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Réalisme/Historique
macaron : Jour de grâces
 Publié le 15/03/15  -  5 commentaires  -  11441 caractères  -  53 lectures    Autres textes du même auteur

Un conte historique de G. Lenotre revisité. Pour mon plaisir, et peut-être le vôtre…


Jour de grâces


– Sans-culotte Marceau ! Amenez-moi Farfadet, et qu’on en finisse !

– C’est que… il est introuvable M. Tinqueville.

– Comment ça introuvable ! Il était encore dans nos geôles pas plus tard qu’hier soir.

– Il nous a échappé citoyen, on ne sait pas comment. Le gardien s’est endormi, à son réveil il n’était plus là.

– Endormi… échappé… on ne sait pas comment…


Le public riait tandis que Tinqueville chassait Marceau à coups de bâton. Installé au jardin des Tuileries, le théâtre de la Vertu donnait chaque jour deux représentations. Le petit castelet ne prenait guère de place, une vingtaine de spectateurs payait quelques sous le droit de suivre les aventures de Farfadet roulant dans la farine Tinqueville et sa police. Nous étions en septembre 1793, en pleine Terreur, les lieux de culture soumis à la censure. Les petits théâtres de plein air, les spectacles de marionnettes bénéficiaient d’une moindre surveillance, pourtant, depuis quelques jours, un individu, tout de noir vêtu, intriguait. Son bicorne ne laissait pas de doutes sur sa qualité de bourgeois installé, décisionnaire, à l’abri en ces temps de troubles majeurs. L’homme restait un peu en retrait, il écoutait les dialogues sans sourciller, son regard balayait d’un œil vif les adultes ricaneurs. Ces deux derniers jours, une femme accompagnée de ses enfants avait attiré son attention. Différente des mégères qui s’esclaffaient au moindre soubresaut de Farfadet, elle semblait inquiète et elle serrait contre elle deux garçonnets turbulents. Il avait croisé son regard et il y avait lu la peur, la peur et la désespérance.


***


Adèle de Créaucourt épiait à travers la fenêtre l’arrivée de sa sœur Mathilde. L’impatience mêlée à l’anxiété augmentait avec les cavalcades incessantes d’André et d’Adrien, intenables dans l’appartement de la rue Saint-Florentin. Enfin la porte s’ouvrit, Mathilde entra, le visage le plus neutre possible ; sa sœur s’agrippa à sa robe.


– Dites-moi vite, je brûle de l’intérieur. Je ne vais pas tenir plus longtemps.

– Du calme ma sœur, j’ai pris contact avec ce Vigouroux, il connaît personnellement Dossonville, il va agir vite, mais ce sera très cher.

– Peu importe le prix, où est mon Armand ?

– Il est… à la Conciergerie.


Adèle éclata en sanglots. Elle avait espéré une autre prison que l’antichambre de la guillotine. Il existait des maisons de santé, des couvents, des endroits où la possibilité de s’en sortir demeurait. Son mari avait été arrêté une semaine plus tôt à la sortie d’une réunion dans l’arrière-salle du café Roger, fréquentée par les Girondins et autres modérés. Depuis, elle avait quitté Senlis pour s’installer chez sa sœur à Paris afin d’empêcher la lame tranchante du Tribunal révolutionnaire d’accomplir son œuvre funeste. Un certain Dossonville, commissaire de police, excellait dans l’arrangement des dossiers d’accusation. Il était très demandé et il possédait un cynisme résistant à toutes les dramaturgies possibles de cette époque en crise. L’argent était son Dieu, il ne s’en cachait pas. Adèle retrouva ses esprits :


– Quand pour l’argent, et avec quelles assurances ?

– Demain j’ai de nouveau rendez-vous avec Vigouroux. Après, c’est une question de confiance, nous n’avons pas d’autres choix.

– Je viens avec vous ma sœur, je veux voir ce coquin de près.

– Il n’en est pas question, tenez-vous en dehors de ces arrangements. Vous ne les supporteriez pas. Occupez-vous des enfants. André a adoré le spectacle de marionnettes, retournez aux Tuileries, faites-les se dépenser un peu, ici ils étouffent.

– Les Tuileries… j’ai eu très peur la dernière fois, un homme lugubre semblait s’intéresser à nous.

– Ma petite sœur… un des leurs sans doute. Pas très grand, mal rasé, gauche, tenant un chapeau mou à la main. Je les repère tout de suite ces gaillards-là. Arrêtez de vous tourmenter, il faut continuer de vivre, Armand reviendra, je vous le promets.


***


Pour rien au monde, il n’aurait sacrifié sa promenade quotidienne. Elle lui était devenue une nécessité. Antoine Fouquier-Tinville quitta le palais de justice sur les coups de treize heures pour rejoindre les Tuileries. L’édifice avait souffert après la journée du 10 août 92, mais les jardins étaient vite redevenus paisibles et accueillants. Le cœur de Paris ne pouvait se passer d’un peu de nature conciliante. Le souvenir de sa première femme lui revenait souvent ces derniers temps, presque tous les jours, et tandis qu’il marchait sans regarder les passants, un baume apaisait sa nature froide et contrariée. Dorothée l’avait rendu heureux autrefois, et ses affaires fleurissaient alors dans une confiance absolue. Que la vie était belle du temps de son vivant ! Depuis la condamnation de Charlotte Corday, le remords le rongeait. Pas de doute, elle était coupable la belle Normande de l’assassinat de Marat, mais ce qu’il avait dit à son procès, ces mensonges à propos d’une vie soi-disant dépravée par la fête et la luxure, il n’en était pas fier. Il avait joué son rôle d’accusateur public du Tribunal criminel extraordinaire. Son cousin Camille Desmoulins lui avait offert cette opportunité en le proposant au Comité de salut public. Sa vie avait pris ce tournant dans les coulisses du pouvoir, déjà une notoriété ténébreuse l’accablait : il faisait peur !

Il arriva à l’entrée du jardin, il se dirigea d'un pas lent vers le petit théâtre de marionnettes. Un des commissaires du tribunal l’avait informé du contenu contre-révolutionnaire du spectacle et de la caricature de sa propre personne dans ce Tinqueville cruel et sot.

Elle était là avec ses deux garçonnets, le plus jeune criait lorsqu’apparaissait Farfadet poursuivi par les sans-culottes Marceau et Fontaine. La jeune mère tâchait de calmer l’excitation d’André en le ramenant dans ses robes. Fouquier s’approcha d’Adèle de Créaucourt :


– Les enfants préfèrent toujours les fripons. Allez savoir pourquoi !

– Excusez-le citoyen, il est si jeune. André, calmez-vous ou nous ne viendrons plus.


Fouquier regarda l’enfant d’un air réprobateur. Chez un adulte, un accusé, l’homme aurait tremblé devant le regard sombre et profond, André se prit d’un fou-rire soudain.


– Allons cessez un peu, prenez exemple sur votre frère. Il regarde et il se tait.

– Peut-être même comprend-il ?

– Citoyen, il n’a que sept ans…

– Ne soyez pas gênée citoyenne, je vous souhaite une belle après-midi, je continue ma promenade.


***


Mathilde raconta son entrevue avec Vigouroux. Elle avoua que l’entremetteur lui apparaissait moins sûr que lors de leur première rencontre. Dossonville ne serait finalement pas le précieux intermédiaire. Il était en mission, en voyage, en Angleterre… nul ne savait trop. Vigouroux proposait un autre commissaire ayant lui aussi ses entrées à la Conciergerie, un certain Clémentin, le prix restait le même.


– Il faut agir vite Adèle, Vigouroux m’a parlé d’une recrudescence d’arrestations et d’exécutions. 25 000 livres en une seule traite !

– 25 000 livres… mais je n’ai pas cette somme ici. Quelle bande de voleurs ! Allons voir Tristan Méraucourt le meilleur ami d’Armand, il nous avancera les 10 000 livres qu’il me manque.

– Adèle… il a été arrêté ce matin. Je suis désolée, je ne peux même pas vous apporter mon aide. Vous le voyez, à présent je vis chichement, depuis la mort d’Henri…

– Je vous crois ma sœur bien-aimée, votre présence et votre lucidité m’ont été d’un grand secours. Mais, ne nous étiolons pas. Je sais ! Gagnons du temps, retournez voir ce malandrin et promettez-lui le pactole… il patientera !


***


Il était déjà là, les bras croisés, la mine patibulaire. Adèle hésita un instant, mais André l’entraînait, en la tirant de toutes ses forces par la manche de sa robe, impatient de revoir Farfadet. Autour du castelet peu de monde, pourtant cette fois-ci Tinqueville avait le dessus sur le facétieux réfractaire, les mains ligotées. Son interrogatoire venait tout juste de commencer :


– Citoyen Farfadet, après bien des péripéties, vous voilà enfin. Ne comptez pas nous échapper une sixième fois. Les précautions nécessaires ont été prises, toutes les issues sont fermées.

– Septième fois, citoyen Tinqueville, je me suis déjà évadé six fois… tra la la, tra la la la lère !


Les quelques spectateurs sourirent à l’impertinence de Farfadet. André serrait la main de sa mère, les yeux grands ouverts. Un léger rictus au coin de sa bouche penchait pour un sourire, mais son visage était grave. Il craignait pour la suite. Fouquier-Tinville, qui s’était approché d’Adèle, lui fit cette remarque :


– Il n’y a pas plus sérieux que les enfants, votre fils a la tête de circonstance. Il sent que la fin est irrémédiable, et il a raison.

– Citoyen, nous sommes venus nous distraire…

– Mais moi aussi, moi aussi citoyenne… je ne me suis pas présenté… Antoine Fouquier-Tinville.


Adèle pâlit, ramena dans un réflexe ses enfants contre elle. Elle comprenait son malaise à la vue de cet homme, l’instinct ne se trompait jamais. Elle baissa la tête, osa un regard de biais, frissonna en pensant aux conséquences de sa présence sur ce lieu.


– N’ayez pas peur, vous ne serez pas inquiétés. C’est la dernière représentation, je ne pouvais pas laisser faire plus longtemps. Nos hommes sont à la manipulation, Farfadet sera condamné et exécuté. Il n’est pas bon de trop s’éloigner de la réalité.

– Merci citoyen, nous allons rentrer…

– Ne me remerciez pas citoyenne… je pourrais tous vous arrêter… oublions… le castelet sera vite démonté et détruit. Quand même, quelle imprudence…

– Ce sont les enfants voyez-vous, ils sont en ce moment très perturbés. Le jardin les fait courir, les marionnettes ma foi…

– Oui je comprends. Et les temps sont difficiles, la révolution trahie, l’ennemi à nos portes… votre mari est à la Conciergerie, n’est-ce pas ?


La question fut si soudaine qu’Adèle ne put contenir une chaleur au visage. Elle devait être rouge écarlate. Elle avait raison de se méfier, cet homme était au courant de ses affaires. Un fort sentiment de défaite l’envahit, son cher Armand, désormais, ne quittera sa geôle que pour la guillotine.


– Il faut faire attention, poursuivit Fouquier d’une voix lente et basse, avec ces marchandages à propos d’une hypothétique libération. Beaucoup se font avoir. Certes, la Révolution traîne aussi son lot de malfaisants, parfois dans sa sphère la plus haute je le reconnais, mais prenez mon conseil comme une preuve de ma bienveillance. Soyez la prudence même !

– Je vous remercie citoyen, mais j’ai un devoir à accomplir. Je ne laisserai pas mourir mon mari sans avoir épuisé la force de mon espérance. Et Dieu sait qu’elle est grande !


Elle entoura de ses bras André et Adrien, prête à quitter l’homme en noir quand Fouquier-Tinville posa sa main sur son épaule.


– Dorothée aurait fait la même chose pour moi. Dorothée, ma première épouse, morte en couches pour notre cinquième enfant. Elle avait votre teint de printemps et ces boucles sur votre nuque. Je ne sais pas ce qu’elle pense outre-tombe de l’accusateur public, sans doute est-elle déçue, l’homme lui avait fait montre de plus d’honneur et de charité.


Il baissa la tête puis la redressa pour soutenir une dernière fois le regard franc et clair d’Adèle de Créaucourt.


– Votre époux est Armand de Créaucourt, n’est-ce pas ? Il sera chez vous, libre, ce soir. Vous avez ma parole d’honneur.


 
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   Asrya   
24/2/2015
 a aimé ce texte 
Pas ↑
Un "conte historique" revisité qu'il m'a fallu relire pour bien assimiler les personnages et leurs relations.
Pour cause, votre récit est assez riche en personnages et en situation. Entre les "faux" du théâtre, les vrais, les changements de narration, les changements d'espace, de temps ; une gymnastique qui demande une bonne concentration et un certain temps d'adaptation.
Une fois cet "obstacle" franchi, il me fut possible de m'intéresser au fond même de votre histoire.
Une femme, dans les années 1790 (1793) cherche à faire libérer son mari de prison, condamner à la guillotine. Pour cela, un seul moyen, payer 25 000 livres un commissaire en mesure de délivrer le mari de la Conciergerie.
Problème, ce type de combine est monnaie courante, les accusateurs publics rôdent, si bien que les manigances de cette femme sont percées à jour par l'un d'entre eux.
Heureusement pour elle, par illumination, par honneur et charité d'antan, cet homme lui promet la libération de son époux.
Pourquoi elle spécifiquement ? Oh... comme ça.
Vous précisez que c'est un conte, cela devrait suffire à expliquer ce changement de comportement mais pour moi, c'est insuffisant. Trop gros, pas assez détaillé, pas assez profond, pas suffisamment de cohérence et de logique.
Une histoire qui ne m'a pas réellement convaincu (ni la forme (complexe), ni l'idée (plutôt banale au final)).
L'écriture reste correcte,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
A bientôt.

   Neojamin   
27/2/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Bonjour,

Je ne sais que dire...C'est bien écrit, sobrement, sans fard, c'est assez efficace. Le remaniement de l'histoire n'est pas un exercice facile et je ne me suis jamais essayé. Je respecte donc l'effort, par contre, je n'y ai pas cru. L'ensemble est cohérent donc je pense que mon manque de «foi» dans votre texte vient de la forme. Je me suis senti un peu en retrait, l'histoire est contée sans beaucoup de sentiment, l'écriture est presque mécanique, les faits sont exposés, ils se suivent et amènent à la fin... sans que je puisse réellement m'identifier au personnage principal.

Je suis mal placé pour donner des conseils, mais je pense que, premièrement, ça manque de suspense. Par exemple, dès le début : «pourtant, depuis quelques jours, un individu, tout de noir vêtu, intriguait.» Commentaire peut nécessaire je pense...autant garder le mystère, on sait trop vite ce qui va se passer, et la chute en devient très molle (d'autant plus qu'elle est loin d'être épique!). Deuxièmement, comme je le précise plus haut, il faudrait je pense insérer plus de sentiments, illustrer l'angoisse d'Adèle, la froideur du commissaire...et amener plus subtilement sa surprenante décision de libérer son mari...pourquoi ? Qu'y gagne-t-il ? Est-ce juste par amour pour sa défunte femme ?

Merci et bonne continuation!

   placebo   
16/3/2015
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Un peu comme les autres…

Je trouve le texte trop explicatif, à la fois dans les dialogues (les personnes savent de quoi il est question et le nom de leur interlocuteur, les rajouter fait artificiel) et dans le reste (par exemple le paragraphe commençant par "Adèle éclata en sanglots").

Trop de noms d'un coup, j'ai été perdu. Au final on s'en sort, mais l'obligation de les retenir (peut-être les personnages joueront-ils un rôle par la suite) maintient hors du texte.

Revisiter des textes est un exercice intéressant et je suis sûr qu'il est plaisant.

Bonne continuation,
placebo

   Perle-Hingaud   
18/3/2015
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J’aime les nouvelles historiques quand elles reflètent les anecdotes de la Grande Histoire. Je trouve que l’écriture, élégante et classique, sert bien ce récit.
Le premier paragraphe plante le décor et crèe le suspens. Ensuite, l’action se déroule sans heurt : les dialogues sont bons, les personnages dans leurs rôles. Pour ma part, j’ai aimé que le méchant s’attendrisse, pour une fois.
Merci pour cette lecture !

   hersen   
27/5/2015
 a aimé ce texte 
Un peu
Je déplore que dans ce texte il n'y ait pas eu un travail en profondeur. En effet, le contexte historique, l'angoisse d'Adèle, tout cela est bien écrit ( et décrit ) mais le plus intéressant est le revirement de situation. Pourquoi ? est-ce le remords ? Est-ce en souvenir de sa femme ? Le mari d'Adèle sera-t-il le seul à en profiter à plus long terme, y aura-t-il une remise en question de ce personnage ? Enfin, vous l'avez compris, j'ai trop de questions et pas assez de réponses !
Vous appelez cette nouvelle " conte historique " Je ne me retrouve pas bien dans cette appellation, les deux mots me semblant antinomiques.
Quoiqu'il en soit, merci pour cette lecture.


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