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Sentimental/Romanesque
Luz : Le joueur d'échecs
 Publié le 14/07/19  -  15 commentaires  -  9212 caractères  -  83 lectures    Autres textes du même auteur

Un enfant souffrant de déficience mentale légère a appris à jouer aux échecs dans un institut médico-éducatif. C'est devenu sa passion.


Le joueur d'échecs


Vers onze heures du soir, le téléphone de Karim émit un « tuc tuc » le prévenant de la réception d’un SMS : « C’est qui ? » demandait Nathan. Difficile de faire plus court ; pourtant Karim réagit instantanément et avertit Claire, la directrice de l’institut médico-éducatif.


– Il a appelé à l’instant ! Je vais à l’entrée du haut, ça capte mieux.

– J’arrive ! Qu’est-ce qu’il a dit ? lui cria Claire depuis la salle à manger où elle laissa en plan son yaourt.

– Juste trois mots : « C’est qui ? » Il ne comprend pas que le SMS venait de moi.

– On peut répondre comme si j’étais l’interlocutrice, en proposant une partie d’échecs ; qu’en penses-tu ?

– Bonne idée, il gagne plus facilement avec toi… Dis-moi si ça va : « C’est Claire, j’arrive te chercher, on va jouer aux échecs. T’es où ? »

– Parfait ; envoie !


Au bout d’un très long quart d’heure, le « tuc tuc » répondit : « Au pont ». « Au pont du Cros ? » interrogea Karim. « Oké », fit aussitôt le « tuc tuc », auquel Karim renvoya un : « Ne bouge pas ; je serai là bientôt : compte jusqu’à mille ».

Le pont du Cros n’était pas loin. Après avoir informé le groupe encore à sa recherche qu’ils avaient localisé Nathan, puis fait le point avec l’infirmière de garde, Claire et Karim partirent avec la fourgonnette.


– On ne préviendra les flics que lorsqu’on l’aura récupéré : Nathan peut de nouveau vadrouiller, pas de temps à perdre, décida Claire.

– De toute façon, ils n’ont pas dû entreprendre grand-chose. Tu les as appelés vers vingt heures : à mon avis, ils commencent à peine à s’organiser ; et c’est un bien grand mot…


Nathan attendait, allongé sur le large parapet du pont de pierres. Il observait ses merveilleuses étoiles. L’air, encore doux, sentait la fougère et la résine d’épicéas.


– C’est beau… Je crois qu’il y a beaucoup plus d’étoiles orange que de bleues, mais les nuages cachent souvent. J’ai pas la mémoire qui dure assez.

– C’est pas grave, lui répondit Claire. Les nuages doivent apparaître pour qu’on se repose du soleil ou des étoiles. Tu sais, il faut rester avec le groupe ; pourquoi t’es-tu sauvé tout à l’heure ?

– Je voulais être tranquille pour observer la nuit. Le Gaston a dit non ; Gaston le con !

– Mais tu aurais dû l’écouter au lieu de partir en courant. On a essayé de te retrouver toute la soirée. Gaston est gentil : il te cherche encore avec José et ses amis. Et puis tu as raté le dîner, tu dois avoir très faim.

– J’ai mangé plein de fraises, très petites, et j’en ai gardé pour tous ! Regarde dans mon sac à dos.


Nathan dormait avant même d’être arrivé au centre. Après avoir prévenu la gendarmerie, ils le réveillèrent en douceur pour qu’il regagne sa chambre et retrouve tranquillement le sommeil. Mais Nathan n’avait pas oublié le message de Claire : il voulait jouer aux échecs.


– D’accord, lui accorda Claire, mais je me sens fatiguée maintenant ; on reprend juste la fin de la partie de jeudi dernier. On replace les pièces : je sais que tu avais noté où on en était.

– Fais plutôt une partie avec moi, lui proposa Karim.

– Ben non. Claire a dit « elle veut jouer », répondit gentiment Nathan.


À presque minuit, Claire aurait évidemment préféré aller dormir, mais ils avaient réussi à retrouver Nathan grâce à son attrait pour les échecs ; alors, si un jour une situation analogue se reproduisait, ils pourraient à nouveau utiliser cet argument.

La fin de la partie s’annonçait assez longue, car les forces des blancs et des noirs semblaient à peu près comparables. De plus, Nathan jouait toujours assez lentement ; mais, heureusement pour Claire, il se fatiguait parfois très rapidement, et ce fut le cas cette nuit-là. Après quelques sauts de cavalier infructueux, il proposa d’arrêter ; ce que Claire accepta bien volontiers.

Après avoir bu une tisane et goûté aux fraises des bois un peu écrasées de Nathan, ils allèrent se coucher. Tous paraissaient encore perturbés et épuisés par cette si longue journée.


Claire peina à s’endormir dans la chambre de service. Elle ressassait cette soirée folle passée à rechercher Nathan. Elle se dit qu’il avait dû se cacher dans quelque fourré, puis, à la nuit, longer le ruisseau du Cros par l’étroit chemin des pêcheurs jusqu’à atteindre le pont.

Nathan avait intégré l’établissement voici quatre ans, à la mort de sa mère. Il avait quinze ans maintenant. Il ne présentait pas de handicap profond, seulement une légère déficience intellectuelle limitant ses capacités d’apprentissage. Son intelligence et son comportement au sein de la société apparaissaient différents de la « norme ». Ainsi, parfois, des problèmes très simples le dépassaient, alors qu’il arrivait à en résoudre d’autres, beaucoup plus complexes, en passant souvent par des biais très particuliers. Lorsqu’il était fatigué ou contrarié dans ses projets, il arrivait qu’il se mette en colère — de petites colères, pas méchantes, qui ne duraient pas. Il fallait anticiper cela, et Karim, en particulier, y parvenait fort bien.

Il travaillait au sein de l’établissement, en tant que psychothérapeute, depuis près de deux ans, et était apprécié de tous grâce à sa compétence, sa gentillesse et son dévouement. Il avait, entre autres, créé un club « Échecs », composé d’une dizaine d’enfants et d’adolescents du centre, de membres du personnel et d’habitants de la commune. Des rencontres d’apprentissage et d’entraînement étaient programmées chaque mardi et samedi matin. Nathan avait mis plusieurs semaines pour assimiler les règles, les tactiques et les stratégies de ce jeu. Puis, avec le temps, il devint l’un des meilleurs du groupe, avec José, un maçon retraité, et Cathy, la comptable. Cela évolua ensuite en une véritable passion et il sollicitait souvent Karim ou un membre du personnel pour une partie. Entamant la subvention annuelle de la commune, Claire acheta un jeu d’échecs électronique, avec « obligation de mise sous clef avant vingt heures ».

Il aimait toutes les pièces, sauf les fous. En général, il se débrouillait pour les éliminer assez rapidement en pratiquant des « échanges » avec le camp opposé. Son aversion envers cette pièce — censée contrôler les diagonales de l’échiquier, soit les noires, soit les blanches — provenait sans doute d’un incident survenu lors d’une excursion dans la ville voisine. Un petit monsieur avait lancé en les croisant : « Tiens, les fous sont de sortie… » Il avait senti la colère monter instantanément dans sa gorge, car il connaissait la signification de ce mot pour l’avoir si souvent entendu crachoter de bouches moqueuses et niaises depuis sa plus tendre enfance. Mais Karim, après avoir vigoureusement « décalaminé » les oreilles du « petit monsieur », avait tranquillisé Nathan : « Non, c’est lui le fou ; la haine a saigné tout son cœur : il est sec. » Alors, depuis, Nathan éliminait sur l’échiquier les fous au cœur sec.


Claire se leva juste avant le soleil, vers six heures trente. L’établissement, comme un village miniature, bruissait, s’animait sous les lueurs de l’aube qui perçaient la brume des collines boisées. Elle se dirigea vers la salle à manger du personnel, attenante à la cuisine, pour saluer les agents présents et prendre avec eux une tasse de café et une ou deux tartines. Les conversations ne portaient qu’en partie sur l’escapade de Nathan. Chacun se préparait, s’impliquait déjà, dans cette nouvelle journée qui réserverait, comme d’habitude, son lot d’imprévus ; de douleurs peut-être, mais plus certainement de belles et profondes joies.

Avant de rejoindre son bureau, elle bifurqua vers la salle de jeu pour éteindre la lumière qui s’échappait par-dessous la porte, croyant qu’elle l’avait laissée allumée toute la nuit. À l’intérieur, Nathan, grand sourire et yeux pétillants, savait qu’il avait gagné la partie. Il attendait que Karim — la tête serrée entre ses deux larges mains et le regard paraissant hypnotiser les pièces — se décide à abandonner. Claire se dit qu’Auguste Rodin aurait pu également sculpter « Le Joueur d’échecs » ; placé à côté du « Penseur », ils auraient tous deux reflété la même intensité de réflexion pure. Claire patienta discrètement. Karim resta encore statufié deux ou trois minutes, puis coucha son roi sur l’échiquier. Un sourire, peu à peu, effaça une petite grimace qui semblait dire : « J’ai rien compris… » Nathan se leva alors d’un bond et alla à la porte embrasser Claire.


– Eh bien, Nathan, déjà debout et partie gagnée ; bravo ! Mais tu dois manquer de sommeil, tu devrais aller te reposer sur ton lit une heure ou deux…

– Ben non. On a repris le jeu de cette nuit. En dormant, j’ai revu les étoiles. J’ai mis les cavaliers au centre et j’ai avancé les pions, comme au-dessus du sapin cassé. J’ai bloqué Karim ! Pour gagner, il faut choisir la bonne partie du ciel…


 
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   poldutor   
14/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Luz

Petite nouvelle pleine d'humanité.
Nathan, léger déficient mental, fait une fugue de son centre de l'institut-médico-éducatif...On le recherche en vain, puis l'idée de Claire : lui proposer une partie d'échec, jeu dont il raffole, un SMS et le tour est joué. On le récupère, et Claire démarre une partie jusqu'à tard dans la nuit, malgré la fatigue ...
Belle mise à l'honneur de ce personnel qui s'occupe d'enfants intellectuellement retardés, avec compétence et patience.
Il est dommage que cette nouvelle soit si courte, on aurait aimé savoir ce qu'il advient de Nathan, en tant que joueur d'échec.

Merci pour ce moment d'humanité.
Cordialement.
poldutor

   hersen   
14/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
"Pour gagner, il faut choisir la bonne partie du ciel."

Pour un peu, ça se passerait de commentaire ! mais on vient pour ça !

Luz, tu as fait une très belle prestation sur le thème du handicap, tout en douceur, tout en poésie aussi, les étoiles, c'est quelque chose, n'est-ce pas !
Le point fort est sans doute l'ensemble Nathan+personnel, dont on sait de ce dernier qu'il n'a pas toujours le nez dans les étoiles au travail, tant les conditions se dégradent.

le jeu d'échecs est une bonne idée, car il se prête tout à fait à l'état d'esprit de Nathan : on appelle stratégie ce que lui appelle rêve, il joue avec les étoiles. Tu montres ainsi fort bien "son" monde.

Bravo Luz pour cette nouvelle au pied levé dont le thème n'est pas évident...et toujours heureuse de te retrouver côté nouvelles, dont tu es maintenant un habitué !

   Eclaircie   
14/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je viens rarement en nouvelles, mais comme j'ai lu et mis un petit mot à tous les textes du défi, je vais tenter d'étoffer un peu mon commentaire.
J'ai aimé cette manière de traiter le sujet, manière positive, tendre, bienveillante et empathique.
L'écriture est directe et efficace, peut-être un peu trop lisse parfois, un peu "tout le monde, il est beau, tout le monde, il est gentil".

J'ai apprécié la description fine de la logique et de la poésie du gamin.

Merci du partage,
Éclaircie

   Corto   
14/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une nouvelle qui ressemble à la vraie vie, prise en finesse, respect, sensibilité.

Le début montre d'emblée la tension née de la fugue de Nathan, où l'on s'inquiète pour lui comme doivent s'inquiéter tous les membres du personnel de l'établissement.

La réaction de Karim et Claire à la réception du SMS est très professionnelle, adoptant la stratégie la meilleure pour retrouver l'adolescent. Dès les retrouvailles c'est lui le poète "Je crois qu’il y a beaucoup plus d’étoiles orange que de bleues, mais les nuages cachent souvent. J’ai pas la mémoire qui dure assez."

Le passage sur "les fous" est particulièrement bien vu. Le jeune qui s'est vu traité de fou par un idiot ordinaire neutralise désormais les fous sur le jeu d’échec: bien vu !

Le final est très réussi, où l'on voit que Nathan a sa propre logique et nous offre encore une réplique poétique: "Pour gagner, il faut choisir la bonne partie du ciel…"

Le déroulé des événements est bien organisé, les descriptions sont concises.

Un seul élément peut poser question: si le jeune a 15 ans et ne souffre que d'une "légère déficience intellectuelle", on peut se demander si l'ensemble de la description est vraiment concordante car on perçoit plutôt ici un âge mental de 8 ou 9 ans qui correspondrait à un déficit important.

Mais l'auteur a sans doute ses raisons. Bravo à lui.

   jaimme   
15/7/2019
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour Luz,
Merci pour cette courte nouvelle pleine de tendresse et qui révèle, une fois de plus, que le regard que l'on porte sur les différences est toujours en cours de travail. Sans doute pour longtemps, tant que l'homme s'identifiera avec ses prétendues supériorités.
Les personnages sont identifiables, même s'ils sont peu marqués et cela tient sans doute à la longueur du texte. Les situations sont claires et multiples (échecs, étoiles, relations).
Il y a quelques passages plus recherchés que d'autres, c'est bien.
Reste qu'à mon goût il manque un peu d'uppercuts, attendus, je pense, dans un texte court.
Merci pour cette lecture.

   placebo   
15/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
Le texte est correct et se laisse lire sans difficulté. Malgré l'aventure pour retrouver Nathan, c'est le côté poétique qui ressort davantage.
J'espère qu'il existe vraiment des lieux tels que ceux-ci pour aider les enfants et avec de pareils encadrants.
J'ai une petite réserve pour les dialogues qui me semblent plus écrits que parlés. Peut-être l'usage des ; et : ?
Merci pour ce texte,
Bonne continuation

   Robot   
15/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je ne peux m'empêcher de penser qu'il y a une part de vécu réel dans cette nouvelle. J'ai aimé la sensibilité discrète pour évoquer le handicap, le réalisme aussi des scènes évoquées comme celle de l'élimination des "fous" et de l'explication qui en est donnée. L'image relationnelle qui implique une bonne connaissance de chacun de la part des éducateurs. La relation que Nathan entretien également avec les autres est assez conforme avec ce que je peux connaître de ce milieu. J'ai apprécié que le narrateur nous montre un Nathan avec un caractère volontaire, avec ses envies, avec ses caprices aussi: Une "personne" avec sa "personnalité", "quelqu'un" au sens premier.

L'écriture souple parfois empreinte de poésie m'a fait lire d'un trait ce récit d'autant plus qu'il est court et sans digression inutile.

   Cristale   
15/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Luz,

Cette nouvelle, hissée sur mon podium lors du défi, me laisse les mêmes impressions de tendresse, d'humanité, l'émotion éprouvée à la première lecture est toujours aussi prégnante.

Si la plupart des enfants répond à la promesse d'un bon dessert où du dernier jouet à la mode pour se tenir sage, Nathan, lui, préfère qu'on lui accorde une partie d'échec.

Le commentaire des nouvelles n'étant pas vraiment "du domaine de mes compétences", je ne peux que dire à l'auteur qui voudra bien m'excuser de mes maladresses s'il en est, que j'apprécie la clarté de son texte, la douceur de ses mots et son talent pour décrire une ambiance à la fois inquiétante et finalement rassurante.

La patience, l'attention, l'affection du personnel médical, me laissent une impression de grand professionnalisme teinté de tendresse.
Le caractère entier et spontané de Nathan : "Je voulais être tranquille pour observer la nuit. Le Gaston a dit non ; Gaston le con !"
J'adore !

Le schéma de pensée de cet enfant est magnifiquement décrit dans la partie finale du récit :

"En dormant, j’ai revu les étoiles. J’ai mis les cavaliers au centre et j’ai avancé les pions, comme au-dessus du sapin cassé. J’ai bloqué Karim ! Pour gagner, il faut choisir la bonne partie du ciel…"

Il faut faire montre d'une grande pédagogie et bien connaître la "faiblesse" particulière du petit afin d'obtenir de lui ce retour au centre sans le moindre bobo.
Sinon, qui sait ce qu'il aurait pu se passer du haut du pont ?

Un récit qui m'a beaucoup touchée.

Je regarderai différemment les étoiles, au dessus du sapin cassé, en pensant à Nathan et aux enfants pas tout-à-fait comme les autres...

Bravo et merci Luz.
Cristale

   toc-art   
15/7/2019
Bonjour Luz,

Je ne vais pas commenter ce texte comme je le fais habituellement parce qu'il a été produit dans la perspective toujours particulière d'un défi, avec des contraintes qui ne sont jamais faciles à satisfaire et qui, d'une manière ou d'une autre, conditionnent forcément la construction du récit.

Je vais juste donner mon sentiment sur deux points, le thème et son traitement.

Sur le thème : rien à dire (qui oserait ?), on est forcément du côté du gamin et des encadrants et certaines descriptions très empathiques donnent corps aux personnages auxquels vous vous attachez. Bravo pour ça, avec une mention particulière pour la phrase de conclusion qui ouvre la réflexion du lecteur bien au-delà de la partie d'échecs.

Sur le traitement :
je suis moins fan. Même si je note quelques touches poétiques, l'ensemble me parait trop démonstratif, trop dans la volonté de susciter l'adhésion. En tant que lecteur, je n'ai pas besoin qu'on me dise que Karim est ceci ou cela, je veux me faire mon idée moi-même et le juger à son comportement. C'est un peu le travers, pour moi bien entendu, de ce texte : tout est constamment donné au lecteur. Et c'est dommage car vos personnages ont suffisamment de personnalité par eux-mêmes sans qu'on ait besoin de souligner leurs qualités de cette manière. Par ailleurs, je pense que l'écriture gagnerait à être plus incisive, moins plate, surtout dans un format aussi court.

Ce sont mes réserves sur ce texte mais je le répète, les contraintes du défi étaient suffisamment importantes pour que je salue l'effort et, dans une certaine mesure, la réussite. Mes remarques pourront éventuellement vous servir, ou non bien sûr, dans un autre contexte.

Cordialement,
toc.

   Davide   
16/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz,

Un texte touchant, nimbé de poésie. Le thème s'y prête... bien, très bien même. La tendresse qui unit les personnages est émouvante, de bout en bout. Et même si rien ne m'a surpris pendant la lecture (ce n'est pas l'objectif du texte), les émotions ont été de la partie.

La solitude de cet adolescent différent et son appréhension du monde est joliment imag(in)ée : il trouve refuge au ciel comme dans une partie d'échecs. La désagréable connotation du fou m'apparaît comme une belle trouvaille, en miroir de sa souffrance.

Un regard très juste sur la différence - le handicap (?) - les difficultés relationnelles qu'elle induit et la patience des éducateurs, qui s'occupent sans relâche de ces êtres souvent solitaires et désorientés.

"Pour gagner, il faut choisir la bonne partie du ciel…"
Quel bel hommage à leur sensibilité !

Merci Luz,

Davide

   aldenor   
16/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La nouvelle se développe avec tant de naturel dans les situations et les dialogues qu’on a l’impression d’une histoire vraie.

Et même si l’écriture manque parfois de vivacité, la poésie et l’émotion restent bien présentes.

Joueur d’échecs moi-même, je retiens de belles et surprenantes idées, comme l’acharnement de Nathan contre les fous (Fous et cavaliers sont des pièces considérées plus ou moins équivalentes. En général on préfère cependant les fous, surtout si on peut avoir la paire. A l’exception notable de Chigorin, fin 19eme, dernier des grands maîtres dits romantiques, qui affectionnait les cavaliers et comme Nathan, s’empressait d’échanger ses fous….) et la conclusion “Pour gagner, il faut choisir la bonne partie du ciel…”.

“Claire se dit qu’Auguste Rodin aurait pu également sculpter « Le Joueur d’échecs »”. Me fait penser a cette phrase de Richard Hawke dans « La peau du diable » que j’ai lu il y a peu : «  Rodin avait eu tout faux lorsqu’il avait sculpté Le penseur. Ce type ressemble plutôt a un gars en train de gamberger pour trouver le bon coup lors d’une partie d’échecs. Pour vraiment réfléchir honnêtement et profondément, il faut remonter les pieds au même niveau que la tête…. ».

   Tiramisu   
18/7/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour,
J’aime l’histoire, elle est pleine de tendresse tout en étant lucide sur notre monde qui rejette tout ceux qui ne sont pas comme eux, oublie tout ce qui sort de la norme avec mépris et ignorance.
J’aime particulièrement le passage sur le fou et le regard de Nathan sur les étoiles auxquelles il semble connecté.

En revanche, j’aime moins le début de votre nouvelle et le traitement dans son ensemble qui ne met pas en valeur ni la situation, ni les personnages, de mon point de vue. Je vais tenter de m’expliquer.
Je trouve que les premières phases n’installent pas suffisamment la situation, le contexte. Beaucoup de temps sur les tuc-tuc, les sms, pas assez pour comprendre la problématique. Nathan est parti, je suppose qu’il y a de l’inquiétude et sans doute du soulagement qu’il réponde au sms. Cela ne transparait pas assez. Cela aurait mérité d’être exploité et de créer un peu plus de suspense pour installer la situation, et en profiter pour présenter Nathan par petites touches dès le départ, plutôt que faire sa présentation plusieurs paragraphes plus bas.
Tout ceci ne m’a pas permis d’être accrochée dès le départ, c’est dommage.
Les « merveilleuses étoiles », le terme merveilleux me semble très général, et me fait décrocher aussi.
Cela manque de transition, brusquement on se retrouve dans la voiture pour rentrer au centre.
Beaucoup d’adverbes : par exemple dans cette phrase : « Nathan jouait assez lentement mais heureusement pour Claire, il se fatiguait parfois très rapidement. ».
L’écriture est assez fluide mais gagnerait à être allégée de fait.

En résumé, jolie histoire qui mériterait un meilleur traitement de mon point de vue. qui rendrait la narration plus vivante.
Bonne continuation.

   moschen   
28/7/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Il observait ses merveilleuses étoiles ... admettons que le personnage principal "possède" des étoiles mais alors qui est-il ? Il suffirait de nous confirmer votre intention en maintenant le possessif. Voulez vous nous le confirmer ?

Grâce à son attrait pour les échecs ... êtes-vous certain de bien employer ici le mot attrait ? Attrait : présenter des qualités qui séduisent... Vouliez-vous parler d’attirance ?

Son intelligence et son comportement au sein de la société apparaissaient différents de la « norme » ... je ressens cette phrase comme le pressant besoin que vous avez de nous aider à comprendre le texte, sa portée, le non-dit. Ne pensez-vous pas que nous pourrions à l'aide des indices disséminés parvenir à la même conclusion sans ces explications fournies ?

Il aimait toutes les pièces, sauf les fous : Aux échecs les fous ont une importance, la même qu'un fou du roi, celui qui est donc investi de la charge de dire à sa majesté ce que la cour rechigne à dire, puisque soucieuse de ne pas perdre son rang. Il y a bien une configuration de finale de partie où il ne reste que des pions et des fous… Si les pions de la partie adverse ne sont pas sur la couleur de votre fou, alors votre fou va devenir dingo.

Der Schach Spieler … Zweig ?

Le jeu d’échecs ressemble à la vie en ce qu’il vous oblige à penser - hausser la question au-dessus de toutes réponses. C’est ce que j’ai entendu et cela sonne juste. Qu’en pensez-vous ?

   Donaldo75   
12/8/2019
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Luz,

Eh bien, quelle histoire très bien racontée, surtout sur la fin. Je n'ai pas regardé les contraintes du concours à l'époque et le lis cette nouvelle comme n'importe quelle autre sans me préoccuper du cadre. Elle est progressive, au niveau narratif. Le début ne m'a pas transporté mais a éveillé ma curiosité puis, à partir de l'histoire des fous, la nouvelle a pris une autre dimension.

Bravo !

Donaldo

   maria   
12/8/2019
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Luz,

Beaucoup d'amour et de poésie dans ce texte. Une description juste, sans exagération des lieux et des personnages. Des gens d-univers différents se coudoient dans "ce village miniature" et partagent une passion pour un jeu intelligent.
Où sont les fous ?


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