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Réalisme/Historique
Sylvaine : Fils indigne
 Publié le 23/12/12  -  11 commentaires  -  6327 caractères  -  140 lectures    Autres textes du même auteur

Une mère abusive se plaint d'être maltraitée par son fils et revient sur leur passé commun.


Fils indigne


Abandonnée comme un chien ! De nos jours on ne respecte plus les vieux. On les cache, on les entasse dans les hospices. Mon fils a profité des vacances pour se débarrasser de moi. D’habitude nous partions ensemble dans la vieille ferme de mes parents. Mais tout a changé depuis qu’il a ramassé cette moins que rien : il a fallu qu’ils louent au bord de la mer, et paraît-il qu’il n’y avait pas de place pour moi. On s’était pourtant bien mis d’accord : quand elle est partie quinze jours plus tôt, elle devait bel et bien me préparer le canapé du salon. Seulement voilà, ça dérangeait Madame ! Il y a eu toutes ces messes basses au téléphone. Pour sûr, une mère au lit, ça gêne quand on veut inviter des amis à boire un pot après la plage, comme disent les jeunes. Toujours à trouver des prétextes pour feignasser dans un fauteuil.


Qu’est-ce que je vais devenir, moi, ici toute seule ? Qu’est-ce que j’ai bien pu faire au Bon Dieu pour mériter un sort pareil ?


J’ai su que j’allais perdre mon fils le jour où il m’a ramené cette fille. Il paraît qu’elle travaille dans la publicité, il n’y a que des traînées dans ce milieu. Maintenant c’est elle qui dirige. J’ai compris tout mon malheur quand ils m’ont demandé de rester dans ma chambre les soirs où ils avaient du monde. Ça m’a retourné les sangs ! Je suis chez moi tout de même ! Je me suis mise dans tous mes états, j’ai pleuré toutes les larmes de mon corps. Ça ne leur a fait ni chaud ni froid ; ils prétendaient qu’ils voulaient avoir une vie à eux. Une vie à eux ! Je vous demande bien pourquoi ! Au temps jadis, les familles restaient unies et toutes les générations habitaient sous le même toit. Quand j’étais gamine, à la ferme, mes parents et ma grand-mère dormaient dans la même pièce sans que personne y trouve à redire. On ne réclamait pas son intimité à tout bout de champ. De l’intimité, et puis quoi encore ? Mon fils a couché dans mon lit jusqu’à quinze ans.


C’est vraiment trop monstrueux, je n’arrive pas à y croire. Sans doute qu’il a voulu me faire peur mais qu’il va bientôt revenir. Oui, il va revenir, il ne peut pas me faire ça. Il fait chaud comme dans un four, ici, et j’ai une soif à tirer la langue. Mon Dieu, mon Dieu, faites qu’il ne tarde pas trop longtemps !


Quand je pense à tout ce que j’ai sacrifié pour lui, je suis estomaquée par tant d’ingratitude. C’est bien la peine de faire des enfants pour qu’ils soient des bâtons de vieillesse ! Ils ne vous traiteront pas mieux qu’une bête quand ils n’auront plus besoin de vous. J’ai souffert trois jours entiers pour mettre mon fils au monde, je l’ai veillé quand il a eu la rougeole et c’est pour me consacrer à lui que je n’ai jamais remplacé mon pauvre époux. Je me suis saignée aux quatre veines pour qu’il fasse de longues études. S’il a une situation en or au ministère, c’est bien à toutes ces privations qu’il le doit, et voilà ma récompense ! J’ai été jusqu’à lui offrir un chien pour ses dix ans. Un chien ! Une bête dégoûtante qui salissait ma cuisine et qui dénippait tous mes tricots. Pour moi l’animal n’a pas sa place en ville. Pourtant mon fils a eu son cadeau.


Seigneur Jésus, Marie, Joseph ! Je donnerais n’importe quoi pour un verre d’eau. À force de pleurer, je me dessèche, c’est sûr. Peut-être qu’après tout il ne reviendra pas.


J’aurais pourtant bien aimé qu’il se marie : ça m’aurait plu, des petits-enfants. Mais il n’a jamais été fichu de trouver une femme convenable. Une petite sérieuse, que j’aurais pu former comme ma fille et qui m’aurait soignée gentiment. Pas une de ces mijaurées qui me regardent de haut parce qu’elles ont fait des études, ou de ces Marie-couche-toi-là qui se vantent d’être des femmes libres. Je t’en ficherais, moi, des femmes libres ! Des filles publiques, oui ! Quand il m’en ramenait une, je ne la ratais pas. Pour ça, j’ai toujours eu la manière. Elle ne risquait pas de revenir.

Bien sûr, un homme est un homme. Il faut bien qu’il se contente et une mère doit se montrer compréhensive. Je fermais les yeux s’il découchait, mais à condition qu’il me prévienne. Il n’a oublié qu’une fois. Je me suis fait tant de mauvais sang qu’il n’a plus jamais recommencé.


Est-ce qu’il m’aurait vraiment abandonnée pour de bon ? J’appelle, j’appelle, et personne ne vient à mon secours. Si quelqu’un ne m’apporte pas un verre d’eau, je crois que je vais mourir de soif. Ça se voit, dans les hospices, de pauvres vieux qui crèvent de chaleur. De la déshydratation, on appelle ça. C’est-il Dieu possible que mon fils m’ait fait une chose pareille ?


Avec le temps, je m’étais faite à l’idée qu’il ne se marierait pas : au fond nous étions très bien, tous les deux, un peu comme un vieux couple. Et puis voilà qu’il s’entiche à cinquante ans d’une intrigante de vingt-cinq ! Voilà qu’il l’installe chez moi, qu’il n’y en a plus que pour elle ! Cette sainte Nitouche ne s’intéresse qu’à son argent, je le lui ai dit et répété. Tout ça ni plus ni moins que si je chantais. Cette roulure le tient par la peau, voilà la vérité vraie. Je n’ose même pas penser aux ordures qu’ils font ensemble sous mon toit.

J’ai mis mon fils au pied du mur : c’était elle ou moi, il fallait choisir. Quand il m’a dégoisé les horreurs que cette garce lui avait mises en tête, j’en suis restée comme deux ronds de flan. Si j’avais pu me douter… ! Il a osé me dire que je ne pense qu’à moi, que je l’ai toujours empêché de vivre. Il m’a traitée de mère pieuvre. Il m’a même ressorti cette vieille histoire de chien. Il n’y aurait jamais repensé sans l’autre, car les enfants oublient vite ces bêtises-là, mais paraît-il qu’il m’en a gardé rancune. Paraît-il que depuis quarante ans, il me déteste ! Il ne me reste que mes yeux pour pleurer, moi qui lui ai donné tant d’amour.


Ce matin, dans la voiture, il m’a dit qu’il me conduisait à l’hospice, mais je ne me suis pas laissé faire. Pour m’entendre, il m’a entendue ! C’est moi qui lui ai vidé mon sac. Alors il a stoppé le moteur, et il m’a laissée ici, à crever de chaleur et de soif. Je crois que j’ai mis au monde un criminel, car je sais maintenant qu’il ne reviendra pas. Il ne l’emportera pas en Paradis. Il y a tout de même des lois, dans ce pays. Je ne suis pas une bête. On n’abandonne pas sa mère à l’écart de la route, attachée à un arbre, comme j’avais abandonné son chien.


 
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   alvinabec   
11/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,
Voilà un texte bien fichu, juste ce qu'il faut de violence dans les mots, un crescendo dosé de façon intelligente sur ce vieux couple mère-fils et la chute est très drôle.
Seul bémol, c'est truffé de poncifs, à la limite de l'indigestion mais après tout la mère peut bien causer comme ça!

   macaron   
23/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
La fin est terrible et drôle. Mais, ne l'a-t-elle pas méritée? La rancoeur de cette mère possessive est bien exprimée par le ton mordant, les mots acerbes. Le côté populaire avec ses expressions toutes faites ne m'a pas vraiment gêné. Il y a , je crois, une volonté de l'auteur d'être au plus près du personnage.
Un bon moment de lecture!

   brabant   
23/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Sylvaine,


Texte ambigu où je me suis demandé si je devais me prendre d'empathie pour cette vieille dame, tout mère possessive qu'elle soit... et où j'ai peu à peu pris le parti de son fils, mais tout en restant mitigé, plus figue que raisin.

Des points restent à clarifier en ce qui me concerne :
- est-elle à l'hospice ou l'a-t-il abandonnée sur le bord de la route alors qu'il l'y conduisait comme elle l'avait fait jadis avec son chien ?
- cette dame n'est-elle pas propriétaire de sa maison ? Dans ce cas c'est au fils de partir.
- cette dame est-elle invalide ? Pas très clair pour moi.
- A-t-elle accepté d'aller à l'hospice ? On ne met pas quelqu'un à l'hospice sans son accord et sans démarches.

Voilà quatre points qui m'ont gêné et ce pourquoi je ne mets pas TB.

Sinon, ben j'ai trouvé ce texte plutôt bien fait, prenant.

Et je conclus que la dame n'est pas très sympathique sans mériter vraiment ce qui lui arrive.

D'ailleurs personne n'est sympathique dans cette histoire. Une histoire de la vraie vie ordinaire certainement.

lol

:)

   Lagomys   
23/12/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Sylvaine

Votre texte aurait été plus à température au moment des transhumances estivales... cependant, en hiver, il a le mérite de réveiller les sourires en dormance.

J'ai bien aimé cette lamentation d'abord léonine et émouvante qui rancit ensuite au fil des lignes jusqu'à devenir illégitime et pitoyable.

Bien amené le cynique dénouement : l'apitoiement sur cette pauvre femme négligée, meurtrie et humiliée, qu'on découvre possessive, aigre, odieuse (un peu fort tout de même le "que j’aurais pu former comme ma fille"); cette supplique récurrente du verre d'eau (on ne lui file donc rien à boire dans cet immonde hospice !); l'histoire du chien en pointillés, qui offre la fin sur un plateau.

C'est bien vu, bien écrit, cruel et sardonique à souhait.

Lagomys, cabot desséché

   jaimme   
23/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un thème fort et une chute plus encore. Et dans l'art de faire court.
Mais j'ai des réticences dont je voudrais vous faire part:
le titre est transparent. Un titre c'est un coup de poignard subtil. Il attire et ne dévoile rien au premier coup d'œil. Ou il participe de l'histoire, il en est un élément de la construction.
Ce qui m'a gêné tout au long de ma lecture c'est le registre de langage. Il n'est ni ordurier, ce qu'on aurait pu attendre d'une telle mégère, ni empreint de bondieuseries, ni proche de la psychopathe. Le registre utilisé ne donne pas de piste au lecteur: pourquoi cette femme est-elle comme cela? Cette femme a été une plaie pour son fils, mais elle-même? Le récit se serait enrichi, serait presque arrivé à la compassion pour cette mère indigne si vous nous aviez donné une piste, quelques indices sur le formatage de cette vie de femme, et en amont.
En tout cas votre récit est bien construit. Et intéressant, ce qui n'est pas la moindre des choses.
Au plaisir de vous lire à nouveau.

   widjet   
26/12/2012
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Les premières lignes, je me suis dit : « ah encore une histoire de bête qui nous fait croire que c’est un être humain », et puis finalement non. L’écriture est correcte et crédible, l’ensemble est fluide et sans cette fin assez cruelle, le texte (déjà bien court pour relater un passé entre les deux héros) aurait manqué de piment et du mal à se démarquer du tout venant (d'autant que le titre reste premier dégré, ce qui est dommage).

Bon, on est assez loin « d’Absent », mais le thème et la forme sont sensiblement différents donc il est stupide de comparer.
En cette période de Noël où l’union familiale est de rigueur, il est assez ironique de lire cette histoire où de mère en fils, la méchanceté prime.

W

   AntoineJ   
26/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Sympathique montée en puissance avec de délicats signes annonciateurs de la catastrophe ... pas mal sur une trame simple et basique où la mère est le centre d'un monde qui part en vrille.
Finalement, c'est le chien que je préfère dans cette troupe d'âmes grises ...
j'aurais en savoir plus sur le fils (il fait quoi ? pourquoi cette fille lui a-t-elle tappée dans l'oeil ? pourquoi est-il resté chez sa mère si longtemps ...) pour arriver à m'intéresser à lui

   Artexflow   
29/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Sylvaine,

J'ai lu avec un certain plaisir cette courte nouvelle. Je pense qu'elle est globalement réussie, donc, bravo !

Dommage pour moi, votre incipit m'avait laissé croire qu'elle était abusive physiquement avec son enfant, et donc j'attendais que ce soit évoqué dans le texte. Ce n'est pas le cas, donc je gage tout simplement que j'avais mal interprété votre terme abusive.
Oh ! Cela dit la maltraitance reste une théorie plausible, surtout avec Je me suis fait tant de mauvais sang qu'il n'a plus jamais recommencé. Alors, si finalement je ne me suis pas trompé, autant vous dire que c'est dit avec subtilité.

C'est vrai qu'il y a beaucoup d'expressions toutes faites, cela dit ça ne m'a pas plus dérangé que ça. Ca se remarque tout de même, donc oui certains seront sûrement plus dérangés que moi :)

Sans doute qu'il a voulu me faire peur mais qu'il va bientôt revenir. La phrase est plutôt bancale, à cause de ce "qu'il" qui se répète. Peut-être aurait-il mieux valu écrire "Sans doute aurait-il" ? C'est votre choix après tout ! :D

Idem, le Je suis estomaquée par tant d'ingratitude m'a dérangé. Est-ce qu'"estomaquée" est le bon terme ?

Bon, et franchement la fin chapeau !

Malheureusement, sinon, je n'ai pas su trouver "d'intérêt" à votre texte, comment dire... A la fin de la lecture, on est susceptible de se demander ce que ce texte a bien pu nous apporter. Vous avez le droit de me trouver vache, parce que dans le fond, très peu de textes ont d'intérêt réel, je pense par exemple aux miens, mais, allez savoir, trop court ou trop long, ça m'a un peu plus gêné ici.

En fait oui, j'ai la sensation que ce texte seul n'a pas lieu d'être, comme s'il manquait la suite, ou comme si vous nous aviez tronqué le début.

Peut-être que vous lancez trop de pistes sans les explorer ? Je ne sais pas trop.

Voilà, en définitive le fond me semble bien traité, la forme correcte. Une bonne lecture, merci beaucoup ;)

   Palimpseste   
30/12/2012
 a aimé ce texte 
Bien
Pas mal du tout.

Bonne écriture, bonne narration, excellente fin!

Bémol: pas mal de clichés qui nuisent un peu à l'intérêt du récit (la mère estomaquée (?), "Pour sûr, une mère au lit, ça gêne quand on veut inviter des amis à boire un pot après la plage, comme disent les jeunes", etc.)... ça force un peu "langage vieux", comme si à l'inverse on avait un texte "de djeuns" qui abuse d'un verlan triple-couche.

J'ai aussi trouvé gênant le détail qu'il a 50 ans et l'intriguante 25. Pour moi, ça nuit à l'histoire en faisant appel à d'autres questions sur cette relation (notamment l'argent, mais on ne dit pas avant qu'il est pété de thunes). Deux quinquas odieux auraient mieux fait l'affaire.

Mais le moment de lecture est agréable. Bonne continuation !

   jfmoods   
29/10/2016
Le titre ("Fils indigne") et le choix de la narration interne tendent à instaurer un climat de complicité entre la mère, supposée fragile, vulnérable, et le lecteur pris à témoin d'une situation intolérable ("Abandonnée comme un chien !", "Mon fils a profité des vacances pour se débarrasser de moi.").

Cependant, au fil du récit, ce sentiment convenu de pitié se fissure et un certain malaise s'installe chez le lecteur en considérant cette femme castratrice ("Une vie à eux ! Je vous demande bien pourquoi !", "De l’intimité, et puis quoi encore ? Mon fils a couché dans mon lit jusqu’à quinze ans.", "Mais il n’a jamais été fichu de trouver une femme convenable. Une petite sérieuse, que j’aurais pu former comme ma fille et qui m’aurait soignée gentiment.", "au fond nous étions très bien, tous les deux, un peu comme un vieux couple.").

L'élément le plus notable dans la construction de ce texte est la manière dont l'auteure ménage un effet d'attente sur l'endroit précis où se trouve le personnage ("moi, ici toute seule ?", " Il fait chaud comme dans un four, ici, et j’ai une soif à tirer la langue.", "J’appelle, j’appelle, et personne ne vient à mon secours.", "il m’a dit qu’il me conduisait à l’hospice", "il m’a laissée ici, à crever de chaleur et de soif."), préparant ainsi plus efficacement une chute en miroir ("Il m’a même ressorti cette vieille histoire de chien. Il n’y aurait jamais repensé sans l’autre, car les enfants oublient vite ces bêtises-là, mais paraît-il qu’il m’en a gardé rancune." / "On n’abandonne pas sa mère à l’écart de la route, attachée à un arbre, comme j’avais abandonné son chien.").

Merci pour ce partage !

   toc-art   
29/10/2016
Bonjour,

Je n'ai pas réussi à croire à cette histoire. Désolé. L'homme a, aux dires de sa mère, un bon emploi. Je veux bien qu'il soit resté chez sa mère malgré tout si elle avait un tel ascendant sur lui mais cette hypothèse ne tient plus dès lors qu'il rencontre sa compagne. Pourquoi resterait il alors ?
Quant à la chute, elle est bien sûr plaisante mais là encore, vous avez à mon sens sacrifié la véracité du récit à votre désir d'auteure (clin d'oeil amusant à l'abandon du chien ). C'est votre droit naturellement mais du coup, on n'y croit pas une seconde. Abandonnée au bord d'une route, pourquoi pas, mais attachée à un arbre... Allons... :-)


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