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Aventure/Epopée
Louis : Au fil des mots
 Publié le 01/02/10  -  27 commentaires  -  4856 caractères  -  292 lectures    Autres textes du même auteur

Un conte dans lequel un enfant se confronte à la lecture et à l'écriture.


Au fil des mots


Il était une fois un garçon triste. Il ne savait pas lire. Il ne savait pas écrire. Il était triste. Sa maîtresse avait tenté de lui apprendre les lettres, les syllabes et les mots, à les former avec un crayon, à les déchiffrer, mais en vain. Elle était gentille sa maîtresse. Il l'aimait bien. Il aurait voulu lui faire plaisir, il aurait voulu qu'elle soit fière de lui. Mais il était triste. Il ne réussissait pas, malgré tous ses efforts, à entrer dans le monde écrit.


Il suivait le tracé des lignes, à l'encre ou à la craie, suivait les courbes, les boucles, les traits montants et descendants, leurs liaisons et enchevêtrements et finissait par s'y perdre. Les longs chemins sur fond blanc des pages ouvertes de tous les livres, il ne savait pas où ils menaient. Il les suivait un moment, puis s'égarait. Sa main maladroite ne parvenait à tracer sur les feuilles de papier que griffonnages et gribouillis, des pistes tortueuses dans l'espace blanc, des zigzags entrecroisés, où plus encore il se perdait. Il aurait voulu former des droites parallèles à poursuivre loin, au-delà de toutes les pages des cahiers.

Dans ses jeux quotidiens, il faisait des lignes, il suivait les sillons creusés dans les branches des arbres du jardin, les rainures dans les parquets du séjour, les rides sur la surface de l'eau ou celles ondulantes sur le front âgé de son grand-père. Les voies de chemin de fer le fascinaient, il avait demandé et on le lui avait offert, un grand train électrique. Assembler les rails, les disposer en un long itinéraire rectiligne lui donnait un grand plaisir.

Il entendait les voies, il ne s'y entendait pas dans les voix. Elles lui parlaient, les lignes ferroviaires au départ des gares qui mènent loin, dans les ailleurs inconnus. Ils lui disaient tant de choses extravagantes, les rubans d'asphalte des routes et des autoroutes, qu’il imaginait enroulés tout autour de la terre. Ils lui criaient le ciel, les longs panaches de traînées blanches, ces lettres démesurément longues écrites dans l'azur par les avions qui passent, plumes d'argent qui glissent vers l'horizon.

Quel long fil on obtiendrait, pensait-il, si l'on dénouait, si l'on dépliait, si l'on déroulait toutes les courbes et les boucles, tous les arrondis des lettres de l'alphabet, des lettres de tous les mots, de toutes les phrases, de tous les livres, quel long fil on tirerait d'ici jusqu'à l'autre bout de l'univers, jusque derrière les étoiles, de l'autre côté de la lune et du soleil.

Étendre l'a, étendre l'o, a long fil et fil de l'o.

Au fil des mots accrocher ses rêves, les suspendre sous le ciel bleu où défilent les caravelles qui laissent dans leur sillage de longs éphémères blancs pour dire les lointains, là-bas, vers des rivages au soleil jamais couchant, là-haut, dans les parages du firmament.

Il ne savait pas écrire, mais il pouvait décrire le fil que l'on accroche à la lune, en tirant sur les l, en tirant sur les n, le fil qui fait la balançoire où l'on berce ses songes au clair des Moires.

Tant de fil pour coudre les horizons, pour tisser un univers, c'est coton les fibres des émois, c'est doux un monde à soie, tant de fil dans les lettres, tant de fil dans les mots.

Triste, il ne savait pas écrire ; joyeux, il pouvait décrire le grand lasso que l'on forme en dépliant les mots, cette corde pour capturer les anges qui passent, qui volent dans les silences et les solitudes lasses, et que l'on enferme derrière les barreaux de quadrillages sur ses cahiers d’écolier pour leur faire des grimaces et des pieds de nez.

Sa maîtresse disait qu'il lui donnait du fil à retordre ; lui ne comprenait pas ; lui pensait à redresser les traits, à tendre les fils qui lient tous les attraits, les fils qui passent d'une vie à l'autre, d'un monde à l'autre, et se mêlent au fil de l'horizon, lui marcheur funambule sur des filaments d'existence déchirés.

Non, il ne comprenait pas pourquoi on le disait idiot, pourquoi on le disait simple d'esprit, pourquoi on le qualifiait avec mépris par le terme « demeuré ». Lui qui ne trouvait pourtant nulle place où demeurer, lui qui fuyait toujours sur le fil tendu qui porte jusqu'aux nuages.

Il pensait déplier les lettres, déplier le monde, et finalement s'était sur lui-même replié, recroquevillé comme une lettre, comme un a, fœtal, refermé comme un o, dans un ovale.

Parfois il donnait de la voie, lui, le garçon triste, qui en un mot s'était enferré pour se donner une ligne droite et prendre le train de la vie, mais tout en lui s'était recourbé. Désormais, tout était plié.


Comme un bateau prend la mer, toute la mer, lui prit le large, un jour, et le long, et tout de long en large, il tira sur la corde lettres, et se hissa haut, hors de l’o. Il fit des vagues. Remous et convulsions. Entrelacs et dénouements. Des navigations. Enfin l’enfant flotta au fil des mots.


 
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   Anonyme   
20/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour

Dès la première phrase j'entre dans un univers particulier et si les premiers mots surprennent par leur répétition j'ai rapidement intégré le rythme et suis entrée dans l'histoire.
Je dis que ça surprend à cause de cela : "Il était une fois un garçon triste. Il ne savait pas lire. Il ne savait pas écrire. Il était triste."

J'ai eu l'impression d'une écriture enfantine, j'ai presque entendu un enfant me parler. C'est surprenant et d'une certaine façon, magique.

C'est très visuel, ce petit garçon je le vois très bien dessiner des esquisses de mots, les prendre physiquement et les tordre, les allonger, en faire autre chose selon ses envies et ses rêves.

"Les voies de chemin de fer le fascinaient, il avait demandé et on le lui avait offert, un grand train électrique."
Ici il y a peut-être un souci de ponctuation, je verrais bien un point après "fascinaient".
Ou alors c'est l'articulation de la suite de la phrase : "il avait demandé et on le lui avait offert..." je ne sais pas, peut-être, question d'oreille, supprimer le "le".

"lui donnait un grand plaisir" : peut-être, parce que l'écriture est soutenue, lui "procurait" ; mais d'un autre côté peut-être aussi que ça atténuerait le côté "enfantin"... je ne sais pas parce que plus haut, l'auteur utilise "perpendiculaires" ; "enchevêtrements" des mots somme toute assez "complexes".

"Il entendait les voies, il ne s'y entendait pas dans les voix." : j'aime le jeu des mots, mais d'un autre côté, ce petit garçon a des difficultés à lire et à écrire, pas à entendre.
Plus avant dans le texte, l'auteur parle de "demeuré/ (pour jouer avec) demeurer" mais je n'ai pas l'impression que ce petit garçon soit idiot, simplement dyslexique. Donc, il entend et il comprend ce qu'on lui dit. Par conséquent : "il ne s'y entendait pas dans les voix" me laisse perplexe.

"ces lettres démesurément longues écrites dans l'azur par les avions" je l'imagine regarder ces traits parallèles laissés par le sillage des avions dans le ciel, mais du point du vue du petit garçon, je m'étonne qu'il les compare à des lettres plutôt qu'à des traits, pas très différents des rails de chemin de fer.

"c'est coton les fibres des émois" : très joli.

"pourquoi on le qualifiait avec mépris par le terme « demeuré »." : il me semble que "par le terme" alourdit la phrase. Avec mépris de... ?

Un texte poétique, très agréable à lire, une très jolie histoire et des images très douces.

   Maëlle   
20/1/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Le paragraphe d'attaque est particulièrement maladroit (avec de nombreuses répétition du mot triste), et c'est dommage, car la suite du texte est d'une grande poésie.

   florilange   
21/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Joli travail sur le sens des lettres & des mots, sur les rêves, l'imagination. Ce conte est agréable à lire, il joue aussi sur les sons.
Une courte histoire triste, c'est terrible de n'être pas adapté au monde dans lequel on naît. Un parfum de Prévert dans le traitement de ce texte.
Merci,
Florilange.

   Anonyme   
26/1/2010
 a aimé ce texte 
Bien
C'est assez poétique dans l'image, dans l'idée, mais le traitement est un peu moyen.

J'aime cette notion des mots et des maux d'un enfant qui ne les comprend pas, mais il faut je pense plus de légerété à ce texte qui est parfois un peu lourd, notamment dans les jeux sur les mots.

J'ai cependant apprécié cette lecture simple, calme, agréable.

   Anonyme   
1/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très jolie nouvelle au caractère poétique très affirmé. Histoire d'un enfant qui évolue dans l'empire des signes : repères, lignes de vie... Belle écriture qui recherche constamment ce que nous donne à voir le monde, ancrages salutaires pour mieux vivre. J'ai été complètement séduit par l'originalité de ce récit. Merci pour cette lecture très riche.

   Cortese   
1/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Joli texte. Au démarrage, je me suis dit "Oh non, pas un texte de prof de français sur les difficultés d'apprentissage !" ;-) Et puis non, c'était beau, très poétique et plein de délicatesse.
A vrai dire, j'ai surtout aimé un passage : "Tant de fil pour coudre les horizons, pour tisser un univers, c'est coton les fibres des émois, c'est doux un monde à soie, tant de fil dans les lettres, tant de fil dans les mots."
C'est bien joué, toutes ces images de fils, ça coule à la lecture, et on n'a pas le temps de se lasser parce que le texte est court. La fin n'est pas très explicite, mais à ce stade de la lecture, on n'est déjà plus dans la recherche d'un sens, alors on s'en passe tranquillement.
Merci pour cet agréable moment.

   Anonyme   
1/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quel poète ce petit garçon qui ne sait ni lire ni écrire !
Très jolie écriture poètique ...
Histoire simple et grave. Belle image ces lignes qui commencent sur la feuille se poursuivent sur les parquets continuent sur le front du grand père, et finissent sur les rails ...
De très jolies phrases : "c'est coton les fibres des émois, c'est doux un monde à soie "
Triste effectivement cet enfant poète de se faire traiter de demeuré, d'idiot car il n'est pas capable de s'adapter à une norme alors qu'il crèe un monde. Très touchant.

   Marite   
1/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Texte admirablement écrit qui nous fait pénétrer dans le "monde intérieur" d'un enfant hors-normes puisqu'il est incapable d'apprendre à lire et à écrire. Les réflexions de cet enfant sont fascinantes et on perçoit la rigidité de notre environnement qui a tôt fait de classifier les êtres selon des critères qui, la plupart du temps, se révèlent n'être valables que pour une durée limitée et non infinie. Le dernier paragraphe est très imagé et très beau. Un drame présenté de façon belle et poétique. Une conclusion
qui ne nous laisse pas amers et tristes mais qui nous emporte aussi dans l'au-delà, "au fil des mots".

   ANIMAL   
2/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un conte qui est aussi un poème, un régal de chaque mot. Je me suis laissée prendre avec complaisance à toutes ces lignes enchevêtrées et emporter... ailleurs.

Une jolie réflexion sur la différence, avec des mots qui berçent et qui touchent juste.

Tout m'a plu mais, entre autres, je relèverai ces mots : "Tant de fil pour coudre les horizons, pour tisser un univers"

Bravo.

   nora   
4/2/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte bien écrit, une histoire captivante que j'ai lue avec plaisir. Si, par ailleurs, ça m'a fait un peu penser à Daniel Pennac et aux "Chagrins d'école", aux lettres qui s'allongeaient, puis devenait des bonhommes prenant la fuite etc., à cette même souffrance causée par l'apprentissage, "Au fil des mots" (superbe, le titre!) m'a impressionnée par la confrontation entre toutes les lignes de la vie, exprimant l'ouverture, l'univers ("Quel long fil on obtiendrait, pensait-il, si l'on dénouait, si l'on dépliait, si l'on déroulait toutes les courbes et les boucles, tous les arrondis des lettres de l'alphabet, des lettres de tous les mots, de toutes les phrases, de tous les livres, quel long fil on tirerait d'ici jusqu'à l'autre bout de l'univers, jusque derrière les étoiles, de l'autre côté de la lune et du soleil.") et le repli des lignes qui s'enferment dans des lettres, confrontation entre le concret et l'abstrait, entre le moi qui veut s'évader et le moi prisonnier malgré lui des conventions, hélas! souvent nécessaires.
Si la maîtresse avait connu et appliqué la théorie des intelligences multiples de Gardner, l'enfant ne se serait plus senti idiot, tout au contraire...
Excellente, cette idée de déplier les mots...
Un texte où il y a de la poésie à perte de vue...
Bon travail lexical: jeux de mots et exploitation subtile des expressions contenant le mot fil. Au niveau phonétique aussi, des syntagmes réussis: "Étendre l'a, étendre l'o, a long fil et fil de l'o", "et se hissa haut, hors de l’o".
Eh oui, on ne découvre les mots qu'après avoir tant soit peu vécu.
Bravo et merci!

   Anonyme   
5/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Louis
J'ai beaucoup aimé ce texte emprunt de poésie..Cela m'a fait penser à Prévert et je me suis attachée à cet enfant trop sage.
J'ai regretté un peu la première ligne Je pense que l'auteur aurait pu faire nettement mieux.
Gageons que cet enfant est devenu poète.
Et que sinon son monde est plus beau que le notre

Ah du côté des restrictions, j'aurais aimé qu'il ne soit pas triste justement cet enfant paradoxal mais je l'aurais préféré étonné.

   Anonyme   
7/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Le once upon a time j'ai trouvé ça dommage. Le texte cependant est poétique et ma lecture agréable. Beaucoup de douceur, ce qui ne gâche rien.

   xuanvincent   
9/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Merci à l'auteur pour cette jolie histoire !

Le thème ainsi que le titre m'ont bien plu.

La manière dont est écrit le récit un peu moins par endroits. Cependant la simplicité de certaines phrases m'a paru bien aller avec ce héros un peu simple qui ne sait ni lire ni écrire. Et j'ai surtout apprécié la poésie, bien présente tout au long de ce texte.

Bonne continuation à l'auteur.

   guanaco   
12/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Traiter un handicap par la poésie est une façon tout à fait louable de sensibiliser les lecteurs et de transformer un manque en atout. Cependant je dois reconnaître que l'écriture m'a vite fait décrocher. Les nombreuses tournures ou jeux de mots ou images n'ont pas réussi à me transporter autant que le personnage. Un style un peu chargé qui a porté préjudice, à mon sens, au texte et à son objectif. Ce paragraphe, par exemple, manque de fluidité: "Il entendait...vers l'horizon."
Merci pour ce texte.
Je me pose une question finalement: est-ce que j'ai su LIRE ce texte?
Guanaco ;)

   Anonyme   
16/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Voilà un texte dans lequel on pénètre la tête d'un enfant différent. Tout cela exprimé à travers la poésie de la vie, la forme est remarquable pour cet aspect-là.

Les sons et les sons ont une signification toute simple, et pourtant inintelligible pour ceux n'ont pas la même persuasion du monde

Bonne continuation à l'auteur.

   jaimme   
21/2/2010
 a aimé ce texte 
Bien
La poésie autour des mots pour exprimer la douleur d'être désociabilisé.
Le beau pour exprimer le mal d'être différent.
Non ce n'est pas un conte, malgré l'attaque du texte.
De belles idées: de celui qui sait bien écrire à celui qui aimerait seulement exprimer et déchiffrer.
Pourtant le texte hésite entre conte, poésie et expression de la souffrance. Trop peu de chaque. Quelques phrases touchantes, oui, mais le rêve de l'enfant se mêle aux jeux de m(aux). Choisir entre l'onirique, le monde cet enfant, et le monde du poétique, les mots, me paraît indispensable. En effet, je ne suis pas entré en empathie avec ce garçon. Et un paradoxe se dessine: les mots de l'auteur et les maux de l'enfant ne se rejoignent pas.
Écartèlement douloureux pour le lecteur.
merci Louis

   Anonyme   
12/3/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
A la lecture du premier paragraphe, j'ai pense a une ecriture assez enfantine et cela ne m'a pas tellement emballee. Cependant, "au fil" du texte, je me suis identifiee a ce petit garcon qui a sa facon, a trouve SA propre poesie.

C'est un tres beau texte, tres bien ecrit et tout y est bien decrit.

J'ai ferme les yeux, et j'ai vu le petit garcon accrocher ses reves a la Lune. Moi aussi, je les accrocherais bien, tiens!

   Anonyme   
11/3/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je ne suis pas sûr que ce texte soit si poétique que cela. On enchaine les images comme on enfile des perles et au final elles se brouillent. C'est dommage car il y a par ailleurs beaucoup de bonnes choses mais là, abondance de bien nui.

Une petite explication pour les Moires n'aurait pas été superflue.

   LeopoldPartisan   
15/3/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai eu un peu peur au début que l'on tombe dans le patho-social. Je craignais même qu'en plus l'auteur en essayant de donner une certaine dimension pseudo-intellectuelle au rêve de l'enfant donne une définition totalement érronée de l'analphabétisme. Et puis comme par enchantement, on est passé carrément dans une toute autre histoire toute empreinte de poésie. Avec un vrai beau personnage avec du caractère et de la texture. ouf.
Dommage pour ce début.

   PostBlue   
29/3/2010
 a aimé ce texte 
Pas
Bon, il ne m'est pas coutume, mais je commenterai au fil de la lecture, ou à peu près :

Le premier paragraphe me laisse une mauvaise impression ; simpliste, répétitif que ce soit dans le vocabulaire (trois fois triste, deux fois écrit, deux fois maîtresse). L'entame par un "il était une fois" me fait sourire - c'est presque inouï d'encore commencer un texte de cette façon, je trouve. Ça fait très... Walt Disney - et je n'aime pas Walt Disney.

Des troubles logiques, aussi : dans le premier paragraphe, c'est un crayon, dès le début du second c'est un encreur ou une craie. J'avoue : il faut choisir ! Je demande aussi à voir quel train électrique peut se satisfaire d'une ligne droite sans que le circuit soit fermé.

Plus encore, parce que c'est le thème, je trouve qu'il y a peu de recherche dans le champ lexical du "écrire", se limitant à tracer, griffonner, gribouiller, ... Du moins est-ce l'impression dégagée. Mais en fait, c'est général : presque une vingtaine de fois le mot "fil" ou apparenté (verbe, ...) !

Des envolées lyriques d'une totale lourdeur, des répétitions, encore et toujours. Un rythme qui m'a très peu accroché - non, en fait j'ai baillé quelques fois, mais c'est parce que je dors peu.

Je n'accroche pas, je trouve ça lourd dans la forme et trop léger dans le fond.

   zorglub   
5/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien
C'est un joli conte, très poétique, et très touchant dans sa vision à travers les yeux de l'enfant "différent", de celui qui ne voit pas les choses comme les autres, et qui se trouve par là-même ostracisé. J'ai apprécié la simplicité et la légèreté du ton.

J'ai trouvé les jeux de mots plutôt bien faits ; comme déjà souligné par certains commentateurs, cela rappelle Prévert. J'ai quand même noté qu'il m'a pour certains fallu reprendre la phrase pour la comprendre.

Par contre, étant donné la simplicité du thème, j'ai tendance à trouver le texte un peu long. Il y a à mon goût quelques répétitions et redites. Un petit doute sur la classification en "Aventure/Épopée" aussi, mais c'est un détail.

   littlej   
25/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Une lecture rapide mais une bonne lecture.

La grande prouesse ici c'est le fait d'avoir rendu le texte transparent. Le thème de la lecture et de l'écriture en est certainement pour quelque chose.

Les descriptions très poétiques et les jeux de mots embellissement l'ensemble qui est déjà bon.

Je déplore quand même un manque de prise de risque. Le style et les idées sont assez convenus.

Dommage.

j

   Anonyme   
30/1/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai aimé cette courte nouvelle très poétique et en apparence très enfantine (j'ai bien dit en apparence car les mots sont parfois un peu trop recherchés pour un enfant).
J'ai eu malgré tout un temps d'arrêt en lisant la première phrase, à cause de la répétition du mot "triste"... je l'ai vite oubliée en lisant la suite.

   socque   
12/3/2011
Une très jolie histoire, au style par moments un peu affecté à mon goût, proche de la lourdeur (je pense notamment à "il pouvait décrire (...) pieds de nez").
La coda me paraît un peu déséquilibrée, avec ses phrases nominales très courtes, en contraste avec le reste du texte. L'image de la dernière phrase, pour moi, n'est pas utile, fait trop "jolie formule". Quant au "hors de l'o"... hmm, le jeu de mots est vraiment facile, et utilisé plus d'une fois au cours du texte ; cela me gêne.

Dans l'ensemble, pour moi, un beau texte, touchant. J'ai aimé la quête de la rectitude de l'enfant, sa vision de l'écriture comme un tracé incompréhensible, et le malentendu constant entre lui et le monde.

   Anonyme   
12/9/2011
Bonjour Louis

Un très beau texte empli de poésie, et pourtant d'une telle tristesse ! Mais d'espoir aussi. C'est une atmosphère très particulière que tu parviens à nous rendre, et à cela je dis bravo.

Si l'ensemble du texte est vraiment réussi, j'ai en revanche un peu de mal avec ton entrée en matière. Je sais bien qu'il s'agit d'effets de style (je me doute bien que tu connais des synonymes du mot triste !), mais ici... je ne sais pas, pour moi, ça sonne plutôt mal. Peut être un simple changement dans le rythme pourrait arranger cela ?

En tout cas, ce concept presque magique de déplier les mots, et tous ces jeux sur les sonorités que tu nous offres, je trouve ça fabuleux. Merci donc !

Au plaisir de te relire,

Caelan

   Anonyme   
21/1/2012
Commentaire modéré

   jfmoods   
19/8/2014
L'auteur nous invite, dans son court préambule, puis dans la phrase initiale ("Il était une fois...") à lire son texte comme un conte. Cependant, c'est bien l'image d'une parabole qui, au sortir, s'impose immanquablement au lecteur. La structuration du texte s'appuie si fortement sur un jeu d'oppositions qu'il est impossible de ne pas s'interroger sur ce qui se joue en profondeur dans cet écheveau duel tissé subtilement par l'auteur. D'un côté, le langage, langage de socialisation, incarné par la figure tutélaire de la maîtresse et associé à la thématique de la courbe. Ce langage-là est exigeant, peuplé de rotondités, de détours (champ lexical de la complexité : "enchevêtrements", "pistes tortueuses", "zigzags entrecroisés"), un langage déroutant, ne menant l'enfant nulle part ("finissait par s'y perdre", "s'égarait", "il se perdait"). De l'autre côté, il y a l'enfant, un enfant qui voudrait, par le langage et l'image de son étirement, atteindre l'objet inconnu, caché, d'une quête. Le champ lexical de la ligne, particulièrement abondant ("sillons", "branches", "rainures", "rides", "voies", "lignes ferroviaires", "rubans d'asphalte des routes et des autoroutes", "rectiligne", "traînées blanches", "avions qui passent", "horizon", "fil", "sillage", "fil", "traits"), manifeste on ne peut plus clairement cette ambition. Ce mouvement-là s'accompagne d'une impressionnante progression épique (hyperboles : "tous les livres", "toutes les pages des cahiers", "tout autour de la terre", "démesurément longues", "les suspendre sous le ciel bleu où défilent les caravelles", "accroche à la lune", "vers des rivages au soleil jamais couchant", "dans les parages du firmament", "tous les attraits", "jusqu'aux nuages", "tout", "toute la mer", "tout de long en large", gradations hyperboliques : "d'ici jusqu'à l'autre bout de l'univers, jusque derrière les étoiles, de l'autre côté de la lune et du soleil", "d'une vie à l'autre, d'un monde à l'autre", marqueurs de forte distance : "au-delà", "là-bas", "là-haut", "haut", "hors"). Dès lors, c'est bien l'image du langage comme utopie qui s'impose au lecteur. L'enfant n'est pas ici un enfant au sens strict du terme. L'enfant est celui pour qui le langage n'est pas investi d'une fonction purement utilitaire, instrumentale. L'enfant est celui pour qui le langage est émerveillement, jeu éternel de correspondances, magie. L'enfant, c'est le poète (gradation anaphorique : "Il ne savait pas écrire", "Il ne savait pas écrire, mais il pouvait décrire", sur laquelle se greffe, aussi, une antithèse très parlante : "Triste, il ne savait pas écrire ; joyeux, il pouvait décrire"). Le langage n'est pas pour lui forme fermée, délimitée, mais jaillissement, conquête permanente de territoires d'images (jeu de mots : "demeuré" / "nulle place où demeurer"). "Il entendait les voies, il ne s'y entendait pas dans les voix." Le jeu antithétique d'homonymies met en évidence ici le clivage entre le poète et l'homme étranger à l'appel de la poésie. Le premier entend les voies, il comprend qu'il existe pour lui des routes souterraines, qu'il emprunte comme un "funambule", pour dire le monde, l'instituer en mots. Le second s'y entend dans les voix. Il est l'homme pratique, celui pour qui le langage se suffit à lui-même dans sa configuration docile, ordonnancée, apaisée, pour viabiliser, assurer, pérenniser l'échange avec ses semblables. Cette suite de réflexions nous oblige à réinterroger le premier paragraphe. La "maîtresse" ne serait-elle pas plutôt la langue française à laquelle on reste réfractaire dans l'acception la plus scolaire du terme (gradation : "apprendre les lettres, les syllabes et les mots... les former... les déchiffrer"), la plus domestiquée, la plus corsetée ? Langue que l'on sait lire, évidemment, mais que l'on se refuse à considérer, à entériner comme sienne sous une forme si retorse, si exigeante, si amidonnée ? À laquelle on souhaite ardemment rendre sa charge aventureuse, mystérieuse, vivante, sensuelle, féconde ? À la toute fin du texte, le mot "convulsions" suggère l'approche d'une mort toute symbolique. Le mot "dénouements" traduit à la fois l'affranchissement des règles jusque-là subies et l'ouverture finale sur un espace - espace océanique – d'écriture libérée. Le caractère épique de la narration, porté par les figures d'amplification, plaide pour une lecture rimbaldienne du texte ("Voyelles", " Le bateau ivre", "Aube").

Merci pour ce partage !

   Pouet   
16/2/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bjr,

Je suis tombé sur cette nouvelle non pas au fil de l'o mais au fil de mes pérégrinations oniriennes. Je ne suis pas déçu. J'ai bien fait de remonter le fil des publications, plus de huit ans en arrière.

Inutile de vous préciser que je n'ai pas votre talent pour commenter les textes, vous vous en apercevrez bien.

Ce ne sera qu'un ressenti, un sentiment.

Une résonance avec mon quotidien.

Cet enfant m'a fait penser à un enfant atteint de troubles du spectre autistique que j'ai pu côtoyer durant quelques années dans la classe spécialisée où j'exerce. Cet enfant n'est "entré" dans l'écriture et la lecture que durant sa dernière année de classe avec nous, à onze ans. Il est parti ailleurs depuis. Cet enfant était un passionné de train et de rails, de lignes. Il en dessinait sur le tableau blanc, soigneusement, avec des feutres, se tenant la main droite avec la main gauche pour plus de précision. Il en traçait dans les airs, la tête penchée sur sa main esquissant des traits imaginaires. Il en repérait partout, sur un pull, un coin de table, une feuille blanche, une branche d'arbre tombée au sol... Un enfant qu'on pouvait parfois ressentir profondément triste même s'il le cachait souvent derrière des éclats de rire ou de vivre.

J'ai été sensible à vos mots, à vos jeux sur les mots, au ludique dans la tristesse, à votre délicate écriture poétique.

C'est un texte très touchant que voici, très "juste" dans son onirisme, onirique dans sa réalité.

Je suis content d'avoir trouvé ce fil, de l'avoir tiré jusqu'à moi.


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