Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Policier/Noir/Thriller
Margone_Muse : Deux grammes et une âme
 Publié le 23/04/10  -  26 commentaires  -  34231 caractères  -  282 lectures    Autres textes du même auteur

Un jour comme il en existe 220 000 par an.


Deux grammes et une âme


Qui peut bien avoir eu l’idée d’aménager un parc ici ? Des gens crèvent dans mon dos ; un remake de La guerre des boutons a lieu devant moi. Ce choix d’agencement urbanistique me laisse pantoise. Les poussettes qui côtoient les fauteuils roulants, c’est d’un mauvais goût !

Le banc public me glace les fesses, à propos. Le métal doit revenir moins cher que le bois. Question d’entretien, sans doute. Mais alors, inconfortable au possible. Surtout après une heure et quart de statisme…

Je suis trop amorphe pour changer de position, cela dit.

À la réflexion, le parc est peut-être là pour le moral des troupes. Tous les résidents de l’hôpital ne sont pas voués à la mort après tout… J’essaie quand même de ne pas trop m’attarder sur les mômes qui escaladent l’araignée, ils me filent le bourdon plus qu’autre chose.

Posé à côté de moi, mon paquet de clopes tire la gueule. C’est compréhensible. Après six semaines de cachot dans le tiroir scellé de mon bureau, il a cru à une délivrance. Au lieu de ça, j’ai exterminé deux de ses locataires… sans les griller, s’entend. Le tabac gît encore à mes pieds.

Et ce n’est pourtant pas l’envie qui me manque d’en fumer une. Ni le feu, au chaud dans ma poche. Simplement… c’est encore délicat. Je vais devoir attendre ce soir pour m’y remettre.

C’est dommage, d’ailleurs. Je me suis décrassé les poumons. Je le sens en montant les quinze étages de mon immeuble. En bon français, l’ascenseur mène une grève indéfiniment reconductible. Inutile de préciser, au passage, que j’ai les jambes d’une déesse.

Mon moi interne ricane. Il ne tarde pas à prendre la parole.


Tu crois que je ne t’entends pas, peut-être ?

‒ … ?

‒ À laisser tes pensées dériver, décousues, en évitant l’essentiel.


Je me contente d’ignorer les propos.


Et tu crois que je ne te vois pas, non plus ?

‒ … ?

‒ Ta main…


Je baisse les yeux et repère la traîtresse en question, sur mon ventre. Je lui ordonne de se retirer, en lui faisant mes yeux de tueuse pour qu’elle comprenne qu’aujourd’hui, ça n’est pas le moment. C’est à peine si je ne lui refile pas des tapes avec mon autre main, façon pan pan cucul.

Mon moi n’a pas tort. Mes neurones sont en mode veille, libérant un neurotransmetteur ici ou là. L’espace-temps n’a plus franchement de signification. Je suis là, sans être là. Et le temps qui passe m’indiffère. Mes pensées sont flottantes, donnent dans le végétatif, bien loin des préoccupations de mes dernières semaines.

Ma déconnection cérébrale n’est cependant pas sans faille et le stress savamment refoulé commence à pointer le bout de son nez. Encore une fois…

À troisième rechute, troisième cigarette. Le temps que je pioche ma prochaine victime dans le paquet, un foutu trac m’a déjà prise aux tripes. Sans mauvais jeu de mots.

Ma motricité devient celle d’un parkinsonien, mais j’arrive à déliter ma proie. J’en fais de la charpie, tandis que ma respiration a du mal à garder un tempo régulier.

D’où me vient cette panique ? C’est incompréhensible. J’ai pris une décision. Sans l’ombre d’une hésitation, pas un seul instant. Et je m’y tiens. C’est tout, pas de quoi se mettre dans des états pareils…

Ma clope n’a pas fait long feu. Je me dis qu’à ce rythme là, d’ici ce soir, je n’aurai plus rien à me mettre dans les poumons.


Il est grand temps d’y aller.


Rappel à l’ordre de mon moi, on ne peut plus justifié.

Pour ma part, je reste clouée à mon banc frigorifique. Autant attendre que la crise passe, je ne suis plus à deux minutes. Après… Après, on verra...

Je repère un groupe de gamins qui se disputent un vélo, et c’est à mon tour de ricaner. C’est tout à fait ce dont j’avais besoin. Et là-bas, une paire de couettes s’obstine à hurler qu’elle EXIGE UNE GAUFRE !!!

Saleté, oui. Les gosses…

Donner la vie, c’est comme la reprendre à quelqu’un, c’est les menottes à perpétuité. Adieu Liberté et Indépendance. Comme dirait Aldebert, "tu peux faire une croix sur ta vie d’avant"*.

J’ai des copines qui s’extasient devant les fringues Petit Bateau ; d’autres planent au moindre couinement de Sophie la girafe. Nos discussions à ce sujet sont stériles : je ne comprends pas leur emballement, elles ne comprennent pas mon hermétisme. Et pourtant, je me sens femme au moins autant qu’elles. Comme quoi, les hormones, ça n’explique pas tout…

Dans ma définition du bonheur, l’enfant n’a pas sa place. Tout simplement.

Je prends le temps de respirer amplement. Je sens ma crise d’angoisse s’éloigner. Lentement, je récupère le contrôle de mon corps, que je laisse aux bons soins de mon cerveau. Mais au lieu du simple état végétatif neuronal, je tombe en plus dans l’automatisme physique.

Je me retrouve debout avant même de l’avoir décidé. Je suis apparemment prête à y aller. Je teste mes jambes. La gauche, la droite. Impeccables. Je ne demande pas mon reste et avance en direction de l’hôpital.

Je suis ébahie par les ressources insoupçonnées de ma matière grise. Que ferais-je sans elle ? Vraiment, je me le demande. La compartimentation est parfaite : motricité assurée, pour le reste, c’est dodo. Pas de pensées parasites. Je n’en demande pas plus.

Pourtant, après quelques enjambées au-delà des portes automatiques, je me rends vite compte que j’ai tiré des conclusions quelque peu hâtives. Mes yeux distinguent cette bande adhésive rouge, celle qui délimite la zone de confidentialité de tous les halls d’hôpitaux. Et mes digues cérébrales sont mises à mal. La tempête neuronale se fait violente.

Cette ligne sera pour moi le point de non-retour. Si je la franchis, je ne reviendrai pas en arrière. Je le sais, je le sens.

Et lui le sent aussi.


Oh ! Tu nous fais quoi, là ?

‒ Rien. C’est bon, je gère. T’inquiète.

‒ Mmm. Respire et retire-moi cette foutue main de ton ventre. Une bonne fois pour toutes !


Indomptable celle-ci, en effet... Elle donne dans la rébellion. Des caresses par-ci, des caresses par-là…

Je m'exécute tout en remarquant que cette bande-ci, au sol, est rouge sang. Ils le font exprès ou quoi ?


C'est un simple détail. Concentre-toi, tu veux ?


Détail ou non, une sueur froide m’envahit soudain. Mes digues cérébrales commencent à flancher dangereusement. L'automatisme fout le camp et à l'instant où je foule l'adhésif, qui se décolle en plus, les vannes s'ouvrent. Les pensées me submergent alors, et ma matière grise est noyée dans un flot d’informations qu’elle ne se donne même pas la peine de traiter. Panique, souvenirs, doutes, certitudes, craintes, scrupules... Le fouillis est total.

J’ai le cerveau en panne. La fonction motrice est la première à lâcher, suivie de près par le cortex visuel qui me signale des points noirs partout. En une seconde, je ne vois plus rien. Et j’ai ce bourdonnement qui naît dans mes oreilles...

Je me rattrape in extremis au rebord du comptoir que je devine être devant moi. Heureusement, je devine bien et m'épargne un ravalement de façade. Une opération, c’est déjà beaucoup, pas la peine d’en rajouter.


‒ Ça va mademoiselle ?

‒ Oui.


Je halète comme un Saint-Bernard un jour de canicule, main sur la poitrine. La secrétaire médicale m'a à peine entendue.


‒ J'ai un malaise par ici, appelle-t-elle.

‒ Non ! Je vais bien.


Sourcils levés, elle paraît relever une contradiction évidente. Mes propos sont en décalage avec les mèches de cheveux collées par la pellicule de sueur sur mon visage.

Pourtant, je suis glacée.

Et pourtant, je tiens debout. Miraculeusement.

La secrétaire n'ajoute rien au sujet des projets d'évanouissement avortés de mon corps. Elle passe vite à autre chose, elle n'a pas que ça à faire.


‒ Vous venez pour... ?

‒ Une IVG.

‒ À quelle heure ?

‒ Il y a une heure.

‒ Numéro de dossier délivré la semaine dernière ?

‒ 9729.


Est-ce que ça veut dire qu'ils ont déjà effectué 9729 avortements ici ?

‒ T'occupe.


‒ Cinquième étage. Patientez sur les sièges roses dans le couloir de gauche en sortant de l'ascenseur. Un médecin va vous recevoir.


Je ne remercie pas son amabilité inexistante.


Elle, au moins, n'a pas de compassion.

‒ Merci, j'ai vu.


Avec une assurance peu certaine, je reprends la marche. Et le stress reprend son festin. Il me grignote de l'intérieur, littéralement. Avec les ongles de surcroît. J’ai la vision d’un gremlin glouton qui se délecte. Et le petit monstre ricane comme un avare entre deux lèchements de doigts.

Cette ligne rouge m’a anéantie.

Je ne me sens vraiment pas bien : liquéfiée, gélatineuse. J'ai envie d'être à ce soir. Soupe fumante, plaid en mohair, position fœtale sur vieux divan tout mou et télé.

Mon moi interne secoue désespérément la tête devant mon pauvre choix de mots.


C’est bon, j’assume.

‒ …


Pour la télé, ce sera n’importe quelle chaîne. Ou Super Nanny, tiens. Oui, Super Nanny, excellent choix.


Penser à ne regarder que la première partie surtout.

‒ Bien noté.


L'ascenseur secoue de plus belle ma bouillie interne. Je prends conscience de la boule dans mon estomac. Ou plutôt de mon estomac en boule. Il est vide, c'est la règle, et il n'aime pas ça. Il manque d'habitude. Preuve que ce matin déjà, je n'avais pas l'ombre d'une hésitation.

Les portes s'ouvrent et je ne suis même pas encore sortie que l'odeur du couloir me prend à la gorge. C’est ce parfum qui pue que tout le monde connaît. On ne le décrit pas, on dit que ça sent l’hôpital, et ça suffit, tout le monde comprend.

Je décide d'y aller doucement. Pensée contredite par mon action immédiate qui est de plonger dans ce milieu aseptisé pour y dénicher un haricot oublié, le plus vite possible. Rien en vue. Ce sera donc les toilettes, à cinquante mètres, évidemment.

Je cours. Je ne pensais pas réaliser cet exploit aujourd'hui.

À destination, rien ne vient. Si ce n'est la bile terriblement acide qui ronge mon œsophage. C'est du pH 1, j'en suis sûre. Je m'étonne de ne pas cracher la fumée après cette brûlure chimique. Quelques gouttes suffisent pour vous flanquer un mal de chien. Je le sais, ça fait six semaines que la cuvette matinale est mon quotidien.

Je bois un peu d'eau pour apaiser tout ça, et dans le miroir, c'est la stupeur. Ma tempête interne ne se reflète en rien sur mon visage. Je me trouve un air absolument normal. Avec des cheveux qui collent, mais c'est tout.

Pour quelqu'un dans les toilettes du couloir des IVG...

Je reviens sur mes pas. Sans courir. Le couloir est beaucoup plus long. Je me laisse choir avec un manque certain de finesse. Qu’importe ? L’endroit est désert… Assise, je m’autorise même à avoir la grâce d'un phoque sur la banquise.

Sièges roses. J'en regrette le vert pisseux habituel. Devant moi : des brochures, des brochures et des brochures, en vrac sur la table basse bon marché. Plastique moulé qui garde encore les appendices tortillés d'une fabrication à la chaîne.

Les premières brochures renseignent sur la prise de poids idéale au cours de la grossesse. Les secondes prodiguent des conseils de sécurité pour le bain de votre petit ange blond. Les troisièmes vantent les qualités nutritives des petits pots Blédina, qui évitent parfaitement le trop gras, trop salé, trop sucré.

Je ne m'en saisis d'aucune. Elles me crament déjà les yeux, je compte bien épargner mes doigts.

Stratégie de culpabilisation du corps médical. Lui-même qui a trop étudié la mitose. Commencement de toute vie. Processus de pure beauté. Et qu’on permettrait d’enrayer ? Mais pourquoi donc ?

Ils sont indignés.

Moi, je soupire, les yeux dans le vague.

Pourquoi ?

Parce que.

Et ce n'est pas une réponse d'enfant buté.


Arrête les mauvais jeux de mots, tu te fais du mal.

‒ ...


Parce que, et c'est tout. Parce que l'impossible n'est pas réalisable. Parce que l’utopie n’est pas une réalité. Parce qu'une vie n'est pas toujours une vie.

Durant une minute salutaire, je cesse toute méditation foireuse. Ça me fait du bien. Et j’envie toutes les personnes qui ont su trouver une certaine paix intérieure…

Je relève les yeux. Face aux brochures colorées, je lutte bec et ongles. Mentalement, s'entend. Extérieurement, j'ai l'énergie de ma grand-mère.

La purée Blédina. À peine elle est rentrée qu'elle ressort dégoulinante sur le menton, quand le bambin décide de refermer la bouche pour en avaler un dixième. Il en faut six pots pour faire un repas entier. Le reste part dans l'évier ou à la poubelle avec les dix-huit feuilles Sopalin.

Merci, mais très peu pour moi.

Pour le bain, je suis déjà d'une maladresse affolante. Abonnée au savon dans les yeux, au décrochage de rideau de douche, et au coup de coude dans la poignée Sénior Bains installée par le locataire précédent. Alors dans mes mains, ses petites fesses roses risqueraient gros à chaque seconde.

Quant au poids... J'ai mis cinq ans à sculpter ma plastique d'aujourd'hui, ce n'est pas pour me laisser gonfler comme une baudruche.

Tout à coup, c’est le silence de mort, dans ma tête. Même mon moi se tait. Je n’en reviens pas d’avoir songé un truc pareil. Je bats le record de la pensée la plus égoïste. Si la honte pouvait tuer, je mourrais bien avant le petit être condamné au fond de mes entrailles...

Je ferme les yeux…

Je me fais horreur. Tandis que les blouses blanches me font payer mon retard. Je poireaute là depuis une demi-heure. Je ne dis rien. C'est de bonne guerre : œil pour œil, temps pour temps.

Alors avant de tuer mon fœtus, je dois tuer les minutes. Mon cerveau déraille et je n’ai pas assez de jus pour l’orienter sur des chemins légers, indolores.

Des images me polluent l’esprit.

Lui sur moi, cette nuit-là... Lui en moi… Une belle connerie que d'avoir cru qu'en lui prêtant mon corps, je le ferais rester. Encore un peu. J'étais complètement dans le brouillard, ma parole. Je me raccrochais à du vent alors que tout était fini depuis x temps.

Et en grand champion, six secondes lui suffisent pour me refourguer un problème de six semaines.

Mais ça, c’est les maths… Ça a toujours été mon problème. J’étais bonne élève et tout, et je sais compter jusqu’à quatorze, mais les devoirs, je m’obstinais à les rendre en retard.

Il y a trois semaines, je les ai faits sur la cuvette des toilettes, mes devoirs. En attendant la petite bande rose… J’ai eu le temps de recompter vingt-trois fois, dans l’espoir de me tromper.

Mais j’ai obtenu vingt-trois fois le même résultat. Et je sais que je suis douée en calculs.

À la confirmation que les HCG s’organisaient une Super Party dans mon pipi, je suis devenue toute pâlotte. Dans un élan de bonté, je me suis saisie du Palermo sans toucher au whisky, histoire de participer à la fête.

Pas la peine de demander son avis à Papa. Nous n’étions de toute façon même plus un couple. Quant à moi, j’avais déjà décidé avant la première gorgée de sans-alcool…

Désolée bonhomme, mais deux sur deux, carton plein. Tu sors. Combat déloyal, je sais. Dans une arène de tripes aux pouces en bas, et sans les armes pour lutter en toute équité.

Quoi… ? Une menotte qui me serre le petit doigt, un dodo contre mon sein, un sourire à une dent, des gazouillis, des premiers pas mal assurés, des premiers mots ? Un premier mot ?

Maman ?

Non. Pardon, mais c’est toujours non. Et si tu étais Einstein, une machine à voyager dans le temps dans la poche, tu me remercierais. Je ne peux être autre chose qu’une mauvaise mère. Je ne peux devenir autre chose qu’une mauvaise mère.

Crois-moi, petit. Je te rends service.

J’entends quelqu’un qui s’exaspère, avec limite les yeux qui montent au ciel…


Arrête de lui parler, voyons. Il n’a même pas d’oreilles… Et puis on s'est renseignées sur Google, ça fait à peine deux grammes. C'est rien. Un tas de cellules, je te dis.


L’irruption de la Doctoresse Killkid (ça ne s’invente pas) m’épargne le soin de répondre aux remarques de mon moi.

C’est splendide. La même que la semaine dernière : gueule de dragon, coins de bouche en bas, yeux revolver, tout y est. Elle n’a pas changé d’un poil… de moustache, oserais-je dire, à y regarder de plus près… J’imagine que son discours sera le même également.

Promise à un entretien de torture, je la suis en m’armant d’une patience infinie. Je projette de garder ma bouche fermée, autant que faire se peut. Mon mutisme vaudra toujours mieux que les pensées de mon moi.

En serrant la patte du dragon, à l'entrée du bureau, je deviens omnisciente une seconde. Elle a senti le tabac sur mes doigts tueurs de clopes.

Ho ! Mon Dieu ! Mais quelle monstruosité je fais ! Fumer ? Moi, enceinte ! Ne pouvais-je pas attendre ce soir ? Mais que j’aille pourrir en Enfer !

Grand bien lui fasse de penser ce qu'elle pense, et de dire ce qu'elle croit avoir besoin de dire. Ma main au feu qu'elle a déjà avorté pendant sa jeunesse celle-là. Qu’elle souffre d'un syndrome d’autochâtiment inconscient assouvi par procuration et nourri de quinze années de remords refoulés, ou je ne sais quoi d’approchant.


... ?

‒ C'est bon, j’ai pas fait psycho...


En tout cas, cette english woman parle très bien notre langue. En dix minutes, elle arrive à me demander, et de huit manières différentes s’il vous plaît, si je suis certaine de ma décision.

Et on est parties pour une neuvième…


‒ Vous avez donc jugé bon de mettre un terme brutal, non naturel et volontaire, au développement de votre futur bébé. Pas de remords ? Vous ne changerez pas d’avis ?


No way, que j’ai envie de lui répondre.

Non mais qu’est-ce que c’est que ces formulations ?

Encore une dixième et je lui enfonce un stylo entre les deux yeux.

Mais au lieu de m’offrir stupidement son front, le dragon opte pour un changement de stratégie. Elle s’embarque alors dans un argumentaire appris par cœur : les aides sociales, les aides psychologiques, les aides ceci, les aides cela, et vos parents ? Et le papa ? Et les alternatives possibles...

Et shut up à la fin !

Qu’elle se taise, qu’elle se taise, qu’elle se taise !

Par pitié, je veux juste qu’on en finisse…

Je suis surprise alors qu'elle embraye tout à coup sur les modalités de l’opération. Après ma menace, c’est ma supplique interne qu’elle semble avoir entendue, cette brave dame…


‒ Nous allons procéder sous anesthésie locale, selon vos désirs de la semaine dernière.


Ça devient concret tout ça…


‒ L’avortement se fera par aspiration.


Je vais m’évanouir.


‒ Et si ça ne suffit pas, un curetage viendra compléter le tout.


Après avoir recraché ma bile…

Je me souviens de la visite scolaire au musée de l'Égypte. Ça remonte à la sixième, mais les souvenirs sont intacts. Reconstitution de vidange de cervelle à coups de cuillère dans le nez. Non, pas réellement. Vous délirez ou quoi ? Ce n'était pas une expo interdite aux moins de seize ans. Mais mon imagination fertile de l'époque avait suffi à reproduire un film de qualité. En 3D couleurs et tout. De la HD avant l’heure.

Les souvenirs prennent vie. Ma cervelle à moi n’est pas vidangée, alors en deux-deux, une guerre des neurones s’opère dans ce modeste champ de bataille qu’est ma tête. Des bombes de dopamine et d’acétylcholine explosent au détour de chaque synapse.

D’un côté, les méchants neurones se permettent de transposer ces images de jeunesse à la situation actuelle, avec quelques libertés de très mauvais goût, de surcroît. De l’autre, les gentils tentent d’endormir mes deux hémisphères. Moi, je laisse faire, mais j’avoue qu’un petit mode veille ne serait pas de trop, là tout de suite…

Désirer c’est gagner, il n’y avait qu’à demander. Les méchants capitulent et je retombe instantanément dans le même flottement rassurant que plus tôt dans la matinée. L’espace-temps me dit ciao, et je suis d’un œil absent le dragon parler dans le vent. Encore quelques phrases et je déconnecte complètement. Parfait.

Des images défilent, sans qu’aucune ne m’interpelle plus que ça. Mon corps s’est automatisé et n’a pas besoin de moi pour se mouvoir. Je passe d’une salle à l’autre, je croise des gens, je réponds à des questions dont j’ignore le contenu… Et apparemment, tout le monde n’y voit que du feu.

Cette mascarade dure depuis je ne sais combien de temps…


***


C'est la consternation. Je reconnecte et je suis vêtue d'une simple blouse d'hôpital.

Allongée. Prête.

Et alerte.

Quelle heure est-il ?

Tout va vite. Très vite. Trop vite.

Le dragon me badigeonne le ventre d'un gel qui me glace la peau. Pour mieux apprécier la situation et voir ce qu'elle va faire, explique-t-elle. Mais la télé est tournée vers moi. C'est légal, ça ? Les brochures, le discours et maintenant l'échographie ? Je ne veux rien savoir, moi. La politique de l'autruche, ça me convient parfaitement.

Mais avant que je ne puisse réagir, l'image apparaît.

Et mes yeux restent scotchés.

Je n'ai pas fait médecine (non plus), mais c'est là, devant moi. Et ça n’a rien à voir avec la vieille neige sur la télé un soir d'orage. C'est net, couleur saumon, avec du relief... Je n'ai pas besoin de manuel pour interpréter ce que je vois. J'hésite entre un petit têtard, un haricot blanc et un alien à la Roswell. C'est un mélange des trois en fait, à bien y regarder…

C'est la plus belle chose que j'aie jamais vue.

Et ce léger bruit... régulier au milieu de la friture sonore...

Nom de Dieu. J'en ai le souffle coupé.

Mon bébé... il vit !


Il a toujours vécu.

‒ Attends, y a pas deux heures, il avait pas d'oreilles !

‒ ...

‒ C'est ça, ferme-la.


Je suis occupée à regarder l'écran, et pas loin du gémissement interne quand je poursuis pour moi.


Et son cœur bat déjà...


L'image disparaît.

Sous le choc, je déglutis, mais ne laisse rien paraître. Le dragon m'observe du coin de l'œil en rangeant son matériel. Ce n'est pas le moment de flancher.

Oui, mais quand même...

Un infirmier que je n'avais pas remarqué me demande si je suis prête. Il veut que je place mes talons dans les étriers en métal. Deux engins qui semblent tout droit sortis d'un mauvais porno SM.

L'homme me paraît plutôt serein, tandis que je reste totalement immobile. Il fait de même, ne tenant pas à me brusquer.

Je me sens toute désorientée. Je ne sais plus comment je m'appelle, je ne sais pas ce que je fais là... Le doute naît en moi comme du poison. Il parcourt mes veines, s'insinuant dans toutes les parties de mon corps. Alors mon moi interne panique et se met à parler plus fort dans ma tête.

J’ai l’impression qu’il devient le Diable tout à coup.


Tu n'as rien vu ! Tu entends ?

‒ Tu plaisantes ? C'est gravé sur mes rétines. Plus encore que la vidange de cervelle égyptienne.

‒ Tu ne peux pas le garder ! C'est que des emmerdes ! Tu ne peux pas, tu n'es pas prête et tu le sais ! Dis oui, bon sang, dis oui !

‒ …

‒ C’est ta liberté qui est en jeu ! NOTRE liberté !

‒ …


Paralysie totale. L'homme et le dragon patientent, l'air légèrement interrogateur.


TU ! DIS ! OUI !


Le hurlement me vrille le crâne.

Sous la pression, j'agite tout à coup la tête, terrifiée par ce que je suis en train de faire. Le mouvement, quelque peu spasmodique, se fait de bas en haut…

… et c'est parti.


Ce sera bientôt terminé, tu verras...


Le volume est redescendu à un niveau correct mais la voix reste ferme.


Oui.


Tout petit le oui...

Je suis le Diable et l'Enfant.

Je reprends une respiration correcte et tente de me calmer. Mes jambes campent sur leurs positions. Je suis engourdie au possible, tout n'est plus que coton. Mon cerveau est trop atteint pour faire bouger mes guiboles. Elles n'arrivent même pas à trembler d'un pouce, et dans le cas présent, c’est dire…

Je suis paraplégique ou je ne m'y connais pas.

L'infirmier me soulève une jambe, lentement. Il jauge ma réaction. Je le devine prêt à tout arrêter au moindre signe.

Mais je suis forte, mon visage reste impassible. Et il poursuit.


Je suis fière de toi.


Les deux font la paire et je me retrouve dans la position la plus inconfortable qui soit.

Je fixe le plafond tandis que le dragon m'anesthésie tout ce qu'il faut. J'ai mal et je grimace légèrement.

L'infirmier est de retour à mes côtés. Il laisse Killkid seule, affairée dans mon entre-jambe.


She will kill my kid !


Je vais tourner de l'œil.

Quelqu'un réajuste l'aiguille d'une perfusion dont j'ignorais l'existence jusqu'à maintenant. Je regarde, et c'est l'infirmier. Bien entendu. Nous ne sommes que quatre ici. Bientôt trois… L'atmosphère est intimiste pour un meurtre.


‒ C'est du glucose et deux-trois autres petites choses, me dit-il gentiment.


Je l'écoute à peine, Killkid vient de relever la tête.


‒ On va pouvoir commencer, dit-elle.


Ma respiration se bloque sans que je n'y puisse rien. Tout ce qui fait mon corps de femme est là, à la complète merci d'autrui. Je me sens infiniment vulnérable dans cette position. Et je ne m'imagine pas ce que ça doit être pour lui. Sans défense face à sa propre exécution.

Mes yeux me brûlent et les larmes sont dans les starting blocks. Mais je tiens bon. Killkid me fixe, l'arme du crime dans les mains.

Entre elle et moi, c'est la guerre ouverte.

Culpabilité. C'est son maître mot.

Je dois lui montrer qu'elle n'y arrivera pas. Ou plutôt, je ne dois pas lui montrer qu'elle y arrive. La garce ! Je suis sûre que je peux la traîner en justice pour ça. J'en connais une qui serait hyper fâchée si elle était là. Pas vrai, Simone ?

Une simple pression sur un bouton, et la machine se met en route. L'aspirateur se met en route.

Killkid m'enfonce la canule jusque dans l'utérus.

Je ne sens rien.

J'entends.

Je serre les poings et les mâchoires. Bénis soient les sourds. Ce bruit de succion va me poursuivre jusque dans la tombe. Ça commence à sentir les cauchemars à plein nez pour le restant de mes nuits, cette histoire. Si un jour j'arrive à dormir…

Mon Dieu… Je suis en train d’assassiner mon bébé. Non, j’en fais de la bouillie pour équarrisseur d’hôpital…

Alors je ne tiens plus et hurle de toutes mes forces.

Mentalement. Puisque Killkid veille toujours au grain.

Je hurle ma douleur, ma détresse, mon dégoût.

Le Diable ne m'en empêche pas, il a eu ce qu'il voulait.

Des images apparaissent, partout devant mes yeux, occultant le plafonnier. Une menotte qui me serre le petit doigt, un dodo contre mon sein, un sourire à une dent, des gazouillis, des premiers pas mal assurés, des premiers mots. Un premier mot.

Maman.

C'est lui, il me parle ! Je l'entends me supplier de vivre. Je l'entends, il est là, avec moi. Je sens sa présence plus que jamais alors qu'il est en train de mourir et que les images de lui éclatent comme des bulles de savon. Les unes après les autres. J’ai envie de m’en saisir, de les serrer contre mon cœur. Mais elles m’échappent, et je ne peux rien faire.

Mon bébé hurle à son tour. Nous ne faisons qu'un. Lui et moi. Moi et lui. Mon enfant !

Il m'aime ! Inconditionnellement, il m'aime ! Il est tout ce que je ne suis pas. C'est lui qu'il me fallait dans ma vie. Pas un homme. Juste lui. Et au Diable cette Liberté, cette Indépendance. Ça ne veut rien dire, tout ça. Je passe à côté de la vie, là. Je passe à côté de la seule chose qu’elle pourrait m’apporter de beau.

Je me suis privée du vrai bonheur, et il m’est impossible de revenir en arrière ou de trouver une alternative. C’est lui que je veux, et pas un autre.

Il est trop tard…

Attends ! Attends ! ATTENDS !

Je crie de toutes mes forces.

Je dois lui parler, je dois lui dire ! Il faut qu’il sache !

Tu es le seul mon bébé ! Mon amour... Tu entends ? Il n'y en aura jamais d'autre, je te le jure ! Je te le promets. Jamais ! Tu es unique et je t'aime. Je t’aime de tout mon cœur…Tu m'entends ? Tu m'entends ?

Je panique. Et s'il ne m'avait pas entendue ?

Dis-moi que tu m'entends... Je t'en prie, je t'en supplie... Dis-le moi... Et pardonne-moi...

J’attends, j’attends, j’attends… mais rien. Calme plat.

Ce silence est insoutenable.

L'aspirateur se tait également.

Je sanglote à présent. Toujours mentalement, bien sûr, mais ma détresse est infinie alors que je sais, que je sens, que c'est terminé. Il s'en est allé. Mon bébé est mort. Il s'envole au paradis, loin de moi et du Diable.

Une douleur comme je n'en ai jamais connue me ravage le corps. Encore et encore. Lancinante.

Tout en restant de marbre, j’aspire à une petite veille… Allez, une petite veille de rien du tout. C’est maintenant que j’en ai le plus besoin, quoi. Mais mon cerveau n’a pas l’air en phase avec ce que je viens de faire et il me boude. Ce lâcheur ! Mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même. Une anesthésie mentale, ça se mérite. Et là, j’ai carrément merdé…

C’est alors que je croise le regard de l'infirmier. Je suis toujours amorphe, mais il voit clair dans mon jeu. Il est avec moi, lui.

Si j'avais encore des doutes sur le dragon, je sais que lui n'a jamais avorté et ne souffre d'aucun syndrome post-assassinat quelque chose.

Il me prend la main. La sienne est brûlante ; ou la mienne est glacée.

En grand Seigneur, il me fait passer un produit dans les veines, via la perfusion. L'effet est instantané. Je me retrouve complètement groggy, dans les vapes. Physiologiquement assommée. C'est un cocktail détonant ce truc. Mieux que la fois où j'ai mélangé vodka-gin-Martini. Cul sec.

Je n’ai pas le temps de le remercier que mon esprit lâche prise.

Et c'est la délivrance de l'inconscience.


***


Ma bouche est pâteuse. Je suis confortablement installée dans un lit. Une infirmière me dit que je serai bientôt prête à partir. Qu'avant, il faudrait que je mange quelque chose. Elle m'indique le plateau-repas, bien que sous mes yeux. Je lui explique que j’ai du plomb dans l’estomac, que j'ai l'impression de m'être enfilé deux litres de Smecta. Elle me répond que ça me fera du bien. Je suis dubitative, mais la pauvre, elle doit se taper des refus toute la journée, alors je prends ce qui me tombe sous la main. Un pain aux raisins. Il passe mal, comme prévu. Pardon Madame, mais je ne mangerai rien d'autre.

Avant de quitter cet endroit sinistre, je passe par la salle d'eau de ma chambre. Je me rhabille, comme je peux. J’ai la force d'un moineau.

À l'instant où je m'apprête à quitter la pièce, je capte mon reflet dans le miroir.

Je m’arrête net devant cette inconnue. Je m'approche, hagarde et tremblante. Mon visage est hâve. Je me fais presque peur. Je ne me reconnais en rien.

Une pensée me vient alors, comme une révélation.

Killkid m'a aspiré trop de truc... Elle m'a aspiré mon âme...

J'ai vendu mon âme au Diable.


Tu ne m'as rien vendu du tout. Tu as simplement fait le bon choix. Et je ne suis pas le Diable. Je ne suis que la partie raisonnée de ton toi... Qu’est-ce que tu ferais sans moi ? Vraiment, je me le demande…


Moi pas. Je regarderai la seconde partie de Super Nanny, ce soir, le manuel de la parfaite Maman entre les mains. L'envie d'un second meurtre fait irruption dans mon crâne ravagé…

Vite. J'éteins derrière moi et prends la direction de la sortie. Il faut que je sorte. Il faut que je fuie cet endroit maudit.

Je me précipite d’abord dans les couloirs, jusqu’à finir par une course effrénée dans le hall de l’hôpital.

Dehors, je m’arrête pantelante, mains sur les genoux. L'air frais me fait du bien. J’ai l’impression que chaque expiration évacue un peu de ma honte, tandis que cette image de moi, dans le miroir, s’estompe.

J’ai dû rêver. J’ai dû cauchemarder.

Cent vingt-trois respirations plus tard, je commence à me sentir mieux. Et j’en arrive bientôt à penser la phrase tant désirée depuis six semaines :


‒ « C’est terminé. »


Le choc est passé, et même si l’issue n’est pas franchement joyeuse, j’en ai enfin fini avec tout ça.

Je me sens… légère.


Eh ben tu vois... Et deux grammes en moins, ça compte, non ?


Ce sera finalement un aller-retour pour mon pain aux raisins, qui passe beaucoup mieux dans ce sens-là. Chassez la culpabilité à grands coups, elle vous revient dans la face comme un boomerang. La paix intérieure, ça n’est pas pour demain.

Je suis lucide : je suis seule dans ma tête. Le Diable, c'est moi.

Je fabrique ces pensées.

Qui suis-je et qu'ai-je fait ?

Tremblante, je tombe à genoux. Une main dans mon vomi encore chaud.

Top glamour, alors que mon infirmier préféré sort pour sa pause-cigarette.

Il me reconnaît et vient à ma rencontre. Il m'aide à me relever. Une plaquette de gélules sort de je ne sais où et arrive dans sa main. Roses, les gélules. Pouah ! J'ai vraiment le Diable au corps…

L'infirmier tire au moins trois outils médicaux de ses poches avant de trouver sa paire de ciseaux. Il me fait l'effet d'un couteau suisse humain. Il coupe l'aluminium et me tend deux cachets.


‒ Ça vous aidera à dormir ce soir.

‒ Merci, dis-je en zieutant la plaquette entière.


J'aurais bien tout embarqué avec moi... Faire passer ça avec vodka-gin-Martini. Cul sec.

Des paroles des Dandy Warhols me viennent en tête… « If I could sleep forever, I could forget about everything**. » Je suis parfaitement en phase avec ça.

Mais l’infirmier ne lit plus dans mes pensées et se retire pour fumer.

Je pars, en oubliant pour ma part que j’avais rendez-vous avec mon paquet de clopes.

En attendant la potentielle overdose, la fuite physique, c’est tout ce qu’il me reste pour le moment.

Un pas, deux pas, trois pas...

Je suis consternée d’y parvenir aussi aisément.

Quatre pas, cinq pas, six pas…

Après tout, la vie continue.


La nôtre, en tout cas.

Peut-être...


_____________________________


*"Tu peux faire une croix sur ta vie d'avant" : paroles extraites de "Le bébé" d'Aldebert.


**"If I could sleep forever, I could forget about everything" : paroles extraites de "Sleep" de The Dandy Warhols.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Anonyme   
27/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Je suis très très dubitatif. Non par la qualité de l'écrituree qui est excellente, chose assez rare pour le souligner. Les passages conscience, subconscience sont de qualités, le style est très bon.

Mais et voilà ce qui me gêne: ce texte pourrait être prit pour une sorte de plaidoyer indirect anti avortement. Et ça ça me gêne vraiment. Parce que je ne sais pas quelle est l'intention de l'auteur: faire partager quelque chose d'intime et surement douloureux? Ostraciser les femmes qui avortent en montrant l'inévitable culpabilité qui peut naitre? Ou simplement montrer ce qu'il peut y avoir de douloureux dans cet acte?

Bref, je suis face à un cas de conscience: dire simplement que le texte est bon et considérer que l'auteir ne fait que relater un fait, ou dire que le texte est bon mais que l'idée d'un anti avortement sous jacent vient ternir celui ci?

Difficile choix de lecteur.

EDIT

Après avoir discuté avec Margone Muse j'ai bien compris que l'anti avortement n'était pas du tout son credo, et si je regrette que le personnage manque un peu d'humanité, je trouve que ce texte est quand même très bon. D'où le changement de note.

   Anonyme   
9/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour

Le résumé m'a surprise, ensuite je l'ai compris.
C'est un excellent texte. J'aime beaucoup le style, l'auto-dérision, le sujet fort, bien traité, moins à certains moments la voix intérieure, trop littéraire à mon goût.
Un petit souci de compréhension ici :
"et je suis d’un œil absent le dragon parler dans le vent." J'écoute ?
J'ai trouvé cette phrase parfaite :
"L'atmosphère est intimiste pour un meurtre" ainsi que quelques autres que je n'ai pas relevées.
Un bémol pour le choix de la catégorie, qui à cause du style, caustique, m'a fait croire que j'irai ailleurs. Mais c'est pas non plus très gênant puisque le sujet est "noir". Juste une minuscule attente, genre... je m'attendais à ce qu'elle réagisse et "flingue" le dragon ou l'infirmier, au choix.
Mais c'était pas le propos. Un sujet difficile, d'autant que le jeu du "Je" le rend intimiste mais bien traité.
Un plaisir de lecture.
Bonne continuation à l'auteur qui sait aussi choisir ses titres. Du bonheur en perspective pour les prochains textes ?

   Anonyme   
12/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
« Le banc public me glace les fesses, à propos. » : cet « à propos » vient bien mal à propos.
Une utilisation des virgules parfois contestable (mais il paraît que c'est ce qui contribue à faire un style, alors ! De fait, mon commentaire est certainement contestable). Exemple : « Rappel à l’ordre de mon moi, on ne peut plus justifié. » à quoi sert-elle ? Ou aussi « Et lui , le sent aussi. » : vous voulez ménager le suspens sauf que ce n'est pas le cas ; c'est tout aussi bien (mieux) sans la virgule.
« sans les griller, s’entend. », « Encore une fois… », « Sans mauvais jeu de mots. », « Les gosses… », « Tout simplement. », etc... Cette propension à souligner en fin de phrase provoque à la longue un certain agacement. Je ne crois pas qu'il faille tous les enlever mais alléger un peu, oui ; ou bien les intégrer à la phrase qui précède.
Heureusement qu'il y a un peu d'humour pour soulager la tension du lecteur : « Je ne m'en saisie d'aucune. Elles me crament déjà les yeux, je compte bien épargner mes doigts. »
Un texte qui, compte tenu du contexte, me semble un peu trop intellectualisé. L'émotion, pour un acte aussi important sur le plan psychologique, ne passe pas. Un constat clinique. Je peux m'imaginer, même en tant qu'homme, la confusion qui doit régner dans l'esprit de la plupart des femmes lors de la prise de décision et même après. Il y a un effort louable pour essayer de la faire passer mais, curieusement, je pense plutôt à une distanciation ; et ce qui provoque ce sentiment est le pseudo dialogue qui émaille le texte. Sans remettre en cause l'IVG, tout en étant athée, je me suis toujours demandé si l'IVG était réellement une liberté dans la mesure où les femmes y sont souvent poussées par les circonstances (vaste débat). J'ai zappé une partie sur la fin parce qu'elle est pour moi difficilement supportable. Si c'est l'objectif recherché il est atteint.
Et sincèrement : « Après tout, la vie continue.
La notre, en tout cas.
Peut être... » ceci résume tout.

   Anonyme   
14/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Ici, le thème de l'avortement est présenté de façon psychologique.

On a l'impression de vivre les instants pathétiques et douloureux du narrateur, l'auteur nous le fait ressentir de manière confondante.

Ce récit est écrit d'un style fluide, parfois maladroit, mais intéressant.

   florilange   
19/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai apprécié ce texte comme il se doit. Comme peuvent seules l'apprécier celles qui sont passées par là.
Je trouve horrible ce chantage, jusqu'au dernier moment, cette culpabilité provoquée. Comme si la culpabilité féminine innée, habituelle, ne suffisait pas. Et cruelle cette façon d'opérer sans endormir, afin que la femme soit bien consciente de ce qui se passe, à chaque étape. Il y a celles qui oublient et puis, il y a les autres...
J'ai aimé le style qui se veut détaché, extérieur, cynique, pour ne pas céder à la pression, à la panique, aux larmes. Cette manière de présenter le dialogue intérieur inévitable.

   Pat   
19/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Deux grammes et une âme : un titre bien trouvé qui semble faire écho au film « vingt et un gramme » (Le poids de l'âme)

Le thème est fort, bien sûr, d'autant plus qu'il est servi par un point de vue énonciatif qui ne peut que nous impliquer.

L'ambivalence est bien rendue avec le moi interne, faisant office de dialogue intérieur (contrebalançant un monologue qui aurait pu être lourd), d'autant plus que l'humour, dans ce conflit psychique, permet d'alléger un peu le propos, lui donner le recul nécessaire pour que le récit ne sombre pas dans le mélodramatique (ou le dramatique, tout court, d'ailleurs). Pour connaître un peu la question, je trouve ce récit plutôt réaliste, même si chaque histoire de ce type est forcément personnelle. Ceci dit, on y trouve des constantes comme la culpabilité, l'ambivalence (dont je parlais plus haut) et le fait que ça concerne surtout les femmes (le « père » n'est même pas au courant, ce qui est fréquent). Le droit à l'IVG était nécessaire, bien sûr, mais cette responsabilité pèse très lourd sur la conscience. C'est un choix douloureux, comme le montre bien le récit. Quoi que l'on décide.

Le suspense est très présent à partir du moment où la narratrice entre au bloc. Le conflit fait rage dans sa tête, tout devient confus, comme ce qui peut se passer à ce moment-là. On est presque sûr qu'elle va finir par dire « non », et puis, elle continue à son corps (cœur) défendant... On perçoit bien le vide et la souffrance à la sortie de l'hôpital, avec cette volonté de se punir, maintenant que tout est trop tard (ce qui est normal, ça fait partie d'un travail de deuil d'autant plus difficile à faire qu'il ne se fait peut-être jamais complètement. J'ai lu un article une fois qui disait que certaines femmes atteintes d'Alzheimer à un stade avancé (qui ne reconnaissent plus leur famille) se rappellent encore de leur avortement.)

Ce que je trouve un peu discordant, par contre, c'est le portrait de la gynéco, un peu trop caricatural (surtout son nom). Mais c'est peut-être une distorsion de la perception de la narratrice qui, luttant contre sa culpabilité, préfère projeter ses sentiments sur quelqu'un d'autre.

En tout cas, du point de vue psychologique, je trouve la narration tout à fait crédible. Je n'y vois aucune apologie « pour » ou « contre ». Cela montre bien la torture mentale qui préside à ce genre de choix et la difficulté à l'assumer. La narratrice oscille entre la libération et le poids de la culpabilité. La fin ouverte montre bien que ce n'est pas fini. Toutefois, le ton général (avec l'auto-dérision) indique quand même une certaine distanciation.

J'ai bien aimé le style, bien que certaines maladresses de syntaxe auraient pu être évitées, comme par exemple :
« Le banc public me glace les fesses, à propos. »
« Elle m'indique le plateau-repas, bien que sous mes yeux. »


En définitive, ce récit est particulièrement prenant, en raison des émotions qu'il véhicule, tant par le thème abordé que par la façon de le traiter. Je me suis sentie proche du personnage, ce qui est le signe d'un texte réussi pour moi.

   Mistinguette   
24/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J’ai lu sur un forum que l’auteur n’avait jamais fait lire ses écrits à personne et ça me sidère.
Pourquoi avoir tenu secret un tel talent ?
J’aime énormément ce texte, j’adore la dérision pour traiter les sujets graves.
Perso je n’ai pas pris ce récit pour un plaidoyer anti avortement plutôt comme une tranche de vie par laquelle beaucoup de femmes sont hélas passées.
J’ai trouvé l’atmosphère bien rendu et sur moi le suspens, quant à la décision de la narratrice, a fonctionné, j’ai été tenue en haleine jusqu’au dernier moment, espérant qu’elle ferait machine arrière.
J’ai cependant noté une incohérence, pourquoi arrêter de fumer (et de boire) ? Quelle incidence sur le fœtus étant donné la finalité ?
En résumé une lecture particulièrement plaisante. Bravo également pour le titre.
Je m’incline devant l’habileté de l’auteur à manier les mots et lui souhaite une bonne continuation.

   placebo   
24/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
- une phrase que je n'ai pas comprise : ''lui-même qui a trop étudié la mitose''
- ''pour quelqu'un dans les toilettes du couloir des IVG'' : la phrase me semble mal rattachée au reste
- ''ça ne s'invente pas'' : bon j'ai plutôt sourit au début, mais c'est vrai que c'est caricatural.
- des mots que je ne connaissais absolument pas : ''plaid en mohair''. C'est quoi?

J'ai beaucoup aimé l'écriture. au tout début elle m'a paru un poil maladroite, proche de ce que je fais moi, mais, je ne sais pas si on s'habitue ou si elle gagne en qualité, toujours est-il que je n'ai pas laché le texte.
Le thème aussi est bien mené. J'ai été un peu surpris par le déferlement d'émotions dans la salle d'opérations : elle se voit tenir la main du bébé, celui-ci l'appelle... les émotions ont donc du être refoulées dans la première partie, et l'opération constitue une sorte de catalyseur, mais il y a surtout eu des troubles physiologiques comme le dit le narrateur et psychologiques au début : au lecteur de se représenter le désordre émotionnel, et c'est pour ça je pense que le changement m'a perturbé (plutôt au sens négatif, ça faisait un peu trop mélo dans la salle d'opération)

j'ai bien aimé tout le reste avec, entre autres, le dialogue avec le moi et le passage sur les souvenirs égyptiens. Le titre aussi, j'avoue ne pas avoir fait attention au résumé.
pour le paquet de clopes, je rejoins mistinguette, en plus elle ne le sait que depuis trois semaines non?

hum si tu n'as écrit que pour toi, comme le dit quelqu'un, ça veut dire qu'on va pouvoir recevoir des textes rapidement? celui-ci date un peu non? (super nanny)

au plaisir de te lire,
placebo

   Pat   
25/4/2010
Voir ici pour la discussion sur le forum.

   David   
25/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Margone_Muse,

J'ai souris plusieurs fois, c'est plein d'humour, la narratrice fait de l'esprit tout le long. J'ai lu sans y penser plus de 30 000 caractères, c'est très bien foutu. Bon, c'est un drame, un avortement qualifié d'assassinat, de meurtre, je ne sais plus lequel des deux mots impliquent la préméditation, mais ça m'a l'air d'être toute l'angoisse du récit ce dernier point. La nausée aussi est très présente, une envie de gerber semble couvrir toute l'action, mais comme un aléa très quotidien, un mal habituel, une compagnie "presque" rassurante. Les évocations de l'alcool, voir des régimes pour maintenir la ligne, participent peut-être à mon impression de lecture.

J'ai pas compris ce passage :

"Désiré c’est gagné, il n’y avait qu’à demander."

J'aurais plutôt lu "désirer c'est gagner", une formule genre "travailler plus pour gagner plus" je n'ai pas d'exemple plus récent. Mais bon, j'ai pu rater une subtilité aussi.

J'ai lu une histoire similaire il n'y a pas longtemps, en plus court, en bien plus noire, le point commun, c'était les clopes, hormis le thème. J'ai plus ramer pour la finir, l'autre histoire, je crois qu'ici c'est le fait de developper peu à peu le personnage, avec humour, qui m'a rendu la lecture plus confortable. Pour la descente aux enfers, c'est pas ce que j'ai ressenti mais c'est racoleur la dramatisation scénarisée, bien plus que l'humour je trouve. Ici (je vais l'écrire quand même... ) comme je comprend la démarche, c'est presque une béatification que "subit" la narratrice en sortant victorieuse, même dépitée, de son épreuve. La "petite voix" en italique est pour beaucoup je crois dans cette impression initiatique.

PS : Ces enfoirés de correcteurs ont laissé une coquille :

"Pour mieux apprécier la situation et voir ce qu'elle va faire, explique-elle."

C'est juste après la première séparation à étoiles : ***

l'enfoirée de correctrice a corrigé... J'voudrais t'y voir, toi ! Bon, merci quand même. Pat

   Leo   
25/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Aucun jugement sur le fond, pas davantage sur la crédibilité de ce récit : le problème du choix par une femme de recourir à l'IVG ne peut pas se résumer à cette seule histoire, chaque cas est particulier, différent, complexe, et chaque décision a sa propre légitimité.

Mais l'écriture est parfaitement adaptée aux émotions que l'auteur veut transmettre. On est dans un registre émotionnel du début jusqu'à la fin, on partage très bien les sentiments du personnage central. Bravo pour cette très belle page.

   Anonyme   
25/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour M_M

Un thème qui m'a interpellée évidemment (au passage j'ai lu ton intervention en forum, ne t'excuse jamais de ne pas avoir vécu ce que tu écris, si des femmes se reconnaissent ici dans ce qu'elles ont vécu, cela prouve tout simplement ta capacité à faire passer l'émotion)

J'aime beaucoup le rythme vif de l'écriture, la juxtaposition des points de vue avec les italiques, la manifestation des remords jusque dans l'arrêt de la cigarette Oui ça contredit la décision qu'elle a prise et justement c'est là le point fort de cette nouvelle, rendre l'ambivalence des sentiments par des détails.

Un point ; j'ai dû m'y rependre pour lire la scène de l'intervention ce qui prouve qu'elle est très juste Notamment le dialogue avec le bébé m'a énormément "parlé". j'ai trouvé dommage que tu aies peint le médecin sous ces traits parce que je pense que la jeune femme n'avait pas besoin de cela pour la culpabilité.

L'humour qui émaille ce texte, le recul m'ont aidée à le lire. J'aime bien l'écriture, juste, vive, sensible et drôle finalement.

Merci M_M

Xrys

   AhmedElMarsao   
25/4/2010
Les commentateurs qui m'ont précédé ont dit l'essentiel sur les qualités indéniables de cette nouvelle.
Un très bon moment de lecture.
Moi j'aimerais revenir sur une expression souvent mal employée. Une erreur très courante:
"Ma clope n’a pas fait long feu. Je me dis qu’à ce rythme là, d’ici ce soir, je n’aurai plus rien à me mettre dans les poumons."
Le littré dit ceci:
Faire long feu se dit d'une arme dont le coup est long à partir, d'une affaire qui traîne en longueur.
S'il y a des grammairiens ou plus exactement des personnes versées en stylistique parmi les onuriens, c'est là un bon sujet de discussion pour y voir un peu plus clair.
L'usage de cette expression est souvent erronée.

   Anonyme   
25/4/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Bonjour M_M.
Alors déjà, bravo pour le style! Une vraie personnalité dans l'écriture est assez rare pour être soulignée. Une véritable fluidité de narration, un ton juste (je pense) et un fil qui se tient du début à la fin. Bien que j'ai rigolé un peu à l'absurde (voulu si je ne me trompe pas) du passage sur la fille dont les maths ne sont pas la tasse de thé mais qui est douée en calcul...^^

Bon, ça c'est dit, l'histoire se lit d'une traite, et je pense que je n'aurais aucun mal à revenir la lire plus tard.

Je trouve juste que ça manque (bien que ce soit en filigrane) d'assumation du côté frustration et culpabilité judéo-chrétienne.
ça transparait... mais c'est tellement peu développé pour un récit aussi intellectualisant de l'IVG par les yeux de la mère.

Bon j'explique^^ : Tu développes énormément. Tu pars dans une réflexion assez pointue de l'état d'esprit pré-IVG chez une femme qui semble sure de son choix. Dès le départ, tu envisages par les yeux de ton personnage principal et narrateur, les pour les contre, la raison, les conséquences, tu poses le contexte, tu nous montre par ses yeux, qu'elle a raison de le faire, qu'elle s'en veut, que ça va le marquer, mais qu'elle prend la liberté d'écouter son "moi interne", donc qu'elle prend la bonne décision. Pour ce faire, tu parles de Diable, de Dieu, de Paradis, mais de pêcher?

je pense que c'est tout ce qui manque à cette réflexion, bien menée, qui laisse un gout de crédibilité, on ressort de sa lecture avec un regard sur le sujet qui ne peut que tenir compte de la narration, touchante (bien que je trouve, mais je développerai plus bas...) et intelligente. Oui, donc, je trouve qu'il manque ce côté "pêcher", mal, vrai mal, pas dans le genre : j'ai commis un meurtre. Non dans le sens : j'offense Dieu. Parce que comme il est ponctué de référents judéo-chrétiens je crois que ça manque. Bon après je chipote, l'est bon ton texte.

L'émotion à laquelle je souhaitais revenir.
J'ai aimé le style, la forme, ce dialogue interne permet vraiment une maitrise du rythme, on suit le cheminement interne de la jeune-femme avec elle, à sa vitesse, dans ses méandres, on comprend au compte goutte, comme on entre dans un tourbillon, et c'est très agréable, MAIS...

Mais du coup je trouve que malgré la qualité indéniable de la narration et du thème, de sa forme tout ça, je trouve qu'il manque un rien d'humanité à ton personnage central. Choix de l'auteur que je respecte...
Du coup, je me retrouve a lire quelque chose de poignant, raconté de manière agréable, et je ne me sens pas envahie d'émotion. Je constate. Sans jugement, ce qui est déjà bien, l'auteur ne nous braque ni dans un sens, ni dans l'autre, on a vraiment un discours libre et ouvert... Mais je ne me sens pas touchée par l'histoire.

Donc, il me manque quelque chose... au niveau peut-être du choix de "ce qui sort pendant le soliloque" de la logorrhée interne.

Mais... c'est foutrement bien écrit.
Merci.

J'ai vraiment apprécié ma lecture. Et la perfection n'existant pas, je ne me permettrai pas de l'exiger en ces lieux.
Au plaisir de te relire!

   widjet   
18/7/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Premier texte de M_M que je lis donc.
Au-delà du plaisir gourmand d’écriture assez visible, je commencerai par dire que sur un sujet à la base pas très folichon voire scabreux, l’auteur – et c’est ce qui distingue son texte d’un autre abordant un sujet similaire - a la bonne idée de le désamorcer avec un humour (parfois noir, je retiens l’horriblement succulent « Et ce n'est pas une réponse d'enfant buté »), une auto dérision bienvenue et un vocabulaire sinon familier assez moderne qui allège le ton (sans jamais tomber dans la gaudriole, je précise). Ainsi, le texte ne vire jamais dans le sordide, même dans cette seconde partie où la dramaturgie devient plus dense, plus oppressante (le rendu est d’ailleurs assez convaincant). J’imagine aussi que c’est un « moyen de défense », essayer de rendre tout ceci anecdotique car la culpabilité (le diable) rôde.
Bref, pas de doute, M_M a de l’esprit, un sens certain de la formule (« En bon français, l’ascenseur mène une grève indéfiniment reconductible. Inutile de préciser, au passage, que j’ai les jambes d’une déesse », « Et là-bas, une paire de couettes s’obstine à hurler » ou, « Et en grand champion, six secondes lui suffisent pour me refourguer un problème de six semaines »...). C’est parfois amusant et parfois ça fait froid dans le dos (« Il s'en est allé. Mon bébé est mort »).
Si dans le lot, tout ne fait pas toujours mouche, parfois oui, ça (up)percute !

L'auteur se permet également (consciemment ou non) d'instaurer un certain suspense car bien malin celui qui saura si oui ou non, l'héroïne ira au bout du processus.

Certes, il y a quelques « moins bien » aussi. La longueur du texte ne se fait pas toujours oublier et cela impacte le rythme. Encore cette fameuse « gourmandise des mots » qui doit faire hésiter l’auteur à retirer des choses. Je sais, c’est compliqué de se discipliner. Alors oui, l’auteur aurait pu faire plusieurs coupes, aurait également pu se retenir sur certains rajouts dispensables (le nom du Docteur « KillKid » ne s’imposait vraiment pas), bref il y avait moyen d’être un poil moins bavard (ce qui aurait d’ailleurs rendu les interventions et autres réflexions intérieurs plus « frappantes »). Enfin, et en dépit du sujet qui s’y prête, il manque un petit supplément d’âme, une émotion qui dans ce tumulte intérieur a du mal à ressortir.

Un premier texte donc, parfois maladroit, parfois poussif, parfois verbeux, mais globalement un jeu d’équilibriste assez encourageant.

Alors, j’encourage.

W

PS : J'ai une question. Est-ce normal ou fréquent que durant l'opération, les médecins montrent à la patiente le foetus, lui fasse entendre le rythme cardiaque ?..Je trouve ça hyper cruel si c'est le cas !

EDIT : Un texte aux images métaphoriques avec par moment une dualité avec la conscience et cette notion d'affrontement entre le Bien (le bébé) et le Mal (le diable, le "dragon"...)

   Chiffon   
27/4/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Je n'ai pas grand chose à ajouter aux commentaires de Pat et d'Estelle2L. On est clairement pris par l'histoire, la langue est bonne et moderne.
Le sujet me plaît énormément et je regrette qu'on puisse y voir un plaidoyer anti-avortement je ne l'ai pas du tout ressentit comme ça.

Deux problèmes donc :
- Killkid caricaturale
- La dimension morale dans la schizophrénie du personnage pourrait être plus poignante.

Outre ça je trouve que le personnage du papa à peine entrevu est prometteur et mériterait d'être un petit peu plus exploité. Rien à voir, mais je trouve aussi qu'il y a trop de retour à la ligne, ça casse un peu l'élan parfois.

Impression générale : une nouvelle qui se lit d'une traite, qui donne envie d'en lire d'autres du même auteur au plus tôt. Quelques défauts, mais pas nécessairement à rectifier car liés aux goûts d'un certain type de lecteur.

   Mwa   
30/4/2010
Commentaire modéré

   caillouq   
1/5/2010
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Très prenant. Difficile de dire quelque chose de nouveau après tous ces commentaires très détaillés. J'aime le ton désinvolte dans les moments de dédramatisation, qui fait d'autant plus ressentir la détresse de la narratrice.
Quelques petites lourdeurs, peut-être, mais dans l'ensemble un style fluide.
Les allusions au Diable me gênent un peu, d'une part parce que c'est quelque chose qui ne me parle pas (mais bon, ça vire perso, là), au contraire du reste du texte, mais surtout parce que le thème de l'avortement est suffisamment lié comme ça, dans les médias, aux histoires de religion, et qu'on pourrait profiter qu'il s'agit de littérature (et pas de journalisme contrairement à ce qui a été dit, heureusement c'était minoritaire) pour ne pas en rajouter une couche. Mais là, ça vire politique.
Bon, en bref: thumb up, M-M.

   Cortese   
2/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un texte très bien écrit et extrêmement bien senti.
Franchement, j'ai été prise d'un bout à l'autre par l'histoire, et par l'écriture riche et fluide à la fois.

Le sujet est prenant, bien sûr, mais traité avec beaucoup d'humanité. Le mouvement de balancier perpétuel entre les émotions et la raison est bien retranscrit et ça rend la fille bien réelle, parfois un peu hystérique, parfois juste réfléchie.

Le style, qui mélange émotion et distance ironique, colle bien avec l'intrigue.

Bref, un texte qui m'a vraiment touchée parce qu'il sonne juste. Le risque était grand de sombrer dans le pathos ou dans le militantisme, mais brillamment évité : bravo !

   Flupke   
3/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Margone_Muse,

J’ai beaucoup aimé. Il y a beaucoup de tension dans le texte, cela se répercute sur le lectorat – j’ai même l’impression d’avoir transpiré.
J’ai vraiment adoré le dialogue interne, ce déchirement intérieur était magistralement rendu.
Certaines expressions m’ont beaucoup plu :
Une paire de couettes s’obstine à hurler
Donner la vie, c’est comme la reprendre à quelqu’un (vision subjective, que je n’approuve pas forcément, mais qui résume bien le point de vue de ce « je » qui narre)
M’épargne un ravalement de façade
Cheveux collés par la pellicule de sueur sur mon visage
Le stress reprend son festin
Pour y dénicher un haricot oublié
La grâce d’un phoque sur la banquise
Une réponse d’enfant buté
Les larmes sont dans les starting-blocks (mais ici je pense que le verbe terne aurait pu être évité en tournant la phrase autrement)

J’ai relevé quelques légères maladresses de style (de mon point de vue subjectif)
Ex : dès l’intro, surabondance de formules vides, dont on pourrait alléger le texte (à propos, cela dit, à la réflexion, après tout – pas vraiment indispensables et ne véhiculant pas d’information vitale au récit.
Trébuché sur le hiatus dans : Cette ligne rouge m’a anéantie
Ces deux adverbes auraient pu être remplacés par une tournure moins lourde : Mentalement, s’entend. Extérieurement, …

Malgré ces très légers soucis de style (qui tempèrent mon enthousiasme, car sans eux j’aurais facilement pu noter très bien plus ou exceptionnel moins) le texte est vraiment captivant et se lit d’une traite. Le thème fait réfléchir. Une belle réussite pour ce premier récit sur Oniris, et j’attendrai le prochain avec impatience.
Bravo et merci pour ce très bon moment de lecture.
Amicalement,
Flupke

   Anonyme   
5/5/2010
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Deuxième lecture pour être sûre... Je suis sûre donc, de ne pas aimer... et j'ai enfin compris pourquoi.
Pas à cause du sujet, ni de la décision d'avorter, mais plutôt à cause du personnage, blindé de certitudes sur l'inutilité d'enfanter (détaillées par le menu tout au long de l'histoire), cette manière de rationaliser presque tout et tout le temps est fatigante à la longue...
Finalement, quand j'en suis arrivé à ce qui aurait dû être le plus "touchant" dans l'histoire, sa faiblesse... Je découvre avec déception qu'elle n'est que physique... elle a peur de l'opération.
Le ton, et c'est sans doute lié à la manière d'écrire aussi, est trop "cynique" en ce qui me concerne, il y a des sujets qui supportent une humanité débordante, excessive pour certains... vitale pour moi.

   suzinou   
5/5/2010
 a aimé ce texte 
Passionnément
Magnifique texte, écrit, selon mon goût, superbement. Un ton détaché et pourtant si intimiste, ironique, puis tendre, désespéré puis raisonnable. La forme et le fond imbriqués : pas question de ratiociner sur telle ou telle expression, tout fait corps. Elle parle comme ça parce qu'elle pense comme ça. Et puis surtout elle ne pense pas ou trop, alors elle s'en empêche, le psychisme a une mission : survivre. J'étais à fond dans le truc, et chapeau si c'est pas pour de vrai, qu'elle sensibilité !

   Selenim   
6/5/2010
Toute la première partie m'a paru assez longue. Cette mise en place de la narratrice est bien construite mais un brin longuette. La redondance des certitudes égrenées y est pour beaucoup.

En avançant plus dans l'histoire, j'ai de moins en moins aimé cette femme, boursouflée d'égo, aussi froide qu'un théorème.

L'histoire en elle-même ne m'a pas plus touché que ça car le style est trop froid, haché.

Je pense simplement que ce récit ne s'adresse pas à moi.

Selenim

   Mellipheme   
13/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte superbe qui traite avec beaucoup de sensibilité et de pudeur un sujet à la fois banal et délicat.

Un petit détail : j'ai buté sur "une heure et quart de statisme". Vilain mot.

   Anonyme   
15/5/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Quelle claque !
J'ai pris le temps de lire (sur papier) cette nouvelle.
Ce fut un véritable plaisir. Le terme peut paraître incongru dans le contexte, mais je suis en premier lieu sensible à la qualité de l'écriture.

Au delà du style, très vivant, il y a un réel suspense. A tout moment le personnage peut changer d'avis.
Lors de la séance d'échographie, j'avoue que j'y ai cru un instant. Pour mon plaisir égoïste de lecteur, le personnage a fait le bon choix. Dans le cas contraire la nouvelle aurait tourné à la leçon de morale.
Et nous parlons ici seulement de littérature, pas de bons sentiments.

   MCboulette   
7/6/2010
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Très bon ,je me suis d'abord dit que ca allait être chiant au moins comme un texte d'Aldebert.Puis (au bout de 20 lignes)je me suis laissé embarqué ,j'ai tremblé,j'ai souris et presque pleuré....Génial.

   Ninjavert   
16/6/2010
 a aimé ce texte 
Bien
Alors... premier texte, premières impressions... c'est toujours émouvant, ces premières fois ^^

Mais promis, je vais essayer de faire durer ça plus de six secondes.

Petit détail con : le sexe du personnage ne nous est révélé qu'à la treizième ligne. Rien de dramatique, c'est la part du lecteur, dirons nous. Mais les premières lignes étant très visuelles, ça m'a (un chouille) dérangé de ne pas savoir si le personnage assis sur le banc était un homme ou une femme.
Sans aller jusqu'à balancer un indice flagrant, peut être juste changer une tournure de phrase en amont pour qu'un accord traduise son sexe ? Ou pas. Juste une idée. Je m'en suis remis.

L'histoire est prenante. C'est pas forcément le genre de récit ni de thème qui m'attire plus que ça, mais tu as réussi à me tenir jusqu'au bout sans temps mort et ça, c'est jamais anodin.

J'ai bien aimé la façon dont tu précises le récit : on part d'une situation qui pourrait mettre n'importe quoi en scène (maladie, cure de désintox, etc.) à une plongée plutôt réussie dans l'enfer psychologique que doit représenter un avortement.

Sur l'histoire que dire ? Il n'y a pas de morale. Pas de morale chiante, en tout cas. C'est ni pro, ni anti. Les deux points de vue vont se succéder, s'alterner, s'entremêler dans la tête de notre narratrice... et dieu reconnaîtra les siens, comme on dit. Parce que comme le dit Léo : chaque histoire est unique et il aurait été risqué de prendre parti plus pour l'un ou pour l'autre. Là, on reste dans le déchirement et c'est ce qu'il fallait. (A moins, bien entendu, de vouloir dénoncer l'une ou l'autre tendance).

Les personnages sont attachants, même si comme beaucoup je n'ai pas du tout accroché sur killkid. La caricature, ça passe quand c'est dans la tête de notre héroïne. Mais là, ça m'a dérangé. A moins, comme le suggère Pat, que ce ne soit justement elle qui transpose sur Killkid le malaise qu'elle ressent ? Une possibilité qui ne m'a pas effleuré à la lecture, en tout cas. Le personnage ne m'a pas convaincu car justement, je ne l'ai pas trouvé réaliste. Son physique disgracieux, son côté désagréable, son nom caricatural qui sonne tout sauf naturel (tu le présentes comme son vrai nom, et non un surnom (hum...) qu'aurait pu lui donner la narratrice. Bref, tout est fait pour la rendre antipathique. Et avec l'infirmier, on se retrouve un peu dans le schéma classique du bon et du mauvais flic.
La conne de killkid l'est dès le début, l'infirmier est sympa jusqu'à la fin. Mouais. Comparé à l'ambivalence et à la dualité de notre héroïne, ce manichéisme m'a paru moins bien vu.
Bon attention, c'est subjectif hein. Des gens cons et des gens sympas comme ça, ça existe et une telle situation est tout à fait plausible. Mais je trouve qu'à l'échelle d'une nouvelle où leur rôle est somme toute important, j'aurai préféré des personnages un peu plus nuancés de gris. (Michael, si tu nous entends...)

Autre détail qui m'a titillé : à partir du moment où elle rentre à l'hôpital, elle ne croise plus que du personnel médical. Eh, il n'y a pas de patients dans cet hosto ? Où sont les mecs qui glandent dans les couloirs, avec leur perfusion à roulette ? Les petits vieux abandonnés à un coin de mur dans leur fauteuil roulant, attendant qu'on (re)vienne les chercher ? Alors certes, on pourrait faire passer cette absence sur le compte de la distraction de notre héroïne, qui ne remarque plus rien. Mais elle voit bien les médecins, donc bon. Quelques visages flous et indifférents ne m'auraient pas dérangé. Bon, après il n'y a peut être juste personne, tu le dis à un moment "l'endroit est désert". Pourquoi pas.

J'ai beaucoup aimé tout le côté sur la "rationalisation du problème". Le comment c'est arrivé, avec ce père formidablement brossé en trois traits de fusain grossier, cette analyse du comportement de la future mère, qui s'estime complètement irresponsable. Peut être en rajouter un chouille sur l'aspect financier ou professionnel ? Si elle est à ce point dans la justification, il me semble que ce sont des arguments de poids (que je n'ai pas vu, mais j'ai peut être loupé des trucs).

Sur la partie "dialogue intérieur"... je suis mitigé. J'aime assez ce concept de "petite voix", c'est toujours marrant à utiliser. Ceci dit, une typo différente pour les distinguer aurait été bienvenue (une en italique et pas l'autre, par exemple). En effet, pas toujours évident de savoir qui dit quoi. Bon, on s'y retrouve, ça ne gêne pas la compréhension. Mais des fois j'ai accroché pour savoir si c'est le moi intérieur ou l'autre, et ça donne un peu l'impression de se prendre les pieds dans le tapis.

J'ai pas trouvé tous les échanges aussi réussis, mais ça rejoins une remarque que je développerai plus loin. Globalement, de toute manière, les dialogues sont plutôt bons. J'ai pas trop pigé par contre le principe (ni l'intérêt) des termes en anglais. Ça ne m'a pas posé de problème de compréhension, mais il m'a semblé que c'était juste en rapport avec l'origine anglophone du docteur Killkid (à moins que ce ne soit une vanne que j'ai prise au pied de la lettre), et du coup j'ai trouvé que ça tombait un peu comme un cheveux sur la soupe.

Clairement, quand la narratrice est "en plein dedans" et qu'elle se dit "she will kill my kid" j'y ai pas cru une seconde. Alors l'intention y était surement, ou j'ai raté un élément de compréhension, mais en l'état j'ai un peu vu ça comme un effet de style foireux :)

J'en viens à ma dernière remarque, qui se veut (à mes yeux) la plus importante : les petites inégalités qui parsèment le récit. Tout le texte m'a donné une impression de réussite en demi-teinte, avec des passages vraiment super (que ce soit dans la tournure, l'humour noir, l'émotion, etc.) et d'autres beaucoup moins bon. Et comme les deux cohabitent et s'alternent régulièrement (soit sur la forme soit sur le fond), ça donne une progression un peu en dents de scie.

Quelques exemples de trucs que j'ai vraiment aimé :

"J’essaie quand même de ne pas trop m’attarder sur les mômes qui escaladent l’araignée, ils me filent le bourdon plus qu’autre chose."

"En bon français, l’ascenseur mène une grève indéfiniment reconductible."

"Et là-bas, une paire de couettes s’obstine à hurler" Lol, j'adore

"Et ce n'est pas une réponse d'enfant buté." Formidable d'humour noir, celle là aussi.

D'autres que j'ai pas accroché :

"Ce choix d’agencement urbanistique me laisse pantoise" : c'est juste, mais c'est moche ^^

"Le banc public me glace les fesses, à propos." Déjà relevée.

"Surtout après une heure et quart de statisme…" rôôh statisme, déjà relevé aussi... quel vilain mot !

"C’est à peine si je ne lui refile pas des tapes avec mon autre main, façon pan pan cucul." Du mal à le lire. A l'oral, ce serait sûrement mieux passé.

Ce ne sont que des exemples sur la forme, mais j'ai retrouvé cette "iniquité qualitative" également dans les images véhiculées, les personnages, les situations, etc. Je développerai en forum, si besoin.

Alors attention, globalement c'est bon, et agréable à lire. Mais comme des fois c'est "encore meilleur", et juste après "un peu moins bon", j'ai un peu joué au yoyo dans mon appréciation, et c'est dommage. (d'autant qu'il ne faudrait pas grand-chose pour relever un peu les tournures et machins plus faibles).

Au final, car il faut bien finir un jour, j'ai apprécié cette histoire touchante, bien écrite, intense dans les idées et la problématique qu'elle véhicule, en évitant l'écueil d'une morale forcément polémique. La finesse psychologique qui se dégage du personnage (malgré l'humour [noir] et le dramatique de la situation) est touchante, et on se laisse prendre par le rythme et le suspens, habilement entretenu. (Comme Widj', j'ai apprécié de ne pas deviner la fin dès le début).

Mon regret principal ira à ces petites inégalités, qui n'ont au final peut être dérangées que moi. Mais quand je vois que tu peux faire de l'excellent par endroits, je ne vais certainement pas t'encourager à te contenter du passablement bien, que tu mets ailleurs.

Alors cravache, fillette, la route est longue et pavée d'écriture, mais tu vas dans la bonne direction... et tu ne mâches pas tes mots.

J'aime.

Ninj'


Oniris Copyright © 2007-2019