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Réalisme/Historique
Palimpseste : Fer… l'amour [concours]
 Publié le 16/03/14  -  10 commentaires  -  8190 caractères  -  91 lectures    Autres textes du même auteur

Un titre en juxtaposition de deux mots issus de la chanson…


Fer… l'amour [concours]


Ce texte est une participation au concours n°17 : On connait la chanson ! (informations sur ce concours).




Entendra-t-il encore des chansons quand il reviendra sur Terre ?

Franck respire son mélange d’oxygène. La tenue pressurisée l’étouffe. Voilà déjà des heures qu’il baigne dans un jus de sueur et de peur, les deux vieilles compagnes des aviateurs en guerre.


L’odeur de l’huile chaude écœure même les plus endurcis, ceux qui ont passé tant d’heures dans leur sarcophage d’acier qu’ils en connaissent chaque vibration, mieux que celles de leurs épouses. Au début, être dans l’Armée de l’air est tellement grisant ! Le ciel immaculé plutôt que la boue des campagnes ou le gris des mers froides. Et puis les filles craquent vite pour ceux qui portent des ailes à leurs blousons. « Je vais te montrer comment on manie un manche à balai ! », apprennent vite les recrues des terrains d’aviation. Ils ne sont pas tous beaux, mais si jeunes ! La testostérone joue à fond, sans parler de l’adrénaline. Mais aussi du souvenir de leurs camarades jamais revenus.


Ce matin, la météo est exécrable. Ça ne change pas et voilà des semaines que l’hiver est installé, sournois. La semaine dernière, une tempête a empêché tout décollage, c’était bien. Mais depuis dimanche dernier, les vents se sont calmés : assez pour permettre l’envol, mais encore largement forts pour transformer le voyage en parcours de montagnes russes.


Le bruit est assourdissant. Les quatre moteurs Wright tournent comme des horloges infernales et martèlent la tête de Franck à chaque coup de piston. Autour de ce cercueil d’acier, une centaine de semblables, comme épinglés dans le ciel. Une meute qui glisse avec un fracas de tonnerre dans les nuages, mais sans doute imperceptible depuis le sol. À part les pilotes qui tiennent le cap, le reste de l’équipage ne fait rien. Les yeux faussement perdus dans le vague du ciel, tout le monde égrène dans sa tête la liste des copains perdus, des potes qu’on a quittés au petit-déjeuner et dont on est sans nouvelles depuis des lustres.

Hier, un avion a réussi à se traîner jusqu’à l’aérodrome mais le train d’atterrissage a cédé juste avant son arrêt. Pauvres gars ! Ils avaient fait le plus dur en rentrant avec les soutes vides, quasiment plus de carburant, le fuselage criblé de centaines d’impacts et deux moteurs en drapeau. Ils n’avaient pas une chance sur cent de faire le retour. Ils sont sans doute morts en se congratulant d’avoir réussi un exploit. Quelle saloperie de gagner ainsi trois heures de vie pour la perdre aussi bêtement !

Tout le monde a crié et le repas du soir a été encore plus silencieux que d’habitude.


Le raid se poursuit. Après la campagne anglaise, c’est la mer et le début de la peur.

Les chasseurs ennemis sont embusqués quelque part. On ne sait jamais vraiment où mais ils se cachent avec le soleil dans le dos, comme une volée de pirates. La question n’est pas de savoir s’ils seront là, mais plutôt quand ils attaqueront.

Et immédiatement après vient la deuxième question : reviendrons-nous ?

Franck comme ses coéquipiers voit se dérouler la litanie des équipages. Les avions qu’on voyait voler de conserve, transformés en boule de feu sans préavis.

Le bal démarre sans crier gare. Franck voit trois avions sur la droite tanguer. Leurs mitrailleuses crachent de petites flammes visibles alors qu’on n’entend rien.

Et puis une aile qui se détache de l’un d’eux. L’avion glisse avant de piquer du nez en tournoyant. Un parachute… deux… trois… un quatrième qui se met en torche immédiatement… cinq… pas d’autres. Ils sont donc cinq encore dans la carlingue, déjà morts ou sur le point de l’être.

Les rescapés vont tomber directement dans l’eau. Avec une mer à 6° maxi, le temps de survie est de quelques minutes. S’ils ne sont pas repêchés, c’est la mort aussi.

Quand le saut se fait au-dessus des côtes, les gars peuvent se faire descendre en touchant le sol. Et s’ils survivent malgré tout, on espère qu’ils ne seront pas arrêtés par la Gestapo.

Ça gamberge dur dans l’avion, en voyant les restes de l’avion exploser finalement.

Les autres B-17 ne bougent pas. Ils sont restés en formation. Les procédures du Air Command sont formelles : lors de l’attaque de chasseurs ennemis, il faut RESTER EN FORMATION !

« Le nombre fait la force », disent les cerveaux de l’état-major, ceux qui ne mettent jamais leurs culs dans un zinc et ne prennent pas le risque de se faire descendre par une DCA ou un Messerschmitt en maraude.

Pourtant c’est tentant de s’éloigner de la formation, croire que les salopards iront tirer dans le tas plutôt que de s’intéresser à une brebis égarée.

Illusion : les avions qui tentent de s’aventurer dans les nuages sont vite repérés. Ils traînardent rapidement et perdent la protection du feu croisé de leurs congénères. Même dans la purée de pois, ils se font tirer dessus par des pilotes adverses parfaitement entraînés.

La formation compte une centaine d’appareils. L’attaque a été rapide. Peut-être même certains n’ont-ils rien vu ?

Franck comprend pourquoi les assaillants n’ont pas fait plus de dégâts : un orage se dresse droit devant et la formation va la traverser. Ils vont tous gagner à être bien secoués !

Parfois, c’est une bonne idée de piquer pleins gaz vers un orage. Les chasseurs ennemis suivent rarement et les avions tanguent tellement qu’ils en deviennent des cibles mouvantes, difficiles à atteindre.

Pas de chance aujourd’hui ! Les avions ennemis ont suivi et semblent même avoir été rejoints par une deuxième meute. Les pilotes allemands devaient être frais et disposer de toutes leurs munitions. Par contre, les mitrailleurs des B-17 dans un orage perdent toute précision.

En gros, dans un orage vous êtes une cible plus difficile à attaquer, mais aussi quasiment incapable de se défendre ! Jolie perspective sur laquelle miser sa vie.

Les procédures du Air Command disent aussi qu’après la traversée d’un orage, il faut remettre la formation disloquée en ordre le plus vite possible.

La radio donne des ordres. La voix qui sort du poste est celle de McGillan, squadron leader Number Two. Tout le monde comprend que O’Connors, squadron leader Number One, n’est pas réapparu après l’orage. Un brave gars, O’Connors, marié à une chouette pépée qui venait de temps à autre sur le terrain d’aviation avec leurs deux gosses. Elle souriait tout le temps, mais avec des yeux tellement tristes ! Elle devait se douter que les hommes face à elle n’étaient que de futurs cadavres.

Franck compte machinalement les avions. Ils sont partis plus d’une centaine sur trois vagues. Il a l’impression que les rangs sont clairsemés. Combien de pertes ? Dix avions ? Vingt ? Ça fait sans doute plus d’une centaine de familles à prévenir que « (… blabla…) votre fils (… blabla…) péri au champ d’honneur (… blabla…) la nation (… blabla…) sacrifice pas vain (… blabla…) un exemple (… blabla…) courage (… blabla…) ». La gerbe…

Le ciel est à peu près dégagé. Nulle trace des chasseurs ennemis. Ça ne signifie qu’une chose : ils sont partis refaire du carburant et des munitions. C’est leur nouvelle tactique : escarmouches avant mais surtout guerre complète après. Les équipages sont fatigués, la DCA a déjà fait son œuvre, les soutes à munitions sont presque vidées. Loin de la redoutable formation initiale, les chasseurs font face à un troupeau préparé pour le carnage.

Une lumière rouge s’allume au-dessus de Franck : la cible approche. Il est temps de préparer les viseurs pour le largage. La couverture nuageuse est assez trouée pour que les objectifs puissent être plus ou moins discernés, même si la précision d’un bombardement de jour est très approximative, à 7 000 mètres d’altitude.

Sous le ventre de l’avion, il reste encore des nuages lourds et gris, chargés d’averses qui tombent sans discontinuer.


Il pleut sans cesse sur Brest ce matin, quand Franck libère la trappe des bombes.



La chanson est « Barbara » tirée du poème de Prévert. Parmi les interprètes: Montand, Mouloudji, les Frères Jacques, Serge Reggiani et d'autres encore.


 
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   Anonyme   
20/2/2014
 a aimé ce texte 
Pas
"Au début, être dans l’Armée de l’Air est tellement grisant ! Le ciel immaculé plutôt de la boue des campagnes ou le gris des mers froides."
"Quand le saut se fait au-dessus des côtés"
"S’ils ne sont pas repêchés, c’est la mort aussi."
" Ils trainardent rapidement"
"comme une volée de pirates."
"en voyant les restes de l’avion exploser finalement."

Autant de phrases, formulations, métaphores que je n'ai pas comprises.

L'histoire, en outre, ne m'a pas convaincu. Je n'ai pas eu prise sur les événements, n'ai rien ressenti de spécifique à la lecture.

   Acratopege   
25/2/2014
 a aimé ce texte 
Bien
Un texte d'ambiance qui tient son pari à mon avis. J'étais avec Franck dans son bombardier malgré une certaine lourdeur de style à mon goût, mais qui au fond colle assez bien avec le sérieux du propos. C'est assez poignant, cette description réaliste de ces pilotes qui font leur boulot comme si de rien n'était alors qu'ils se savent quasi certainement condamnés à court ou moyen terme. Une espèce d'indifférence à sa propre vie, qui n'entraîne pas l'insensibilité à la mort des autres, si j'ai bien perçu. Bien narré.

   Anonyme   
17/3/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Palimpseste,
ça gamberge dur dans cet avion, ça sent l'huile brûlée, on entend le hurlement des moteurs, ça vibre à désosser les futurs cadavres qu'ils sont tous. Moi qui ai passé beaucoup de temps dans des machines vibrantes, puantes et bruyantes ( de vieilles locomotives diesel) j'ai bien ressenti le côté mécanique de ce texte mais si en plus il y a la DCA et les chasseurs qui s'en mêlent, qui font monter la mayonnaise du courage et de la frayeur alors là, c'est du réalisme à haute dose. Terrible.
Il y a peu, a été découverte près de chez moi, une vieille bombe anglaise qui a occasionné beaucoup d'émoi (rues barrées, évacuation de 3000 habitants, clinique, école, magasins fermés). Elle a été désamorcée heureusement et emportée loin par des spécialistes pour être détruite. Votre raid m'aura montré une partie du voyage qu'aura fait cette bombe et l'état d'esprit de ses convoyeurs près au sacrifice ultime. Bravo pour ce texte.

   Anonyme   
16/3/2014
Salut Palimpseste

J'ai vivement apprécié cette lecture qui m'a rappelé "Le bal des spitfires" et autres aventures de Biggles qui enchantèrent bien des adolescences de ma génération.
Dans les dernières lignes, vous évoquez "Barbara" la chanson de Jacques Prévert. Une de mes préférées.
J'imagine que votre titre évoque cette "pluie de fer, de feu, de sang" qui visant l'occupant, détruisit Brest... dont il ne resta rien.

Merci et bravo pour la force de ce texte.

   Pepito   
16/3/2014
Hello Palimpseste,

Forme : oups, çà sent la rouille ou le vite fait. Habitué à une écriture bien plus guillerette et précise de votre part.

"Mais aussi du souvenir de leurs camarades jamais revenus."
"Ils vont tous gagner à être bien secoués !...
Des phrases un peu paumées par rapport au reste.

"crachent de petites flammes visibles alors qu’on n’entend rien." "visibles" est pas en trop ?
...

Fond : bon, ce brave Franck est vachement convaincant dans ses émotions. On l'imagine, la vitre baissée, le coude à la portière, tenant le volant avec deux doigts...
Tout autour çà plouf-plouf à tout va, mais bon... il a la tête ailleurs.

Allez, une longue absence çà laisse des traces... Vous me prendrez deux cuillères de Kiloxyd au petit déjeuner et çà va repartir ;=)

Pepito

   Bidis   
20/3/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
C’est une nouvelle qui pourrait être très forte, très vivante, gaie à lire grâce à son sujet que je trouve épatant. En témoigne ce très bon passage : « Et puis une aile qui se détache de l’un d’eux. L’avion glisse avant de piquer du nez en tournoyant. Un parachute… deux… trois… un quatrième qui se met en torche immédiatement… cinq… pas d’autres. Ils sont donc cinq encore dans la carlingue, déjà morts ou sur le point de l’être. » Quel dommage que tout le texte ne soit pas à cette hauteur

- « Au début, être dans l’Armée de l’air est tellement grisant ! Le ciel immaculé plutôt que la boue des campagnes ou le gris des mers froides. » : Comme il n’y a pas de verbe dans cette phrase, c’est que normalement celui de la phrase précédente est sous entendu. Or, ce n’est pas le cas. Et de plus, dans cette phrase précédente, le verbe « être », déjà faible, est utilisé deux fois.
- " Ça ne change pas et voilà des semaines que l’hiver est installé, sournois. La semaine dernière, une tempête a empêché tout décollage, c’était bien." : Ces deux idées sont identiques, la seconde renforce simplement la première. Je trouve que le « et » est inutile et lourd. De plus il y a répétition du mot « semaine ». Enfin, le « c’était bien » me semble curieux venant juste après l’idée de « tempête » qui n’évoque en soi rien d’agréable. Je crois qu’il serait mieux de dire deux mots à propos de répit et alors on peut dire « c’était bien ».
- « Je vais te montrer comment on manie un manche à balai ! », apprennent vite les recrues des terrains d’aviation. : Je ne trouve pas cette tournure de phrase très heureuse. J’aurais trouvé mieux de dire « "Je vais te montrer etc " : les recrues des terrains d’aviation apprennent vite. »
- « Les yeux faussement perdus dans le vague du ciel, tout le monde égrène dans sa tête la liste des copains perdus » : Deux fois « perdus » et pourquoi « faussement » ?
- « juste avant son arrêt » : Le possessif est lourd et inutile, on peut très bien dire « juste avant l’arrêt. »
- « Tout le monde a crié et le repas du soir a été encore plus silencieux que d’habitude. » : Il faudrait une phrase entre les cris du moment et le silence du soir, parce qu’ainsi on ne sent pas le temps passer entre ces deux notions qui se contredisent.
- « La question n’est pas de savoir s’ils seront là » : Le verbe être pourrait être remplacé par un autre, plus riche. Pourquoi d’ailleurs ne pas écrire : « Attaqueront-ils ? Maintenant ? Plus tard ? », ce qui d’ailleurs permettrait de faire l’économie du lourd « vient la deuxième question ».
- « Franck voit trois avions »: Répétition avec « Franck comme ses coéquipiers voit… »
- « Pourtant c’est tentant de s’éloigner de la formation, croire que les salopards iront tirer dans le tas plutôt que de s’intéresser à une brebis égarée ». : C’est une réflexion de planqué qui me choque. Je me souviens avoir lu des romans sur les batailles aériennes mais jamais ce genre de pensée ne m’a paru venir à l’esprit des pilotes.
- « piquer pleins gaz vers un orage. » : Répétition du mot « orage » (« un orage se dresse droit devant »). Je sais, ce n’est pas facile de trouver des mots de remplacements adéquats. Mais avec un bon dictionnaire analogique, on y arrive.
- « Les avions ennemis ont suivi » : Répétition du mot « avion ». Est-ce côté anglais un Spitfire, (traduction : cracheur de feu, familièrement « soupe au lait », « mégère », « dragon ») ? Côté allemand un Messerschmidt ? Un monoplace ? Un bombardier, Douglas XB 22 ou autre ? Taxi, zinc ou coucou, Wikipédia nous voilà !
- « les hommes face à elle n’étaient que de futurs cadavres. » : J’aurais trouvé plus élégant et tout aussi triste de dire « n’allaient pas revenir » ou « n’étaient que morts en sursis »
- « Franck compte machinalement les avions » : Pour ma part, j’en compte 12 dans un petit texte de 8000 signes…

Ceci dit, j'admire qu'on puisse décrire une bataille aérienne, pour ma part j'en serais bien incapable...

   senglar   
16/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour Palimpseste,


"Barbara" ! Bien sûr et Prévert que j'ai cité moi-aussi dans "La potée", "Quelle connerie la guerre !". Une fois n'est pas coutume je suis allé lire les autres coms, comme Tizef j'ai été un fan de Biggles de qui j'empruntais les aventures à la bibliothèque paroissiale (Bé oui :D ) et de qui j'ai acheté deux opus en 2013 pour les lire en anglais c'est-à-dire dans le texte, limite haute de mon niveau (lol)

Pour ce qui est des bombardements qui ont fait des dizaines de milliers de victimes civiles on se demande aujourd'hui légitimement s'ils étaient bien nécessaires à la résolution de la guerre. On sait qu'il y avait d'autres options. Ah ! les stratèges !


Euh ! Avec votre technique on pouvait évoquer n'importe quelle vague de bombardement sur des entrepôts, des usines dans une ville et mettre la phrase de Prévert après. Peut-être un peu facile comme procédé ? Ou bien avez-vous semé d'autres indices tout au long du texte que j'aurais été incapable de repérer ?

Et... les semeurs de bombes ne sont pour moi que des tueurs aveugles, pas des héros !

Ben oui quoi !

brabant

   dowvid   
17/3/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Le ton va avec l'histoire : mécanique, sans émotion (probablement qu'il faut enterrer ses émotions dans un cas comme celui-là), paumé, tristounet.
Y a le début, la première phrase, qui me parait étrange dans le contexte. J'imagine que c'est pour la relation avec le concours, mais était-ce nécessaire ?
La relation à la chanson est minimale, mais elle y est.

   Ninjavert   
21/3/2014
 a aimé ce texte 
Un peu ↑
Je ne connaissais pas ce texte de Prévert, que j'ai été découvrir dans la foulée. C'est le double intérêt de ce concours à mes yeux, outre les textes, on a parfois le double plaisir de découvrir la chanson dont il s'inspire.

Je suis mitigé, sur cette traversée du ciel de Brest en avion. Un peu déçu, par rapport au potentiel que comme d'autres je savourais à l'avance à l'évocation des premières lignes.

L'histoire me convient : le texte est court, tu as eu raison de ne pas t'encombrer d'une intrigue plus étoffée. Même sans être un spécialiste de l'air force durant la seconde guerre mondiale, tu nous donnes suffisamment de précisions et de contexte pour que les personnages prennent vie, que leurs craintes et leurs espoirs (bien minces, pour ces derniers) nous apparaissent rapidement. J'aime cette idée d'un simple voyage, dont on ne sait pas si Franck reviendra, et si c'est le cas, ce qu'il adviendra de lui. Ça m'a permis de me plonger dans ce quotidien désolant et désolé, où chaque jour se ressemble avec son lot de morts, de combats et de jours sans lendemains.

Tout au long du texte, j'ai senti le travail de documentation (ou sinon la grande connaissance de cette période), que ce soit dans le descriptif des appareils, dans les procédures du Air Command, ou le comportement des pilotes des deux camps. (Ça m'a d'ailleurs "amusé" de retrouver dans le comportement de ces pilotes allemands, l'attitude des pilotes anglais pendant la bataille d'Angleterre, lorsqu'ils tentaient d'empêcher les bombardiers allemands d'atteindre les côtes.)

Toute cette partie là m'a donc plutôt emballé. Mais j'ai été un peu déçu par le reste, qui à mon sens aurait pu être plus enlevé, et tirer encore plus haut les bonnes bases que tu avais donné à ce texte.

L'écriture, comme l'ont souligné d'autres avant moi, si elle est parfaitement correcte, ne m'a pas transporté. C'est assez plat, il y a pas mal de répétitions (Bidis a fait un commentaire très précis, donc je ne vais pas radoter), des termes effectivement un peu trop passe-partout. Certaines expressions un peu bizarres, ou amenées maladroitement, quelques transitions un peu bancales... rien de dramatique au final, mais une succession de petites maladresses qui sape un peu le niveau du texte, et le plaisir retiré à la lecture.

J'ai aussi trouvé un Franck un peu trop nonchalant. Certes il est blasé de cette guerre, dont les journées se répètent et dont l'avenir n'a que peu de chances d'être souriant. Pour autant, et à ce titre la fin du commentaire de Pépito m'a fait sourire : je ne l'ai jamais senti effrayé, jamais vu trembler. Cette désillusion qui transpire de tout son être, je la retrouverais volontiers dans les moments de calme : au mess, avec les amis, dans les moments de calme et, plus généralement, au sol. Mais là, même quand l'ennemi surgit, même quand les avions tombent autour de lui, rien, on ne le sent pas tressaillir, c'est à peine s'il réagit.

"Ca gamberge dur dans l'avion, en voyant les restes de l'avion exploser finalement." Outre la répétition, je ne suis pas sûr que ça gamberge en voyant l'avion exploser. Non. Ça gambergera probablement après, quand le calme sera revenu, ou sur le chemin du retour tant que le sort de leurs camarades ne sera toujours pas connu. Mais là, je me serais attendu à le voir sursauter en voyant la carcasse en flammes exploser finalement. Je l'aurais imaginé les yeux rivés sur l'appareil, attendant le cœur battant qu'un autre type en jaillisse et déploie son parachute... mais non. Il regarde ça comme je regarderai un documentaire historique sur le sujet.

Au final, j'ai trouvé que ça manquait d'intensité, de vie. Je ne parle pas du feu des dogfights : ça ferait un très bon texte aussi, mais Franck pilote un bombardier. Son combat n'est pas celui des chasseurs qui l'attaquent, ou de ceux qui pourraient l'escorter. Mais d'un point de vue humain, je me suis trouvé très loin de ce pilote, dont j'ai pourtant partagé le cockpit pendant un petit moment.

Peut être aurais-tu pu développer un peu ce qui se passe dans sa tête, justement. Il largue des bombes, certes sur l'occupant, mais aussi et surtout sur des civils. Sur des gens comme Barbara qui, quelque part sous l'orage, tentent de se mettre à l'abri. Est-ce que tout ça lui passe par la tête ? Est-ce que ça le hante et le ronge ? Ou est-ce qu'au contraire, il en fait une totale abstraction, concentré qu'il est sur l'exécution de ses ordres ? (On pourrait en douter, vu ce qu'il a l'air de penser des cerveaux de l'état-major...)
Pour avoir lu quelques trucs et notamment une interview du pilote qui a largué la bombe sur Hiroshima, qui a déclaré sans broncher que si c'était à refaire, il le referait, je trouve que ça aurait pu être une réflexion intéressante, de savoir si Franck croyait en ce qu'il faisait ou pas.

En résumé, je trouve que malgré une histoire intéressante, je suis passé un peu à côté. La faute à ces quelques maladresses, à un léger manque de rythme, et surtout à un regard trop extérieur, qui ne nous fais jamais vraiment entrer dans les pompes ni dans la tête de Franck. C'est une de mes grosses difficultés aussi, alors je sais ce que c'est, mais là, vu la brièveté du texte et son centrage (!) sur le pilote, je trouve que ça manquait vraiment.

Pour la chanson, je suis assez d'accord avec les autres, la relation est un peu superficielle (ça aurait pû être n'importe quelle ville, dans n'importe quelle bataille de la seconde guerre mondiale, ça n'aurait pas fait une grosse différence). Mais la relation est là, et elle m'a fait découvrir ce superbe texte de Prévert.

Merci !

   fergas   
1/4/2014
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Palimpseste,

Bon, je vais être partial dans mon commentaire : je suis fou des avions, les vrais, ceux qui ont des hélices. Et aussi je déteste la guerre. Drôle de dilemme, hein ?

Je pense que votre description de la vie (?) de ces jeunes aviateurs est probablement très proche de la vérité. Je n’ai pas connu cette époque, mais j’ai tant lu d’ouvrages sur l’aviation et la guerre que je me suis imprégné de cette atmosphère de vie et de mort.

Les descriptions que vous faites sont bien vues et opportunes. L’écriture gagnerait à être plus soignée, plus forte. Mais l’impression générale est bonne.

Un détail historique à vérifier : les hommes à bord des bombardiers ne portaient pas de combinaisons anti-G (« la tenue pressurisée l’étouffe »), qui était réservée aux pilotes de chasseurs, et seulement après 1942

Rappelle-toi, Barbara : les hommes sont fous. Qu’allaient-ils faire à Brest ? Dire que j’ai habité cette ville durant des années ! Heureusement, il n’y tombait que de l’eau !


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