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Réalisme/Historique
Sybelhe : Imposible olvido
 Publié le 07/03/12  -  10 commentaires  -  3190 caractères  -  54 lectures    Autres textes du même auteur

Heurts et malheurs du peuple Awà en terre colombienne.


Imposible olvido


Je me nomme Rosamaria del Diego. Je suis née il y a vingt-deux ans à Terra Verde, un petit village perdu dans le département du Sud-Est colombien. Mes parents sont des Indiens Awà. Ma mère Consuela a eu six enfants. Pedro mon père a disparu l’année de mes dix ans. Je garde un vague souvenir de sa moustache et de son gros rire qui me faisait peur. Dans chacune des trois pièces de notre maison mon père nous regarde. Accroché au mur ou posé sur une étagère, son portrait aux beaux yeux noirs nous sourit.


Consuela est restée seule à nous élever. Longtemps, elle a pleuré et prié la nuit. L’une des trois filles se levait souvent pour la rejoindre dans le vide laissé par mon père. La voix de notre mère alors résonnait partout dans la maison. Du plus grand au plus petit son chant d’amour nous apaisait. Je me souviens toujours de cette berceuse. Elle mouille mes yeux aujourd’hui encore.


Nous avons vécu de peu. Un bout de terrain pour cultiver les légumes, quelques bêtes à plumes et la vente de produits artisanaux. Nous, les enfants, savons lire et écrire, malgré la pauvreté et les événements tragiques qui ont traversé notre village.


Je frémis encore de me rappeler l’arrivée de la milice noire. La peur a couru les ruelles, traversé les murs comme une maladie contagieuse et mortelle. Je ne peux oublier les récits et témoignages de cette tragédie jouée tant de fois durant mon enfance : disparitions, corps retrouvés sans tête et autres atrocités. Je pleure de colère et de rage de les savoir vivants ces cabrones qui ont assassiné mon père, son frère et un grand nombre de villageois, d’honnêtes et fiers paysans de Terra Verde. Tous accusés à tort d’être des informateurs de l’armée nationale. L’impact de ce long conflit armé contre notre population indigène a été dramatique, nous menaçant simplement d’extinction.


C’est au nom des habitants de Terra Verde que je veux bien évoquer notre manifestation. Elle a lieu chaque année à la même date en souvenir et protestation des crimes odieux commis contre les hommes du village. En mai 1996 au moment du décevant procès national, Miguel Rio le vieux maire a décidé d’une action baptisée : la marcha roja. Il a réuni les familles et son idée a fait l’unanimité. Chaque premier dimanche de juin, hommes, femmes et enfants en rang par deux se donneront la main pour former un long cortège. Tous sans exception seront vêtus de blanc mais barbouillés de rouge, de cette maudite couleur qui a sali les murs, la place et l’école du village durant de longues années.


La marcha roja. Pas un seul habitant valide ne la manque. Jamais. Main dans la main nous parcourons chaque rue en hurlant l’un après l’autre le prénom de nos défunts. Lucas ! Mario ! Baptisto ! La liste est longue. Alors nos martyrs reviennent vivre parmi nous. En fin de parcours la foule bicolore se rassemble sur la place centrale pour entonner un chant d'adieu hérité de nos ancêtres en hommage à nos chers disparus.


Chaque année au premier dimanche de juin nos cœurs et nos corps saignent de chagrin. Imposible olvido.




Imposible olvido : impossible oubli.

Cabrones : salauds.

La marcha roja : la marche rouge.



 
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   Pascal31   
15/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un texte un peu court pour en faire une nouvelle à proprement parler. Mais ces quelques lignes, plutôt bien écrites, dégagent une vraie émotion, en évoquant un événement tragique tout en restant pudique et digne.
Je trouve simplement dommage de ne pas avoir développé davantage l'histoire, peut-être en focalisant la narration sur l'héroïne que j'aurais aimé suivre plus longuement, dont j'aurais voulu connaître la destinée.
Quoi qu'il en soit, c'est un texte qui, en peu de mots, a su m'amener une certaine émotion.

   placebo   
21/2/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Arf, les indiens en terre sud-américaine…
Sur un autre registre, un article m'avait interpellé : http://www.courrierinternational.com/article/2011/10/06/mon-nom-est-parapluie-et-je-suis-ne-le-31-decembre . J'ai songé à en faire une nouvelle et utiliser ce "je", également. Là, je m'interroge un peu sur la dualité auteur/narrateur :)

Le problème de ce texte, c'est que j'ai du mal à ressentir les émotions décrites dedans : peur, colère, notamment. Je pense que la faute en incombe à des phrases un peu trop généralistes pour un texte aussi court, déjà : "L’impact de ce long conflit armé contre notre population indigène a été dramatique, nous menaçant simplement d’extinction."

Peut-être un léger souci de ponctuation aussi : "Nous, les enfants savons lire et écrire" : j'aurais mis la virgule après "enfants".

"C’est au nom des habitants de Terra Verde que je veux bien évoquer notre manifestation" : c'est peut-être de là que vient le souci, est-ce le but du texte ?

Bonne continuation,
placebo

   costic   
24/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai aimé la simplicité de l’écriture. La première phrase embarque bien le lecteur et rappelle le début de romans sud américains. L’histoire touche et émeut. Je regrette un peu le laconisme de la nouvelle qui mériterait d’être davantage développée.

   macaron   
25/2/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Un témoignage poignant sur le petit peuple de Colombie, en l'occurence les indiens Awà que je ne connais pas. Entre les FARC et les cartels de la drogue, peu d'images nous viennent de ce pays certainement magnifique. Votre texte est très court mais dit l'essentiel. L'écriture est simple, au service de la dignité de cette "marcha roja". Puisse un jour devenir un possible "ovido"!

   alvinabec   
7/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
Bonjour,
Le premier paragraphe de votre texte est très prometteur. Et puis ça s'arrête là. La suite ressemble plus à un évènement rapporté, un papier journalistique, qu'à une réelle nouvelle.
L'intention est bien là, le fait divers excellent pour la trame mais développez, que diable, développez, ou votre lecteur ne fera que passer sans s'imprégner de rien. Ce serait dommage!
A vous lire...

   Anonyme   
7/3/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Un peu court à mon sens. L'intention est bonne, le texte est bien écrit,mais on reste sur sa faim. Quelques lignes de plus sur les indiens awà auraient enrichis la nouvelle..SR

   widjet   
7/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Malgré une écriture simple, sobre et une refus du pathos, un sentiment de trop peu prédomine dans cet hommage. Pas le temps de plonger dans le récit, de faire plus ample connaissance avec le personnage, l'histoire de cette famille ou la grande Histoire même du pays et de sa politique.

Une nouvelle qui tournerait presque à l'anecdote, mais dont l'intention semble davantage être tournée vers le devoir de mémoire (d'où le titre). C'est un choix que je respecte.

J'ai été étonné par la formule "L’une des trois filles" alors qu'il s'agit des soeurs de Rosamaria.

W

   jeanmarcel   
7/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu
J’ai eu l’impression de lire l’introduction d’un roman qui occulte volontairement les événements pour mieux les développer dans les chapitres suivants.
Je trouve le résumé des faits tragique et touchant, bien sûr, mais trop plaintif, larmoyant, presque fataliste.
Cette absence d’esprit combatif veut-elle démonter que la population était complètement neutre dans le conflit ?
Ce village était-il entre le marteau et l’enclume, coupé du monde, à l’intérieur d’un pays en guerre ?
Un peuple indigène est-il neutre par vocation ?
Pourquoi la milice noire, qui se bat contre l’armée nationale, décime-t-elle les populations qui sont sensées les ravitailler voire les protéger ?
Cette absence de réponses claires donne, à mon avis, un récit en forme d’épitaphe du père de la narratrice, une sorte de prière, alors que je m’attendais à un plaidoyer pour la liberté.

   brabant   
10/3/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Bonjour Sybelhe,


Comment un texte peut-il dire avec autant de placidité des événements aussi horribles. Ce texte parle de sang et pourtant ce texte manque de coeur. lol, je m'explique, vous avez certainement voulu faire comme Hemingway, distancier, dire objectivement dans un style journalistique, relater sans pathos. C'est votre choix et je le respecte.

Mais ce texte, s'il m'a informé, ne m'a pas touché.

Désolé... Une autre fois peut-être.

   matcauth   
18/3/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Sybelhe a compris quelque chose qu'il est si difficile de comprendre : l'écriture ne doit pas s'encombrer d'artifices destinés à embellir un texte, comme un papier brillant cache une cravate pour Noël.

Ici, tout est pudeur, simplicité, douceur des mots et des phrases. Sybelhe a été plus loin, elle a su s'affranchir de l'inutile. Elle nous livre le texte dans son essence, sans le cacher par mille artifices de sa plume.

Alors, oui, on en voudrait plus, cette histoire a tant de tenants et d'aboutissants qu'elle nécessite un plus grand format. Mais cet instantané, car c'est vraiment ça, cette histoire, est très joli.


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