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Réalisme/Historique
macaron : Ruissellements
 Publié le 07/05/18  -  11 commentaires  -  14657 caractères  -  42 lectures    Autres textes du même auteur

De l'eau qui ruisselle sur les toits, de l'argent qui ne ruisselle pas jusqu'en bas.


Ruissellements


Septembre 2008


C’est un drôle de type Bernard Ciskowiak, dans la marge, iconoclaste. Il roule dans sa fourgonnette d’un autre âge, la radio à fond pour étouffer la souffrance de la mécanique fatiguée, des jointures à lubrifier. Ce qu’elle crachote la radio sur les ondes depuis ce matin : la faillite de la grande banque américaine Lehman Brothers. Il s’en fiche, enfin, pas complètement, voir tomber des riches, cela vous laisse à penser – un instant – qu’il y a encore une justice dans ce monde écœurant d’inégalités. Un instant, un instant seulement, car il le sait bien Bernard qui payera la note à la fin pour toutes leurs folies, nous, la piétaille qui turbine. À l’arrière de sa camionnette, il transporte deux conteneurs vides, neufs, en plastique, d’une contenance d’1m3, sur palette de bois, grillagés. Il sort de l’usine, une entreprise de fabrication de produits chimiques où il travaille en horaires décalés. Il arrive chez lui, un ancien entrepôt qu’il a acheté une bouchée de pain. Il range les deux conteneurs dans le fond du hangar avec les autres, les compte, il en a six, de quoi tenir jusqu’à la fin du mois.

Ça jase sec au travail, ça jase et ça rigole en douce. Depuis qu’ils sont venus, quelques collègues, à la pendaison de la crémaillère quand il a eu les clés de son petit entrepôt. Son lit dans un des bureaux de l’ancienne société de logistique, un réchaud à gaz pour cuire ses repas. Qu’est-ce qu’il lui a pris d’acheter ces locaux inhabitables, petits et mal agencés ? La réponse est toute simple, il lui fallait de la place pour ses activités artistiques. Là, ils se sont tous fendu la poire, Bernard, un artiste ! Sa dégaine à bientôt quarante ans, jean pas clean et chemise rouge à carreaux pour un beau gabarit avec une once d’embonpoint, il ressemble à un déménageur ou un brocanteur, un baroudeur déjà fatigué. Il leur a expliqué sa passion pour le dessin puis la peinture, il leur a fait voir ses tableaux – natures mortes et paysages –, il leur a raconté son projet de sculptures contemporaines en métal, le besoin d’espace pour stocker sa matière première et du matériel, notamment un poste à souder. Ils sont repartis la mine incrédule, et de Bernard, il est devenu Berzouille, on ne fait pas confiance aux artistes.


***


La radio bavarde parle encore de la crise, du plan génial du gouvernement pour renflouer les banques françaises. On discute à propos du président, notre sauveur, de la chance de notre pays en comparaison de nos voisins européens. Bernard caresse son chien Balthus tout en sirotant son café matinal. Il s’est bien débrouillé pour l’aménagement de son petit « chez-soi », doué de ses mains comme il l’est. Ce matin, il va livrer un conteneur à l’autre bout de la ville, jouer au marchand l’amuse et lui fait rencontrer des gens. Cela lui rapporte un peu d’argent aussi, les augmentations de salaire qu’on lui a refusées. Il a passé une annonce dans le journal local, et bon Dieu ça marche du tonnerre ! Soixante euros pour un conteneur neuf au prix d’une centaine d’euros, il ne vole personne. La joie des petits propriétaires cela compte aussi, heureux de pouvoir enfin stocker la bonne eau de pluie pour les fleurs et le jardin potager. Il a le nom de ses clients dans son petit carnet, des amateurs d’eau du ciel qui ruisselle des toits et qu’on peut récupérer par ce petit subterfuge. C’est fou la demande en ce moment, il est obligé de faire patienter sa clientèle. Il ne peut pas sortir de l’usine des conteneurs à foison. Il existe une règle tacite au sein de l’entreprise où chacun peut récupérer un conteneur usagé pour soi ou pour son entourage. Certain ne se gêne pas, emmène de préférence un conteneur neuf pour le côté esthétique. Jusqu’à présent la direction ne s’est aperçue de rien ou alors n’attache pas d’importance à ces pertes, minimes pour elle. Dans le cas de Bernard, elle ne soupçonne heureusement rien, mais les rumeurs vont vite et il n’est pas à l’abri d’une dénonciation.

Quand il a livré sa marchandise, s’il ne travaille pas, il lui reste tout son temps pour ses sculptures ou pour chiner dans les brocantes ou farfouiller dans les casses automobiles. Il a commencé, dans son atelier vierge de toutes considérations artistiques, par un grand tableau en relief, en cuivre rouge et plomb fondu pour la représentation d’un site industriel, l’effet est saisissant. Mais son inspiration profonde le pousse inexorablement vers des œuvres où découpe, martelage, soudure l’extraient du réel. Il a des visions de monstres sortis des entrailles de la terre, des angelots noirs suffocants, des aventuriers de l’espace interloqués. Pourtant, sa première œuvre sera la représentation de son chien Balthus, le regard franc et bon quand ils se contemplent.


***


La production de l’usine subit une chute brutale. On invoque la crise, on tente de se rassurer comme on peut. Bernard – Berzouille pour ses collègues – n’est pas de cet avis et il le dit.


– Pour moi les gars, ils nous préparent un coup de pute. Huit ans qu’on est en LBO, les investisseurs sont sur les dents, ils ne vont pas tarder à vendre.

– Vendre, à qui ? C’est la crise, personne ne bouge.

– Ouais, mais avant de vendre, un petit toilettage pour embellir la mariée, ce n’est pas impossible. On baisse volontairement la production, suppression de personnel et hop ! on repart comme en quarante.

– Quel parano ce Berzouille ! Moi je crois que cela mettra du temps pour revenir à une situation normale. Pour l’instant, on se tient pépère, y a pas de bile à se faire.


Le plan de restructuration a été présenté un peu plus tard : quarante suppressions d’emplois pour dix créations. Pas de licenciement sec sauf impossibilité de trouver des volontaires. L’entreprise a sorti le carnet de chèques : formations, aides à la mobilité, au déménagement, à l’installation, etc.

Bernard n’est pas concerné, toute une flopée de jeunes trentenaires avec moins d’ancienneté que lui envisagent de partir, ne se faisant pas d’illusions sur leur avenir dans l’entreprise. Le petit crédit qu’il a pris pour son « atelier-maison » ne l’empêche pas de dormir, bien que cela l’ennuierait de se retrouver au chômage. À presque quarante ans, son petit diplôme de chimie n’est pas suffisant pour retrouver du travail. Et puis ici il est peinard, il n’a pas de compte à rendre, si ce n’est lors de l’évaluation annuelle bidon, quelques arguments pertinents pour sa défense. Sa réputation n’est pas fameuse mais déjà irrévocable, jamais il n’aura de promotion, les augmentations de salaire au compte-gouttes. Plus dilettante, moins investi par la bonne marche de l’atelier, on ne trouve pas. Un rien fainéant ou plutôt procrastinateur, il déclenche parfois chez ses collègues de la mauvaise humeur. On ne le prend pas au sérieux, il ne saisit pas pourquoi il devrait être enthousiaste et performant.


***


On ne s’entend plus dans la salle de contrôle, ils sont quatre à débattre sur les mécanismes compliqués du LBO.


– Ce n’est pas ça tête à poux, dit Bernard à Marley, un rasta fan de reggae.

– Tu le sais peut-être toi, Berzouille le grand artiste de l’usine ?

– Hé ouais, j’écoute la radio, je ne regarde pas vos conneries à la télévision. Grosso modo, l’entreprise achetée rembourse l’emprunt de l’acheteur. Tu vois un peu l’arnaque. Je me trompe Ricky ?

– Tout à fait cela, l’année dernière une grosse partie des bénéfices avant impôt est passée dans le remboursement de la dette. On a gueulé au CE, mais on n’a pas eu de participation pour autant.

– Vous avez gueulé, nous on a rien entendu, insiste Bernard.


Les autres se marrent puis la discussion dérive sur l’anxiété provoquée dans les familles à l’annonce du plan de restructuration. Même pas concerné directement on s’inquiète, c’est dire la fragilité de l’humain. Bernard se retire, les femmes, les enfants, il ne veut pas en parler. Surtout qu’en général son cas est ensuite examiné à la loupe. Pas maqué, pas de progéniture, qu’est-ce que tu fiches mon vieux ? Lui seul peut comprendre le chemin qu’il a suivi. Tout s’est joué le jour où son père est monté sur le toit pour régler l’antenne de télévision, mal positionnée ou insuffisamment fixée contre la cheminée. Il a six ans, un mercredi après-midi, pour regarder les dessins animés. Il se souvient encore, la petite flaque de sang, le corps de son père au sol, tordu, comme disjoint. Le cri de sa mère, l’horrible déchirement dans sa gorge, il les a entendus pendant des années dans ses cauchemars récurrents. Pour tromper sa nervosité, sans doute aussi un injuste sentiment de culpabilité, il a commencé à griffonner sur le papier à portée de sa main, puis à dessiner, à dessiner encore et encore, de mieux en mieux. Entre sa mère et lui, bizarrement, les liens se sont distendus, peut-être un peu de dépression ou le reproche inconscient de la mère à son fils. Bernard la voit de temps en temps, une après-midi, une soirée, ils ne se supporteraient pas plus longtemps.


***


L’inox rutile et fait de Balthus un chien peu ordinaire. Ce qu’il en a bavé pour exprimer, dans les yeux de son compagnon, l’amour et la bonté. Il a encore à travailler, tout n’est pas parfait, quelques soudures à reprendre, mais l’ensemble lui plaît. Il montre à Balthus, un beau labrador, sa représentation. Le chien, curieux, tourne autour, sent l’intrus, aboie et fait rire Bernard qui jubile.

À l’usine, le plan de restructuration est sur la fin, on ouvre le livre 3 ou 4, cela n’a plus beaucoup d’importance. Il manque deux volontaires et la direction, dans une note de service, invite le personnel à prendre ses responsabilités. Une autre note de service indique qu’il est désormais interdit de sortir des conteneurs de l’usine sans un bon signé par l’ingénieur sécurité/environnement M. Laforge. Bernard fait la moue en lisant les recommandations de la direction, il se dit que le changement est là, le bon temps derrière lui. Quelques jours plus tard, il est convoqué chez M. Pascalou le directeur de l’usine. Tout en s’y rendant lentement, il a le sentiment que cette fois-ci il va payer pour son petit commerce.


– Asseyez-vous M. Ciskowiak, j’ai une petite chose à vous dire et une proposition à vous faire.


Bernard prend un air étonné, il sait jouer la comédie quand il le faut.


– Voilà, vous avez lu la note de service concernant les conteneurs. Bien. Nous avons constaté un manque de conteneurs neufs assez conséquent. Nous ne sommes pas regardant et nous respectons au maximum les « traditions » de l’entreprise, mais là, il y a de l’abus. Nous avons eu vent que vous revendiez par l’intermédiaire d’une petite annonce dans le journal local notre matériel de travail, c’est inacceptable !

– Qui vous a dit ces conneries ?

– Monsieur Ciskowiak ! Je vous en prie, nous pourrions diligenter une enquête, porter plainte. Nous savons que c’est vous… dans votre fourgonnette…Voilà pour la petite chose, maintenant ma proposition. Il manque deux personnes pour clôturer le plan, et j’ai pensé à vous, en échange de notre compréhension dans cette petite affaire. Je vais être franc avec vous, nous nous passerons volontiers de vos services. Vos collègues se plaignent de votre travail, votre chef d’atelier, dubitatif, face à votre personnalité disons… originale. Vous passerez voir Mme Perlet, notre DRH pour les modalités d’usage.


***


Bernard roule à vive allure, il est en colère. Quelle pauvre merde il fait ! Il n’a pas bronché quand l’autre l’a mis à la porte. Pas une protestation, pas un geste de mauvaise humeur, sonné par l’écho des dernières paroles du directeur dans sa tête en fusion. Évidemment, il a tort. Il ne s’explique pas au fond comment lui est venue l’idée de ce petit trafic. L’argent n’est pas sa motivation première, alors l’eau qui ruisselle du toit, le conteneur providentiel ? Un bruit de cardan qui claque à sa droite quand il tourne le fait revenir à une conduite moins dangereuse. Il ralentit tout en ressentant une atmosphère particulière, ce n’est pas comme d’habitude. La radio ! Il en a même oublié d’allumer le poste, lui, ce grand consommateur de débats politiques, de discussions philosophiques. À cette heure, sur sa station favorite, il écoute d’ordinaire le face-à-face quotidien. On parle encore de la crise des subprimes, le journaliste demande à un célèbre économiste libéral s’il croit encore à la régulation naturelle du marché après ce que le monde vient de vivre. Bien sûr, rien n’est remis en cause, seulement quelques ajustements à faire. Bernard se détend, ce n’est pas encore une franche rigolade, mais cela va venir, il le sent. Le journaliste parle d’une dizaine d’années pour résorber les effets de cette catastrophe économique, il évoque aussi les écarts grandissants des inégalités entre riches et pauvres, il demande à son invité où en est la crédibilité d’une théorie comme celle du ruissellement. Bernard pousse le son, le spécialiste prend son temps pour répondre.


– Nous avons besoin des riches, je le répète, nous avons besoin des riches. On peut discuter des heures sur cette théorie du ruissellement qui n’en a jamais été une – c’est vous, il me semble, les journalistes, qui êtes à l’origine de la propagation d’une idée que la communauté scientifique n’a jamais avalisée –, il est avéré que l’argent comme l’eau ruisselle de haut en bas. Quand l’économie est florissante, tout le monde en profite, une partie des bénéfices parvient aussi aux plus démunis. Nous avons besoin des riches, ils sont indispensables.


Bernard explose au volant de sa fourgonnette : connard, enculé sont ses jurons préférés. Il en a déjà entendu parler de ce ruissellement magique, son idée à lui, l’argent descend bien un peu, mais remonte illico toujours dans les mêmes poches.

Il arrive enfin chez lui dans « son atelier-maison ». Bientôt il sera au chômage, il devra choisir une formation, se soumettre à un contrôle assidu pour continuer à toucher ses allocations. Il aura du temps aussi. Une idée lui vient pour améliorer le quotidien de créer des décorations pour le jardin. Des animaux en fer, lasurés façon vintage, faciles à réaliser. Des petites surfaces spécialisées dans la jardinerie pourraient être intéressées. Sa prochaine œuvre contemporaine sérieuse, sa première en fait s’il ne compte pas Balthus, il en a eu l’idée tout à l’heure dans la camionnette. Ce sera un monstre, le monstre ultra-libéral. Il aura, c’est inévitable, un gros ventre, une panse énorme, mais également de gros yeux, grand ouverts, avides. Les yeux aussi gros que le ventre, c’est cela même, les yeux aussi gros que le ventre.


 
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   plumette   
14/4/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai de la sympathie pour ce Bernard solitaire, un artiste qui a une conscience politique et suit son sillon, indifférent à l'opinion que les autres ont de lui.
Et en plus, il aime son chien et lui dédie sa première oeuvre. j'ai été intéressé de bout en bout par cette tranche de vie bien écrite, qui donne vie à ce "sans grade" sur fond de crise des subprimes.
Lorsque Bernard se fait virer, sa colère ne dure pas bien longtemps, c'est eut-être une chance pour lui, du moins je le lui souhaite!

Merci pour cette lecture

Plumette

   Perle-Hingaud   
23/4/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
J'ai bien aimé cette nouvelle, elle suit un fil net et le personnage a une vraie profondeur, très humaine. L'écriture est agréable. J'ai apprécié aussi le scenario, le fait de rester dans le réalisme (j'avais anticipé avec le début une histoire plus excessive, une explosion vengeresse avec les conteneurs). C'est ce qui me plait dans ce style de nouvelle: la vie, telle qu'elle est souvent. Bravo !
Le bémol: le passage sur l'enfance, dont je n'ai en fait pas compris l'intérêt dans le texte.

   hersen   
23/4/2018
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
Comment dire ?
Que tout y est ou presque, et que je retrouve ce que j'aime chez cet auteur : de l'humain. Sinon rien, merci.

Bernard,, un peu border line en ce sens qu'on le prend pour un Berzouille parce qu'il n'est pas dans le même schéma. Un homme solitaire, sans doute parce qu'il a eu à régler certains litiges entre la vie et lui, de ces choses qui marquent.

j'ai vraiment aimé la narration, explicite mais sans balancer du plomb. Par contre, du coup bravo à l'auteur, je n'ai rien vu venir en ce qui concerne le ruissellement. joli clin d'oeil rétrospectif que ces containers
"tombés du camion", c'est le cas de le dire; j'ai aussi aimé que Bernard ne se rebiffe pas quand il est viré. Pas de gros scénar pour accrocher, non, juste un mec devant son patron. Qui se la ferme. Du réalisme. réaliste au point de savoir que l'argent remonte mieux qu'il ne descend.
Merci pour cette nouvelle;
hersen

   toc-art   
7/5/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour macaron,

j'ai beaucoup aimé le portrait de ce personnage, parce que je l'ai trouvé très humain. Bien sûr, on a droit à une critique politique du système capitaliste mais Bernard n'est pas non plus un foudre de guerre qui aurait tout donné à son entreprise et qu'on aurait malgré tout sacrifié sur l'autel du profit. C'est ce caractère nuancé que j'ai aimé.

J'ai une réserve sur l'évocation des raisons de son célibat, je trouve que ça n'était pas nécessaire et que ça tombe un peu comme un cheveu sur la soupe.

Mais ce que j'ai préféré, je crois, c'est le style très différent de certains de tes textes. Quand je compare l'écriture de ta nouvelle "cinq mille francs" qui vraiment ne m'avait pas convaincu et ce texte-ci, je dis bravo parce que pour moi, on est à des milliers de kilomètres et c'est tant mieux !

Bravo donc !

PS : j'ai un doute sur l'orthographe de deux passages :

Certain ne se gêne pas, emmène de préférence un conteneur neuf pour le côté esthétique. : j'aurais mis certains au pluriel et accordé les verbes.
Nous ne sommes pas regardant : regardant est ici un adjectif, j'accorderais donc au sujet.

   Jmeri   
7/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
votre récit est agréable à lire, l'écriture glisse comme des patins à roulettes (bien graissés)
le personnage Bernard est atypique, un peu borderline,
je le verrai bien bénévole à Emmaüs à ses temps libres
par contre je trouve l'intrigue pas très originale, ou disons plutôt conventionnelle: entreprise, les temps sont durs, restructuration, licenciements....
l'histoire manque, à mon avis, de poivre, et même de sel. Une pincée de chaque.
D'une surprise, d'un peu d'imaginaire, d'une fin qui décoiffe...

   in-flight   
7/5/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Le texte démarre par "C’est un drôle de type Bernard Ciskowiak"... Mais à la fin du texte, je ne vois pas en quoi il est un drôle de type: Parce qu'il n'a pas d'enfant? Parce qu'il fait de la sculpture? Parce qu'il écoute des débats politiques?
Tout ça pour vous dire que je m'attendais à plus affriolant en termes de personnalité du narrateur.

Sur le fond, le parallèle entre les conteneurs et la théorie du ruissellement est bien vu: quand Bernard a des conteneurs, l'eau coule comme l'argent coule; quand il se fait attrapé par la hiérarchie, il ne peut plu récupérer le fluide, et le flouze lui échappe. Les conteneurs vides remplissaient sa vie.

L'écriture ne m'a pas convaincu et j'ai trouvé les personnages qui entourent le narrateur "fantomatiques". J'ai l'impression que vous en mettez trop dans la nouvelle (le CE, les sculptures, leveraged buy-out, la crise...) A la limite, expliquer le LBO à travers cette histoire aurait suffi puisque l'idée est d'élaborer une critique du système capitaliste.
Au passage, les surnoms sont vraiment limite: "Berzouze" parce qu'il est artiste? Quel rapport? Marley, un rasta fan de reggae... Ricky...
Bon, c'est pas très grave.

Alors, je tente une interprétation concernant l'histoire du père de Bernard: Son père est tombé du toit et lui fait un commerce de conteneurs qui permettent de récupérer l'eau tombée du toit. Je rentre pas dans le Freudisme de comptoir, mais y'a une piste à creuser? ;)

   Robot   
8/5/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai apprécié que ce texte nous propose un cheminement linéaire, que l'histoire se déroule dans une logique temporelle sans digression. L'écriture presque toujours fluide, la composition des chapitres donne une lecture claire. Je ne cherche pas de sens caché. Pourquoi faudrait-il toujours qu'un récit soit supposé contenir plus qu'il n'expose. Pourquoi ne pourrait-on pas "simplement raconter une histoire"

Le milieu du travail est bien posé, avec ses contradictions, ses chicanes, ses incompréhensions.

J'ai aimé ce personnage à qui on ne la fait pas, qui sait que ce qu'on lui raconte n'a qu'un but, lui faire accepter une société qui aide les possédants à posséder encore plus.

D'autres se soumettront, d'autres essayeront de résister. Bernard choisi de se consacrer à l'artisanat, à l'art, pour produire une œuvre dont il connaît mentalement l'accomplissement: "Ce sera un monstre, le monstre ultra-libéral. Il aura, c’est inévitable, un gros ventre, une panse énorme, mais également de gros yeux, grand ouverts, avides. Les yeux aussi gros que le ventre, c’est cela même, les yeux aussi gros que le ventre."

Excellente conclusion.

   Jano   
8/5/2018
 a aimé ce texte 
Un peu
Je n'ai pas été convaincu plus que ça par la critique du système libéral que j'ai trouvé un peu superficiel et expéditif. Vous ressassez des choses connues sans parvenir à leur donner un caractère original, les dialogues s'y rapportant me semblent creux et étrangement dénués d'émotion. J'aurais aimé une analyse plus féroce et détaillée des logiques de profit qui conduisent à briser l'être humain. En résumé, tout ceci me parait bien trop commun.
Quant au personnage qui trimballe une histoire personnelle incongrue dans le contexte, j'y crois à moitié. En fait je vous entends derrière lui, paravent qui ne sert qu'à exprimer vos opinions. Si le personnage ne peut masquer suffisamment l'auteur, c'est à mon sens qu'il manque de personnalité, d'épaisseur. Les petites piques sur l'économie de marché que vous distillez ici et là à travers ses pensées ne lui correspondent pas toujours, on sent que ça fait pièces rapportées.
Le texte est sympathique, plutôt bien écrit, mais pas assez minutieux à mon goût. Cependant ne vous formalisez pas, je suis un lecteur extrêmement exigeant et difficile.

   Eva-Naissante   
8/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Macaron,

J'ai apprécié la qualité de votre écriture, ainsi que la construction de ce récit. Le rythme est bon, le personnage principal est intéressant et attachant. Le lien entre l'activité de Bernard et la théorie économique est bien vu et traité avec soin.
Pour ceux qui l'ont vécu de plein fouet, qui le vivent et ressentent dans leur chair la violence d'un monde dans lequel la majorité des richesses est détenue par une minorité de personnes, cet état de fait, cet évènement (crise des subprimes), indigne, révolte...
Je le comprends en vous lisant, mais je n'arrive pas à le ressentir (il me manque, je crois - et ce n'est qu'un sentiment, un peu plus d'intensité...), ce qui aurait emporté complétement ma conviction,
Merci pour cette lecture,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Eva-

   GillesP   
10/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J'ai bien aimé le parallèle entre la théorie du ruissellement et la petite activité illégale de Bernard. La fin est bien vue aussi, avec l'idée de représenter une allégorie monstrueuse du libéralisme.
Mais deux petites choses m'ont gêné: d'abord je trouve qu'à certains moments, vous expliquez trop, alors que le lecteur est capable de voir tout seul ce qui se joue. Les jugements de valeur sur le capitalisme sont en trop, pour moi, par exemple. L'histoire se suffit à elle même, pas besoin d'en rajouter.
Ensuite, le lien entre la crise des subprime et la théorie du ruissellement ne tient pas, à mon avis, sur le plan temporel. La crise évoquée situe l'action autour de 2008, tandis que la théorie du ruissellement évoque l'époque Macron. Mais peut-être que d'autres en ont déjà parlé avant, j'avoue que je n'ai pas vérifié.
Au plaisir de vous relire.

   BlaseSaintLuc   
10/5/2018
 a aimé ce texte 
Bien
Ce texte, on le lit jusqu'au bout, on s'attend à quelque chose (c’est un drôle de type Bernard Ciskowiak) et bien non, il n'est pas très drôle, ni original, mais justement, le texte est politique et bernard fait parti de ces sans-grades malmenés, que dis-je broyer par la crise. Je trouve que ça ressemble aux films réalistes, intimistes, qui parle du quotidien, sauf que souvent, ces films sont ennuyeux, le texte ne l'est pas. Alors ? Le ruissellement, c'est une bonne accroche l'écho avec le petit trafic de conteneur d'eau de pluie. Ciskowiak est un antihéros en somme, ni en révolte, ni engagé, ni très honnête, solitaire, il découvre que ce sont toujours les classes moyennes qui trinquent. Non, il ne le découvre pas, il la toujours sue, il a cette lucidité, ce regard désabusé sur l'existence qui le rend attachant.


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