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Brèves littéraires
Passant75 : L'ombre du passé
 Publié le 11/04/26  -  9 commentaires  -  3162 caractères  -  41 lectures    Autres textes du même auteur

« Le passé est un miroir brisé dont nous ne pourrons jamais recoller les morceaux. »
(Jorge Luis Borges)


L'ombre du passé


Nous sommes en 1965. Jane Weston, une physicienne anglaise d’origine polonaise, âgée de 38 ans, vient d’inventer une machine à remonter le temps. Vingt-deux ans auparavant, ses parents avaient été gazés à Auschwitz. Le poids de cette perte la rongeait, et une idée folle germa dans son esprit : remonter le temps jusqu’au moment de la naissance d’Adolf Hitler et tuer le bébé, afin que la Seconde Guerre mondiale et les camps de concentration n’aient jamais existé.


Forte de sa détermination, elle mit son plan à exécution. Grâce à sa machine, elle se retrouva le 5 mai 1889 à Braunau am Inn, en Autriche-Hongrie. Là, elle découvrit la maison des parents d’Adolf, Alois Hitler et Klara Pölzl, qui venaient d’avoir un bébé, né le 20 avril 1889, et baptisé deux jours plus tard sous le prénom d’Adolf.


Les parents ainsi que leurs trois premiers enfants occupaient des chambres au premier étage de la maison, tandis que le petit Adolf dormait au deuxième, dans la chambre de sa nourrice, Theresa Maier, une paysanne autrichienne qui travaillait pour la famille.


Theresa, dévouée à l’enfant, s’occupait de lui avec un amour infini. Mais ce 5 mai 1889, quinze jours après la naissance du bébé, Jane Weston, profitant d’une fête organisée par la famille Hitler et à laquelle participait Theresa, réussit à s’introduire dans la chambre de la nourrice. Là, elle administra au bébé le contenu d’une fiole de digitoxine, avant de repartir, toujours grâce à sa machine, vers son époque, en 1965.


Lorsque Theresa Maier remonta dans la chambre du bébé, elle constata la mort d’Adolf. Choquée et prise de panique, craignant d’être accusée de négligence, elle enleva le petit corps de son berceau, l’enveloppa dans une couverture et quitta précipitamment la maison.


Son esprit baignant dans la confusion la plus totale, elle marcha sans but précis. Arrivée sur les rives de l’Inn qui charriait des eaux sombres et inquiétantes, elle s’apprêtait à se débarrasser du corps en le jetant dans le fleuve quand elle aperçut, assise sur le quai, une jeune femme d’une vingtaine d’années, vêtue de guenilles, tenant un bébé dans ses bras. La femme semblait ivre et somnolait. Une bouteille de vodka presque vide gisait à ses côtés.


Prise d’une impulsion irrésistible, Theresa s’approcha de la clocharde, saisit l’enfant des bras de la jeune femme, et, sans réfléchir, remplaça le bébé de la mendiante par le petit Adolf. Elle enveloppa l’enfant de la pocharde dans la couverture d’Adolf et repartit précipitamment vers la maison des Hitler.


Personne n’avait remarqué son départ ni la disparition du bébé. Les deux enfants, Adolf et le bébé de la clocharde, semblaient avoir le même âge et présentaient une étonnante ressemblance physique. Theresa habilla l’enfant des vêtements du petit Adolf et continua de s’occuper du bébé de la mendiante comme elle l’avait fait pour les enfants de la famille Hitler, gardant jusqu’à sa mort son terrible secret.


Quant à Jane Weston, elle n’a jamais compris comment un bébé avait pu survivre à une dose fatale de digitoxine. Un mystère qu'elle n’a jamais résolu, et qui marqua la fin de son désir de voyager dans le temps.


 
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   papipoete   
23/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
brève littéraire
Comment, grâce à une machine à remonter le temps, parvenir à inverser le cours de l'histoire, en remplaçant un futur monstre par un chérubin, qui grandira et deviendra...
- un ange toute sa vie
- un ange se muant en diable
Rien de moins sûr, alors que l'intention fut louable...
NB bien des prototypes il faudrait mettre en branle, avec tous ces êtres ignobles ayant pris le pouvoir d'un pays, d'une famille ordinaire... ?
bien que ce dessein soit fort noble, je ne suis pas convaincu par cette entreprise.
sinon, le texte est bien agencé et se lit sans déplaisir.
papipoète

   Anonyme   
26/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Voilà une uchronie du genre fantastique absolument convaincante. C'est court, explicite, imaginatif.

Contrairement à ce qu'elle pense, Jane Weston a bien tué le "monstre" qui a causé la mort de ses parents mais le faits sont têtus et elle n'a pas obtenu le résultat escompté puisque l'histoire ne semble pas avoir été modifiée.
L'enfant ayant été substitué, c'est donc cette fois le fils de la clocharde qui est le monstre.

Ce qui pose comme question : est-ce la fonction qui crée l'homme ? Ou alors est-ce l'entourage d'Adolf, le vrai ou le faux, qui fut déterminant ?

Sur la forme rien à dire, le texte se lit tout seul, et sur le fond cette brève ouvre à débat si l'on accepte le postulat que Jane a vraiment inventé la machine à remonter le temps.

Bravo à l'auteur.

   Donaldo75   
29/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Une excellente idée ! L'intention originale de Jane Weston a souvent été l'inspiration de nouvelles de science-fiction. Le twist final est bien vu et donne une fin toute différente, résultat d'un comportement humain assez courant, la dissimulation au lieu d'assumer. Il y a presque un fatalisme dans cette nouvelle, Adolf Hitler devenant bien le dictateur meurtrier qui a marqué le vingtième siècle de par ses agissements, leurs conséquences ainsi que les théories politiques et philosophiques qui s'en sont inspirées.

C'est une brève littéraire réussie, loin des trucs gazeux et sans fond que je lis parfois dans le registre.

Bravo !

   Lariviere   
29/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour,

Je trouve ce texte intéressant. Sur la forme, l'écriture est correcte et permet de lire aisément ce court récit. Sur le fond, l'idée de base n'est certes pas originale, mais le choix de la brève donne un aspect philosophique, et délivre presque une parabole, si toutefois le lecteur accepte de prolonger le questionnement sous jacent. La construction respecte la catégorie. Une nouvelle plus développée sur le même sujet serait certainement intéressante elle aussi, mais ne fonctionnerait peut être pas de la même façon.

Merci pour cette lecture et bonne continuation !

   Babefaon   
11/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
J’ai beaucoup aimé l’idée de votre brève, qui mériterait d’être exploitée dans un format plus long. L’écriture est fluide et agréable, et le constat final, à savoir qu’on ne peut changer le cours de l’Histoire m’interroge tout autant qu’il me fascine. Votre récit m’a fait penser, dans le même genre, à une série vue il y a quelques années, sur la traque de l’assassin présumé de Kennedy, le traqueur étant empêché de le neutraliser à temps par un enchaînement de faits indépendants de sa volonté.
Le hic, car je dois bien l’avouer, il y en a un pour moi, et de taille (d'où le "j'aime bien" seulement!), c’est que vous écrivez, au début du troisième paragraphe, que « les parents ainsi que leurs trois premiers enfants occupaient des chambres au premier étage de la maison ». Lorsqu’on base son récit sur des faits réels, il est possible de broder, de donner sa vision des choses, d’en modifier certains aspects (pourquoi pas ?), mais il est indispensable de vérifier certains éléments factuels. Personnellement, j’ai du mal à visualiser la scène, sachant que les trois premiers enfants étaient morts bien avant la naissance du monstre en devenir. C’est, selon moi, le seul point négatif de ce récit qui, bien que court, est parvenu à me captiver !

   Robot   
11/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
On nous propose ici une forme d'uchronie dans laquelle le hasard ou un évènement remet les faits historiques dans l'ordre initial.
La nouvelle est bien menée et nous conduit de fil en aiguille vers le rétablissement de la situation. L'histoire est contée simplement dans une écriture facile à suivre.

   Boutet   
13/4/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
Le récit soulève une question morale forte : peut-on justifier le meurtre d’un innocent pour empêcher un futur atroce ?
Le retournement final est efficace, montrant que la tentative de Jane est vaine et que le destin trouve toujours un chemin pour s’accomplir.
Dans l’ensemble, je trouve l’histoire bien construite, sombre et ironique, avec une chute qui laisse une impression troublante et mémorable.
Non, on ne peut, hélas, changer le cours de l'histoire, même avec une machine à remonter le temps.

   GLOEL   
15/4/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime beaucoup
Bonjour,
J'aime bien cette nouvelle qui est une démonstration classique et efficace du paradoxe de la prédestination. L'idée d'une boucle est temporelle est excellente.

Sa force réside en fait dans son cynisme : l'héroïne ne se contente pas d'échouer, et devient l'artisan involontaire du mal qu'elle combat.

La conclusion est délicieusement cruelle. Jane Weston finit sa vie dans l'incompréhension totale, persuadée d'avoir raté son coup alors qu'elle l'a réussi techniquement. Le « mystère qu'elle n'a jamais résolu » est le clou qui ferme le cercueil de son espoir.

Votre style est efficace, tranchant et limpide, mais manque parfois d'un peu de relief sensoriel. C'est juste un peu sec.

   marcolev   
17/4/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Passant75

J’ai bien aimé cette nouvelle qui ouvre de nombreuses portes…
Profondément non croyant, j’adhère à la philosophie du mektoub arabe …
Et finalement cette nouvelle prouve que si Jane n’a pas pu changer le cours de l’histoire, elle a pu en revanche remonter le temps.
Et si elle avait réussi elle n'aurait peut-être pas exister pour inventer sa machine

Merci de ce partage


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