Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Fantastique/Merveilleux
Liry : Je ne serai libre que lorsque mon cœur sera de pierre... [concours]
 Publié le 21/06/08  -  4 commentaires  -  39699 caractères  -  20 lectures    Autres textes du même auteur

Quelques mots tracés sur le journal de Damian... Prémonition ou reste d'espoir impossible...


Je ne serai libre que lorsque mon cœur sera de pierre... [concours]


Ce texte est une participation au concours nº 5 : La Trame Imposée (informations sur ce concours).



Gris, fin et si désagréablement collant, tel est l’agresseur qui ne cesse de le tourmenter depuis son arrivée. Et revoilà une nouvelle charge, un autre de ces nuages secs qui ne cessent de vouloir l’étouffer. En vain, tant il semble lourd et faiblard lorsque le vent le délaisse. Si insignifiant qu’il n’a même plus la force de ralentir ses pas, arrivant tout juste à le gêner.


Arrivé au premier croisement, Damian s’arrête. Il respire à fond dans l’air froid avant de passer une main rapide sur son front souillé de poussière. Quoiqu’il sache parfaitement qu’elle reviendra aussi vite s’accrocher à lui, cette peste volante. Soulageant un moment, son épaule droite lourdement chargée, il s’interroge sur la route à suivre, le meilleur chemin dans cet ensemble de collines ne dégageant qu’une sombre froideur toute minérale. Qui sait ce qui a pu se passer depuis la dernière fois ? D’autres changements ?


Ses yeux depuis longtemps accoutumés à la pénombre ambiante contemplent sans ciller une seule fois le triste paysage qui s’étale devant lui. Enfin, ce que la nuit sans lune ni étoiles veut bien lui en laisser voir. Des collines de cailloux, de gravats qui seraient encore désespérément sinistres s’ils n’y avaient les bouquets de Buddleia pour y apporter au moins une douce note de vie. Ça me conviendrait assez s’il n’y avait cette fichue poussière, se surprend-il à penser un sourire dur aux lèvres.

Et voilà les vents qui se remettent de la partie comme si cette saleté de nuage grisonnant n’y suffisait déjà pas. Il étouffe un juron en reprenant sa charge.


Sous les coups redoublés de tous ces éléments, sa virée nocturne devient particulièrement ardue et pourtant, il continue à avancer. Pas à pas, sans se plaindre. Juste progresser en redoublant d’efforts. Ne pas ménager ses forces semble être devenu son mot d’ordre. À tel point que malgré l’atmosphère glaciale l’enserrant comme un étau, il se retrouve très vite trempé de sueur.


Soudain, il commence à chanceler, ses poumons et son cœur se mettant à leur tour de la partie. À croire que toutes les forces de la nature, même celles de son corps, se liguent contre lui. Tout pour l’empêcher de se rendre à cette foutue rencontre. Lui aussi le voudrait tant mais il n’a guère le choix. Cela fait si longtemps que sa volonté, son esprit de révolte, s’est évanouie et qu’il ne peut plus se sortir de cet horrible piège.


Une nouvelle rafale. Cette fois, elle est si forte qu’elle déséquilibre. Déstabilisé, il pose son pied sur une pente plus qu’instable et il dérape à plusieurs reprises avant de retrouver enfin un sol plus ferme.


Ramassant son sac, il le recale sans un mot sur son épaule. Un œil noir sur ce qu’il devrait normalement traverser sans encombre. Mais la nuit est si sombre qu’il n’en devine même pas le fond. Aussitôt, sans qu’il ne sache pourquoi, une image s’impose à lui. Une forme, un souvenir, il lui en reste quand même, remontant à son enfance.


Entonnoir de sable blond… Au fond, attend le fourmilion. Tapis au bas de la pente, il…


Espérant chasser ce relent de mémoire inopportun un peu trop lointain, il secoue la tête. Il se met même à en rire. Qu’est-ce que ça peut lui faire ? Qu’il ressurgisse donc s’il le veut tellement ! Pour disparaître aussi vite !


Chasseur au fond du trou, attend sa victime. Entonnoir invisible dans la nuit, piège de sable blond, tiens non, il est gris, cette nuit ! Attrape celui qui glisse au fond… le fond que je ne vois même pas…


Il prend une poignée de cailloux et de poussière et s’amuse même à la laisser filer sur les courants sombres. Avant de la perdre de vue.


Terre traîtresse, c’est vrai, très amusant mais tu te trompes sur toute la ligne, ma belle triste. Ce n’est pas en bas mais en haut de l’une de ces glorieuses collines des hommes que je dois le rencontrer. Au moins, là-haut, même toi, tu ne pourras venir nous déranger.


Il relève alors la tête, toute envie de rire le quittant brutalement. Un de ses rares éclairs de lucidité s’ensuit alors qu’il voit un autre de ses sentiments se tarir. La peur, c’est sa peur elle-même qui commence à le fuir. Mais jusqu’où cela se poursuivra-t-il ? Combien de sentiments perdra-t-il encore à chacune de ses rencontres avec eux, avec lui ?


En parlant de lui, il devient urgent de se remettre en route. Au moins, s’il veut arriver avant le lever du jour.


Et revoilà le vent, capricieux comme toujours, puisque, maintenant, c’est vers le haut qu’il le pousse, vers ce lieu précis. Il y est enfin. Il s’arrête, quelques minutes, droit, immobile, sous la lourde chape que retient si jalousement un ciel plus que menaçant.


Et pendant qu’il reprend son souffle, inspirant et expirant à fond, deux yeux de braise le suivent, le guettent, ne le lâchent pas d’une semelle. Pour l’instant, leur propriétaire ne se manifeste pas. Il se contente de patienter sous les chants maintenant grinçants des vents.


Il ne le prévient même pas de sa présence. Il sait que c’est inutile. Cela fait si longtemps qu’il connaît Damian.


Alors, tu te décides. Je sais que tu es là. Tes mouvements, même infimes, te trahissent toujours autant.


Damian ferme un moment les yeux, tentant d’imaginer la forme recroquevillée sous les branches surchargées de fleurs des Buddleias. Un sourire narquois lui échappe malgré lui. Ce cher Céryan. Je le reconnais bien là. Il s’est gardé la seule source de beauté de ce charmant petit endroit.


Il attend encore un peu avant de s’avancer, son pendentif suspendu à son cou. Puis les éclats félins des yeux de l’autre accrochent son regard. Deux terribles prunelles brillant sous la masse des panicules, saupoudrée de terres grisâtres, et pourtant si agréablement parfumée. Bientôt tout sera terminé se répète l’énorme traqueur. Mais lui, Damian, que lui restera-t-il ? Sera-t-il ? Non est-il seulement encore humain ? Avec tout ce qu’il perd à chaque fois ? Même le dégoût du début n’est plus qu’un lointain souvenir, oublié au fond de sa mémoire. Enterré sans espoir de retour. Comme presque tous ses autres sentiments. Mais une chose est pourtant sûre pour lui comme pour moi. Cela doit finir. D’une façon ou d’une autre. Sinon, il ne nous restera vraiment plus rien.


Les deux mâles s’observent. Céryan se cache encore mais Damian peut encore le comprendre. C’est toujours très risqué pour le chasseur nocturne de se montrer. Pourtant, jamais le jeune homme ne le maltraiterait, d’aucune façon que ce soit.


Une note de parfum vole vers lui et sans un bruit, Damian s’avance. Lentement, comme le sphinx attiré par une lueur dans la nuit. Au terme d’une courte marche, il dépose avec précaution son sac sur le sol, sur une sorte d’épais tapis de branches.


Le signal convenu entre eux. De toute façon, il leur est impossible de communiquer de vive voix. Tout échange de paroles est impossible entre les deux êtres, leurs sens respectifs étant bien trop différents. En plus, Céryan est plus que méfiant, et sans cette combinaison de sons et de gestes, ce code plus que subtil, il ne se laisserait même pas approcher.


Son présent déposé, Damian retourne sans se presser à son point de départ. Il avise un autre bosquet de Buddleia. Céryan a vraiment bien choisi son coin. Comme à chacune de leur rencontre. Se sentant soudain oppressé, il se défait de son lourd manteau avant de le jeter mollement sur les premières grosses branches venues.


Le temps tout cela se passe, une forme imposante, semblant presque humaine, en a profité pour émerger de sa cachette avant de s’asseoir le plus naturellement du monde devant le sac entrouvert. Puis, un semblant de salut plus tard, il en retire ce que son mystérieux visiteur lui a offert. Ne perdant aucun de ses gestes, celui-ci se rend vite compte que tout est à son goût.


Pourtant il le voit remuer et se déplacer, plongeant de nouveau dans l’ombre. Il allait se lever lorsqu’un souffle froid lui offre un début de réponse. Le vent s’est levé, lui amenant le léger parfum des fleurs mêlé aux odeurs de viandes. C’est donc ça. Il veut juste se mettre à l’abri de ce vent souillé de gris. Damian soupire. Car même si le geste de Céryan est compréhensible, il ne va certainement pas lui faciliter la tâche.


Enfin, surprenant l’éclat cuivré des yeux de Céryan ainsi que l’apparition des premières étoiles dans un ciel un peu moins sombre, il se décide quand même à délivrer son message. Autant y aller maintenant, sinon, on n’aura pas fini avant le lever du jour. Un geste vers son manteau et il en dégage un jeu de courts bâtons voilés, légèrement lumineux. Les seules choses dont il a besoin pour transmettre efficacement le but de sa nouvelle visite.


Et de son côté, l’autre suit le tout, n’en perdant pas une miette. Plusieurs papillons approchent du colosse entouré de fleurs mais tombent dès qu’ils franchissent une étrange limite. Céryan ne s’en soucie guère. Quant à Damian, il ne peut même pas les voir d’où il est.


Voilà, le jeune homme en a terminé. Et son message est parfaitement passé. L’absence de réaction de Céryan étant déjà une réponse en elle-même. Il a tout compris et lui répondra dès que son repas sera fini.


Une nouvelle visite. Une nouvelle sortie, une traque obligée. Que Céryan espère bien être la dernière. Autant pour lui et les siens que pour ce jeune homme, Damian.


Quoique le géant ne voudra sans doute jamais reconnaître son inquiétude à l’égard de cet étrange humain.


Le temps s’écoule, rythmé par la danse des branches sous les accords parfois furieux des vents. De son côté, Damian en a profité pour s’asseoir et se préparer à recevoir la réponse de Céryan. Car contrairement à ce dernier, il est incapable de suivre l’ensemble de ses gestes au moyen de ses seuls yeux, surtout de nuit.


Voilà, il est prêt, ses jumelles à la main. Il ne lui reste plus qu’à se réinstaller confortablement bien à l’abri du vent sous l’épaisse toile de son manteau.


Je sais tu ne pourras plus jamais me parler aussi sincèrement qu’avant, déchiffre d’abord Damian au travers de ses gestes. Cette fois, il a bien failli te faire tuer.


Céryan le regarde un moment, à la recherche d’une réaction, du plus petit indice sur le visage pâle de Damian. Mais rien ne se dessine. Il attend encore un hypothétique changement d’expression mais rien ne se passe.


Il ne veut pourtant pas abandonner et persévère. Ainsi au terme d’autres allusions muettes, il surprend enfin une réaction, un indice sur les évènements de leur précédent voyage. Évènements dont Damian refuse de lui parler, malgré tous ses efforts pour en savoir plus, s’obstinant à n’évoquer que le futur, leur avenir proche.


Pour en revenir à cette réaction. Ce n’est guère qu’un geste. Court geste mais si révélateur. En fait, Damian a porté sa main sur sa gorge et la masse sous le tissu de son col sombre. Maintenant, la plaie est presque totalement refermée. Mais il s’en était vraiment fallu de peu. Et je ne veux plus en parler, lui fait-il ensuite comprendre. Céryan se résigne. Il ne saura rien d’autre. Du moins, pour cette nuit. Autant revenir au but de leur rencontre, leur prochaine visite, sa prochaine chasse.


Ses mains empoignent de nouveau les outils qu’il avait un instant délaissés pour mieux se concentrer sur les réactions du jeune homme, de longs bouts d’os que le colosse a soigneusement sculptés lui-même.


Un nouveau changement de direction et le vent balance une belle vague de poussière sur Damian qui se met à tousser. Se reprenant, il regarde un moment Céryan avec le reste de viande devant lui, juste quelques miettes, se demandant comment il a encore pu réussir à se goinfrer à ce point après tout ce qui leur est arrivé. À cette pensée, la nausée menace de le submerger. Assez surprenant, vu que cela devient si rare chez lui.


Le gigantesque traqueur le regarde d’un air étonné. Lui n’est vraiment pas prêt de perdre son appétit. Jamais cela ne lui arrivera malgré tout ce qu’il s’est déjà passé depuis leur première rencontre.


Tout comme Damian, il n’a guère d’autre choix, ne pouvant qu’obéir à cette sale ordure, même si ses ordres leur déplaisent à tous deux. Ils ne peuvent ni faire marche arrière, ni fuir. Mais il faudra bien pourtant que cela finisse un jour. Céryan ne sait pas comment mais cela se terminera et peut-être plus tôt qu’il ne le pense. Des mouvements près des buissons.


Ça y est, Damian s’est repris. Le mieux est sans doute d’en rester là pour cette nuit, pour ce qu’il reste de raison, de santé mentale, au jeune homme.


D’accord, j’ai bien compris le message et cette fois encore je serai là. Mais toi, il te faudra faire très attention, frappe-t-il.


Son correspondant baisse la tête en signe d’assentiment. Puis sur de derniers échanges, cette fois de politesse, les deux êtres se séparent. Leur prochain rendez-vous est fixé. Damian s’en est assuré et cette fois, ce sera peut-être enfin le dernier.


L’imposant Céryan, il dépasse largement les deux mètres, le regarde s’éloigner sans un mot. Pourtant, il ne peut se résoudre à l’idée de le laisser repartir seul au milieu des bêtes sauvages, de tous les autres dangers. Pas avec tous ces changements qui ne cessent de s’aggraver en lui. Mais il y a aussi une autre raison à cela. Aussi après avoir laissé passer quelques longues minutes, il se met à le suivre.


Une longue marche plus tard et le jeune homme se retrouve sur le bord de la route. Il inspecte rapidement les alentours, puis, rassuré, se dirige vers sa cachette et en dégage sa moto. Céryan respire, il peut donc encore sentir la peur. Même si elle n’est plus qu’un filet de sentiment. La peur ? Et peut-être aussi d’autres choses ?


Damian remue, poussant Céryan à se concentrer davantage sur lui. Un calepin, il sort une sorte de cahier de la poche de son manteau.


Les traits du traqueur se détendent en le voyant écrire à toute vitesse. Il est heureux de savoir qu’au moins quelques-uns de ses conseils ont trouvé un écho dans sa tête pourtant si dure, si perturbée. Qui sait ce qu’il peut leur arriver ? Ce journal leur sera sans doute plus utile que quoi que ce soit d’autre, au cas où.


Le jour pointe lorsque le moteur se met en route. Un dernier regard vers la route qu’emprunte le motard et Céryan remonte vers sa cachette alors que l’autre a disparu depuis déjà longtemps de son champ de vision.



--------------------------------------------------------------



Plusieurs jours se sont écoulés depuis cette étrange rencontre. À son habitude, Céryan se rend les lieux de leur future visite. Tout y est encore désert. Il lève la tête, embrassant le décor d’un regard inquisiteur, plus que perçant.


C’est immense mais pas assez pour l’inquiéter. Il en a vu d’autre. Et puis, une fois sur place avec les siens, cela lui paraîtra sans doute bien petit. Il se remet en route, continuant son inspection, sans même se soucier des quelques personnes s’activant autour de lui. D’ailleurs, celles-ci sont toutes si absorbées dans leurs tâches respectives qu’elles ne le remarquent même pas malgré sa carrure plus qu’impressionnante. Grand et puissant, tel est Céryan. Une vraie montagne de muscles.


Et pourtant nul ne se retourne sur lui même lorsque les rayons du soleil viennent le frapper, projetant traîtreusement son ombre sur le sol. C’est l’un de ses plus incroyables tours de force, passer totalement inaperçu lorsqu’il le faut vraiment. Seulement, au premier vrai contact, comme avec Damian, tout s’efface et il apparaît au grand jour.


Enfin, pour l’instant tout se passe comme prévu. Il est tout simplement entré et avance au milieu des gens. Et à moins qu’il ne le veuille, personne ne le verra. Mais ce ne sera pas pour aujourd’hui. Il veut juste explorer les lieux à son aise et surtout le trouver, lui. Lui, la seule personne qui l’intéresse vraiment dans cette salle immense. Et il est là depuis le début. Là dans la même salle que lui. Quelque part parmi au milieu de ces gens.


Lui au moins devra le voir tel qu’il est. Céryan le veut. Il veut lui faire comprendre ce que les autres ressentent lorsqu’ils le découvrent avec les siens comme surgissant de nulle part. Il le veut tellement, tant sa colère le ronge. Une seule fois avant ce qu’il espère être leur dernière visite. Il veut le rencontrer au moins une fois malgré l’objection de Damian et des autres.


Comme si j’étais incapable de…


Des mouvements. Voilà que l’objet de ses pensées les plus noires avance vers lui.


Il est presque à sa hauteur mais Alan refuse le contact. Alan, Céryan ne sait de lui que son nom. Il ne l’a même jamais vu avant. Ce qu’il connaît de lui, il l’a déchiffré dans le journal de Damian. Ces quelques feuillets ne comprenaient aucune véritable description mais Céryan est parvenu à comprendre les écrits de son étrange associé. Et puis, il a un autre atout dans sa manche. Quelque chose que personne ne peut savoir, sinon lui. La blessure de Damian.


Ce sale esclavagiste a tenté de soigner le jeune homme lors de leur dernière mission. Et cela lui a laissé une trace très particulière en souvenir. Une marque que seul Céryan, ou un membre de son clan, peut reconnaître. Et dans ce cas, le doute n’est jamais permis. Il l’a enfin trouvé. Celui qui les manipule tous les deux. Et il est là, à quelques pas de lui.


Mais il ne se laisse pas approcher davantage. Car brusquement pris de frissons, Alan s’éloigne le plus vite possible de lui. Se mettant hors de portée. De toute façon, Céryan ne peut rien faire. Cette ordure a encore de quoi se protéger sur lui.


- Aurait-il surpris ma présence ?


Céryan s’éloigne. Il ne peut prendre le risque de se trahir. De son côté, Alan se dirige vers l’une des tables tout en guettant le géant. Étrange songe Céryan alors qu’il refuse obstinément le contact. Son maître ne le quitte d’ailleurs pas des yeux en avançant vers l’une des tables.


Ne faisant plus vraiment attention aux autres, il manque de peu de bousculer une jeune femme habillée en serveuse. Bérénice s’empresse de s’excuser auprès du traqueur avant de s’éloigner en direction de cette pourriture d’Alan.


Le colosse allait partir mais il se ravise et décide de rester là, à observer la suite. Cette femme, il ne sait pourquoi, l’attire.


Elle s’arrête devant sa table et lui remet une sorte de paquet avant de s’éclipser sur un geste sec du jeune homme. À le voir, il ne semble guère plus âgé que Damian, peut-être 25 ans.


Puis son attention se reporte sur la femme. Bérénice, le prénom brodé sur la poche de sa veste. C’est tout ce que je sais d’elle. En plus du fait que visiblement, elle ne connaît pas cet Alan, elle non plus.


De son côté, Bérénice s’empresse de quitter cette pièce. Elle ne sait pourquoi mais quelque chose de malsain plane dans l’air. Cet homme ne la rassure guère. Et que penser de l’autre, l’espèce de mastodonte qu’elle a failli heurter de plein fouet ? Elle ne les avait jamais vus et elle espère ne plus jamais le revoir. Le pire est qu’elle va devoir repasser devant l’autre brute. Arrivée à sa hauteur, elle frôle le mur, en lui faisant un geste de salut. Céryan lui répond d’un mouvement de tête et la laisse partir sans un geste.


De toute façon, ce n’est pas elle qui l’intéresse le plus. Même si sa façon de le regarder l’intrigue. Comme si elle savait. Il est temps pour moi aussi de repartir. J’ai repéré celui que je voulais. Son patron, son maître, qu’il dévisage une dernière fois avant de sortir.


C’est vrai, on doit encore faire tout ce que tu veux mais plus pour longtemps.


Enfin, il est à la sortie. Un des employés, sans doute un gardien, le suit. Mine de rien, il le laisse faire… ce n’est pas cette brute qui va réussir effrayer un monstre comme lui.



--------------------------------------------------------------



Bien loin de cette salle, dans un autre immeuble, une jeune femme s’apprête à rentrer chez elle.


C’est vraiment une magnifique journée que celle qui s’approche désormais de sa fin. Lentement mais si paisiblement. Depuis son lever le soleil trône triomphalement dans un ciel bleu azur. Même pas un nuage pour venir l’ennuyer.


Rien ne fait penser à ce qui va se passer sous peu. Si ce n’est ce journal abandonné sur une table basse de la salle d’attente. Érika le regarde en attendant l’arrivée de l’ascenseur, juste en face. Il est toujours aussi lent, celui-là.


Encore des disparitions, juste des traces de sang et rien d’autre. Ces affaires ne cessent de faire les unes, mais rien n’avance malgré tous les multiples efforts d’une police qui se donne pourtant à fond. C’est tout ce qu’elle a retenu en partant. Des infos qu’elle a déjà lues à plusieurs reprises comme tout le monde. Elle quitte l’immeuble laissant la porte se refermer.


Sa maison, enfin, elle est de retour chez elle. Une nouvelle longue journée de travail vient de s’achever. Enfin presque puisqu’elle a dû ramener une tonne de dossiers avec elle. En fait, tous ceux de sa collègue partie en congé de maternité.


Elle avait même pensé lui rendre une deuxième visite, étant plutôt bien avec elle, mais aujourd’hui cela ne sera malheureusement plus possible.


Tiens ? C’est quoi ça ? L’un de ses dossiers vient de lui échapper et s’écrase lamentablement sur la moquette. Elle se penche pour le ramasser. Et…


Bang, tous les autres tombent !


Quelle maladroite ! Qu’est-ce ?


L’une des grosses enveloppes est singulièrement épaisse, très différente du reste, mais Érika n’en tient pas vraiment compte. Ce n’est pas la première fois que l’on dépose des paquets sur le mauvais bureau. Il lui suffira de l’ouvrir pour savoir à qui elle devra le remettre.


Encore ! Mais quelle maladroite tu fais, ma pauvre Érika !


En l’ouvrant, elle a fait tomber une sorte de pendentif. Par chance, il ne se brise pas. Mais quelque chose l’ennuie. Elle ne sait pas comment, il a pu arriver là. On dirait une sorte de présent. Pour Line ? pense-t-elle aussitôt. Bon, il doit bien y avoir un mot ! Si c’est pour elle et le bébé ! Je n’aurai plus qu’à lui refaire un autre paquet. Celui-là est vraiment trop moche. Une grimace vers le papier gris. Il est si laid en plus d’être coriace.


Et déposant le curieux bijou sur la table, elle se dirige vers la cuisine. Son pied heurte un autre paquet. Encore un ? Cette fois, elle se penche avec précaution.


Ce dossier soigneusement fermé ne porte pas de nom. Elle l’ouvre, ne pouvant rien faire d’autre de toute façon. Quelle n’est pas sa surprise en voyant qu’en plus de quelques feuilles manuscrites, il contient aussi une espèce de journal qui lui est personnellement adressé. Mais il y a aussi cette photo.


Oubliant tout le reste, elle se laisse tomber dans le premier fauteuil venu et se met à lire. À voix haute. Par chance l’écriture est claire et elle se plonge dedans sans aucune difficulté.


Des heures s’écoulent alors que d’autres l’écoutent sans qu’elle ne les sente. Elle se redresse soudain.


Non ! Après tout ce temps ! Je l’ai enfin trouvée ! La seule chose qui me manquait !


Il ne lui reste plus qu’à agir. Maintenant, elle sait quoi faire. Elle regarde un instant l’objet, le médaillon, qu’elle avait abandonné.


Elle s’en saisit et file dans la petite pièce voisine, une sorte d’atelier.


Une autre heure s’écoule lorsqu’elle ressort. Elle regarde son œuvre. Tout juste. J’ai eu tout juste le temps. Il ressemble à s’y méprendre au premier. Il ne lui reste plus qu’à le lui ramener.


Une grande colline de cailloux. Elle est seule dans ce coin désert mais tout est calme. Arrivée en face de ses drôles de buissons, elle se contente juste de poser l’objet sur le sol. Il saura quoi en faire. Elle attend encore un peu dans l’ombre. Des bruissements et tous ces cadavres de papillons. Le mastodonte est là, il la guette. Elle le sait. Grâce au journal, elle peut enfin le voir. Un geste et elle repart tandis que l’autre émerge de sa cachette.


Elle a donc pris sa décision. Il était plus que temps.



--------------------------------------------------------------



La nuit de la visite est tombée. Le bâtiment, l’hôtel, vient juste d’être fermé au public. La soirée privée débute. Céryan avance doucement. Cette fois, il n’est plus seul. Les siens le suivent. Il repère très vite Alan. Damian se tient à quelques mètres de lui. Tous deux déguisés en serveurs.


Ce monstre ne tardera plus à lui donner l’ordre. Celui qui nous manipule depuis le début, Damian et moi.


Céryan regarde Damian, impassible dans son costume. Quelque chose s’est de nouveau modifié en lui. Il n’a pratiquement plus aucune expression. C’est à peine s’il semble vivant. Et pourtant, il suffira que l’autre lui donne l’ordre et tout recommencera. Tant que les deux êtres seront liés, ça continuera.


Ce lien. Il n’aurait jamais dû exister et pourtant. Nettoyer. C’est ce que cette pourriture leur ordonne à chaque fois.


Une main sur son épaule. L’un de ses fils vient de le secouer. Il est trop tôt pour se faire remarquer. Cette fois, la foule a envahi la salle. Tout ce monde et ce bruit incommodent le géant. Mais il prend sur lui et avance vers les deux hommes lorsque ses yeux croisent une silhouette qui ne lui est pas inconnue. Bérénice, la fausse serveuse est de nouveau face à lui.


- Le pendentif ! Elle porte le même pendentif que Damian ! s’exclame-t-il.


Mais elle l’évite une nouvelle fois. Elle lui rappelle vraiment quelqu’un mais qui ? Céryan voudrait mais ne peut la suivre. Damian. Si elle a son amulette alors elle doit savoir. Des mouvements quelques mètres devant eux. Ça approche. Céryan fait un signe à l’un des siens pour qu’il suive Bérénice, ne pouvant le faire lui-même.


La jeune femme arrive au bas d’un escalier qu’elle monte sans hésiter. Elle gagne ainsi une sorte de scène spécialement aménagée pour la soirée. Pourtant, à bien y voir, rien ne semble normal sur ces planches.


Enfin, elle et celui qui vient l’accueillir ont tous deux une vue imprenable sur la salle en contrebas. Il y a d’autres places surélevées un peu partout, aménagées pour quelque spectacle. Aussi personne ne s’étonne de voir deux serveurs s’activer là-haut.


Détournant un instant les yeux de la foule, Bérénice se tourne vers Julian, très occupé avec son PC. Ne voulant pas le déranger dans ses ultimes préparatifs, elle dirige de nouveau son regard vers la salle de fête. Elle ne peut cacher son inquiétude, n’ignorant rien de ce qui se prépare.


Soudain, une voix masculine se fait entendre.


- Bérénice ! C’est ce que Damian veut, tu le sais bien !

- Je sais. Mais toi ? Tu es vraiment d’accord avec lui ?

- On n’a plus d’autre choix ! Il vaudrait mieux que tu t’en ailles.

- Non ! Je reste !

- Mais tu sais très bien ce qu’il va se passer dans peu de temps !

- Julian, je dois rester. Pour lui, ça fait si longtemps que j’essayais de le retrouver mais il est trop…


Elle ne peut achever sa phrase. Et se tournant de nouveau vers la foule, elle repère le mouvement de Céryan. Il fend la foule se dirigeant vers les deux hommes. Pourtant, elle ne peut le suivre bien longtemps car le timbre grave de Julian reprend. Il lui tend une sorte de disquette.


- Tu sais ce qu’il te reste à faire alors ? Le timing doit être respecté à la lettre. Tu es vraiment sûre ?

- Oui ! Je reste !

- Et pour les traqueurs…


Elle lui montre son pendentif.

- C’est le sien ?


Elle baisse la tête. Il comprend. Il semble si soulagé.


- Garde-le précieusement. Grâce à lui, tu seras pratiquement invisible à leurs yeux !

- Et eux ?


Elle regarde la foule sous ses pieds.


- Ce sont tous des criminels de la pire espèce. Mais même si on le voulait on ne peut rien faire. Damian et moi, on a tout essayé à chaque fois mais en vain… Il arrive toujours à nous faire plier. Il nous tient Bérénice. Je ne suis pas encore aussi atteint que Damian mais ça ne saurait plus tarder.

- Mais ?

- Fais ce que nous avons convenu et ce sera peut-être enfin la dernière fois.


Elle allait le questionner mais comme Damian, il ne pouvait déjà plus lui parler normalement. Pourtant c’est lui qui reprend.


- Et le journal ?

- Il est là où tu le souhaitais. Et Damian n’en sait rien. Mais dis-moi. Pourquoi le donner à cette fille en particulier ? Surtout avec la menace de cet Alan !

- Je ne peux pas te le dire. C’est trop dangereux. Si tout fonctionne comme prévu, il n’aura bientôt plus aucune prise sur nous, une fois cette soirée finie.


En contrebas, tout se déroule dans un calme relatif. La salle est bondée. Des dizaines et des dizaines de personnes discutent. Parmi eux, Alan se tient à l’écart, ne lâchant pas Damian des yeux. Dès qu’il lui aura donné l’ordre de lancer les traqueurs sur la foule, il se rapprochera de lui. En cas de besoin, il pourra même s’en servir comme d’un rempart.


Et de son côté Damian ne détache pas ses yeux d’Érika. Il l’a reconnue tout de suite. Elle est entrée en même temps que lui. Sans qu’il ne dise rien alors qu’elle a voulu, qu’elle a failli le tuer. Elle et non Alan comme le pensait Céryan. Pourquoi est-elle revenue ? Elle devrait savoir que jamais Alan ne le laisserait mourir si facilement.


Bérénice lui avait pourtant dit de ne pas rester ici. Ça ne servirait à rien.


Intrigué, il s’avance vers elle, profitant de l’éloignement momentané de son maître.


- Que faites-vous ici ?


Pour toute réponse, elle lui tend une sorte de feuille. Il la parcourt du regard. Pas d’expression rien. Il agit exactement comme un automate. Il ne réagit même plus malgré ce que ces yeux déchiffrent. Pourtant, il a compris. Il a tout compris.


- Ce journal, c’est le vôtre, je le sais.


Il se détourne, sentant le regard d’Alan posé sur lui. Il se rapproche dangereusement. Il allait s’éloigner mais elle le retient profitant du passage d’un groupe d’hommes en pleine discussion.


- Votre plan…

- Que ?

- Il va réussir mais pas avec les conséquences que vous pensiez. Quelque chose est venu perturber le système.

- Quoi ! Vous avez…

- Il fallait bien que je fasse quelque chose. Surtout maintenant.

- Je... Excusez-moi, je dois partir.


Il aurait bien voulu parler un peu plus auprès d’Érika, essayer de savoir mais Alan vient de lui faire un geste. Il doit maintenant se tenir sur ses gardes et attendre. Attendre l’ordre.


La pseudo-serveuse s’éloigne. Elle sait qu’elle ne peut plus rien empêcher. Elle a échoué mais elle sait que ce sera la dernière fois que les traqueurs agiront sous les ordres d’Alan par l’intermédiaire de Damian.


Elle lève la tête vers les différentes scènes, réparties un peu partout dans la salle et repère aussitôt Bérénice. Elle est assez loin et ne peut l’entendre mais elles savent toutes les deux ce qui ne va plus tarder à arriver.


Comme à chacun de ses rassemblements où s’invite Alan.


Aucun de ces gens ne sait qui est vraiment ce jeune homme, plutôt séduisant, habillé comme un simple serveur. Pas plus que Damian, son instrument fidèle. Elle les contemple et ses poings se serrent. Elle voudrait tant les faire arrêter mais face à Céryan qu’elle peut enfin contempler, elle sait désormais qu’elle est complètement impuissante.


Bérénice, rejoindre Bérénice. C’est tout ce qu’il lui reste à faire maintenant. Les escaliers l’attirent comme un aimant. Elle traverse la foule. Les odeurs, les mélanges de parfums parfois si lourds l’écœurent. Mais que m’arrive-t-il ? C’est comme si la foule elle-même perdait de sa consistance. Ne ressemblant plus qu’à un rassemblement d’ombres incertaines marchant dans une sorte de brouillard. Elle est presque prise de nausée en gravissant les marches. Une porte transparente, pratiquement invisible s’ouvre. Elle hésite à entrer mais Julian l’empoigne la forçant à rentrer dans la pièce avant de refermer la porte.


- Qui êtes-vous donc ? Pour qu’il nous demande de vous remettre...

- Plus tard ! répond-elle un peu trop durement à Bérénice.


Les deux femmes se dévisagent. Puis une sonnerie se fait entendre. Plantant là Erika, Bérénice se précipite vers la tour. Quelques instants plus tard, elle insère sans hésiter la première disquette. Restée seule, l’autre femme se met à recherche Damian du regard. Ça y est. Elle l’a repéré. Il semble avoir un sursaut. Bref mais visible. L’ordre. Il l’a reçu. Ça ne peut être que cela. C’est la deuxième fois qu’elle assiste à ça. Elle regarde cet homme. Il est si jeune, elle l’avait imaginé bien différent, un peu comme un tueur, un assassin. Alors qu’il n’est en fait que la première victime de toute cette histoire. Témoin impuissant de sa propre agonie, il a perdu un à un ses sentiments juste après sa volonté. Jusqu’à devenir cet étrange génie aux ordres d’un fou criminel. Un outil ou plutôt un détonateur entre les mains d’Alan. Nettoyer ! L’ordre venait d’être donné ! Un ordre pour tuer en se servant des traqueurs, ces êtres inconnus de tous. Elle regrette tant de s’être trompée de cible. Si seulement, elle avait visé ce monstre d’Alan et non ce malheureux Damian, elle n’en serait peut-être pas là.


Un clic bref ! La deuxième disquette vient d’être insérée. Aussitôt, le système de sécurité s’enclenche en silence, verrouillant en tout premier les portes. Tout juste un bruit de moteur, noyé dans le brouhaha général.


- Tout est serré maintenant. On ne pourra plus sortir avant la fin.


Après avoir dit cela Bérénice se laisse glisser sur les fesses et se replie sur elle-même. De son côté, Érika voudrait bien savoir ce qu’il se passe. Surtout qu’elle vient de se rendre compte qu’elles ne sont plus deux sur cette scène, subitement insonore.


Elle se tourne vers Bérénice, prostrée sous la table. Et comprend. Sa réaction est suffisamment éloquente. La mort arrive sous les traits des traqueurs.


La mort pour presque tous. Puisque sur l’ensemble des convives réunis en cette salle, seuls Alan et Damian devraient normalement être épargnés par Céryan et les siens.


Un peu à l’écart de la foule, Alan guette le jeune homme. Damian ne bouge pas comme à son habitude. Il voit juste les formes, les corps des pires criminels de ce pays, tomber autour de lui mais quelque chose cloche. Déjà à plusieurs reprises, ils ont failli s’en prendre à son jouet. Et lui ne bouge pas, ne réagit pas.


- La peur a fini, elle aussi, par disparaître de moi, Alan !


L’intéressé sursaute au son de cette voix.


- Qu’est-ce que tu veux dire ?

- Je ne suis plus humain depuis si longtemps, Alan ! Tu as réussi à annihiler tous mes sentiments en plus de presque toute ma volonté. Mais tu as quand même fini par faire une petite erreur ! Puisque tu as aussi réussi à détruire totalement ma peur !

- Que veux-tu dire ?

- Mon cœur est peut-être devenu de pierre pour toujours mais, comme je viens de te le dire, je n’ai pas totalement perdu ma volonté. Elle me revient parfois… comme maintenant !

- Que veux-tu…

- Je peux toujours leur parler mais je n’ai plus de protection contre eux. Ils ne me reconnaîtront plus.

- Quoi ?

- Tu as compris.


Le ton est neutre, dénué de toutes émotions et pourtant il glace le sang par sa seule signification. Son propre arrêt de mort. Alan pâlit soudain. Contrairement à son esclave, lui peut ressentir la terreur à l’idée d’être cerné par les traqueurs sans espoir de fuite.


- Espèce de…


Sentant la présence de ces êtres trop rapides pour vraiment les voir, Alan tente de fuir. Il bouscule avec brutalité Damian et court vers l’une des portes verrouillées. La clé ! Il l’a toujours sur lui et par chance, elle fonctionne encore, malgré le système de sécurité. Il s’effondre presque dans la pièce voisine, une sorte de bureau de surveillance, alors que la cloison se verrouille après s’être refermée sous un coup sec.


Resté seul, Damian regarde les derniers corps tomber. Cette fois encore, tous gisent sur le sol. Il ne pouvait rien faire de toute façon pour eux mais étrangement, il sentit quelque chose de différent.



--------------------------------------------------------------



La porte lourde s’est refermée. L’issue de secours. Il en a toujours une dans chacune de ses pièces. Il a gagné un répit mais il est quand même grand temps de songer à quitter cet endroit.


Rien ne va plus ! Ce n’est pas normal. Damian ! Il a retrouvé comme un semblant de volonté ! Alors que tous ses sentiments ont disparu ! Il a fini par m’échapper !


S’installant à l’un des ordinateurs, Alan se connecte et voit les derniers évènements. Des formes allongées sur le sol baignant dans une sorte de brouillard. Céryan et ses semblables sont là, entourant Damian qui ne bouge même pas alors qu’ils dépassent tous les deux mètres et semblent couverts de sang.


Quoi ! Il est encore en vie ! Mais plus pour longtemps ! pense-t-il en voyant les formes se rapprocher. Soudain son attention est attirée par une autre forme se déplaçant dans le champ. Une femme avance vers lui ! Elle progresse sans encombre au milieu des corps et elle n’est pas seule.


Arrivée auprès de Damian, Bérénice pose sa main sur son épaule. Et toujours aucune attaque. Quoique les traqueurs sont toujours là, griffes toutes déployées et bien rougies.


Mais elles sont toutes les deux humaines ! enrage Alan. Il allait faire pivoter l’une des caméras lorsque tout s’éteint. Plus aucun des postes ne fonctionne. Il se lève, furieux, il vient de tout perdre en une fois. Sa main frappe un tas de papier sur l’une des tables et en voulant taper de nouveau dessus, son regard tombe sur une écriture très connue du jeune homme.


Damian ? Son journal ? Il l’a laissé ici !


Il le ramasse. Ses yeux le parcourent avec intérêt. C’est bien le journal de Damian. Ce traître avait bien fini par trouver un moyen de s’en tirer mais il ne pouvait y arriver seul.


Alan est pris d’une envie folle de hurler mais il ne peut le faire. Pas avec ces montres tueurs encore dispersés un peu partout dans l’ensemble du bâtiment. Il vient de perdre le contrôle de Damian et en même temps, celui de Céryan. Et ces deux femmes y sont certainement pour quelque chose.


Grâce au contenu de ce cahier, il pourra sûrement en apprendre un peu plus sur toute cette affaire. Mais pour le présent, il doit d’abord penser à se sortir de là.


Quoique pour l’instant, il ne puisse rien faire d’autre qu’attendre le lever du jour. Le moment où tous ces monstres repartiront d’eux-mêmes.


Cette femme, Bérénice, Damian lui a laissé son talisman, sachant qu’il allait en mourir. En plus, elle évolue librement au milieu des traqueurs. Donc en toute logique, elle devrait s’en sortir. Mais est-ce qu’elle pourrait aussi ?


Au terme d’une attente interminable, le courant revient enfin. Tout est de nouveau désert. Il peut enfin ressortir. Le journal. Ne surtout pas l’oublier !


Il jette un œil à l’une des dernières phrases.


Je ne serai libre que lorsque mon cœur sera de pierre…


À croire qu’il avait aussi des prémonitions pense-t-il en refermant l’épais cahier. Damian a préféré se laisser mourir avec ses victimes. Mais, ces deux femmes, elles, sont certainement encore en vie.


Et déverrouillant la porte, il quitte les lieux sous un soleil éblouissant !


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Pattie   
21/6/2008
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'avais carrément abandonné la lecture au bout de quelques paragraphes. Mais le lendemain, j'avais un peu plus de courage, je m'y suis lancée, mot par mot, ligne par ligne, en essayant d'avoir le moins d'attendus de lecture possible, parce que mes projections ne marchaient jamais. Et là, j'ai beaucoup aimé.

C'est un peu (!) hermétique, l'histoire est bonne, elle est "étrangère" : à ce que je connais, à ce que je lis, à ce qui fait ma sphère. Le style est elliptique, j'ai trouvé ça difficile au début, à la première lecture, mais j'ai apprécié ensuite que l'histoire soit racontée comme si c'était un contexte normal, que tout le monde comprend. Des explications auraient affaibli l’effet. Ce récit tient debout par sa seule force. Merci !

   xuanvincent   
21/6/2008
 a aimé ce texte 
Bien ↑
L'histoire, bien que m'ayant paru un peu complexe, m'a semblé bien écrite et m'a intéressée. Bravo Liry !

PS : Comme pour de précédents textes, j'ai bien aimé le titre

   Andre-L   
22/6/2008
J'adore ce type d'écriture qui détaille certains angles et laisse tout le reste ouvert à l'imagination du lecteur. Qui est Alan ? Quel moyens de pression a-t-il sur ces exécuteurs ? Qu'est Céryan et sa tribu ?
Bravo Liry ! continue...

   Liry   
23/6/2008


Oniris Copyright © 2007-2017