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Policier/Noir/Thriller
lettti : Le huitième
 Publié le 05/03/15  -  14 commentaires  -  12975 caractères  -  169 lectures    Autres textes du même auteur

Une femme tombe enceinte mais décide de ne pas garder l'enfant, les enfants.


Le huitième


Encore un. Il va falloir que je m’en débarrasse. Comme les sept autres.


Le premier, je l’ai eu quand j’avais quinze ans. Je suis tombée enceinte, je ne sais pas comment. Personne ne m’avait jamais expliqué comment les bébés arrivent dans le ventre des femmes. Personne ne m’a jamais rien expliqué. Dans ma famille, on ne se parle pas. Autour de moi, les femmes – mes sœurs, mes tantes, mes voisines – ne faisaient que se plaindre : avoir un enfant, c’était plutôt une plaie, une bouche supplémentaire à nourrir, un futur bon à rien, une peine incompressible de quinze ans au moins.


Personne n’a rien remarqué. À l’époque, j’étais déjà une fille que l’on disait bien en chair. Ma grossesse est passée inaperçue. À mes yeux d’abord. À ceux de ma famille aussi.


Un soir, de violentes douleurs m’ont pliée en deux. Je l’ai dit à ma mère qui m’a envoyée dans ma chambre. Dans ma famille, les chochottes ne sont pas écoutées et on est prié de ne pas « ouin-ouinter ». Je n’ai donc pas « ouin-ouinté » quand j’ai expulsé une masse de plus de trois kilos de mon corps. Ça s’est passé aux toilettes, l’endroit habituellement idéal pour expulser les déchets corporels, non ?


J’ai examiné ce qui était sorti. C’était rouge, c’était gluant. J’ai fini par comprendre que c’était un bébé et je l’ai sorti de la cuvette des toilettes. Le bébé, un garçon, était mort-né. Il ne bougeait pas, ne respirait pas. Je l’ai enveloppé dans une couverture, déposé au pied de son lit et je me suis couchée. Tout simplement.

Je me suis débarrassée du corps le lendemain matin. Avant de partir au collège, j’ai déposé mon paquet dans le grand container à déchets non recyclables de mon immeuble. Le soir, j’ai nettoyé mes draps. Ils étaient rouges du sang que j’avais perdu durant la nuit. Personne ne m’a vu le faire. Dans ma famille, les « affaires de femmes » ne sont pas un sujet de discussion.


La vie a continué. Deux années plus tard, je suis tombée enceinte, à nouveau. Entre-temps, j’avais plus ou moins appris comment cela arrivait. Une infirmière était venue au collège l’année précédente, avait sorti des schémas d’appareils reproducteurs. Je n’avais que très peu compris de quoi elle parlait. Mais les réactions des autres élèves, leurs paroles et leurs gestes éloquents avaient fini par me faire assimiler les bases de la reproduction humaine. Lorsque mon corps m’a envoyé les premiers signaux, je les ai reconnus. Mais pendant huit mois, je les ai ignorés. Lorsqu’un soir, les douleurs m’ont reprise, je me suis enfermée dans ma chambre, j’ai mis au monde l’enfant, un garçon encore. Bien vivant, cette fois. Il s’est mis à pleurer. Naturellement. J’ai attrapé un coussin et je l’ai plaqué sur le visage du bébé. Très vite, les pleurs ont cessé. Je m’en suis débarrassée exactement de la même manière que le premier : je l’ai emballé dans une couverture, caché sous mon lit, et jeté à la poubelle le lendemain.


À dix-huit ans, je me suis mariée. Dans ma famille, on se marie jeune. Toutes mes copines, mes sœurs, mes cousines ont fait la même chose. À chaque réunion de famille, il y en avait toujours une pour annoncer fièrement sa première grossesse. Comme si faire sortir de son corps un être rougeaud, braillard, immature, incapable de se débrouiller seul et qui vous pourrira la vie pendant de longues années pouvait être l’objet d’une quelconque fierté. Être enceinte non plus n’a rien de compliqué : un garçon grimpe sur une fille, fait sa « petite affaire » et neuf mois plus tard, la chose arrive.


Mon mari fait ça. Je n’y prends aucun plaisir ni déplaisir. J’attends que cela passe. Et en général, cela passe vite. Je me dépêche ensuite de me purger : je nettoie méticuleusement l’intérieur de mon vagin à l’aide de mon pommeau de douche. Pendant deux ans, cela a fonctionné. Les filles autour de moi avaient déjà eu deux voire trois enfants. Qu’elles commençaient d’ailleurs à aimer de moins en moins. Mais je suis tombée enceinte, encore. Je l’ai su très vite, encore. J’ai caché mon état, encore. J’ai patienté neuf mois et je me suis débarrassé de mon troisième enfant, encore. Un garçon, encore. J’ai accouché seule, encore. Mon mari n’a rien remarqué, trop occupé à dépenser le peu d’argent que nous avions dans des virées avec ses copains. De toute façon, à cette époque, j’étais obèse, être enceinte ne changeait rien à mon corps.


Un jour, une fille est venue sonner. Une blonde, habillée et maquillée comme une pute. Elle était enceinte et c’était mon mari le père. Elle a exigé que mon mari prenne ses responsabilités, il devait réparer. La fille a avorté, il a payé les frais d’hospitalisation. Qu’il aille voir ailleurs ne me dérangeait pas. Au contraire. Alors je ne lui ai rien dit. Il a continué ses virées. Dès le lendemain, il m’a fait acheter des préservatifs, pour ne plus se retrouver dans la même situation. J’aurais voulu qu’il en mette aussi avec moi, mais nous n’en avons pas parlé. Dans ma famille, on ne parle pas de sexe. Avec mon mari non plus.


Lorsque je suis tombée enceinte pour la quatrième fois, je me suis dit que si l’autre avait eu le droit d’avorter, je pourrais certainement faire de même. J’en ai donc parlé à mon mari qui est entré dans une colère noire : il m’a frappée pendant des jours, des semaines. Je ne me suis pas plainte, j’ai encaissé les coups et j’ai fini par lui dire au bout de quelque temps que j’avais perdu le bébé. Les coups ont cessé. Un mensonge est parfois très efficace. Lorsque j’ai commencé à ressentir le besoin impérieux d’accoucher, mon mari était dans l’appartement, pour une fois. Je suis descendue dans les caves de notre immeuble et j’ai mis au monde une fille, à même le sol. J’avais pris soin d’emmener un coussin et une couverture. Le rituel s’est donc répété. Je l’ai étouffée. Quand je me suis approchée du container à ordures, une de mes voisines m’a apostrophée, me trouvant un air un peu fatigué. Elle m’a demandé aussi ce que je transportais dans cette couverture. « Mon chat est mort », ai-je répondu. La voisine m’a expliqué que si le service du ramassage des déchets trouvait un cadavre d’animal dans une poubelle, ils pouvaient le signaler aux autorités. Que c’était interdit. Que les animaux avaient droit à une sépulture décente. Que ce sont eux aussi des créatures du bon Dieu. Qu’on devait les respecter même une fois morts… Je n’ai plus écouté à partir d’un certain moment mais j’ai compris que je ne pouvais pas mettre ce bébé dans cette poubelle.


J’ai attendu le week-end et j’ai prétexté une invitation de la part de mes parents. Je suis partie avec mon fardeau. Mon mari n’a pas posé de questions. Il n’en posait jamais. Mes parents habitaient en banlieue dans une petite maison avec un petit jardin. Ils passaient leurs journées vautrés devant la télévision et ne décollaient de leur fauteuil que pour manger, dormir et s’acquitter de leurs besoins naturels. J’ai pris une bêche dans le cabanon de jardin et j’ai creusé un trou dans lequel j’ai déposé mon paquet. Une bonne chose de faite.


Quelques années ont passé durant lesquelles je n’ai pas eu d’autre enfant.


Quand j’ai eu vingt-cinq ans, mon mari a commencé à se demander pourquoi je ne tombais pas enceinte. Il voyait tous ses potes devenir pères et certains se moquaient ouvertement de son manque évident de virilité. Il m’a fait comprendre qu’il fallait que moi aussi j’aie un enfant. Et, alors qu’il me laissait relativement tranquille depuis des années, continuant de voir d’autres femmes pour assouvir ses bas instincts, il ne m’a pas laissé un instant de répit. J’y suis passée tous les soirs. Deux mois plus tard, j’étais enceinte. Je le lui ai annoncé. Il m’a fichu la paix.


J’ai mis au monde, à l’hôpital, une fille. Ce ne fut ni une joie pour moi, ni une joie pour mon mari qui me fit bien comprendre que tant que je ne fabriquerais pas un garçon, je devrais recommencer. Je suis rentrée chez moi, avec l’impression de presque braver une loi : cette enfant avait obtenu le droit de vivre. Les autres n’avaient pas eu cette chance.


Mon mari a fait ce qu’il avait dit. Il a recommencé à me grimper dessus tous les soirs. Sans tendresse, sans amour, sans plaisir. De mon côté, j’ai fait ce que j’ai toujours fait : j’ai attendu que cela passe. Cette fois, alors que la vie m’avait dotée d’une fécondité certaine jusqu’alors, je ne suis pas tombée enceinte rapidement. Pendant des mois, il m’a grimpé dessus, mais il y parvenait de moins en moins. Il me reprochait que mon physique, mon manque d’envie et mon absence de réactions le rendaient impuissant. Je n’ai rien dit. Je ne dis jamais rien de toute façon. Et ça l’a repris : il s’est remis à me frapper, et bizarrement, il s’est remis à bander. Ça l’excitait de me balancer des claques quand il me baisait. Les claques peu à peu se sont transformées en coups de poing puis en coups de pied. Cela a duré encore quelques mois. Au bout d’un an de ce régime, j’ai été enfin pleine. Je le lui ai annoncé. Il m’a fichu la paix.


J’ai mis au monde, à l’hôpital encore, un garçon. Une fois de plus, ce ne fut pas une joie pour moi. Ces deux enfants survivants ne m’apportent rien. Je ne ressens rien pour eux. Ils existent, c’est tout. Mon mari, lui, avait obtenu ce qu’il voulait. Il m’a expliqué que deux enfants c’était parfait et qu’il fallait que je me débrouille comme je le voulais, mais je ne devais plus avoir d’autres enfants sinon je verrais de quel bois il se chaufferait.


Les coups, je ne voulais plus en recevoir. Mon mari s’était mis à boire plus que de raison. Les soirs où il rentrait plus saoul que d’habitude, il m’attrapait, me donnait quelques gifles pour s’exciter, me grimpait dessus et une fois les testicules vidés, il s’endormait. Mais cela n’était rien à côté de ce que j’avais vécu avant la naissance de mon fils. Lorsqu’il était dans cet état, les coups étaient affaiblis par l’alcool qu’il avait dans le sang et ils étaient supportables. Je n’avais pas besoin d’imaginer ce que je vivrais si je lui annonçais l’arrivée d’un troisième enfant. Après chaque rapport, je tentais de me vider de son sperme. Mais cela ne suffit pas. Je suis tombée, pour la septième fois de ma vie, enceinte. J’avais vingt-huit ans.


Personne n’a rien remarqué, une fois de plus. Mon corps, obèse depuis ses quinze ans, avait subi sept grossesses et je pesais presque 130 kilos. J’ai pensé un moment à l’avortement, mais cela supposait une hospitalisation : il faudrait qu’il soit au courant et cela, c’était impossible. Je referais ce que j’avais déjà fait quatre fois : je me débarrasserais du bébé à sa naissance et l’enterrerais dans le jardin de mes parents. Ce que j’ai fait.


Ce que j’ai refait un an plus tard, puis encore une fois deux ans après.


La série a semblé s’arrêter. Le dernier « enterrement » a eu lieu lorsque j’avais trente et un ans.


Aujourd’hui, j’en ai trente-sept. Et je comprends avec un mélange de stupéfaction et de résignation que je suis enceinte pour la dixième fois de ma vie. En vingt-deux ans. Je pensais que tout cela était derrière moi, mon mari ne m’approchant presque plus. Presque. Je décide de faire comme d’habitude : mener à son terme cette grossesse, étouffer le bébé et l’enterrer dans… Non, ce n’est plus possible : mes parents ont vendu leur maison et se sont installés dans un appartement. Sans jardin.


L’information fait l’effet d’une bombe dans la région : creusant le sol pour planter un arbre, un couple de sexagénaires fraîchement retraités découvre un sac-poubelle contenant des ossements. Pensant d’abord avoir déterré le cadavre d’un chat, ils sont pris de panique lorsqu’ils comprennent à la forme du crâne qu’il s’agit du squelette d’un nouveau-né. La gendarmerie les met rapidement hors de cause et découvre trois autres squelettes de nourrissons dans leur jardin. Les anciens propriétaires sont interpellés : l’enquête se tourne très vite vers l’une de leurs filles.


La police est venue me chercher. Je suis au commissariat et je raconte tout : le bébé mort-né, ceux venus avant mon mariage, ceux venus après, ceux que j’ai jetés dans les poubelles, ceux que j’ai enterrés. Les enquêteurs tentent de comprendre. Je leur explique calmement comment j’ai fait mais pas pourquoi je l’ai fait. Je n’ai rien à expliquer parce que me débarrasser de ces bébés m’a toujours semblé une évidence : vous gardez les choses dont vous ne voulez pas, vous ?


Cela fait huit mois que je suis en détention provisoire, en attente de mon procès. J’ai rencontré des avocats, des psychologues, des psychiatres qui, tous sans exception, cherchent à me faire prendre conscience de la gravité de mes actes. Ils me parlent de contraception, d’avortement légal… Mais j’ai un autre chat à fouetter.


Un matin, les gardiennes sont alertées par des détenues se plaignant de l’odeur insoutenable émanant de ma cellule. Elles découvriront, enveloppés dans une couverture et dissimulés sous mon lit, les restes en décomposition de mon huitième infanticide.


 
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   Neojamin   
18/2/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

Une nouvelle, ça se lit, mais surtout, ça se perçoit. Ayant un enfant en route, j'avoue avoir grincé un peu des dents en lisant cette histoire...C'est glauque, peu réjouissant et, au fond, assez vain.
Et pourtant, c'est bien écrit, le ton est respecté tout du long, la narratrice est franche et honnête, frisant l'absurde sans trop étonner. On peut s'imaginer que cette histoire est née d'un fait divers et qu'il existe des humains comme elle. C'est bien mené, j'ai lu d'une traite, en grinçant des dents, mais en attendant la chute aussi. Chute qui n'est pas mauvaise...mais pas non plus exceptionnelle. Cohérente, mais elle manque à mon goût d'une petite touche d'absurdité en plus pour achever cette nouvelle en apothéose.
Quelques petites remarques :
- «déposé au pied de son lit» Je ne comprends pas, est-elle finalement au courant, le bébé a un lit qui l'attend ?
- «j'étais obèse, être enceinte ne changeait rien à mon corps.» Quand même, il n'y a pas que le gonflement du ventre...et l'obésité ne cache pas la grossesse aussi facilement!

J'ai presque honte de mon appréciation vu le sujet mais je dois admettre que, d'un point de vue littéraire, c'est plutôt bon.
Bonne continuation (et dites-moi que ce n'est pas basé sur une histoire vraie!)

   Anonyme   
5/3/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,
Au-delà de l'horreur du propos, je me dis que que ces sombres années sont passées bien vite à les lire. L'écriture est simple, un peu trop peut-être, malgré tout efficace, et correspond bien à l'état d'esprit de l'héroïne narratrice, détachée, à côté de sa vie et de ses actes. Elle narre son histoire, ne cherche pas la moindre indulgence, elle énumère des faits sans émotion apparente, sans colère. Est-ce ainsi la réalité ? Une personne qui vit des années dans l'horreur absolue sans apparemment jamais se plaindre, pas le moindre petit cri intérieur, sans se battre, sans apercevoir en elle l'ombre d'un espoir. Difficile de voir cela ainsi. Ce texte est bon mais ne m'emballe pas car trop glacial dans le fond et surtout la forme. Bien qu'il se veuille réaliste, il manque de réalité. C'est mon simple avis et il vaut ce qu'il vaut. Pour moi, personne ne peut réellement vivre dans tant d'indifférence, sans le moindre sourire.
Par contre, la chute est excellente et nous plante le couteau un plus profond dans le cœur. Les préoccupations de cette personne ne sont décidément pas les mêmes que celles du commun des mortels.
Ce type de situation existe sans doute, j'en suis convaincu, mais...
A revoir, tout de même.

   Asrya   
22/2/2015
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Une atmosphère très morbide.
Dure. Dure. Vraiment très dure !
Racontée froidement de surcroît. Pfiou... une lecture pas vraiment évidente que j'aurais le plus grand plaisir à ne pas relire ! Non pas que la qualité de votre écriture soit à blâmer. Loin de là. C'est écrit très sobrement, avec "finesse", quelques belles répétitions (se rapprochant de la poésie) ; mais le fond... je suis navré, c'est étouffant.
Je n'arrive pas à comprendre la psychologie de votre personnage et suis quelque peu sidéré de l'approche de votre récit (tout comme de l'idée qui a pu germer dans votre esprit). Il faut en avoir l'envie pour écrire quelque chose de la sorte ; cela ne me serait probablement jamais arriver.
Après... j'avoue qu'il est fort probable que ce genre d'histoire soit déjà arrivée, et que ce type d'événement arrivera encore et encore. Peut-être que la forme de votre récit, cette froideur, ces actes inconscients (décris), cette horreur (relation sexuelle "forcée" ; tout comme le reste), peut-être que c'est trop. Un trop qui rend le tout difficile à digérer.
J'ai préféré ne pas me forger d'images lors de ma lecture ; ce n'est pas ce que je souhaite quand je lis. A partir de là, vous imaginez bien que mon ressenti par rapport à votre nouvelle est plutôt négatif.
Toutefois, je comprends l'envie d'essayer de raconter, de décrire des événements aussi tragiques, ignobles, inhumains. Je comprends l'idée - la forme est trop rugueuse. J'aurais abordé le thème de manière plus imagée, plus discrète, moins franche et directe, en passant certains attraits sous silence, laissant planer le mystère ; encore que, je n'aurais rien fait d'un tel sujet.

Je trouve que le thème du sexe avec le mari est un peu trop appuyé, pas forcément nécessaire ; on a compris.
Davantage de subtilité aurait probablement enjolivé votre récit.
Les "étouffements" des bébés sont également un peu trop répétitifs, pas assez déguisés, trop bruts, trop récurrent (même s'il faut bien les enterrer un à un ces petits...)

Un bon point ceci dit, la chute. Très bien amenée, très bien conduite ; peu marquante par rapport au reste du récit, mais en se centrant uniquement sur ce point là, c'est plutôt satisfaisant.
Je vous remercie d'avoir partagé cette histoire macabre,
Je ne la relirai pas ceci-dit,
A bientôt.

   mbh   
5/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai eu l'impression d'être officier de police et d'entendre la déposition de l'une de ces femmes dont on apprend par la presse qu'elle a fait exactement la même chose que votre héroïne.
Alors, évidemment, c'est intéressant mais il y a je ne sais quoi qui manque.
Peut-être une approche psychologique plus fouillée de la jeune femme mais, d'un autre côté, comme c'est elle qui parle on ne peut pas attendre non plus grand chose de ce côté-là. On sent que ce n'est pas le genre à l'introspection.
Malgré cela la psychologie des personnages est quand même bien présente.
Disons que votre texte ne m'a rien apporté d'un point de vue littéraire bien que parfaitement écrit. Il est froid, sans émotion mais c'est exactement comme ça qu'il doit être en fait !
Alors peut-être que cette histoire manque d'originalité ? Ce que vous décrivez correspond exactement à ce que je m'imagine quand je j'apprends ce genre de drame.
Donc, j'en reviens à ce que je disais plus haut : je ne sais pas ce qui manque mais il manque quelque chose ! Mais peut-être pas.

Un détail, au début : "déposé au pied de son lit" déposé au pied de mon lit ?

   Anonyme   
5/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Une nouvelle menée tambour battant.
Une nouvelle curieuse quand même, presque surnaturelle.
Le propos est inquiétant et l'atmosphère bien sombre.
Je m'étais attendu à une fin meilleure mais non, tout n'est que pessimisme et fatalité, du début à la fin !

   molitec   
8/3/2015
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Bien que cette histoire pourrait très bien être inspirée d’un fait divers, ça peut exister, ça existe et il en existe bien pire encore, (on est quelques milliards sur cette planète et j’ai parfois l’impression que n’importe quel fait divers, aussi horrible qu’il soit, pourra bel et bien exister et aura une probabilité réelle), mais l’absence de toute atténuation ou nuance possible a eu un effet rebutant lors de ma lecture.
Après réflexion, je me suis dit que si la narration est a la première personne, la froideur et l’absence de remord sont finalement probables, puisque le caractère du narrateur pourrait bien être présent dans la narration, et dans ce cas la l’absence d’atténuations ou de nuances pourrait être justifiée dans ses propos ; mais malgré ça, j’avais l’impression d’être devant un témoignage que je me forçais à lire.
J’ai pu cependant lire la nouvelle jusqu’à la fin, la lecture était fluide, sans doute a cause du style d’écriture et structures de phrases employées, a cause de la chronologie présente dans la suite des évènements, peut être que ma perception aurait été meilleure si ce n’était pas narre à la première personne dans ce cas précis (ou le narrateur ne se pose jamais de questions, ne se justifie pas et se contente de dire ce qu’il avait commis).

   Perle-Hingaud   
8/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je pense que c'est un bon texte et que le mode de narration choisi est le plus efficace dans ce cas. C'est ce qui peut déranger à la lecture: on est mal à l'aise parce qu'on y croit: bravo, donc.
Je ne serai jamais dans la tête de personne ayant commis de tels actes, mais si j'essaie de m'y projeter, de voir le monde par leurs yeux, de ressentir leur âme, que trouverai-je ? Peut-être ce que vous avez fait passer: froideur, détachement... et tout le reste.
J'attends avec curiosité un nouveau texte de vous.

   Alice   
12/3/2015
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai adoré.
Il y a quelque chose de précieux, d'unique dans votre rythme, une chose que vous exploitez à merveille et peut-être inconsciemment. Ça vous rend capable de raconter une vie et une mentalité sans longueurs ni sauts excessifs. Ça vous permet aussi de vous amuser avec les choses les moins crédibles, ou du moins les moins typiques qu'on puisse retrouver dans un univers réaliste.
Votre personnage, on ne s'identifie pas à elle, à part en partant uniquement du fait qu'on est un être humain capable de concevoir: on reste pourtant si proche de sa psychologie qu'on y entre, gratuitement, sans tomber dans l'horreur (dans mon cas) parce qu'on est toujours conscient de lire, mais de lire quelque chose de très naturellement transmis. Dans votre première nouvelle, ça se sentait déjà, ici, c'est épatant. On dialogue avec une narratrice à la fois assez sûre d'elle pour s'exposer et assez "humble", en un sens, pour ne pas juste nous projeter des clichés de cruauté ou s'enferrer dans des propos faits pour choquer, sans valeur littéraire ni même psychologique. Une saine distance qui nous mène sain et sauf jusqu'à la fin du texte tout en nous en laissant des grands pans en mémoire.

L'écriture est très bien, soignée : je dirais qu'on la regarde passer dans sa précision comme le personnage lui-même, on se coule dedans sans s'y identifier profondément, sans que quoi que ce soit nous choque. Il manque peut-être d'une ou deux phrases plus saillantes, mais en même temps cette absence de saillie sert le récit, nous met réellement dans l'esprit d'une psychopathe qui ne relate que sa vie quotidienne, qu'une évidence. Une évidence bienvenue : des explications auraient noyé le naturel du texte. Psychopathe, évidemment, ça dépend des points de vue, et d'à quel point l'enfant braillait à la naissance ;) Je ne suis pas du genre à être ultra choquée par les histoires de bébés morts, c'est la petite parcelle d'humanité qui me manque je crois. Alors je crois avoir été un public plus ouvert que la moyenne et je le conçois.

La fin est un brin facile à mon goût, en un sens je comprends trop en quoi elle s'est imposée à vous pour en être surprise ou pour la trouver à la hauteur du reste. J'ai seulement pitié des gardiens de prison. Y avaient qu'à laisser un potager à sa disposition, me direz-vous ;)

Merci pour cette excellente et fluide lecture,

Alice

   AnneMariesquieu   
18/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien
J'ai trouvé à Lettti un talent certain pour narrer le sordide...n'est pas Zola qui veut...surtout à l'époque actuelle ou la fatalité n'est pas la même:je me disais quand va t-elle se débarrasser de son mari? pourquoi a-t-elle suivi le schéma familial en se mariant à 18 ans ?N'a t -elle pas de désir dans sa vie autre que de s'empiffrer jusqu'à peser 120 kg? (peut-être justement une protection contre le dévoilement d'une grossesse...)mais l'auteur réussit à nous tenir en haleine jusqu'à la fin (aussi rapide que sidérante ) sans indication psycho-psychanalytique...c'est pour moi la force de ce texte.

   Anonyme   
7/4/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai trouvé ce texte très poignant.
Généralement, ce genre de nouvelle me rend plus malade qu'autre chose, mais l'écriture est simple et rend le texte léger et agréable (même si les propos tenus par la narratrice sont peu réjouissants..).
Le thème du texte est réaliste et l'état mental de l'héroïne est bien retranscrit dans ses actions et ses paroles.
--> Petit détail, au début du texte : "déposé au pied de son lit", je présume que c'est une faute de frappe, car sinon, le texte en devient moins cohérent.
Merci pour cette découverte.

   mouthpiece   
17/6/2015
 a aimé ce texte 
Bien
Cher ces gens là, on ne parle pas, monsieur....

Misère affective, milieu confiné, reproduction de génération en génération... Tout ça est bien vu. Et le contexte socio économique peut faire craindre que cela ne risque pas de s'arranger.

Un peu plus d'empathie, peut être? Quoique, si veut rester réaliste...

   Mills   
16/9/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
C'est dur, ça malmène. C'est glauque et froid.
Je trouve que le ton utilisé pour votre récit renforce cette atmosphère insoutenable qui colle avec le sujet choisit.

Vous pouvez approfondir la relation fille-mère fille-père qui ne peut être qu'à l'origine de situation pareil.

On à vraiment l'impression d'entendre des aveux froids et réfléchis...

   carbona   
10/10/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,

Un texte très bien écrit qui se lit d'une traite mais qui fait froid dans le dos. Brrr, j'en ai des frissons. Le ton détaché et direct est approprié au sujet.

Difficile de dire qu'on a aimé tant le sujet abordé est odieux. En tout cas, une chose est sûre, il ne laisse pas le lecteur indifférent.

Je n'en ferais ma lecture du soir.

Je n'arrive pas à mettre une note plus élevée bien que vous ayez brillamment réussi votre coup, je n'ai rien à redire sur la qualité de votre écriture ou la pertinence de l'intrigue mais je ne parviens pas à dépasser mes propres limites.

A vous relire sur un texte plus léger et moins cru.

   Anonyme   
11/10/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Passé l’uppercut de la trame, votre écriture assure avec maestria. C’est grâce à votre littérature impeccable que j’ai poursuivi une histoire aussi sombre.

Une question lancinante m’a poursuivie tout au long de la lecture : à cause de quoi un être humain, une femme de surcroît, peut-il se transformer jusqu’à devenir meurtrier de ses propres enfants ?

Ce qui est glaçant c’est le manque d’émotion. Vous le rendez très bien. Que ce soit dans les enfantements successifs où encore dans les coups reçus sans broncher, la pointe d’humour que vous glissez dans ces faits insoutenables, rend les situations encore plus… humaines, j’ai envie de dire.

A vous relire dans d’autres registres moins crus, pour votre plume bien acérée.


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