux » ?

- L’inverse de malheureux, triste, pas content. Tu voudrais une autre vie ? Tu voudrais changer quelque chose dans ta vie ?

- … Je ne veux pas être mort !… Non, Hiérarque, je ne parle plus car le mort est parti, il va revenir et m’a dit d’attendre. Très poliment.

- Mais non, ce n’est pas ce que je veux dire. Est-ce que tu voudrais une vie différente dans le monde ? Aller loin par exemple. Vivre dans un monde plus grand.

- Je ne sais pas. Oui, peut-être, avec moins de couches, juste une dessous et une dessus. Avec plus de nourriture.

- Je ne comprends pas bien, tu vas m’expliquer en détail, petit à petit. Vas-y, reparle normalement avec moi sinon ton Hiérarque va finir par se douter de quelque chose. Revenons à cette création du Monde d’après ton… dieu ? Pose-lui la question.


*

***


- Leur « Hiérarque » ne veut pas me parler de la Création du Monde, enfin, de l’origine de l’étable. Il dit que les morts connaissent déjà toute l’histoire et surtout que les serviteurs de son « temple » ne doivent pas connaître l’ « Histoire Divine » !

- Il faut qu’on arrive à le mettre en confiance. Dans trois jours le matériel de découpe arrive, mais avant cela il faut qu’on lui ait tiré les vers du nez. Quand ces gens-là vont voir le monde extérieur ce sera beaucoup plus difficile. Là on peut encore les manipuler, mais quand ils s’apercevront que nous ne sommes pas leurs fameux « morts » ils risquent de se refermer et il ne nous restera plus que les manipulations chirurgicales. Et le taux d’échec est très important.

- J’aime bien votre art de l’euphémisme lorsque vous parlez de la torture.

- Je préfère parler de « renseignements ». Nous pouvons sauver des millions de vies.

- Oui, j’ai déjà entendu ça.

- Trêve de philosophie, nous sommes en guerre et notre mission est sacrée. Je ne mettrai pas en balance la vie de ces idolâtres avec celle d’une multitude de croyants combattant dans la Sainte Armée !

- Ok, ok, n’envisageons même pas les moyens extrêmes. Je pense qu’il suffit que je me fasse passer pour un mort très important, comme un Hiérarque décédé, et je me fais fort d’obtenir vos informations.

- Bien, je vois que nous commençons à être raisonnables. Oui, très bonne idée… pour un Mécréant.

- Soyons clairs, Monsieur le Major-Général, je ne fais pas ça pour vous, encore moins pour votre dieu conquérant. Je préfère encore manipuler ces pauvres gens, et je le ferai sans scrupule à l’endroit de ce gourou, ce « Hiérarque », plutôt que de vous laisser employer vos moyens expéditifs et inhumains.

- Encore faudrait-il me prouver qu’ils sont encore humains ces païens qui vivent dans la merde ! Ah, autre chose : pourquoi avez-vous engagé une discussion à voix basse avec ce serviteur ?

- Ma réponse va froisser votre susceptibilité de défenseur des Croyants !

- Envoyez toujours.

- Vous aurez deux sources à recouper, celle du serviteur et celle du Hiérarque, les renseignements seront donc plus fiables. Et surtout je me méfie terriblement des dieux autoproclamés. Au moins autant que ceux dont on parle dans les livres des centaines d’années après leur mort. Si je veux de vrais renseignements je préfère les obtenir de la part de quelqu’un qui a une vie quotidienne que je ne serai pas obligé de passer au crible du psychopathe…
Je vous rappelle que je suis le seul à parler couramment leur langue… vous pouvez donc éloigner votre main droite de ce holster.


Trois jours plus tard.


- Monsieur le Superviseur ici présent va nous faire un rapport intermédiaire basé sur ses entretiens avec le dénommé « Passeur », porte-parole des descendants actuels des survivants du « Bon voyage les amis ». J’ai déjà pris connaissance de son rapport écrit. Les renseignements qu’il va vous livrer correspondent à ce que j’ai lu des minutes d’enregistrement issues des nombreuses heures qu’il a passées avec l’autochtone. Elles sont donc a priori validées et enregistrées au niveau de sécurité Étoile1. Je tiens à remercier ici le travail remarquable de Monsieur le Superviseur.

- Merci Monsieur le Major-Général.
Voici la situation : plus de soixante-dix mille personnes vivent dans ce qui reste du module d’élevage du « Bon voyage les amis », vaisseau de colonisation qui contenait au départ un demi-million de personnes. Soixante-dix-sept mille cinq cent une personnes exactement sont enfermées dans un espace très étroit puisque la surface au sol ne devait accueillir que deux mille quatre cent bovins répartis dans quatre cents box de six animaux chacun.
Le bâtiment de mille mètres de long est parcouru par un couloir de deux mètres de large, bordé de deux cents box de chaque côté. Chaque box est un rectangle de cinq mètres sur dix.
D’après la description donnée par le dénommé « Passeur » et confirmée par nos calculs, toutes les personnes vivant dans cet espace sont allongées… et sur cinq couches. Sauf dans le box de leur chef qui ne compte que deux couches.
Les plus jeunes vivent en haut, les plus âgés en bas. Tous les mouvements, toute leur vie se fait dans cette position. Ils ne savent pas se tenir debout, encore moins marcher. Ils vivent nus. Ils n’ont pas de lumière. Demain arrive le matériel qui nous permettra de les filmer.
Ils ont établi des sens de circulation, une hiérarchie très stricte, un eugénisme absolu par élimination des nouveau-nés en surnombre et des personnes âgées. Toute transgression des règles est punie de mort.
L’air leur est fourni par un recyclage permanent établi dans la salle A1 sur le schéma projeté et l’alimentation est élaborée dans la salle A2, elle aussi en début de couloir. Les nutriments sont apportés par… les déchets organiques… et les cadavres.
… Je ne répondrai aux questions qu’à la fin de mon exposé, merci à vous.
Les rails qui parcouraient le sol de l’étable pour emporter automatiquement le lisier sont encore en fonction. Ils… permettent aux déchets qui atteignent le plus bas niveau par simple gravité d’être emportés vers la salle A2. Les personnes jugées trop âgées, sans doute vers quarante ans, atteignent le niveau le plus près du sol et on attend, ou pas, qu’ils meurent. Ils sont alors coupés en petits morceaux et les rails emportent le tout vers la même salle A2.
Le peuple de l’étable ne possède pas d’outillage. Nous sommes pour la première fois depuis la naissance de l’ethnologie, et même de la paléontologie, devant un peuple sans objet manufacturé.
Les salles sont spécialisées. En dehors du « temple », réservé à leur chef, le Hiérarque, on peut trouver plusieurs salles d’enseignement essentiellement destiné à inculquer aux plus jeunes les nombreuses règles de cette société, des salles de discussion sur la théologie, la philosophie et même la « somamancie », divination par le corps…
De nombreuses pièces, qu’ils utilisent à tour de rôle, sont réservées aux temps de sommeil et certaines sont des salles de « demi-tour ». Dans ces dernières les gens peuvent changer de sens selon un schéma d’une complexité incroyable mêlant les files, les niveaux, les sens. J’ai renoncé pour l’instant à essayer de comprendre. Ce n’est pas une priorité.
Vous voyez, en dehors de la mission première, nous sommes face à une mine de renseignements sur l’adaptabilité de l’homme face à un milieu extrême.
Pour en revenir à ce qui vous intéresse en priorité… eh bien nous ne savons toujours pas ce qui est précisément arrivé à ce vaisseau-monde et pourquoi cette partie est restée intacte. Le seul qui semble avoir ces renseignements, l’Hiérarque, refuse de nous les communiquer. Ce soir je ferai une ultime tentative… avant de laisser la place aux services de l’armée.
Des questions ?


*

***


- Bonjour ami Passeur, je suis très poli.

- Bonjour ami Frantz, je suis très poli. Tu as une voix fatiguée.

- Ce n’est rien, les morts ne sont pas plus à l’abri de la bêtise que les vivants.

- J’ai très peur.

- Que se passe-t-il ?

- L’Hiérarque a décidé de te parler de l’origine du monde. Il a fait crever les tympans de tous les autres serviteurs ! Il accepte de le faire puisque les Hiérarques morts lui ont fourni les assurances demandées, qu’ils ont répondu à ses questions et que nul ne peut entendre ce qu’il a à dire sauf moi, Frantz, j’ai très peur !

- Je ne te laisserai pas tomber, ami Passeur, compte sur moi.

- Tu sais, ami Frantz, j’ai compris que c’était toi qui prenais la voix de tous les autres ! Je peux le dire au Hiérarque !

- Inutile de me menacer, ami Passeur, je sais comment te sauver des griffes de ce malade.

- Fais-le alors, ami Frantz. Fais-le vite !

- Vénéré Hiérarque, ici le premier des Hiérarques. Nous avons décidé, les autres divinités et moi-même de te prendre le Passeur. Il va venir au royaume des morts. Inutile de le tuer, il est capable de ramper dans le vide, il l’a prouvé. Pour ses bons services et pour qu’il n’aille pas révéler l’histoire de la création, demain nous ouvrirons une porte sur le Monde et nous le prendrons en premier. D’autres, peut-être, suivront. Maintenant, dernier Hiérarque, raconte, que nous puissions juger si le récit de la création du Monde n’a pas été altéré.

- Voici le récit sacré : il y a vingt générations, ou douze Hiérarques, le monde était beaucoup plus grand. Mais les hommes furent orgueilleux. Ils ont voulu se tenir sur leurs pieds, se détacher les uns des autres, faire beaucoup d’enfants et vivre trop vieux. Alors le premier Hiérarque, voyant ses enfants orgueilleux, décida de les punir. Le Monde fut attaqué par le Monde. La chaleur fut intense, les pièces tombaient, se fermaient, les hommes moururent par couloirs entiers, par pièces entières. Les derniers hommes allèrent de salles en salles, mais les pièces furent détruites par la main du Hiérarque.
Alors qu’il ne restait presque plus de pièces, les hommes se jetèrent enfin au pied du premier Hiérarque et le supplièrent de leur laisser la vie. Pris de compassion pour ces faibles enfants, le dernier Hiérarque les entassa, sur leurs pieds, dans le dernier Monde, au milieu des bêtes. La porte d’accès fut fermée. Les portes des pièces des bêtes se bloquèrent en position ouverte. Les hommes, les femmes, les enfants mangèrent les bêtes. Ils se multiplièrent, mais pas trop. Humblement ils se remirent sur le ventre.
Depuis le monde est perfection.

- C’est le bon récit, dernier Hiérarque, mais tu as oublié de dire qui fut l’attaquant.

- … Je l’ai dit, tu as mal écouté. L’attaquant fut le Hiérarque. Comme à chaque fois. Il avait reçu l’ordre des Anciens Dieux. Il devait punir les hommes. Avec l’aide de Mondes extérieurs et en détruisant le Monde intérieur. De temps en temps l’homme a besoin de la peur divine.
C’est tout.

- Merci dernier Hiérarque, le récit est conforme et tu en seras récompensé. Demain nous reviendrons ouvrir la porte.


*

***


Voilà, c’est le grand moment. Le matériel est arrivé et, à peine débarqué, la découpe commence. Assez rapidement un carré de cinquante sur cinquante se matérialise sur le blindage en céramite, capable de résister à un astéroïde de taille respectable. Mais pas à la folie des hommes.

Un simple électro-aimant vient se coller à la partie découpée et un cube qui doit peser plusieurs quintaux est tracté vers l’extérieur.

À l’instant où la masse tombe dans le sable et bascule sur le côté, des cris d’effroi nous parviennent de l’intérieur.

Une masse blanchâtre se propulse à l’extérieur et je dois me précipiter sur elle. C’est ce que j’avais prévu. Il faut absolument que je prenne Passeur dans mes bras. Je savais que nous n’aurions pas le temps de mettre en place le sas. J’ai demandé à trois autres personnes de se tenir prêtes et d’en faire autant.

Mais personne ne bouge.

Moi non plus.

Mes yeux sont rivés sur ce corps. Sur cette chose blanchâtre. Sans poil. À la peau brûlée, ravagée par l’acide des excréments. Aux yeux aveugles et qui pourtant semblent me chercher.

Devant cet adulte qui ne doit pas dépasser le mètre quarante, si maigre que ses bras montrent plus d’os que de chair, je reste pétrifié.

L’odeur est insoutenable malgré les masques que nous avions prévu de porter. Il se tord sur le sol et je reste cloué là, médusé. Ses hurlements se font de plus en plus stridents. Ceux de l’intérieur, par dizaines, lui font écho, certainement parce que le jour pénètre dans le temple.

Il faut que je m’élance vers lui. Il faut que je fasse quelque chose !

Mais je ne peux pas prendre « ça » dans mes bras. Je n’y arrive pas.


Quelques minutes plus tard, longues comme l'enfer, l’ami Passeur ne bouge plus.

On met une plaque de métal devant l’ouverture. L‘ensemble est fermé avec quatre points de soudure. Les cris à l’intérieur finissent par s’arrêter.

Le major-général fait jeter un poncho militaire sur la dépouille et sans un mot m’entraîne vers son quartier-général.


Je comprends alors que le commandant de la mission était aussi curieux que moi de « voir » ces créatures de l’intérieur. Mais tout cela était inutile. Pour lui.

Son intention n’a jamais été de sauver ces malheureux.

Il aurait pu tout arrêter dès hier soir.

Tout arrêter.


- Vous avez compris, Monsieur le Superviseur, qu’il n’y a jamais eu de races extérieures. Nous sommes seuls. Pas d’adversaire dans cette Croisade.
Malheureusement. Ces fameuses Armes sont en fait nos propres vaisseaux qui, tous les dix ou vingt ans, détruisent un des nôtres. La plupart du temps des Dissidents, comme ce vaisseau-monde bourré d’imbéciles utopistes, ou des communautés de Mécréants. Une fois ou deux nous sacrifions de vrais soldats, pour brouiller les pistes. Dieu accueille à sa droite ces martyrs.
Les hommes, les Croyants, les seuls à mériter ce nom d’homme, ont besoin, ont toujours eu besoin, de l’aiguillon divin. Sans cela ils plongent irrémédiablement dans la décadence. Un ennemi c’est un objectif qui réunit la ferveur, qui transforme les moutons en guerriers. Ils connaissent alors la grandeur, l’héroïsme. Certains, comme le premier de ces Hiérarques, sont même volontaires pour saboter de l’intérieur les vaisseaux visés. Ils minimisent nos pertes extérieures et font en sorte que les navettes de secours restent dans leur logement, ainsi les nôtres peuvent pilonner en toute tranquillité. Annihiler toutes les preuves.
Mais cette fois-ci ce lâche, cet abruti d’il y a 400 ans, n’a pas eu le courage d’aller jusqu’au bout. Il a flanché au dernier moment et sauvé une partie de l’équipage. Heureusement pour nous ils sont restés bloqués dans cette boîte hermétique. Maintenant c’est de la merde embarrassante. Il faut que je fasse le ménage.
En commençant par vous.


*

***


Le major-général avait le choix. Il opta pour l’économie de moyens.

L’ammoniaque est très inflammable. Tout en marchant vers le vaisseau, le militaire rentra son arme encore chaude et sortit un briquet.


 
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   Perle-Hingaud   
31/8/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Une nouvelle, une vraie réflexion. J’ai pensé à ces recueils que j’aimais parcourir, enfant, qui s’intitulaient chacun, selon le thème, Histoires de… Et bien, ce texte aurait largement mérité sa place dans les « Histoires d’évolution ».

L’écriture est précise, sobre, sans effet superflu. Elle a cette grande qualité de se mettre au service du récit tout en laissant la porte ouverte à l’imaginaire. La scène de l’ouverture de l’étable est restée plusieurs jours gravée devant mes yeux.
A cette maîtrise de l’écriture vient s’ajouter la qualité du scénario. L’intelligence et la créativité, le détail (je pense à l’odeur) qui rend le tout crédible.
Le passage au « je » dans la narration de la toute dernière partie est particulièrement habile : l’identification avec le superviseur joue à plein et intensifie les sentiments du lecteur. D’une manière plus générale, l’alternance des points de vue narratifs permet d’éviter l’écueil de la longueur, tout en restant clair.

Quelques petits bémols, pour que l’auteur continue à forcer son talent :
- le résumé : dommage pour les points de suspension et le dernier adjectif, qui cherche à nous entraîner dans une direction : contraindre le lecteur n’est jamais utile.
- les premiers dialogues des « terriens » me paraissent un peu « artificiels », outrés. Limite cliché hollywoodien, par exemple : « Oui, vous pouvez fumer, c’est quoi entre mon index et mon majeur ? Un boudin blanc à combustion spontanée ? », ou les « putains » à répétition du major.
- un peu trop d’« hommes », dans ces trois phrases consécutives : « Le superviseur n’est pas homme à s’imaginer des regrets de la part d’un militaire de haut rang. - Je sais que je suis le seul homme de cette expédition à parler le standard vieux de 400 ans. Mon ministère a plus de prévoyance que le vôtre. Ou plus d’imagination. Les deux hommes s’arrêtent… ». Ah et puis là : « reparle normalement avec moi » : c’est vraiment moche, reparler. Cette phrase est un peu tordue, je trouve : « Si je veux de vrais renseignements je préfère les obtenir de la part de quelqu’un qui a une vie quotidienne que je ne serai pas obligé de passer au crible du psychopathe… ».
-un léger problème d’atmosphère : sans information complémentaire, je pense a priori que l’atmosphère sur la planète est irrespirable, d’où pour moi des incohérences, notamment lors de la dernière scène : le mélange des atmosphères risque de tuer les enfermés, et le sort de Passeur, s’il est inchangé, ne provient plus de la même cause (j’essaie de ne pas tout révéler). J’aurais aimé une phrase explicative plus claire que les indices semés pour lever mes doutes.
En conclusion, j’ai lu ce texte, relu quelques jours plus tard, avec un plaisir renouvelé. J’en redemande, vite, au boulot !

   Myriam   
7/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Une nouvelle vertigineuse et passionnante.

L'immersion immédiate au sein de ce monde étrange, à travers les sens de dingue-c lance l'intérêt du lecteur qui découvre peu à peu cette société unique et sidérante, aidé en cela par l'alternance des points de vue intérieur/extérieur.

L'amitié improbable qui se noue entre le passeur et le superviseur fait monter la tension, renforcée par les interventions brutales du major-général.

La fin cloue sur place et l'on garde longtemps en tête cette scène tragique de la sortie du passeur.

Susciter une réflexion tout à la fois politique, sociale et religieuse, tout en maintenant l'intérêt par un récit palpitant, c'est la réussite de ce récit qui maintient le lecteur en haleine et le laisse plus riche.

   ANIMAL   
9/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Quel plaisir ! Enfin un vrai récit de SF, comme je n'en ai pas lu depuis bien des décennies.

Un texte qui reprend le thème du vaisseau-monde avec un traitement que je n'ai encore jamais lu.

Le scénario est impeccable, logique, le déroulement inexorable jusqu'à la fin que l'on devine mais à laquelle il est difficile d'échapper étant donné la structure sociale humaine décrite.

Le seul bémol est la partie où l'on passe du dialogue avec le passeur à la narration du mécréant. Trop long car le récit est si bien mené que le lecteur a déjà compris une grande part des informations resservies à cet endroit. Elaguer cette partie donnerait plus de nerf au récit. Et puis 400 ans me paraît un peu court pour les transformations physiques.

Mis à part cela, c'est un réel plaisir que de lire une nouvelle si bien écrite, dans un style limpide.

Merci de m'avoir redonné ce goût de la SF perdu depuis bien longtemps, faute de récits de qualité.

   LeopoldPartisan   
9/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Il y a bien longtemps que je n’avais pas lu de nouvelles de SF et je dois dire que celle-ci répond parfaitement à certains critères que j’apprécie tout particulièrement.
Le premier « chapitre » consacré à « Dingue-C » m’a très rapidement captivé parce que l’on entre dans son monde par une scène concrète de sa vie de tous les jours. Cette visite guidée qu’il nous fait de son environnent sert à la fois à informer le lecteur de sa particularité et à l’intrigue. Pendant tout un temps, je me suis d'ailleurs demandés, un peu comme dans les films Matrix, s'il ne s'inspirait pas d'un élevage de poulets odieusement insdustriel.

Les autres chapitres sont tous du même acabit.

Narrativement, ce texte est très professionnel dans le sens noble du terme que ce soit au niveau de la construction d’une histoire vraisemblable, que pour ce qui concerne les différents personnages ainsi que le contexte historique de la découverte de l’épave d’un vaisseau spatial abattu et disparu depuis bientôt 400 ans.

Il en va de même de l’interprétation que les différents protagonistes font de leur découverte mutuelle. Les naufragés survivants sont persuadés de faire partie du monde des vivants tandis que tout ce qui se trouve à l’extérieur du cloaque ambiant est considéré comme étant le monde des morts. Il s’ensuit aussi des jeux de force, de pouvoir, de logique militaire et civile, des dialogues parfois de sourd et d’interprétations de ce que l’on ignore d’une grande finesse et d’une grande justesse.

Le chapitre final est à la mesure de l’ensemble de l’histoire et nous dévoile la dictature militaire implacable et sous-jacente d’un futur effroyable, car résultat d’un passé manipulé depuis le début.

Ce passé qui peut être notre présent actuel avec comme force en présence les fondamentaliste de tout crins, les objecteurs de croissances, les nationalistes, les racistes et que sais-je encore.

Il y a dans cette histoire de l’Enki Bilal, du Philippe K.Dick et du Steven King. Une superbe réussite.

Bravo et surtout encore, encore…

   Maëlle   
9/9/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
J'ai trouvé l'histoire prenante, et très noire. Certains passage "hors du monde" sont un peu moins réussi, notamment, ils manquent cruellement de détails (alors que "dans le monde", le peu de chose évoquées se comprends).

   Anonyme   
14/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Ça m’évoque… Brian Aldiss, « Croisière sans escale » ! Parmi d’autres. Non ? En écho, non en copie.
Jongler avec ses références, sans excès, en imposant sa marque. Une obligation quand on veut écrire de la SF ou, du moins, quand on veut apporter au genre une contribution qui vaille la peine d’être retenue.
Il me semble que la science fiction fonctionne comme ça. Par thèmes. Il me semble aussi que, pour en écrire, il faut connaître ce qui a été fait précédemment afin d’aller plus loin encore. Afin de pouvoir poser une pierre supplémentaire au sommet de la tour. Plus haut donc. Toujours plus haut.
En se reposant sur les fondamentaux.

Le problème avec les nouvelles de SF (et ce n’est pas autant le cas avec les romans) est de parvenir à créer un monde complet, cohérent et intéressant en peu de lignes (si, si, même 40 000 caractères c’est peu pour intégrer correctement tous les éléments d’un univers !) et sans lasser avec trop de détails.
L’astuce ici consiste à faire tourner la nouvelle autour de la compréhension de ce monde étrange et effrayant décrit dans les premiers instants (avec quelle force !). Contourner l’obstacle auquel tant se heurtent pour en faire une des forces du récit. J’adore !

L’histoire maintenant !
Dure. Oui.
Était-ce nécessaire ? Je le crois.
De toute façon ça passe. Ça passe même très bien. Parce que derrière il y a du fond. Un fond qui n’aurait pu être abordé autrement. Parce que moins de détermination n’aurait pas ébranlé le lecteur comme ici. Ébranler, sans totalement choquer, pour laisser les capacités de réflexion intactes. Un art délicat qui te semble si naturel…

Enfin bref. Deux trois trucs en passant avant de m’arrêter.

Quelque part vers la fin, quand l’Hiérarque (il y a deux sens au mot, si je me souviens bien, non ? Je suppose que ce n’est pas anodin) raconte le récit sacré. Il dit « le dernier hiérarque les entassa, sur leurs pieds… » C’est le premier, pas le dernier, non ?

La description du corps du passeur. Terrifiante. Et totalement «imageable». Une horreur hyper-réussie !

Et puis…il faut vite le dire. Le monde de l’étable, les réactions des personnages, les justifications...Tout est d’une maîtrise éblouissante, servie par une écriture impeccable.

Jaimme, le corpus de la science-fiction, tu le connais. Et tes mots sont d’authentiques plaisirs à dévorer. La pierre suivante, au sommet de la tour : Apporte-là !
Tu le peux. Tu le peux si bien.

Merci.
Je vais relire. En attendant la suivante !

   Jagger   
14/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
S'il y a quelques petites choses, elles sont totalement anecdotique quand l'œuvre brille d'un tel éclat.

Je me suis vu plongé dans un monde étrange qui m'a immédiatement fait pensé à "L'Incal" et aux dessins de Moebius.

Je suis fan du style d'humour utilisé dans ce récit.

Certes, on peu reprocher un manque de réalisme ou d'incohérence par moment, mais qu'importe, là n'est pas la question. Que cela ne nous empêche pas de voir la magnificence de la toile tissée et deux monde que l'on se représente totalement. On peu même y trouver quelques morales cachées par-ci par-là.

Le passionné de science fiction que je suis est totalement satisfait. Premier texte que je lis de Jaimme, mais pas le dernier.

Encore, encore!

   placebo   
14/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
hum assez surprenant, le début tout au moins, après le narrateur comprend par petites doses. mais l'adjectif que j'ai murmuré après avoir lu ta nouvelle, c'était ''monstrueux''.

ces personnes. leurs conditions de vie. cet empire dominé par une caste religieuse qui entretient la guerre (j'aime beaucoup cette idée d'ennemis créés de toutes pièces, les deux exemples qui me viennent en tête sont 1984 et plusieurs passages de V pour vendetta)

une réflexion aussi, amorcée par quelques phrases d'un des protagonistes ''Vous voyez, en dehors de la mission première, nous sommes face à une mine de renseignements sur l’adaptabilité de l’homme face à un milieu extrême. '' il en va de ça et de bien plus.

ça m'a fait flipper en quelques sortes ton histoire. j'ai cru qu'ils allaient refermer le couvercle genre porte vers l'autre monde et les laisser vivre... les détails sur les excréments et leur action sur la peau sont crus, j'avoue que je n'y aurais pas pensé

en bref, je me suis demandé où tu étais allé chercher ça parce que comme l'a dit un autre commentateur, ça ne ressemble à rien de ce que j'ai connu.

je ne vais pas te remercier, parce que c'était pas facile à lire je trouve (psychologiquement, au niveau du style et du rythme c'était bien :)
bonne continuation en tout cas.

edit : heu, pour les remarques constructives, je le relirai plus tard, mais tu les auras ^^

   Flupke   
15/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Jaimme,


Une nouvelle efficace, car je me suis senti oppressé pendant la lecture. (Comme tous ceux qui ont des prédispositions à la claustrophobie, j’imagine). Quel monde dystopique effrayant tu nous a peint !

Bien apprécié cette genèse iconoclaste, ainsi que les dialogues (quasi-audiardesques parfois) larvés de puissance et de haine entre le militaire et le superviseur. Une morale sympathique perce sous la cuirasse d’un anticléricalisme primaire.

Juste une remarque auditive, je dirais plutôt Le Hiérarque. Bon ok l’hirondelle mais le haricot et surtout pour la diphtongue, la hyène plutôt que l’hyène ou l’hiérarque. Mais bon, nous n’allons pas étoffer sur la délicatesse de mes tympans.

En tout cas bravo, tu mérites tes lauriers. Cette nouvelle est une très belle réussite. (That makes my day !)

Amicalement,

Flupke

   micdec   
16/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour jaimme,

Allons bon, v'la aut' chose !
Acré bongu, je me vois tout contraint d'écrire une seconde fois dans un commentaire "A star is born !"
C'est nickel, logique, original dans le traitement.
Surtout, ce n'est pas triste ni larmoyant. Sont heureux, ces braves gens, dans leur monde grouillant pas du tout invraisemblable pour qui a vu à New Dehli un côté de la rue pareil à une fourmilière et l'autre côté, à quelques pas, plus désert que les centres de l'altruisme chez un politicien.
De tous les genres littéraires, la SF est, sans doute, le plus difficile à pratiquer parce qu'il est le plus codé, le plus strict dans ses règles.
A ce propos, jaimme, il nous manque juste là une fin ouverte, un espoir. Passeur-s-Dingue-c qui disparait sous le poncho, par exemple, qui s'enfonce dans le sol rassurant habité par de lisses et douces créatures vermiformes à l'intellect certes peu développé mais très polies avec lesquelles il va "mixoller" tandis que le mirlitaire s'écriera : "bah, la vermine retourne à la vermine, amen !". Très vite, les cruels morts, les dieux indignes, vont l'avoir, leur Ennemi...
Je me suis un peu interrogé, aussi, sur le délai de 400 ans qui paraissait un peu court pour cette métamorphose en cloportes - et pourtant humains.
Selon les lois de Mendel, considérant l'extrême promiscuité, laquelle entraînerait une remarquable fécondité ( capacité à se reproduire dès 10 - 11 ans, voire 8 ); considérant itou la saine habitude d'éliminer les caractères indésirables ( bébés dodus deviendront trop gros, hop ! Glop !, nourriture oblige ), on devrait parvenir assez vite à une génération F-3 satisfaisante présentant les nécessaires qualités en termes d'adaptation physique, physiologique et mentale. Après, hein, jusqu'à F-n, la nature aidée par l'homme n'a plus qu'à peaufiner le processus. Surtout si l'on considère l'incroyable concentration en ammoniaque - NH3 - NH4+ sous sa forme d'ion qui entraîne de fascinantes autant que galopantes anomalies héréditaires du métabolisme. Ok pour 400 ans, donc :-)
Il resterait à trouver 10 000 volontaires, élaborer un milieu propice (sans jeu de mots oiseux :-)) et on pourrait vérifier tout ça un peu plus sérieusement afin d'installer cette nouvelle au panthéon de toute anthologie qui se respecte.
A part ça, y'a plein de preuves d'un vrai travail léché-soigné. En ma qualité de lecteur lambda, j'apprécie. Foin des migraines pour cause d'agacement, on lit d'une traite, sans émotion particulière comme il se doit en SF. C'est après que le vécu vous assaille, quand les images simples et fortes reviennent vous tarabuster la mémoire et la comprenette.
Supo boulot !
Bravo des deux mains !
( si mes voisins veulent bien pousser leurs coudes, espèces de pas polis ! Tiens, t'es là, toi, Druuna ! Je voulais justement te demander une chose : Les androides rêvent-ils de moutons électriques ? - Nan, répond Druuna, ils rêvent de soleils verts... Ben oui, vivre dans un monde semblable à la mort, comme il a dit, Krishnamurti )

   Leandrath   
16/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
He bien, ça valait le déplacement... je ne vois pas très bien quoi ajouter aux commentaires déjà exposés, pcq tout le monde s'accorde sur la grande qualité de ce texte, tant en forme qu'en contenu. Je raffole de ce genre de structure : "immersion immediate, devinez vous même de quoi je parle". La s-f est ma categorie de prédilection, et ce n'est pas ce type d'histoires que j'aime écrire. par contre j'adore les lire. Bref, j'aime, Jaimme.

a bientot et toute bonne continuation !

   alifanfaron   
16/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Créer un univers aussi nettement et en si peu de caractères, je dis chapeau! Beaucoup d'originalités dans la création du "Monde", de détails cohérents qui prennent sens à la fin. Seul point négatif cependant, la fin, qui me semble trop brutale. L'explication du Major général de but en blanc est trop dur et ne correspond pas, il me semble, à sa manière de fonctionner avec le Superviseur. Il reste que cette nouvelle est une franche réussite.

   CreziHobit   
17/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bon, après quelques phrases, je me dis : « hé ! hé ! », en moi-même et en français, car je parle ces deux langues. Je pense aussitôt comme certain à Soylent Green. Je m’étais un peu avachi (!), je rapproche le mufle (!) de l’écran, et je recommence au début !
L’auteur prend le lecteur par la main, et l’entraine dans une très belle visite guidée du Monument Valley de l’âge d’or de la science fiction. Mais, sournoisement, avec une habileté diabolique, il sort du sentier pour nous entrainer dans un conte philosophique à la Johnatan Swift.
La première thèse développée avec conviction : la politesse, la courtoisie et la légalité comptent parmi les éléments fondamentaux d’une civilisation. Ces éléments régulent la violence entre les individus, entre les groupes, régulent l’ascension sociale, régulent la compétition entre les équipes dirigeantes, jusque dans les situations les plus extrêmes. La démonstration est claire, convaincante, sans emphase ni moralisation, alliée à un humour un peu grinçant et à l’apparition du sordide, mais, souvenez vous de Gulliver éteignant un incendie ou de l’usage que font de Gulliver les servantes de la reine des géants ! « hé ! hé ! » redis-je.
En outre comment éviter le parallèle avec le vaisseau spatial Terre ?
Avec l’inflation de la biomasse humaine, l’incompétence et l’irresponsabilité des dirigeants que nous nous sommes donnés de façon non moins irresponsable.
Avec l’absence de réflexion calme et argumentée, à la fois de la part des individus enlisés (!) dans leur individualisme et leurs tentatives d’ascension sociale, à la fois de la part des groupements qui se réfugient dans l’hystérie des religions, des corporatismes, des nationalismes, de l’écologisme... produisant les cercles infernaux conduisant à des conditions sociales parfois dégradantes.
Et je n’ai certainement pas tout vu, de loin !
Lors de la chute, l’auteur nous montre qu’il n’est pas dupe : les dirigeants n’utilisent les régulations de la civilisation que dans le désir de mieux asservir le Troupeau Aveugle (si je puis me permettre).
Ceci dit, les problèmes techniques ont occupé agréablement mes nombreuses insomnies, et j’ai l’impression de ne pas être le seul. Mais il doit y avoir un forum adapté pour en parler et j’ai encore eu la flemme de chercher.
Pour la fin, un petit regret : la masse d’ammoniaque, au vu de l’entassement des hôtes (!) est assurément insuffisante pour produire l’énergie nécessaire au décès de la population entière. Je n’ai effectué le calcul qu’à la louche, mais je pense cela impossible. On pourrait imaginer que la déflagration ait brulé quelques poumons des enfants sur le dessus, se soit propagée dans les méandres des circuits d’aération, ait provoqué une panne dans les l’air conditionné. Plus d’oxygène ! L’asphyxie par simple manque d’oxygène n’est pas rapide car ils doivent être habitués à une faible ventilation. Les qualités du narrateur auraient laissé augurer d’une magnifique scène de claustrophobie. Avec le gainage musculaire dont doivent disposer ce gens, pour se déplacer et pour respirer dans l’étage inférieur, la panique a pu provoquer une violente décharge d’énergie musculaire et si le dispositif est un peu endommagé, avec dix mille personnes qui poussent, on aurait pu voir le caisson se déchirer et les larves humaines....

Merci encore Jaimme pour cette incitation à relire nos classiques et cette stimulation intellectuelle revigorante.

   brabant   
22/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Bonjour Jaimme,

Bon, je suis venu, j'ai lu...
Que dire ?
Je suis vaincu.

Ce travail est prodigieux, prodigieusement bien écrit, avec de l'humour bien dosé, là où il faut.
J'ai ri à plusieurs reprises, mais oui !

Je pense à la colonie pénitentiaire de Kafka, mais il n'y a pas d'humour chez Kafka.

Dingue C, c'est un peu Jack Bauer. D'ailleurs celui-là aussi va bientôt être grillé.

Ce texte me semble plus facile à dessiner qu'à écrire, l'écrire c'est décrire, et c'est un véritable exploit ici. En B D je le verrais bien entre le crayon et les couleurs de Druillet.

La science fiction n'est pas mon truc, mais je lis (enfin pas toujours pour être honnête) quand c'est Jaimme ou Animal. Un monde est recréé ici, à partir du monde minéro-humano-théologique créé qui est le nôtre, avec des codes qui sont l'adaptation translatée de nos codes.

Les deux mondes qui se parlent, chacun prenant le monde de l'autre pour le monde des dieux, voilà un chef-d'oeuvre de virtuosité. Savoureux !

Je n'entre pas dans les détails, trop de boulot, et je salue bien bas ce travail gigantesque.

Je suis bluffé.

Cette création chirurgicale n'a rien à envier aux textes édités. C'est un très gros calibre, de la chevrotine !

Une étable ! Totalement dément !
Totalement innovant ! Totalement original !
Texte bienvenu à l'heure où l'on accuse les vaches de tous les maux !

Morale finale:
Le dieu des uns est la mort des autres et le dieu des autres est la mort des uns, et le dernier mot reste aux militaires. Essentiellement réaliste, essentiellement pessimiste.

Bravissimo !
pour l'ouvrage, pas pour la morale...

Edition: Combien de temps as-tu mis pour écrire cette nouvelle ? A partir du moment où tu as commencé à la coucher sur le papier...

   colibam   
23/9/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
La première partie est très proche dans l’idée de ce que l’on peut lire dans « Les monades urbaines », de Robert Silverberg.
Par contre, le style employé par le narrateur (toujours dans cette première partie) ne s’accorde pas forcément avec le contexte nauséabond, organique, primaire, dans lequel il évolue.

En dehors de cette remarque, le récit est remarquablement construit, original dans les idées, innovant dans les termes employés, précis et cohérent dans le traitement.
Jaimme a décidément l’étoffe des « meilleures » plumes.

Pourtant, malgré ce travail de haute tenue, je ne suis pas parvenu à accrocher. Il m’a semblé devoir attendre trop longtemps avant les explications du Hiérarque sur ce monde étrange et symbolique.

   Jedediah   
25/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Mon commentaire ne va peut-être rien apporter de plus par rapport aux précédents...

Simplement, cette nouvelle m'a plu et je pense qu'elle aurait également eu sa place dans la catégorie "Horreur/Épouvante". L'idée d'êtres humains vivant dans des conditions pareilles m'a glacé le sang, d'autant plus que l'on n'appréhende qu'au fur et à mesure de la lecture les conditions de vie dans ce "Monde" (j'avoue avoir été complètement perdu au cours des premières lignes) L'effroi n'en est que plus total.

Ce mélange habile de science-fiction et d'horreur m'a fait penser à quelques nouvelles de Stephen King (rien que ça), qui je dois l'avouer m'ont moins marqué que votre récit... J'ai eu en tête ces images d'êtres allongés et étouffant les uns contre les autres pendant plusieurs jours !

Ce "Monde", aussi glauque soit-il, dénonce - comme cela a déjà été dit - les maux de notre propre société (les privilèges des uns, l'impolitesse des autres, le traitement des "vieux"...) d'une façon qui lui est propre (mais très sale quand même).

Le final est tout simplement génial, j'imagine que Dingue-c a ressenti à ce moment-là la même panique que j'aurais eu si j'avais dû prendre sa place (je ne suis pas claustrophobe, mais quand même...).

Voilà donc pour le fond de l'histoire et le suspense... Pour ce qui est du style, je ne trouve rien à y redire, le tout se lit très bien et moi qui aime bien dénicher les petites coquilles résiduelles, je n'ai rien trouvé cette fois.

Pour ne pas dire que du bien non plus ^^ je rejoindrai les commentaires précédents qui regrettent un major-général un peu trop hollywoodien, bien que fort en caractère et personnage important du récit.

Merci pour cette publication, pour laquelle j'attribue la note maximale !

   florilange   
25/9/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Mes lectures de SF ne font pas de moi une spécialiste en ce domaine. Je n'ai donc pas de références ni tellement de points de comparaison.
En revanche, la béotienne que je suis a vraiment aimé découvrir cette histoire pleine d'imagination, de surprises, d'humour et d'une pointe de morale. D'autant qu'elle est remarquablement écrite, ce qui ne gâte rien.
Un véritable plaisir de lecture, donc. Merci jaimme.

   Anonyme   
25/9/2010
 a aimé ce texte 
Bien
La culture du champignon de couche est quelque chose de fascinant. Le substrat est à base de fumier de cheval ou de déchets organiques comme la paille. Le compostage biologique est réalisé en deux phases : fermentation en tas avec retournement puis fermentation contrôlée. Le compost est hautement nutritif. Le champignon de couche est très riche en protéines et pauvre en lipides. Le rêve du champignon de couche est d'être arraché. Et il l'est... Non par des militaires mais par des civils.

Je ne sais ce qui a inspiré cette nouvelle mais tout au long du récit je n'ai pu m'empêcher de faire le rapprochement entre ces deux mondes. Alors, je sais, c'est idiot mais l'esprit humain est ainsi fait qu'il éprouve le besoin de se raccrocher à une réalité.

Plaisanterie mise à part, en tant qu'amateur passionné de SF je me dois d'avouer que j'ai été bluffé par cette nouvelle. Certes, le sujet n'est pas nouveau ; il est même récurrent en SF. On a le monde clos d'un spacionef perdu, le militaire "borné" qui ne connait comme langage que la force, la manipulation d'un pouvoir (quel qu'il soit) pour se maintenir, le naïf de service qui pense qu'il va pouvoir mais qui ne peut, etc... Rien de bien nouveau. Le traitement est des plus classique au fond mais, encore une fois, on s'y laisse prendre.

J'ai parcouru rapidement les commentaires. Rien à ajouter qui n'ait déjà été dit. C'est bien écrit, bien amené, bien raconté. Merci pour ce bon moment.

   framato   
1/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Qu'ajouter de plus à tout ce qui a déjà été dit... C'est un texte redoutablement efficace, qui tient la route du début à la fin. Ce que j'ai le plus aimé : l'angoisse (la phobie) des gens de l'étable à vivre sans contact. Elle est remarquablement construite cette angoisse et arrive par petite dose... je crois que c'est grâce à elle que le récit est crédible et que l'on lit cette histoire sans s'en rendre compte.
Ce que j'ai un peu moins aimé, c'est le caractère un peu prévisible des choses... Il n'y a pas de surprise dans ce texte, mais c'est assez normal aussi (huis clos oblige).
J'ai pris un énorme plaisir à cette lecture...

   Mistinguette   
1/10/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Jaimme
Tout d’abord, je dois te dire qu’avec la science fiction, j’ai beaucoup de mal. D’ailleurs, ta nouvelle doit-être la seconde de cette catégorie que je lis sur Oniris. Pourtant, de temps en temps, je tente le coup. Mais, en général, je laisse tomber assez rapidement. « L’étable » n’a pas échappé à la règle. Je l’ai eu en EL, j’ai commencé à la lire, mais rien à faire.
Quand j’ai vu que c’était toi qui l’avait écrite, alors qu’elle était en attente de parution, re-tentative sur une version copiée-collée... Même résultat ! De plus, le nombre de signes m’a un peu effrayée.
Finalement, je me suis dit que j’allais attendre les commentaires.

Jour J, parution de « la chose », j’hallucine : 4 « exceptionnel »… même pas un « faible »… (Bon, c’est vrai, Widjet n’est pas encore passé par là ;-))
Moi qui aime souvent des textes qui n’emballent pas les autres, je n’y comprends plus rien.
Troisième tentative, rien ne se passe… ça commence à m’énerver cette histoire.

En fait, lors de mes trois essais, je n’ai pas réussi à aller au-delà de la première partie. Pourquoi ?
Tout simplement parce que je n’y comprenais absolument rien. J’ai d’abord pensé qu’il fallait être un lecteur intensif de science fiction pour piger quelque chose. Qu’il y avait des codes propres à ce genre. Ensuite je me suis dit qu’on était sans doute dans un jeu vidéo, monde abstrait pour moi.

En définitive, j’ai pris le problème d’une façon différente. J’ai laissé tomber le commencement, et J’ai lu des passages au hasard pour tenter de comprendre de quoi parlait l’auteur au début. Et alors, MIRACLE, j’ai soudain entrevu la possibilité de pouvoir venir à bout de cette étable.

Quatrième et dernière tentative, LA BONNE. Sachant de quoi il était question dès le départ, je me suis laissé porter par l’écriture et j’ai passé un moment de lecture d’autant plus exquis que j’avais dû batailler pour en arriver là.
Mon plaisir a même été décuplé par les pincées d’humour disséminées ici et là.
Quelques passages m’ont franchement fait rire comme :
« Oui, vous pouvez fumer, c’est quoi entre mon index et mon majeur ? Un boudin blanc à combustion spontanée ? »
Le passage où Dingue-c passe devant la porte de l’école : la leçon de politesse.
J’ai adoré l’intégralité des dialogues entre le militaire et le passeur. J’ai été émue par son sort au final.
J’ai bien aimé la fin, même si je pense que certaines subtilités m’ont, pour l’instant, échappée – Il faudra que je relise.

Au bout du compte, je suis heureuse de m’être fait violence et je me demande si je ne vais pas me mettre à lire de la science fiction. Après « Le mûr » d’ANIMAL, « L’étable » est pour moi une autre nouvelle du genre particulièrement délectable.
Un grand MERCI jaimme.

   misumena   
11/10/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je lis peu de SF. Quoique... J'ai relu "Le monde des non-A" récemment. Et puis, de temps en temps, un K. Dick. Bref. Pour dire qu'il faut bien Jaimme pour me faire lire de la SF toute neuve. Et pour ne pas me décevoir.

Le sujet est excellent ! Mais de quel cerveau étrange est issue cette idée d'entassement ? De quelle image ? Qu'est donc l'étable, sinon un charnier vivant, une putréfaction animée, un vortex semblable à l'empilement des asticots dans une plaie ? Vous avez déjà vu des asticots dans une plaie, bien rangés, présentant leur stigmate à l'air libre, faisant des bulles d'humeurs viciées en pipant l'air ? Moi si, j'ai vu. Ce qui jaillit de l'étable, le Passeur Dingue, c'est l'asticot jaillissant de la plaie. Jaimme, il va falloir nous expliquer le pourquoi et le comment de cette idée terrible.
Je me suis posé quelques questions : 400 ans... est-ce suffisant, non pour modifier les corps (puisque ce n'est pas la génétique mais les contraintes environnementales qui priment dans l'étable), mais pour que des humains survivent (et aussi nombreux) à un taux de NH3 aussi élevé ? Pas de réponse, que les physiologistes se déchaînent. Les cochons y parviennent, au prix de quelques altérations de leur tractus respiratoire. Autre élément qui m'a paru étrange : 1m90 de hauteur pour loger des bovins, c'est joueur. Mais bon. On va dire que c'était bien ventilé. Et si c'était bien ventilé, pourquoi le taux d'ammoniaque est-il suffisant pour faire sauter tout le machin ?
Bon, ce sont des bricoles. Après tout, dans "La guerre des étoiles", on ne sait pas ce que mangent les gens. Darth Vador est peut-être nourri par sonde. Mais on s'en fiche.

Je passe sur l'hypothèse des Croisades qui arrangent tout le monde (ça m'a bien plu !). Griller une sorcière de temps en temps, ou une moniale hystérique, une Jeanne trop charismatique, ça s'est déjà vu. La politique (et son divin fer de lance, parfois) ne s'embarrasse pas forcément de scrupules.

Quant à la politesse... Comment ne pas penser à l'importance de la politesse et de ses marques en Chine ou au Japon, par exemple ? Régulation des comportements par des aspects culturels. Les premiers mots des petits Japonais sont en majorité des termes de politesse. Les Français disent des substantifs. Les Américains des verbes. Commentez !

Le traitement : d'autres que moi ont relevé les variations de narrateur, très bien menées. Le passage insultant du Major envers le Superviseur ("virez-moi ce connard") m'a un peu gênée, étant donné les rapports tendus mais plus civils qu'ils entretiennent par la suite. Le passage est un peu trop outré selon moi. Mais à part ça, je me suis laissé emporter par le plaisir de l'histoire.

Merci et bravo, Jaimme !

   aldenor   
18/10/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La description de cette étrange population réduite à un espace confiné est saisissante et la rencontre avec un « monde extérieur » amène une dimension supplémentaire, entre humour et mysticisme.
Je trouve que la dernière partie, trop sèchement explicative, ne s’intègre pas suffisamment au récit. Pas la peine de s’appesantir sur le mécanisme de survie de cette société : c’est répétitif, on avait déjà bien compris l’essentiel. L’histoire de ses « origines » ne m’a pas accroché non plus, ni paru nécessaire.
Mais quelle imagination, quel luxe de détails !

   costic   
21/11/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Attirée par les plumes ( une couette carrément) je n'ai pas regretté ma lecture...Effectivement il y a un souffle incontestable, une richesse dans les détails de ce monde imaginaire. Un vrai plaisir de découvrir cette étable effrayante. L'humour présent lui aussi ne gache rien.

   Raoul   
11/12/2016
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Extraordinaire!
J'ai commencé la lecture en étant dubitatif, assez rebuté par le début, et puis, je me suis laissé embarquer.
J'ai aimé le luxe de précisions donné sur le fonctionnement de l'Étable en opposition à la sobriété d'évocation de l'univers, plus "classiquement" SF du Major-Général et du Superviseur Mécréant.
L'imagination est construite, détaillée et fouillée de bout en bout.
J'ai aimé aussi les réminiscences très bien vues de notre monde instilées dans le récit, le style, ou plutôt les styles…
Merci pour cette lecture à plumes.

   Anonyme   
2/12/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Je suis hostile, absolument, à ce que je connais de la SF. De plus, j'ai repoussé un bon moment la lecture de ce penta-plumé qui m'intimidait. Ces histoires de colonies galactiques, de vaisseaux spatiaux et autres gadgets de l'imagination d'un prétendu futur m'ennuient prodigieusement (je dis ça et, en même temps, je suis en train d'en écrire une, de nouvelle de SF :-)). En fait, j'y suis hostile parce que j'en suis totalement ignorant, comme de beaucoup, d'ailleurs, mais bref...

Mon sentiment est assez curieux, contradictoire. Si je veux être honnête, j'ai sans doute moins aimé ce texte que certains autres que j'ai pu lire ici. Mais il y a un constat assez étonnant auquel je me dois : j'ai lu ce texte en deux sessions, séparées de deux jours, et j'ai repris le fil sans problème, comme si je ne l'avais jamais interrompu. Bien que le texte soit relativement long, je ne suis jamais sorti de celui-ci, malgré un entracte de deux jours, je n'ai jamais perçu l'auteur manipulant les ficelles de ses marionnettes. J'y ai cru. J'y étais. C'est encore plus remarquable s'agissant de SF. Enfin, je suppose.

Il me semble que vous avez produit un très bon texte, que je regrette de ne pouvoir apprécier davantage en amateur du genre. Mais vous avez entrainé dans votre récit un lecteur hostile. La prestation ne pouvait être sanctionnée à moins qu'exceptionnel.

   Perjoal   
20/12/2010
Ce texte est très bien écrit. Là dessus, il n'y a rien dire.

Par contre l'histoire se base sur des impossibilités manifestes :
- Aucune espèce n'arrive à modifier son métabolisme si rapidement. Il faut des millénaires pour une petite modification.
- Aucun animal évolué et surtout pas l'homme n'aurait envie de se reproduire alors qu'il n'y a pas d'avenir.
- La perte énergétique n'est pas compensée : même si l'on mange des cadavres, il finit par y avoir une perte d'énergie.
- L'être humain ne métabolise pas de vitamine et celles-ci sont indispensables.
Sur au autre registre :
- Aucun ingénieur construirait une "étable" plus solide que le reste du vaisseau..
- Cette "auto-guerre" me parait aussi impossible

Pour moi cette histoire ne tient pas debout (d’ailleurs même dans l’étable ils le savent :-) )… heureusement qu’il y a l’écriture.

   Selenim   
15/1/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le texte part d’une bonne idée : le confinement durant 400 années d’un groupe humain totalement séparé du monde extérieur.
J’ai bien aimé la surpopulation, le traitement de cette colonie comme une entité. Ca m’a fait penser à une colonie de fournis. Le contact physique permanent, transformant l’individu en un maillon indissociable du tout. Le parallèle avec les fourmis est plus que palpable.

Je regrette vraiment le manque total de descriptions de l’environnement. L’impasse sur le « quotidien » dans l’étable. On a quelques bribes intéressantes mais trop peu pour rendre crédible le tout.
C’est d’autant plus frustrant qu’on sent que l’auteur en a pas mal sous la plume et qu’il se freine. On devine un univers cohérent, réfléchi, mais dont on nous sert que les miettes. Frustration !

La partie militaire m’a laissé dubitatif. Quel contraste avec l’étable. C’est peu fin, les personnages sont grotesques et les dialogues flirtent avec "Le cinquième élément". Le premier échange entre le Major et le superviseur semble sortit d’une série B. Après la dureté et l’âpreté de l’étable, les cessions « monde extérieur » sont malvenues.

Je sors de ce récit profondément frustré. Je trouve que l’idée de départ a un gros potentiel fort mal exploité. Les dialogues occupent trop de place et déroulent du background plus qu’autre chose.

Dans le dernier chapitre, je n’ai pas bien saisi qui était le narrateur. Un bleu de l’armée ? Pourquoi changer de narrateur ?

J’ai trouvé trop basiques les références religieuses. Peu de nuances. Pour un texte de 50.000 signes, je pense qu’il n’aurait pas fallut tant se disperser. Au final, de cette étable on ne sait pas grand-chose ce qui est frustrant.

Pour tout dire, je ne vois pas l’intérêt de ce point de vue militaire. Une vision extérieure aurait pu accentuer le contraste mais les dialogues entre Dingue et Frantz sont trop simplistes pour déclencher une réaction.

Bref, une nouvelle réellement frustrante à bien des égards.


Selenim

   David   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour Jaimme,

Pourquoi le Major-Général n'a-t'il pas aussitôt liquidé tout cela, dès la découverte de ses survivants, quitte même à inviter le mécréant et à le joindre au bûcher ? Quelle valeur ou intérêt avaient les informations recueillies pour lui-même ou son commandement ?

C'est un peu cela ce qui me manque à la fin du récit, ça ne se boucle pas très bien. Je pourrais imaginer qu'il voulait vérifier que cette "étable" n'était pas en lien avec l'extérieur, comme une cache terroriste, mais il y aurait des moyens techniques plutôt... comme c'est de la science fiction, ces peuples pourraient très bien connaitre le voyage spatiale et pas les rayons X au besoin, mais j'imagine, je ne lis pas, ou bien j'ai raté un truc.

Bon, ça c'est pour le côté cérébral gauche de ma lecture, le droit a adorer ce petit monde endémique, il serait paru en épisodes, il aurait couru vers le prochain à chaque fois. Petit à petit, chaque élément prend sa place. Il y a de la poésie d'abord, même si je vais citer un passage de la fin, avec cette société du toucher à un point qu'il est une petite prouesse d'imaginer, l'instinct grégaire magnifié par l'auteur :

"Cela n’arrive jamais. Dès la naissance la couche deux est là, juste en-dessous. Puis en grandissant on entre dans cette couche, celle des ados, on y trouve la joie d’être totalement entouré. On baigne dans le Monde. Puis on passe à la trois, la mienne, celle des jeunes adultes. La quatre vient quand on commence à fatiguer un peu. Et lorsqu’on est trop usé pour avancer seul il faut tomber à la cinq, traîné par les rails toute la journée, jusqu’au jour où… Mais jamais, JAMAIS, on ne se retrouve sans personne allongé sur soi ou en-dessous de soi. On est toujours en contact avec une couche. C’est normal, le contact c’est la source de la vie."

C'est pas le sens le plus facile à écrire, son omniprésence laissera deviner ce qui est révélé à la fin, que cette "étable" est totalement plongé dans l'obscurité : pas de couleurs, pas d'ombres ou de rythmes journaliers.

Peu à peu, les deux discours parallèles : l'aventure de Dingue-c à l’Hiérarque et celle du couple du major-général et du Superviseur du ministère de l’Expansion vont se renvoyer des effets de miroir. Tout le long du récit, je me rends compte à rebours que ces "mondes" sont les mêmes, l'étrangeté de l'un n'étant qu'une évolution "endémique" de ce qui se révélera la barbarie de l'autre.

La naïveté et la lucidité mêlés de Dingue-c n'ont rien a envié à celles du superviseur :

"Je passe devant la porte de l’école des plus petits. Je reconnais la leçon sur la politesse entre les sexes. C’est le fameux passage sur la demande de première pénétration. Infaisable. Comment attendre, sans érection, la réponse de la fille ? N’importe quoi ! Ces gamins vont vite s’en rendre compte."

"Il vous faut savoir, Monsieur le Superviseur du ministère de l’Expansion, que si vous veniez à prendre connaissance de faits relevant de la sûreté militaire et mettant en danger les projets militaires, et j’en serais seul juge, je vous exécuterai sur le champ.

- Qu’appelez-vous « projets militaires » ?

- Voulez-vous vraiment que je vous exécute ? Là, avant même d’avoir eu l’occasion de parler à cette personne, là-dedans ?"

Je les trouve très proches dans ses deux scènes, qui me révèle que le plus "idiot", naïf, est sans doute le régisseur.

Je ne cite pas les passages qui m'ont fait rire, outre ces deux-là, c'est une autre "mamelle" du récit, si j'ose écrire, crémeuse et généreuse.


Pour la formulation, il y a ce passage :

"Elles nous montrent un de leurs vaisseaux en train de tirer sur l’un des nôtres et… il est plus couvert d’armes que de furoncles sur le cul de mon oncle !"

Elle n'est pas très bien construite, je lirais plutôt "[leur vaisseau] est plus couverts d'armes qu'il n'y a de furoncles sur le cul de mon oncle". Mais je pense qu'il doit y avoir mieux "Il est plus couvert d'armes que le cul de mon oncle par les furoncles" enfin, je pense que ça vient de l'ordre des mots qui n'est pas symétrique.

   socque   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Excellent ! Une très bonne idée, un déroulement implacable.
J'aurai un léger bémol sur le côté un poil moralisateur du texte... pas trop insistant heureusement.

Une remarque.
"tu n’es pas un homme à avoir peur" : d'ordinaire, l'expression est "tu n'es pas homme à avoir peur"

   Oscar_Van_Buren   
29/7/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
De la grande SF.
Effectivement quelques incohérences, dont, et celà a déjà été commenté maintes fois, l'évolution extrêmement rapide des habitants de l'étable et leur survie et pérénisation malgré un régime alimentaire pis que pauvre.
Néanmoins l'originalité est largement au rendez vous, l'écriture est fluide et lisible (un petit bémol sur le langage du général-major et de mécréant que je trouve un poil surfait).
J'aime.
Beaucoup.

   Anonyme   
16/9/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je partage la plupart des impressions déposées dans les commentaires précédents. J'ajoute mon grain de sel personnel : j'ai aimé l'ambiance claustrophobique et la description de cette "survie" dans cette étable. L'idée de cet entassement est horrible, voire insoutenable. La sortie hors du vaisseau fait penser à un accouchement. Un mélange de "Soleil vert" également côté recyclage humain. Bref, un monde qui j'espère restera purement fictif.

   Ninjavert   
18/3/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Cette étable est bien loin de celle du petit Jésus, qu'on soit un putain de mécréant ou un cul-béni...

L'ensemble est vraiment très convaincant, le concept de l'intrigue, cette population contrainte à survivre dans une enclave de métal condamnée, dont toute fuite vers l'extérieur est impossible, dans les conditions aussi dures, monstrueuses, que tu les présentes est fascinant.

Le début est à la fois captivant et déroutant : parle-t-on d'êtres humains ? de créatures ? Où sont-ils ? Que font-ils ? Les éléments que tu distilles sont aussi perturbants qu'ils nous éclairent... tu associes un vocabulaire humain avec un comportement animal (l'exemple qui me revient est la capture du Déviant par Dinge en "le mordant au talon")... très bien vu.

La fascination augmente avec l'intrigue, lorsqu'on suit l'évolution de Dingue vers ce but que lui-même ignore.

Je suis assez d'accord avec ceux qui ont trouvé les passages du monde extérieur moins réussis. Le concept de l'étable est tellement réussi, tellement original (malgré beaucoup de références plus classiques, je me demande vraiment comment t'es venue cette idée de claustrophobe malade ^^) que l'extérieur est plus... décevant.

Décevant de voir à quel point l'Etable a évoluée de manière originale, unique, incroyable, là où le reste du monde semble toujours embourbé dans les mêmes éternelles querelles et problématiques. C'est logique, quelque part, plus les contraintes sont fortes, plus l'évolution est forcée. Mais j'aurai apprécié retrouver un peu dans le monde extérieur de cette fascination pour une société nouvelle, originale.

C'est un ressenti très personnel, surtout que cette opposition que tu nous présentes ici (religion vs non croyants) fait également partie des grands classiques de la SF (je pense à Endymion, par exemple, dans lequel le sujet est largement traité sous ce type de forme [conflit guerrier])

C'est pas tellement cette opposition entre le Superviseur et le Major Général, qui me dérange. C'est également le fait que comme d'autres l'ont évoqué, j'ai trouvé leurs échanges plus plats, plus fades. La vulgarité du Major, l'insolence du Superviseur... mouais, ça ne m'a pas convaincu. Surtout en comparaisons avec les premiers échanges entre le Superviseur et Dinge (enfin Passeur-S à ce stade), particulièrement réussi (les ressorts avec la politesse, tout ça, je me suis régalé).

A ce propos, j'ai lu la nouvelle en PDF à l'origine et les différences de taille de police n'apparaissaient pas ce qui rendaient un peu confuses certaines parties du dialogue. Sur PC, on voit tout de suite quand le Passeur chuchote et quand il parle, ce qui change toute la compréhension de l'échange et augmente dramatiquement la complicité entre Frantz et Passeur-S (quand on en connaît l'issue).

Une vraie réussite que ça, là où comme je l'ai dit, les dialogues entre les hommes du dehors m'ont beaucoup moins captivé.

Tu évoques pas mal les odeurs, quand Frantz s'approche la première fois du trou, puis quand ils ouvrent l'étable à la fin, mais pas plus tôt. J'aurai apprécié qu'on baigne un peu plus tôt dans cette ambiance si particulière. Que le caractère aveugle des hommes de l'étable, les odeurs, les bruits des rails (si effrayants pour certains) raclant les corps au plus bas niveau, tout ça nous soit présenté sous une forme peut être encore plus oppressante, plus claustophobique. Tu n'évoques pas non plus la nourriture, (enfin si, tu l'évoques quand tu expliques que l'étable est en mesure de produire des granulés alimentaires de manière virtuellement infinie) pourtant, il aurait été intéressant de voir comment se géraient les repas dans cette étable surpeuplée. Quid de l'eau, également ?

Bon, ce sont là des détails bien sûr, qui ne gênent pas de par leur absence, mais qui auraient peut-être pu apporter un peu plus d'oppression par leur présence. (Ou pas)

A l'échelle du reste, j'ai trouvé la fin partiellement ratée. J'ai vraiment adorée la sortie du Passeur, visuelle, horrible, terrifiante. Je voyais littéralement cette pauvre créature, terrorisée, agonisante, se débattre seule (quelle horreur) sur cette surface étrange, dans cet air douloureux, à la recherche de son seul "ami" qui le regarde mourir, incapable de faire un geste. Cette partie est vraiment géniale, horrible mais géniale.

Le reste, l'exécution du Superviseur, la destruction de l'étable, les raisons pour lesquelles l'armée mystifie depuis des siècles le reste de l'humanité avec cette histoire "d'Armes"... oui, c'est cohérent. Oui, c'est convainquant. Mais je ne sais pas, c'est moins bien amené. Moins percutant. Après l'agonie du passeur, si percutante, le soufflé retombe un peu... je me suis dit "ah ? ok. Oui, en effet, c'est bien vu." Mais c'est tout.

C'est compliqué de te dire ce qui ne va pas, car au final, j'aime beaucoup l'intrigue en général, et tout est plutôt bien géré. Mais tout ce qui a trait à l’Étable est tellement réussi que le reste paraît un peu fade à côté. Dommage : tu pêches pour avoir trop bien réussi certaines scènes, au détriment du reste !

Ah, si, chipouillons un peu quand même :)

- Au début du récit, on a vraiment l'impression que les humains sont en guerre contre les Armes. Mais une vraie guerre ouverte, un conflit officiel, de grande échelle. C'est l'impression que j'ai eu, en tout cas. Or, à la fin, on comprend qu'il 'agit en fait plus de quelques vaisseaux, descendus régulièrement, pour "entretenir la terreur d'un ennemi invisible". Pas très grave, ceci dit, mais pour moi c'est différent.

- J'ai eu du mal à imaginer que le passeur puisse chuchoter avec Frantz sans que le Hiérarque ne l'entende. Le trou est à 1m60 du sol. Le Hiérarque n'est pas en contact avec le sol, il est donc au minimum sur la deuxième couche.au final, les deux sont séparés d'à peine un mètre... Dur de chuchoter à moins d'un mètre de quelqu'un sans qu'il nous entende, surtout pour des êtres aveugles qui ont probablement développé leur ouïe. (ou pas)

Bon, ce sont des détails hein, je sais que tu aimes les détails :)

Un texte vraiment très très bon, vraiment. Il pourrait encore (je pense) être meilleur, notamment en "sublimant" un peu la partie extérieure à l'étable. Ceci dit, c'est peut être cette différence qui rend l'étable si fascinante, mais bon. Cette sensation de qualité moindre pour tout ce qui a trait au monde extérieur m'a un peu déçu.

En tout cas, vraiment de l'excellent boulot Jaimme... merci pour ce voyage incroyable !

   Pepito   
5/6/2012
Bonjour Jaimme, j'arrive en retard sur les commentaires, p'tit nouveau oblige.

Tout a été dit, sur le coté (génial) de l’Étable et le coté (moins bon) de l’Extérieur. Alors je vais juste ajouter que ce qui me plait le plus est, en fait, de lire deux (bonnes) histoires en parallèle en une seule nouvelle.

Juste pour ajouter mon grain de sel, j'aurais mieux vu un religieux qu'un militaire dans le rôle du méchant extérieur. Avec un coté moins franc, plus vicieux.

Félicitations.

Pepito

   Zalbac   
10/1/2013
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte original qui aborde la cosmogonie et le devenir des sociétés spatiales et rappelle Orson Scott Card ou D. Simmons.
Autant de bons points qui seront, je l'espère confirmés par d'autres écrits.
Je ne vois pas d'erreurs manifestes et l'histoire est bien construite.
Je rejoins X. qui ne s'étonnerait pas de retrouver cette nouvelle dans une anthologie. Elle y aurait sa place !

   sebombadil   
9/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Une histoire qui a due être passionnante à créer. J'ai ressenti beaucoup de sincérité et de générosité dans ce récit... Plus encore, un vrai message à faire passer. Quelque chose d'important pour l'auteur, jaimme à imaginer :)
C'est tellement immersif ! Une vraie œuvre.
Merci Jaimme !

   Jano   
18/3/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Voici la deuxième fois que je mets un « exceptionnel » en quatre ans passé sur Oniris.
Ce n'est pas tant l'écriture que j'admire – par ailleurs tout à fait honorable - que l'originalité du scénario. Époustouflant ! Le monde de l'étable est incroyable de noirceur, d'une complexité fascinante. On a l'impression de voir, de sentir tous ces corps qui s'enchevêtrent, s'écrasent, se dévorent dans une lutte désespérée pour la survie. Je ne sais si vous vous êtes inspiré de quelque chose d'existant mais si tout ça sort de votre caboche alors là, chapeau ! Vous vous placez réellement au niveau des plus grands auteurs de SF.

Alors puisqu'il faut bien une critique celle-ci porterait sur l'extérieur, plus convenu, moins audacieux. Le général et le superviseur sont un peu caricaturaux, le côté quasi comique que vous leur prêtez en décalage avec l'ambiance glauque. Et puis le militaire qui trompe délibérément la société civile c'est quand même vu et revu.

Mais ce ne sont que des détails qui n'enlèvent rien à l'intelligence d'une histoire qui trottera longtemps dans ma tête. Ce n'est pas souvent qu'un texte me tient autant en haleine. Ça me donne d'ailleurs plein d'idées pour de futures nouvelles.

   dowvid   
18/3/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Hé ben ! Y a des petites perles cachées ici et là.
J'ai tout lu d'un trait, en savourant l'histoire, tout simplement.
Bien écrit, bien amené. J'aime la SF et Futurisme (?). Et j'aime l'imagination débordante.
Je suis comblé. Et il y a toujours une petite morale à nos histoires, sinon pourquoi les inventer ?
Oui, des choix différents auraient pu être faits côté personnages, côté déroulement de l'histoire, etc. Mais ce sont des choix d'auteur, et on n'est pas là pour les remplacer, on est là pour apprécier ou non, simplement. En tout cas, à mon avis.
J'ai beaucoup aimé.

   Anonyme   
13/7/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bon bah voilà. La première nouvelle que je lis sur ce site. C'est directement de haut-vol.
Si le début m' a complètement perdu (et c'est sans doute le but recherché), la suite m'a fait sourire. Le dialogue, un brin énervé, en le militaire et le civil sur les insultes contre les athées et les croyants m'a beaucoup plus. C'est mené comme il faut.
Et puis on repart dans l'inconnu mais on commence à comprendre et ce qu'on comprend est absolument atroce. Mais l'idée est tellement splendide qu'on est ébahi.
J'ai vraiment plongé dans votre histoire sans me soucier de la température ou du courant. Je ne me suis donné aucune limite, aucune barrière. Vous m'avez bercé et entrainé. J'ai cru revivre mes premières lectures d'Asimov (dans le fait qu'on est balancé loin du normal) avec la même torture d'esprit de K. Dick.
Votre style est franc, net, tranché. Pas d'entourloupe. Pas de superflu, c'est brut et c'est ainsi qu'on lit le mieux les nouvelles de SF. Vous respectez, à mon sens, ce qui fait d'une nouvelle un texte réussi : C'est un peu comme si nous marchions en discutant près d'un ravin, vous me racontez quelque chose et au dernier moment, vous me poussez dans le vide.
Cette sensation de plongeon, d'insécurité permanente ressort tout le temps de ce texte, dans la peur de Dingue-C, dans le cynisme du Major-Général.
Non vraiment, j'ai adoré !!!
Merci beaucoup pour le moment.


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