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Brèves littéraires
Mikard : Encore un peu
 Publié le 25/07/26  -  2 commentaires  -  1940 caractères  -  7 lectures    Autres textes du même auteur

En silence elle attend, elle patiente, et moi je tremble.


Encore un peu


Devant ma porte elle attend. Un autre jour elle rôdait dans le jardin, et si parfois je ne la vois pas je sais qu’elle est là, invisible à mes yeux.


Elle voudrait entrer, j’en suis certain.

N’y tenant plus, un soir je lui ai dit :


– Que fais-tu là ?


Elle a relevé son voile. J’ai vu sa figure éteinte et j’ai entendu sa voix.


– Il faut bien être quelque part tu le sais bien.

– Oui, mais pas chez moi, pas aujourd’hui, ce n’est pas mon tour, pas mon jour.

– Qu’en sais-tu ? Personne ne sait ces choses-là, on ne commande jamais à l’Éternel.


Son timbre posé, monocorde, vient de loin, de la nuit des temps, comment répondre à une voix pareille.

J’essaye la brutalité, avec un regard dur je lui montre d’autres maisons, la campagne au loin, puis je hausse le ton.


– Allez va-t’en, va voir quelqu’un d’autre, un homme, une femme, un animal, qui tu veux. Nous sommes des milliards sur cette terre alors pourquoi moi ? Je n’ai rien fait de mauvais.

– S’il suffisait de faire le bien pour connaître l’éternité, le monde serait parfait, mais ce n’est pas le cas, tu sais ça aussi, alors pourquoi te défends-tu ?


Sa voix me glace, le vent fait bouger son voile, je vois un visage sans chair, gris, un regard froid. J’essaye autre chose avec un rire moqueur.


– Mais tu t’es regardée, qui pourrait monter avec toi ? Il y en a tant d’autres, plus belles que toi. Tant d’autres que je n’ai pas connues. Oui je sais, tu as vu ma pauvre figure, mon allure fatiguée, tu flaires le bon client, pourtant il y en a des pires que moi.


Portée par le vent, elle s’éloigne. Je voudrais tant qu’elle s'en aille. Ce n’est plus qu’une forme incertaine qui flotte dans le soir, elle disparaît presque. Hélas je sais qu’elle reviendra.


Je la cherche en gémissant.


– Va voir ailleurs, je t’en prie… fais celle qui n’a pas vu… À qui rends-tu des comptes ? À personne, alors laisse-moi, oublie-moi.


Encore un peu s’il te plaît.


 
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   GLOEL   
10/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour,

J'aime beaucoup votre entrée en matière : « Devant ma porte elle attend… »

C’est un texte simple en apparence, mais profondément métaphysique. Sa grande qualité est de ne jamais tomber dans le pathos ni dans un lyrisme excessif. La force du texte vient notamment de cette asymétrie très réussie : la mort parle peu, presque avec indifférence, tandis que le narrateur tente désespérément de la convaincre, de négocier, de gagner encore un peu de temps.

J’aurais toutefois aimé lire un peu plus, ce petit supplément qui aurait pu rendre le texte encore plus singulier : quelque chose de moins conventionnel, moins linéaire, davantage porté par l’image et la sensation.

La mort est féminine, presque par définition lexicale, mais qu’est-ce qui, dans votre texte, la rend véritablement féminine ? Est-ce l’attirance mystérieuse de son voile ? Sa douceur apparente ? Son silence patient et insistant ? Sa présence, plus proche d’une séduction que d’une menace ?

La sobriété de la fin est belle, mais elle ne rompt peut-être pas suffisamment avec le mouvement du texte. Après cette montée de tension, on pourrait imaginer une rupture plus brutale, une image finale qui laisserait une trace plus forte, comme une blessure ou un dernier vertige.

Cela reste toutefois un très beau texte existentialiste, avec une vraie voix et une atmosphère particulière. Il mériterait simplement peut-être ce « petit plus » qui transformerait une belle méditation en une scène inoubliable.

Bravo et bonne continuation.

Frank Gloel

   Passant75   
16/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Une nouvelle intéressante ! Je l’ai lue comme une allégorie de la Mort présentée comme une présence immuable qui attend patiemment son heure. Le dialogue met en scène l'impuissance de l'homme face à son destin, le narrateur refuse, argumente, ironise, supplie, mais rien n'altère la sérénité de son interlocutrice. Cette fatalité m'a immédiatement rappelé le Fatum des Anciens, cette puissance à laquelle même les dieux ne pouvaient se soustraire.

J'ai aussi pensé au célèbre conte du rendez-vous à Samarcande, où celui qui cherche à fuir la Mort ne fait qu'accomplir le destin qui lui est assigné. Ici, la Mort n'est ni cruelle ni injuste, elle est simplement la conséquence d'un ordre inéluctable auquel nul n'échappe. La dernière supplique, « Encore un peu s'il te plaît » ne traduit même pas la révolte, mais le fait que le narrateur ne réclame pas l’impossible, mais seulement un peu plus de temps à vivre


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