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Sentimental/Romanesque
plumette : Presque tout sur ma mère
 Publié le 28/04/17  -  16 commentaires  -  9621 caractères  -  122 lectures    Autres textes du même auteur

Tentative d'épuisement d'un sujet familier.


Presque tout sur ma mère


Ma mère est étrange. D’autant plus étrange que d’un abord très classique, plutôt sport chic que mamie gâteau ou dévote confite, elle inspire une certaine réserve. Son maintien, son regard droit, sa démarche rapide et sûre, son phrasé tonique, laissent à penser qu’elle sait ce qu’elle fait et ce qu’elle dit, que ses références sont étayées et ses avis tranchés, que ses oui sont de vrais oui et ses non de vrais non, secs et sans flottement. L’image lisse se brouille un peu à l’examen du contenu de son sac à main : une sorte de besace informe, tenue à bout de bras, toujours béante et alourdie d’un improbable fatras : du papier bien sûr, relevés bancaires et facturettes de carte bleue en vrac côtoyant la liste des courses griffonnée au dos d’une enveloppe, le recueil des textes et chants édités pour les funérailles d’un vieil ami, un brouillon de lettre destiné au service des procès verbaux, une convocation à l’assemblée générale des copropriétaires, des horaires de train, diverses invitations pour des vernissages, la dernière promo de super U, des tickets en tous genre : métro, pressing, parking, cinéma. Plusieurs strates de papiers, brassés, froissés, dissimulant ses indispensables lunettes qu’elle ne se résout pas à garder sur le nez. Le papier, c’est l’écume qui dissimule d’étonnants objets échoués là par inadvertance : un éplucheur à légume, un sachet de « nourriture pour fleurs coupées », un étui qui n’est pas celui des indispensables lunettes. Et au milieu de ce bric-à-brac, elle cherche constamment « les essentiels » soit son porte-monnaie, sa carte bleue, son téléphone portable, ses clés d’appartement et ses clés de voiture en deux trousseaux séparés.


Ma mère est étrange. Sa mémoire des dates et des chiffres a longtemps été telle qu’elle pouvait décliner la date de naissance de ses quarante neveux et nièces dans l’ordre de leur apparition. Elle avait commencé d’engranger les dates de la génération suivante mais sa motivation s’est peu à peu relâchée comme se sont distendus les liens familiaux au rythme des divers avatars et transformations de la vie. Son ordinateur mental a également conservé la trace indélébile des numéros de téléphone désormais obsolètes de tous ses logements, de ceux de ses parents et beaux-parents morts depuis longtemps, de ses fidèles amis, de ses médecins ou dentistes successifs, de sa banque… Dans sa vie quotidienne, elle n’a jamais eu besoin d’annuaire ou de répertoire. Mais cette spécialité mémorielle n’épate plus personne depuis la banalisation des ordinateurs de poche en tous genres qui permettent de suppléer la mémoire d’un simple clic. La disparition de son public, l’âge aussi sans doute qui perturbe les connexions, entraînent désormais quelques mélis-mélos sans grandes conséquences.


Ma mère est étrange. Ses goûts en matière de décoration d’intérieur sont indéfinissables. Elle aurait pu vivre dans n’importe quel décor respectant un minimum de normes bourgeoises. Il est vrai que dans leurs logements successifs c’est toujours mon père qui a donné le ton et qu’elle le laissait faire, adhérant à la plupart de ses choix de couleur et de mobilier. Elle lui imposa cependant dans la pièce principale de leur dernier appartement la présence de deux vitrines symétriques, avec d’un côté sa collection de trophées (coupes et médailles) gagnés au fil de cinquante années d’exploits sportifs et de l’autre sa collection d’éléphants miniatures. Un ami psy me fit remarquer l’incongruité de cette exposition juxtaposée de trompes et de coupes dans son salon et me proposa l’explication suivante en forme d’interprétation sauvage : « Ta mère est une coupeuse de trompes ! »


Ma mère est étrange. Je ne puis juger par moi-même de sa beauté et de sa séduction car c’est ma mère mais dès mon plus jeune âge je fus témoin de ce qu’elle suscitait dans le regard de certains hommes. Femme attirante, mais sans artifice, aucun ! Rien dans la salle de bains qui puisse éveiller mon imaginaire féminin. Elle avait recours au savon de Marseille pour la toilette et au shampoing Dop en format familial pour ses cheveux coupés courts. La salle de bains était un lieu exclusivement dédié à l’hygiène et je dus m’initier seule et fort tard à certains rituels de beauté car jamais je ne la vis s’épiler les sourcils, se passer une lotion sur le visage, se mettre du vernis à ongle, du mascara, du fard à paupières ou du fond de teint. Un seul élément faisait exception à cette austérité : le rouge à lèvres. Elle utilisait toujours le même bâton de couleur orangée, couleur associée dans ma mémoire à la terre battue des terrains de tennis qu’elle fréquentait avec assiduité. Lorsqu’elle remarqua que j’avais fait faire un balayage destiné à noyer dans un éclat mordoré mes premiers cheveux blancs, elle me fit observer avec satisfaction qu’elle n’avait pas besoin, elle, à soixante-dix ans passés, de ce genre de subterfuge, la nature l’ayant généreusement dotée de cheveux bruns résistant à l’outrage du temps.


Ma mère est étrange. Ses pensées suintent parfois en marmonnements inintelligibles. Depuis toujours, elle entretient des conversations avec elle-même au vu et au su de tous. C’est comme si, dans certaines situations, il n’y avait pas de filtre entre ses pensées et leur traduction verbale. Les activités domestiques favorisent cette sorte de fuite sonore et vaguement articulée. Il en est de même lors de ses déplacements, à pieds ou en voiture. Dans son cas, il ne s’agit pas d’une ponctuation à haute voix de ses actions ou de commentaires sur ce qu’elle voit ou encore d’invectives destinées à d’autres mais plutôt de l’expression de son monde intérieur dans lequel elle fait les questions et les réponses et s’attribue tous les rôles, telle la petite fille entièrement absorbée par son jeu. Elle a parfois conscience d’être prise en flagrant délit de « radotage » et s’en amuse.


Ma mère est étrange. Lorsqu’elle ouvre un journal, le Figaro de préférence, elle va d’emblée au carnet du jour et se plonge avec concentration dans la rubrique nécrologique. Elle s’intéresse aussi aux naissances et mariages mais la force d’attraction des avis de décès est incontestablement la plus forte, avec son lot de questionnement associé : qui est mort ? À quel âge, Dans quelles circonstances ? Longue maladie, ou accident ? Ou encore mort suspecte si l’avis suit les obsèques au lieu de les précéder… Dans les intitulés de l’annonce, elle décèle les compositions, décompositions et recompositions familiales, les alliances, les ruptures, les deuils passés, elle évalue et soupèse la descendance ; à travers le choix des prénoms, elle invente une origine sociale, culturelle, elle repère des traditions ; selon la rédaction de l’avis et les formules utilisées, elle se figure une ambiance familiale plus ou moins chaleureuse, religieuse, généreuse ou compassée. Au détour de cet épluchage méthodique, elle opère toutes sortes d’hypothèses et de rapprochements qu’elle nous livre avec la satisfaction de l’enquêteur qui vient de résoudre une énigme.


Ma mère est étrange. Elle prétend que sur son poignet toutes les montres se détraquent, qu’elles soient à ressort mécanique ou à pile. Cet inconvénient serait sans importance si elle n’était phobique de la ponctualité. Ma mère a mis en place des stratégies nombreuses pour avoir l’heure à chaque instant. C’est ainsi que de son appartement, elle peut consulter l’horloge du clocher de l’église opportunément placé droit dans l’axe de sa vue, ou dès sa sortie, l’horodateur placé au pied de son immeuble. Lorsqu’elle est dans la rue, elle capte instantanément le cours du temps sur le poignet des passants, ou à travers les vitrines. L’avènement du téléphone portable avec affichage de l’heure sur l’écran de veille a été une révolution qui a fait brutalement chuter le nombre de ses appels à l’horloge parlante.


Ma mère est étrange. Elle a toujours pratiqué plusieurs sortes de jeux : tennis, bridge ou dés, mais sans pour autant s’amuser car elle joue pour gagner. C’est au tennis que sa niaque a trouvé un terrain privilégié d’expression. Lorsque j’étais enfant, je l’ai vue poursuivre des heures durant, sans relâche, la petite balle blanche, surprenant toujours son adversaire par la rapidité de ses déplacements, déjouant tous les pièges, et menant le jeu sans en avoir l’air par sa régularité, son endurance, son calme. Elle se donnait sur chaque point comme s’il s’agissait d’une balle de match à sauver, avec une hargne rentrée, imperturbable, silencieuse et altière. Dans un savant dosage de défense et d’attaque, elle ramenait indéfiniment la balle, laissant l’adversaire exaspéré « se lâcher » au risque de la faute, pour clore un échange interminable.


L’étrangeté de ma mère m’imprègne si fort que je me suis choisie sur le tard une mère de substitution dont le patronyme « Létrange » a agi sur moi comme un aimant.


Pendant longtemps, je n’ai pas vu ce qui pouvait relier ces deux femmes hormis leur âge et leur éducation. Et puis, j’ai réalisé que mon amie s’était éprise du pays où ma mère avait passé son enfance, qu’elle me parlait de cette terre étrangère avec enthousiasme et poésie, comblant en moi par ses mots vivants et colorés un espace resté inexplicablement vide.


À mère étrange, fille étrangère, à moins que ce ne soit l’inverse : à mère étrangère (à elle-même) fille étrange. Il ne suffit pas d’un corps, si robuste soit-il pour transmettre la vie. Il faut aussi un regard qui enveloppe, des sourires, de la douceur, une parole incarnée qui s’adresse à l’autre dont la différence est reconnue pour mieux s’émouvoir de la ressemblance.


 
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   PierrickBatello   
31/3/2017
 a aimé ce texte 
Pas
Le problème majeur est que je ne trouve rien d'étrange à cette mère. Si ce n'est cette petite bizarrerie anecdotique du poignet. .. du coup, je me sens trompé après ma lecture. Et la chute tombe comme un cheveu dans la soupe. Écriture ne rattrapant pas ce défaut majeur. Détail : au tennis, la petite balle est plutôt jaune que blanche.

   Anonyme   
2/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
C'est plein de poésie et ça surgit à la fin irradiant tout le texte. Je suis très touchée par votre écrit et sa dimension. Avant la chute j'avais moyennement aimé la répétition "ma mère est étrange", mais tout ce met en place avec la chute.
La conclusion est splendide, bouleversante. Merci pour ce partage si bien écrit..

   Tadiou   
30/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
(Lu et commenté en EL)

J’aime la répétition-leitmotiv de « Ma mère est étrange ».

La description du contenu du sac à main est régalatoire (fait penser à « Inventaire » de Prévert) et pleine d’humour.

« Elle utilisait toujours le même bâton de couleur orangée, couleur associée dans ma mémoire à la terre battue des terrains de tennis qu’elle fréquentait avec assiduité » : pas mal du tout d’associer un tube de rouge à lèvres et un terrain de tennis. D'où un grand sourire du lecteur...

L’humour continue avec les chiffres, l’observation de l’heure, la consultation des rubriques nécrologiques, le tennis…. : accumulations très drôles… Quel personnage !!!

La chute est inattendue avec la nécessité de la recherche d’une mère de substitution et l’évocation tout en finesse de certains manques affectifs que celle-ci est censée combler. Et une bribe d’auto-analyse de la narratrice (on apprend assez tard que c’est une fille).

Ecriture très fine, délicatement drôle. Un tendre bijou..

   Cat   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Passionnément
Bonjour Plumette,

« Ma mère est étrange ».
Ce leitmotiv tout le long du texte, comme si la narratrice voulait s'en persuader davantage. Peut-être comme une excuse à ce manque qui est écrit entre les lignes.

L'écriture est parfaite. La mère, personnage principal, est campée avec une justesse exceptionnelle, et beaucoup de tendresse aussi.

Le contenu du sac-à-main, bric à brac en vrac, jure avec l'image de cette femme cash, aux avis tranchés, qui ne joue pas des artifices. C'est peut-être ce détail qui fait qu'elle ne semble pas du tout austère, bien au contraire, malgré l'éloignement qui existe entre elle et sa fille.

C'est barbouillée d'un étrange sentiment d'authenticité que je ressors de ma lecture, confortée dans l'idée que souvent, il n'y a pas plus étrangère qu'une mère pour sa fille, et vice versa.

J'applaudis chaudement votre nouvelle si bien menée, si vivante. J'en redemande.

Merci

Cat

   Alcirion   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Plumette,

J'ai bien aimé ton récit, même si, comme à l'accoutumée, on attend une histoire qui ne viendra pas. Ceci étant, j'ai trouvé une écriture de qualité, un texte bien structuré et une ambiance bourgeoise plutôt ancienne très réussie.

Ce qui apparaît une nouvelle fois, c'est ce sens du détail qui accroche l'imagination du lecteur et le retient jusqu'au bout. J'ai trouvé l'ambiance un peu glaçante, la fille décrit sa mère comme une étrangère, sans manifester d'émotions : peut-être est-ce cette étrangeté même qui a instauré cette distance entre elles.

Un bon moment en tout cas et bon anniversaire sur Oniris.

   Velias   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour Plumette,

Je suis ennuyée mais ce texte ne m'a pas plus emballé que cela.

Peut-être un état du sac à main trop détaillé, un peu lassant. Un fatras improbable s'y niche. Oui mais c’est le lot quotidien de toutes celles qui portent ces immenses besaces s’apparentant plus à une caisse à outils qu’à autre chose.

J'ai eu l'impression d'avoir le portrait de ma mère sous les yeux : une mémoire infaillible, et ô combien inutile, des numéros de téléphone, dates de naissance et autre polluants mémoriels.

Une salle de bain conçue juste pour l'hygiène, pas de place à la futilité dans ces lieux-là. C'est le mode de fonctionnement des générations qui ont grandi pendant la guerre ou juste après.

Sinon RAS sur l'écriture, c'est bien écrit. L'écriture est claire, fluide. Elle nous emmène de lignes en lignes sans effort, facilement.

L'utilisation de l'anaphore "Ma mère est étrange" donne une note poétique à ce texte.

Au fil de la lecture j'ai ressenti de la tristesse, des angoisses aussi (pourvu que je ne devienne pas comme elle...), peut-être aussi, et c'est paradoxal, de la nostalgie.

   Solal   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,
L'idée d'égrener la description, paragraphe après paragraphe, d'une mère à la fois fascinante et inaccessible, me semble une bonne idée pour donner de l'épaisseur à un personnage.
La petite ritournelle de début vient donner le rythme de ce portrait. Belle sonorité, intéressante...
Pendant que je parcourais votre texte, je me suis rendu compte que l'on pouvait lui accorder deux grilles de lectures.
1) La fiction : dans ce cas, il manque un fil rouge à votre texte, une action. Le portrait d'un personnage ne suffit pas à susciter mon intérêt.
2) l'autobiographie ; avec cet angle de lecture, je découvre un texte beau, sensible où la pudeur empêche encore de dire certaines choses...

Dans le doute, je reste circonspect.
Cette lecture m'a tout de même bousculé.
Merci.

   Dupark   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Plumette,

comme toujours, l'écriture est appliquée. Je n'ai buté qu'une fois, sur [elle opère toutes sortes d’hypothèses et de rapprochements]. Si le verbe "opérer" va bien pour "rapprochements", il fonctionne moins bien avec "hypothèses".

Le portrait de cette mère est d'une précision clinique. Chaque "Ma mère est étrange" est suivi d'une caractéristique, d'un symptôme. La chute, évoquant le manque d'empathie, pourrait donner la clé. Le lecteur pourrait émettre un diagnostic, pour peu qu'il soit rompu à l'exercice. Ce n'est pas mon cas. Parce que l'écriture est alerte, parce que les "plus", comme la cérébralité hors-normes d'une femme "attirante", sont aussi présents que les "moins", comme le côté spartiate et un rapport à la séduction particulier, le portrait se lit bien. La narratrice est attachée à sa mère. L'intérêt qu'elle lui porte le dit. Mais le lecteur comprend que la mère décrite ne semble pas, elle, très attachante, amputée semble-t-il de quelques implicites relationnels. Le lecteur, c'est moi en l’occurrence. Juste moi :))

Merci pour cette lecture attachante.

   vendularge   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Plumette,

J'aime beaucoup ce texte très bien écrit qui s'attache à mettre des centaines de mots sur la vacuité d'une relation. La profusion détails infimes obturant le vide essentiel. C'est bien pensé.

A la relecture, il me semble que cette mère n'est pas si étrange, elle est étrangère à la narratrice, elle ne lui est pas familière, les liens sont factuels sans affect énoncé par l'une ou l'autre (dans le texte..)

Bref, cette répétition de "ma mère est étrange" est intéressante parce que la raison de cette étrangeté n'est pas contenue dans les diverses descriptions de ce qu'elle fait mais très exactement dans ce qu'elle ne fait pas.

Merci

vendulrage

   Ludi   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonsoir Plumette,

Une longue méprise a accompagné ma lecture en EL. D’abord, en lisant le titre, je me suis précipité. J’ai pensé à une blague de mon pote Almodavar. Je me suis dit son oscar lui a pas suffi, il s’est inscrit sur Oniris.

Et puis, l’euphorie passée, j’ai lu la première phrase : « Ma mère est étrange », et là j’ai pensé à Jamel Debbouze, mais je me suis dit non, il aurait dit bizarre. Et puis, arrivé au sac besace, j’ai irrésistiblement pensé à Sylvie Joly. Elle aurait fait un sketch extraordinaire du portrait de votre mère.
Bon, il est déjà excellent comme ça (je me suis régalé), mais je pense que sa personnalité vous a sans doute empêchée de vous lâcher complètement.

C’est un beau portrait. Ma mère est étrange au début de chaque paragraphe en fait un texte de stand-up. Dommage donc que vous maniiez votre humour, voire votre ironie, avec des pincettes.
J’ai trouvé excellente sa lecture du Figaro, espiègle, fouineuse et imaginative à souhait. Sa phobie de la ponctualité aussi, avec ses montres qui refusent de lui donner l’heure. Le contenu de son sac, dont vous auriez peut-être pu prolonger la dérision en étant un poil plus ironique. Le paragraphe sur le tennis est un peu en deçà, presque sérieux, comme si l’auteur photographe lui avait fait soudain prendre la pose.

Et puis je n’oublie pas que vous avez le don de me faire flipper sans intrigue. Tout le long je me suis dit : « Elle l’aime ou pas, sa mère ? »
Je crois qu’il y a en fait plus de distance que de désamour. J’ai connu des gens qu’une passion pratiquée en compétition, sport ou jeu, ou même une activité débordante, pouvait éloigner de leur famille, par une sorte de régression progressive du sentiment filial.

Il y a sans doute à la fin une tentative raisonnée d’expliquer avec pudeur une simple absence, ou plus profondément, un manque.

Ludi
joueur actif et câlin

   Anonyme   
28/4/2017
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
Alors que j'ai aimé la fin de votre nouvelle:
"À mère étrange, fille étrangère, à moins que ce ne soit l’inverse : à mère étrangère (à elle-même) fille étrange. Il ne suffit pas d’un corps, si robuste soit-il pour transmettre la vie. Il faut aussi un regard qui enveloppe, des sourires, de la douceur, une parole incarnée qui s’adresse à l’autre dont la différence est reconnue pour mieux s’émouvoir de la ressemblance.", il m'a semblé que toute la densité était dans ces phrases, sans que cela soit posé par petites touches avant en un fil tissé avec cette fin subtile.
Dans ce portrait de mère, je n'ai pas su voir l'étrangeté , (j'ai 2 amies qui disent que leur montre se dérègle). Ce qui fait que l'introduction des paragraphes "Ma mère est étrange..." me menait vers une lecture que moi je n'ai pas ressentie ainsi.
Bonne soirée
Nadine

   hersen   
29/4/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Bonjour plumette,

je trouve le portrait de la mère raconté avec un quelque chose de très entraînant, de très réaliste. ça se lit tout seul.

Par contre, je ne trouve rien d'étrange à ce comportement, je suppose donc que l'éclaircissement vient à la fin, que la narratrice s'est toujours un peu sentie tenue à distance par le comportement de cette mère à l'emporte-pièces. Ses oui sont des vrais oui, ses non sont des vrais non. Aucun moyen de discussion, donc.

J'avoue que je ne m'y retrouve pas tout à fait bien, d'abord parce que j'attends un comportement plus bizarre d'une mère qu'on nous dit étrange, et ensuite ne pas connaître plus la narratrice m'empêche d'évaluer, en quelque sorte, le mal que cette mère fait en ayant un sac à main, en jouant au tennis ou en cherchant l'heure ailleurs qu'à son poignet.

Enfin, je reste parfaitement insensible à une mère étrange/ famille Létrange.

Pour conclure, je dirais que comme d'hab, vous nous dites sans tout nous dire. Mais pour finir le puzzle, il manque des pièces. Peu sans doute. Mais des pièces importantes.

Merci pour cette lecture,

hersen

   aldenor   
2/5/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Etrange portrait ! Atypique et vivant. Fait de petits détails, de comportements, avec un sens aigu de l’observation.
Mais le leitmotiv « Ma mère est étrange » ne fonctionne pas bien : elle ne l’est que dans le premier paragraphe !
Le contraste entre le fouillis de son sac à main et la rigueur de son maintien et de son discours est étrange en effet, et bien amusant.
Ce contraste, je ne le vois plus dans les paragraphes suivants. Elle avait une mémoire exceptionnelle, qui a pu décliner avec l’âge et qui ne lui est plus d’une grande utilité. Rien de très étrange ici.
L’incongruité des vitrines ne me frappe pas spécialement. Mais je ne suis pas une référence en matière de décoration...
Elle a une séduction naturelle, sans recourir à des artifices et ses cheveux ne blanchissent pas. Serait-elle étrange, dans le sens d’un phénomène morphologique ?
Elle épluche les notices nécrologiques ? Elle pense à voix haute ? Joue au tennis pour gagner. Tout cela est amusant et bien raconté, mais ne suffit pas à justifier le leitmotiv. Il aurait fallu créer pour chaque observation l’effet de contraste du premier paragraphe.
En outre, sans ce leitmotiv, qui a valeur de synthèse psychologique, le portrait manquerait d’unité.
Bref, à mon sens il faudrait donc essayer d’aiguiser les contrastes.

   plumette   
4/5/2017

   jfmoods   
4/5/2017
J'aurais ajouté quelques virgules...

"D’autant plus étrange que d’un abord très classique, plutôt chic" -> D’autant plus étrange que, d’un abord très classique, plutôt chic

"sa motivation s’est peu à peu relâchée comme se sont distendus les liens familiaux" -> sa motivation s’est peu à peu relâchée, comme se sont distendus les liens familiaux

"Elle lui imposa cependant dans la pièce principale de leur dernier appartement, la présence" -> Elle lui imposa cependant, dans la pièce principale de leur dernier appartement, la présence

"mais dès mon plus jeune âge je fus témoin de ce qu’elle suscitait" -> "mais, dès mon plus jeune âge, je fus témoin de ce qu’elle suscitait

"Ou encore mort suspecte si l’avis suit les obsèques" -> Ou encore mort suspecte, si l’avis suit les obsèques

"C’est ainsi que de son appartement, elle peut consulter l’horloge du clocher" -> C’est ainsi que, de son appartement, elle peut consulter l’horloge du clocher

"placé droit dans l’axe de sa vue, ou dès sa sortie, l’horodateur placé" -> placé droit dans l’axe de sa vue, ou, dès sa sortie, l’horodateur placé

Là, c'est plutôt la présence d'une virgule qui me chiffonne...

"mais sans artifice, aucun !" -> "mais sans artifice aucun !

Je trouve ici l'absence de référent et de virgules préjudiciable à la fluidité...

"Il est vrai que dans leurs logements successifs, c'est toujours mon père" -> Il est vrai que, dans les logements successifs de mes parents, c'est toujours mon père

J'aurais plutôt mis un singulier ici...

"à pieds" -> "à pied"

... un féminin là...

"l’adversaire exaspéré" -> l’adversaire exaspérée

... et là un pluriel...

"son lot de questionnement" -> son lot de questionnements

La ponctuation est à revoir ici...

"À quel âge, Dans quelles
circonstances ?" -> À quel âge ? Dans quelles circonstances ?

Ici, le verbe a du mal à s'adapter au premier groupe nominal...

"elle opère toutes sortes d’hypothèses et de rapprochements" - > elle pose toutes sortes d’hypothèses et opère toutes sortes de rapprochements

L'entête de la nouvelle ("Tentative d'épuisement d'un sujet familier") met en avant l'aspect biographique d'une entreprise aux vastes proportions.

L'anaphore ("Ma mère est étrange") étaie, au fil du texte, un processus de distanciation confirmé par le parallélisme final ("À mère étrange, fille étrangère").

Le lecteur se trouve confronté à une personnalité pour le moins contradictoire. Cette mère, qui renvoie l'image du sérieux ("d’un abord très classique, plutôt sport chic", "Son maintien, son regard droit, sa démarche rapide et sûre, son phrasé tonique, laissent à penser qu’elle sait ce qu’elle fait et ce qu’elle dit, que ses références sont étayées et ses avis tranchés, que ses oui sont de vrais oui et ses non de vrais non, secs et sans flottement."), est, à vrai dire, plutôt bordélique (contenu détaillé du sac à main).

Une longue phrase, en partie au discours indirect libre - la seule qui mette en présence les deux femmes - suffit à véhiculer l'essentiel...

"Lorsqu’elle remarqua que j’avais fait faire un balayage destiné à noyer dans un éclat mordoré mes premiers cheveux blancs, elle me fit observer avec satisfaction qu’elle n’avait pas besoin, elle, à soixante-dix ans passés, de ce genre de subterfuge, la nature l’ayant généreusement dotée de cheveux bruns résistant à l’outrage du temps."

Cette mère, sportive, au demeurant peu aimante, se veut la concurrente de sa propre fille dans une course absurde avec le temps qui passe. La vie est pour elle une éternelle compétition (mémorisation des dates et des chiffres, épisode du journal et de la rubrique nécrologique) dont elle n'a jamais su tirer le moindre plaisir...

"Elle a toujours pratiqué plusieurs sortes de jeux : tennis, bridge ou dés, mais sans pour autant s’amuser car elle joue pour gagner."

Derrière le raccourci saisissant et drôle que fait le psy ("Ta mère est une coupeuse de trompes") se cache une vérité douloureuse : celle d'une narratrice qui a dû se construire hors du modèle maternel.

Merci pour ce partage !

   mimosa   
16/5/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonsoir Plumette,

J'ai beaucoup aimé votre nouvelle qui n'en est pas tout à fait une mais qui se suffit à elle-même.
Pourtant...
J'y trouve cependant quelques incohérences : les différents descriptifs de cette étrange mère ne paraissent pas cohérents entre eux, et on a beau jaser sur les sacs des femmes, j'ai trouvé que trop c'est trop!
La ponctuation m'a pas mal gênée, il m'a fallu relire certaines phrases.
Et surtout, ce qui ma posé problème c'est l'absence de chaleur, d'émotion, d'amour éventuel, d'un côté comme de l'autre...
En fait, on sait ce que FAIT la mère, mais on ne sait pas QUI elle est:
On connait le contenu de son sac, ses goûts, sa hantise du temps, qu'elle joue au tennis pour gagner, etc.
Mais quid de son caractère, ses faiblesses, ses craintes, ses amours...?
et sa fille non plus: qui est-elle?

Donc, j'ai aimé votre nouvelle, sans m'y attacher, étrangère moi aussi!
Je vous ai déjà lue: toujours très bien écrit, agréable à lire.
merci,
Mimosa


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