Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Liens Web 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Réalisme/Historique
Thimul : Permanence de soins
 Publié le 26/12/17  -  12 commentaires  -  27343 caractères  -  66 lectures    Autres textes du même auteur

Dédié à certains médecins de garde.


Permanence de soins


Ma mère n’a jamais rien fait comme tout le monde.

Ça a débuté par le jour de sa naissance. Elle est née il y a soixante-quinze ans, un premier de l’an, avec deux mois d’avance. Le médecin qui l’avait mise au monde était persuadé qu’elle ne survivrait pas. À l’époque, un prématuré d’1 kilo et 400 grammes, ça ne faisait pas long feu. Mais, la petite était coriace. Elle a déjoué tous les pronostics, et elle a fait mieux que survivre.

Elle a poussé, elle est devenue une bien belle plante et, vers 17 ans, a rendu fou amoureux un employé des postes de 5 ans son aîné. Ils ont fini par se marier. Je suis né neuf mois après la nuit de noces. On aurait pu croire que mes parents étaient bien partis pour élever une famille nombreuse. Enceinte dès le premier rapport, pas de pilule à se mettre sous la dent ni de stérilet entre les cuisses, il y avait toutes les chances pour qu’elle soit pleine aussitôt vide comme on dit chez nous. Mais, là encore, elle a faussé toutes les statistiques. Je suis le seul et unique représentant de madame Planchet Odile née Bourdoin.

Elle s’est mise à fumer tout de suite après son accouchement. Une femme tabagique, en ce temps-là, c’était plutôt mal vu. Mais, comme je l’ai déjà dit, elle n’était pas comme tout le monde et se foutait du qu’en-dira-t-on comme de sa première chemise. Elle me changeait mes couches la clope au bec, si bien que j’ai été autant nourri par le lait que par la nicotine. Et par l’amour aussi. Car elle m’aimait la bougresse et pas qu’un peu. Mon père et moi nous étions tout pour elle, mais je crois quand même, ou plutôt je suis certain, qu’entre le paternel et moi, il n’y avait pas photo.

Il nous a laissé il y a dix ans. Un bon infarctus tout ce qu’il y a de plus classique. Contrairement à ma mère, il était extrêmement conformiste y compris dans sa façon de mourir. Il s’est levé un jour avec une forte douleur dans la poitrine, a appelé son médecin le matin et a gentiment attendu jusqu’au soir qu’il passe à la maison. Celui-ci s’est pointé trente minutes après que son cœur se soit arrêté, brutalement, devant sa femme.

Puis, la vie a continué. Entre temps je me suis marié et j’ai divorcé. Je vis à Rouen et ma mère habite une quarantaine de kilomètres plus loin, à Biville-la-Baignarde. Ce petit village est près de Tôtes, un bourg situé à peu près à mi-distance entre Dieppe et Rouen. C’est important pour la suite. Nous nous téléphonons deux fois par semaine et je passe un dimanche tous les quinze jours. Là, elle me gave de tous les produits issus de son potager, et je repars avec des pleins paniers d’œufs et de légumes dont la plupart finissent par pourrir dans le bas du frigo. Je vis seul, je suis architecte. Autant dire que je suis débordé de boulot et que la dernière chose dont j’ai envie, c’est de passer du temps, le soir, à me mitonner de bons petits plats avec les produits du terroir. Une barquette de n’importe quoi dans le micro-ondes avant de m’avachir devant la télé et un programme plus ou moins débile, voilà mes soirées. Odile (je n’ai jamais réussi à l’appeler maman après l’armée, ne me demandez pas pourquoi) a toujours refusé de quitter sa maison. Pourtant, je lui ai maintes fois proposé de se rapprocher de moi. J’avais même trouvé le terrain et j’avais fait les plans de son futur palais. Mais quand j’ai réussi à la convaincre de visiter l’endroit, j’ai compris à sa mine butée que jamais elle ne quitterait sa vieille bicoque où elle avait été si heureuse avec son postier.

Il y a trois mois, elle s’est plainte de quelques douleurs abdominales. Trois semaines, une radio pulmonaire, une échographie et une coloscopie plus tard, le diagnostic est tombé comme une lame de guillotine. Cancer du colon avec métastases hépatiques et pulmonaires. Odile est loin d’être une imbécile. Elle a tout de suite su à quoi s’en tenir quand le médecin lui a annoncé qu’elle avait gagné à la loterie de la Faucheuse. J’étais avec elle ce jour-là dans le bureau du toubib. Il a commencé à tourner autour du pot, à parler de cellules anormales qui étaient dans son intestin mais qui avaient également atteint le foie et le poumon. On voyait bien que le pauvre n’était pas à l’aise. Odile l’a très vite coupé.


– Combien ?

– Pardon ?

– Il me reste combien de temps ?


Il y a eu un blanc. Puis, il s’est éclairci la voix et a craché le morceau.


– À ce stade, c’est difficile à dire. Disons que si vous répondez bien à la chimiothérapie on peut espé…

– Pas de chimio.

– Pardon ?

– Je ne veux pas de chimio.

– Madame Planchet, il faut absolument vous soigner.

– Ah, et pourquoi ? Votre chimio va me guérir de cette cochonnerie ?

– On ne peut jamais être certain à l’avance de l’effet du traitement. Certaines personnes gardent une très bonne qualité de vie pendant des années.


Elle a eu un petit sourire en coin dont elle avait le secret quand elle veut signifier à son interlocuteur qu’elle sait très bien qu’il la mène en bateau. Malgré tous les arguments de l’homme de science elle n’a pas voulu en démordre. Nous sommes repartis avec une ordonnance d’antalgiques.

Odile ne s’est pas vraiment battue contre la maladie. Mais, elle s’est accrochée comme une lionne pour ne pas perdre un soupçon de dignité. Jamais une journée sans se laver, jamais un cheveu en désordre, jamais un gémissement malgré la douleur qui lui déchirait les entrailles. Petit à petit, elle s’est affaiblie. J’ai pris un congé pour les quinze derniers jours. Je l’ai veillée seul, pendant plusieurs nuits, certain qu’elle rendrait son dernier soupir à l’aube. Il paraît que ça se passe souvent dans la deuxième partie de la nuit. Je ne voulais par rater le dernier adieu. Je voulais être là, pour elle, jusqu’au bout. En ce mois de juillet, le jour arrive tôt, et je finissais par m’assoupir quelques heures, épuisé, après que l’infirmière fut passée pour lui prodiguer ses soins. L’après-midi, je sortais pour aller respirer et faire quelques courses. Juste le nécessaire pour tenir le coup physiquement, et moralement.

J’aurais dû prévoir qu’elle me ferait un de ses tours dont elle a le secret. Aujourd’hui samedi, je suis sorti vers quatorze heures. Je l’ai embrassée avant de partir. Elle n’avait que la peau sur les os, mais elle avait encore la force de sourire.


– Prends ton temps, m’a-t-elle dit. Je vais faire une petite sieste.


La sieste a été plus longue que prévu. Mais, que voulez-vous, ma mère ne fait jamais rien comme tout le monde. Il y avait un lourd silence dans la maison à mon retour. Bizarrement, avant de pénétrer dans la chambre, j’avais déjà compris. Elle était allongée, les bras sagement repliés sur elle. Elle ne respirait plus, mais son corps était encore chaud. Je l’ai embrassée sur le front, j’ai pleuré, à la fois de tristesse et de soulagement. Ça s’est bien passé, sans véritable agonie. Elle a sagement refermé la porte derrière elle, sans effusion, comme elle a vécu : discrètement. C’était il y a une demi-heure.


16 heures.

J’ai mis tout ce temps pour rassembler mes esprits. Trente minutes pour être capable de penser à nouveau et me demander ce qu’il fallait que je fasse maintenant. Et puis, mes neurones se sont remis à fonctionner. Je cherche le numéro de son médecin traitant dans son petit carnet d’adresses. J’ai un petit pincement au cœur en voyant l’écriture au stylo-plume avec les pleins et les déliés. J’ai toujours adoré son écriture soignée. Je décroche son vieux combiné téléphonique à fil, une vraie antiquité, et je compose les 10 chiffres. La voix laconique du Dr Froissart s’enclenche.


– Bonjour, vous êtes en communication avec le répondeur du Dr Froissart. Le cabinet médical est ouvert du lundi au vendredi de 8 heures à 19 heures et le samedi de 9 heures à midi. En dehors des heures d’ouvertures, pour avoir le médecin de garde, veuillez composer le 116 117. En cas d’urgence, veuillez composer le 15.


J’ai un petit sourire.

La mort de ma mère est-elle une urgence ? Probablement pas. Un médecin de garde devrait suffire. Je tape une nouvelle fois sur les touches. Ça sonne un bon bout de temps avant qu’une voix féminine réponde.


– Permanence de soins, j’écoute.

– Bonjour, je voudrais connaître le médecin de garde.

– Sur quelle commune monsieur ?

– Biville-la-Baignarde.

– Pour quel problème ?

– Je pense que ma mère vient de décéder.


Petit silence. J’entends des bruits de clavier. La voix se fait un peu plus douce et chaleureuse.


– C’était un décès attendu ?

– Oui, elle souffrait d’un cancer.

– Et vous appelez pour un constat de décès ?


Je ne comprends pas très bien pourquoi elle tourne autour du pot, mais je suis trop épuisé pour m’énerver. Et d’ailleurs, je n’en ai même pas envie.


– Oui, je crois qu’il me faut un docteur avant d’appeler les pompes funèbres.

– Donnez-moi votre adresse complète, je vais vous passer un médecin.


Je m’exécute sans rechigner et bientôt j’ai une autre voix, masculine celle-là, qui me repose des questions.


– Vers quelle heure le décès s’est-il produit ?

– Je ne sais pas vraiment. Entre 14 heures et 15 heures 30.

– Bien euh… Voilà : nous avons un petit problème en ce qui concerne le médecin de garde.

– C’est-à-dire ?

– Il est basé à la maison médicale de Tôtes, mais il ne fait pas de visite à domicile.

– Même pas pour un certificat de décès ?


Silence gêné.


– Je vais le contacter pour voir s’il ne peut pas faire une exception. Je vous mets en attente, ne quittez pas.


Petite musique pour me faire patienter. Je ne doute pas un seul instant que le docteur va accepter de venir, mais je trouve tout ça bien compliqué. Finalement, le médecin reprend ma ligne.


– Allo ? Vous êtes toujours là ?

– Oui.

– Bon, c’est bien ce que je craignais, le médecin préfère rester à son cabinet.

– Comment ça, préfère ?

– C’est-à-dire qu’il ne veut pas faire de visite à domicile.

– Envoyez-moi un autre médecin.

– C’est le seul sur votre secteur. Avez-vous essayé de contacter votre médecin traitant ?


Je soupire. Malgré ma fatigue, je commence à être agacé.


– Oui, mais il ne travaille pas le samedi après-midi.

– Et vous ne connaissez aucun autre médecin susceptible de venir ?

– Dites-moi, c’est bien la permanence de soins ici ?

– Oui monsieur, mais je vous répète que, sur votre secteur, le médecin de garde ne se déplace pas.

– Et quand vous tombez sur une personne qui a le dos bloqué et qui ne peut pas se déplacer, comment faites-vous ?

– Nous sommes obligés de lui envoyer une ambulance et il est vu à l’hôpital.

– Eh bah ! Ça doit faire cher le lumbago !

– Oui, fait la voix qui a l’air aussi consternée que moi, mais c’est un système que nous n’avons pas mis en place. Ce sont les médecins de votre région qui ont décidé de fonctionner comme ça.

– Dans ces conditions, envoyez-moi une ambulance.

– Je ne peux pas monsieur.


Ma fatigue commence à disparaître au profit d’une moutarde qui commence à me piquer les narines.


– Une ambulance ne peut pas transporter une personne décédée. C’est illégal. Un corps ne peut être déplacé tant que le médecin n’a pas confirmé la mort.

– Tout ça c’est bien gentil, mais je vous signale que nous sommes samedi et qu’il fait plus de 30 degrés dehors. Pensez-vous que ma mère va pouvoir attendre jusqu’à lundi ? J’espère que vous n’allez pas me suggérer de la mettre au congélateur car celui de ma mère est trop petit et je n’ai pas d’égoïne !


J’ai monté d’un ton et le bougre à l’autre bout du fil doit sentir mon énervement.


– Calmez-vous, calmez-vous. J’ai vos coordonnées, je vais raccrocher et essayer de trouver une solution, je vous rappelle dès que j’en sais un peu plus.


Et il me coupe la chique avant que je me mette à hurler. J’allume une clope et je m’en vais me faire chauffer un café. Mes mains tremblent.


17 heures.

Ça fait bientôt une heure que je poireaute et que je trépigne. Je suis quelqu’un de civilisé. J’essaie de prendre sur moi et de garder mon calme. Je pense à Odile qui ne se départait jamais de son flegme légendaire. Je devrais prendre exemple sur elle. N’allez pas croire qu’elle était quelqu’un d’effacé qui se serait laissé marcher sur les pieds. Cette femme aurait pu vous assassiner avec des phrases sans élever la voix et sur le ton d’une aimable conversation. Jamais un mot plus haut que l’autre, mais parfois si cruels que vous auriez préféré qu’elle se fût jetée sur vous plutôt que de vous exécuter avec un sourire ironique au coin des lèvres. Quelques bureaucrates tatillons et peu empressés en avaient fait les frais.

J’en ai assez, je tente autre chose : Je décroche et je fais le 15. On verra bien si j’ai plus de chance avec eux. Un répondeur me dit de ne pas quitter, que l’on va prendre mon appel et de préparer pendant ce temps mon adresse et mon numéro de téléphone. On décroche plus vite que la dernière fois, c’est déjà ça. J’ai à peine le temps de commencer mon laïus qu’une voix féminine déjà entendue me coupe la parole.


– Vous avez déjà appelé tout à l’heure. C’est pour votre mère décédée, c’est bien ça ?

– Je ne comprends pas, je ne suis pas au SAMU de Rouen ?

– Oui, mais les appels concernant le 15 et la permanence de soins arrivent tous au SAMU. La seule différence c’est que, lorsque vous faites le 15, les appels sont traités en priorité. Ce qui fait que là, vous mobilisez une ligne d’urgence pour une affaire qui ne l’est pas.

– Excusez-moi, fis-je, partagé entre une certaine confusion et une envie de balancer le téléphone à travers la pièce. Et pour mon affaire ?

– Je vous repasse le médecin.


Nouvelle attente puis de nouveau le toubib.


– J’ai contacté le médecin d’astreinte de la l’ARS.


Soulagement, enfin !


– Dans combien de temps pourra-t-il venir ?

– Le médecin de l’ARS est un médecin qui ne s’occupe que des problèmes administratifs. Il ne signe pas les certificats de décès. Il essaie de vous trouver un médecin qui puisse se déplacer.

– Et en attendant, je fais quoi ?

– Je sais que c’est pénible pour vous, mais malheureusement, nous sommes obligés de faire avec un système qui nous est imposé.

– Dans ce cas, je souhaiterais parler au médecin de Tôtes qui refuse de se déplacer.

– Ce n’est pas la procédure habituelle. C’est nous qui régulons les appels et nous ne lui passons que ceux qui nécessitent une consultation. Mais ne quittez pas, je vais nous mettre en conférence tous les trois, ensemble.


La musique d’attente qui suit est de plus en plus insupportable.


– Vous avez le médecin de garde en ligne vous pouvez parler.

– Allo ? fait une nouvelle voix.

– Vous êtes le médecin de garde ?

– Oui, que se passe-t-il ?

– Il se passe qu’apparemment ma mère est morte docteur. Donc, j’aimerais que vous veniez signer son constat de décès.

– On ne vous a pas expliqué que nous ne faisions pas de visite à domicile pendant les périodes de gardes ?


Là, c’en est trop la coupe est pleine.


– Oui, on me l’a déjà expliqué, espèce de connard ! Mais je vous préviens que si vous ne radinez pas vos fesses ici, je porte plainte contre vous auprès du conseil de l’Ordre à la première heure lundi.

– Premièrement, répond l’infâme, ce n’est pas la peine d’être grossier, deuxièmement sous quel motif allez -vous porter plainte ? Aucune loi n’oblige un quelconque médecin à signer quelque certificat que ce soit monsieur. Votre cas n’est pas de mon ressort. Ce n’est pas ma faute si aucune structure n’a été mise en place pour pallier à cette carence.


Le salaud me raccroche au nez. J’en pleurerais de rage.


– Vous n’auriez pas dû réagir comme ça, dit l’autre qui n’a rien raté de notre prise de bec.

– Écoutez, je n’ai pas pour habitude de m’énerver, mais je commence à trouver cette affaire grotesque.

– Je sais dit-il. Et permettez-moi de vous dire que je vous comprends. Mais malheureusement nous ne…

– Sommes pas responsables, je sais vous me l’avez déjà dit. Au final, si je comprends bien, personne n’est responsable.

– Il y aurait bien un moyen [merci mon Dieu !], ce serait de contacter le maire de votre commune.

– Ah, et pourquoi ? Vous pensez qu’il a les numéros de tous les médecins du coin ?

– Sûrement pas, mais il est officier de police judiciaire et à ce titre, il pourrait réquisitionner le médecin de garde et l’obliger à se déplacer. C’est probablement la solution que va choisir le médecin de l’ARS s’il ne trouve personne. En tout cas je vais la lui suggérer. Le mieux que vous ayez à faire pour l’instant, c’est d’attendre.


18 heures.

J’attends. Il fait chaud. Je fume au propre comme au figuré. J’imagine différentes façons de faire partager mon irritation au médecin de garde de mes deux. Ça va du coup de boule à l’émasculation radicale. Décidément, je ne serai jamais Odile Planchet maîtresse incontestable de ses émotions.

Le téléphone finit enfin par sonner et je me jette dessus comme la faim sur le monde. Rien qu’au ton de sa voix sur le « allo », je sais déjà que mon problème n’est toujours pas résolu.


– Bonjour, c’est le médecin régulateur.

– Alors ?

– Je suis désolé, mais le maire de votre village n’est pas joignable. Nous n’avons toujours pas trouvé de médecin. Le responsable de l’ARS suggère que j’envoie une équipe du SAMU de Dieppe. Le problème, c’est qu’ils sont sur intervention, que ce n’est pas du tout leur rôle et que je vais dégarnir tout un secteur pendant plus d’une heure. Ça veut dire qu’en cas d’extrême urgence, je n’aurai personne à envoyer immédiatement parce que le véhicule sera chez vous pour faire de la paperasse à près de trente kilomètres de sa base. Mais, nous serons peut-être obligés de procéder comme ça si nous n’arrivons pas à débloquer la situation.


J’ai l’impression d’être tombé dans une histoire de fou. Ils vont m’envoyer une équipe de réanimation pour un simple bout de papier. Tout ça parce que l’autre crétin qui est à moins de 5 kilomètres refuse de faire le moindre effort. Ce qui me reste le plus en travers de la gorge, c’est que ce type qui n’en a rien à foutre va avoir gain de cause et va dormir sur ses deux oreilles. Je ne veux pas qu’il dorme sur ses deux oreilles.

Tout ceci me ramène à ma mère. J’ai une idée sur ce que je vais faire, mais je me demande si elle aurait approuvé. Après une courte réflexion et en me rappelant à quel point Odile détestait les cons, je décide que oui, elle aurait compris le sacrilège.


– Écoutez, dis-je. Laissez tomber, il ne va pas être nécessaire de faire déranger le SAMU.

– Vous avez trouvé un médecin ? demande la voix plein d’espoir.

– Ma sœur connaît quelqu’un qui va pouvoir venir.

– Bon, eh bien je ne vous cache pas que ça nous enlève une sacrée épine du pied. Je vous laisse et je vous souhaite un bon courage. Désolé pour ces difficultés.


Je le sens tellement soulagé que j’ai presque pitié de lui. Je ne lui en veux pas. Ma colère est concentrée sur quelqu’un d’autre. Je retourne dans la chambre. Le corps d’Odile a refroidi. Il est un peu plus raide, mais pas complètement. J’attends une demi-heure de plus et cette fois-ci, je prends mon téléphone portable. Ils ne pourront pas localiser l’appel.

Quand j’étais gamin, et mon père encore jeune, il me faisait souvent hurler de rire en parlant avec une voix de petit vieux, genre Michel Simon. Très vite, à mon tour, je me suis mis à faire rigoler mes camarades de classe en prenant la même intonation. Je dois dire que je suis presque aussi doué que Lafesse se faisant passer pour monsieur Ledoux. Je décide d’utiliser mon talent quand une autre voix féminine me répond.


– Bonjour madame, j’aurais voulu avoir un rendez-vous avec le médecin de garde de la maison médicale de Tôtes, s’il vous plaît.

– C’est pour quel problème ?

– Mon épouse tousse beaucoup et elle a de la fièvre. Je crois qu’il faut qu’elle voie un docteur.

– Vous pouvez vous déplacer ?

– Oui, j’habite Tôtes. J’aurais juste besoin d’avoir un rendez-vous et de connaître l’adresse.

– Ne quittez pas, je vais d’abord vous passer le médecin régulateur.


Quelques secondes plus tard, je me retrouve avec le même type que tout à l’heure. Il ne me reconnaît pas. Peut-être m’a-t-il déjà oublié. Je lui débite tout un speach sur ma prétendue femme qui a peut-être une bronchite. Il me donne quelques conseils, mais finit enfin par me passer le médecin de garde pour qu’il me donne un rendez-vous. Au son de la voix exécrée, je sens à nouveau des envies de meurtre me farfouiller les tripes.


– Allo ! fait–il dans un soupir pour bien me faire sentir que je le dérange. C’est pour quel problème ?


Et je recommence du début. Ma femme, la toux, la fièvre.


– A-t-elle des difficultés pour respirer ?


Là, je flaire le piège. Si je réponds oui, il y a toutes les chances pour qu’il me dise de l’emmener à l’hosto.


– Non, mais elle a beaucoup de fièvre.


Nouveau soupir.


– Vous pourriez l’amener pour 20 heures 45 ?

– Ce n’est pas possible plus tôt ?

– Non, j’ai beaucoup de travail. Mais si vous estimez que c’est plus urgent, vous pouvez contacter le SAMU pour qu’il vous envoie une ambulance et qu’elle soit transportée à l’hôpital.


Bah tiens !


– Non merci, docteur. Je vais prendre 20 heures 45.


Ensuite, j’invente un nom bidon, il me donne l’adresse de son foutu cabinet et il raccroche sans une once d’amabilité. Il faut encore que j’attende deux heures. Je retourne voir Odile toujours immobile dans son grand lit, dans la position du gisant. Il paraît que les corps sont raides au bout de six heures. Il vaut mieux que je m’y mette tout de suite.


20 heures 30.

Je me gare facilement. À cette heure-là, tout le monde ou presque est chez soi. À part les jeunes qui eux préfèrent draguer à la fraîche que de se planter devant leur poste de télé.

Odile est assise à l’arrière. Je l’ai enveloppée dans une couverture. Je la prends dans mes bras, son corps a définitivement gardé la position assise. Elle est toute légère. Tandis que je m’approche de la porte, je ne peux m’empêcher de lui parler à l’oreille. Je suis peut-être en train de devenir complètement dingue.


– Tu vas voir Odile, je suis sûr que tu vas adorer. Comme tu disais parfois : « Aux grands maux les grands remèdes » !


Je sonne et une voix me demande qui je suis.


– J’ai rendez-vous à 20 heures 45. Monsieur Bidon.


Pour un nom bidon, c’est un nom bidon. Il m’ouvre.

Il y a une seule personne dans la salle d’attente. Une jeune femme d’une trentaine d’années. J’entre en portant Odile et je la dépose sur une chaise. Elle chancelle un peu, mais j’arrive à la retenir. Puis, je m’assoie à côté d’elle et je me cale contre son épaule devenue rude et inhospitalière. Elle a la bouche entrouverte. Un silence pesant s’installe. La fille est plongée dans une revue préhistorique.


– Vous avez rendez-vous à quelle heure ?

– 20 heures 30, répond-elle en finissant par lever la tête.


Elle renifle et s’efforce de sourire.


– J’ai un méchant rhume. Il vient à peine d’arriver, ajoute-t-elle en montrant la porte d’entrée. Il était parti sur une urgence.


Le salopard ! À moi, il me dit qu’il ne fait pas de visite à domicile et qu’il est débordé, et à d’autres qu’il n’est pas là parce qu’il est en visite. Mon cul oui ! Il était tranquillement installé dans son canapé ce petit fumier !


– Et vous ? interroge-t-elle à son tour. C’est pour quelle heure ?

– Quinze minutes après vous. Mais, ce n’est pas pour moi, c’est pour ma mère.

– Elle n’a pas l’air très bien. Si vous voulez, vous pouvez passer avant moi. Je ne suis pas à un quart d’heure près. Elle doit crever de chaud sous cette couverture.

– Pas de chaud, madame, rassurez-vous. Ma mère est un vrai petit glaçon. C’est gentil à vous, mais ce ne sera pas nécessaire. Son cas n’est pas une urgence.


À cet instant, il se produit deux choses : le médecin clenche la porte brutalement et je sursaute. Odile bascule sur le côté opposé et j’ai juste le temps de la rattraper avant qu’elle ne tombe de sa chaise. La couverture tombe sur la taille et la découvre dans toute sa lividité.

La jeune femme ouvre de grands yeux et une grande bouche.


– Mais elle est… Mais elle est…


Après, ça se noie dans un hurlement.


– Qu’est-ce qui se passe ? fait le toubib qui n’a encore rien compris.


Elle pointe ma mère d’un doigt presque accusateur.


– Elle est morte ! Elle est morte ! Elle est morte !


Je reste calme tandis que je vois le visage du médecin virer au gris à mesure qu’il réalise ce qui est en train de se passer. Je lui décoche un sourire candide.


– Taisez-vous ! crie-t-il à son tour à l’autre patiente, ce qui a pour effet de la calmer un peu.


Je la vois se recroqueviller sur sa chaise, tremblante, incapable de quitter Odile des yeux. Pendant ce temps, l’homme de l’art me toise. Il remet les pièces du puzzle à leur place. Il a compris.


– Vous n’avez tout de même pas fait ça ! finit-il par lâcher avec un air de dégoût.

– Plaît-il ?


Il s’approche de ma mère et la touche comme pour achever de donner une réalité à la scène qu’il a sous les yeux.

Il a un recul en se rendant compte que sa patiente est raide comme un bout de bois. J’enfonce le clou.


– Je crois que madame a rendez-vous avant nous. Ma mère et moi pouvons attendre un petit quart d’heure de plus !


Et là, il explose.


– Mais vous êtes cinglé ! hurle-t-il. Ça va pas la tête ! Complètement malade !

– Ma mère est malade. Moi, je vais très bien merci. C’est bien vous qui m’avez dit que vous ne faisiez pas de visite à domicile, docteur ?


Il est au bord de l’asphyxie.


– Vous n’avez pas le droit de l’amener ici ! C’est interdit de transporter un mort, ça va vous coûter cher !

– Mais, j’espère bien qu’il y aura des suites cher ami. Voyez-vous, nous nous trouvons devant ce qui peut s’appeler un dilemme. Effectivement, la loi m’interdit de transporter un corps, mais seul un médecin peut affirmer qu’une personne est morte. Voyez-vous où je veux en venir ? Comment être sûre que la dame à côté de moi, qui se trouve être ma mère, est décédée ?

– Mais elle est en rigidité cadavérique espèce d’abruti !


J’ai la moue du type sceptique.


– Vous savez, moi, je n’y connais pas grand chose. Qui me dit qu’Odile, c’est comme cela qu’elle s’appelle, ne fait pas un Parkinson avancé ? C’est vous le docteur, pas moi. Évidemment, je ne vous cache pas que tout ceci est fâcheux. Surtout que maintenant, comme nous sommes dans un lieu ouvert au public, il va falloir appeler la police.

– Mais j’y compte bien espèce de connard !

– Comme cette histoire ne manque pas de piquant, je me suis permis de contacter un ami journaliste dans un quotidien national qui ne devrait pas tarder à arriver. Félicitation docteur, je crois que vous allez bientôt être célèbre dans la France entière pour avoir fait se déplacer un cadavre à son cabinet. Avouez que pour quelqu’un qui refuse de faire des visites à domicile, c’est le summum de la réussite !


La suite s’est passée comme je l’avais prédit. Les flics sont venus, j’ai joué l’andouille et le type totalement épuisé qui n’en pouvait plus, ce qui était loin d’être faux. L’article est à paraître demain. La télévision m’a contacté. Je pense que, dans quelque temps, ce genre de problème ne se produira plus. Si ce n’était pas le cas et que vous vous trouviez dans la même situation que moi, proposez donc au médecin de garde de lui apporter le « patient » au cabinet. Ça devrait le faire bouger.

Ou alors, c’est à désespérer des cons.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette nouvelle sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   plumette   
27/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
En voilà une lecture instructive!

je n'ose pas imaginer qu'elle soit arrivée réellement à l'auteur.

Notre monde administratif est redoutable et rend les gens inhumains.

l'histoire me semble construite sur le mode d'un thriller avec une bonne progression dramatique. J'ai vraiment bien aimé ce démarrage en douceur qui permet de faire connaissance avec le narrateur et son environnement. C'est un homme pacifique, aux émotions plutôt maîtrisées. Le portrait d'Odile la rend plutôt attachante. La situation est burlesque, on peut peut-être la qualifier de Kafkaïenne.

j'ai été happée par l'histoire jusqu'à son terme avec un peu de difficultés à admettre le comportement du médecin de garde !
Les images d'Epinal ont la vie dure!

Merci pour la lecture

Plumette

   Tadiou   
28/11/2017
 a aimé ce texte 
Bien
(Lu et commenté en EL)

C’est dans le genre «Réalisme/ Historique », et cela sonne en effet comme un récit (quasi) authentique.

L’écriture est précise, bien maîtrisée, sobre.

La description du caractère d’Odile, de ses originalités, est bien rendue, ainsi que tous les événements qui suivent, décrits méticuleusement, comme les réactions et pensées du narrateur.

Je veux bien croire que tout ceci est malheureusement réaliste, au moins en partie (pour le transport en voiture ordinaire d’une personne décédée, ça se discute…).

Cela pourrait faire un article journalistique d’une dénonciation de situation inacceptable, avec en plus des incompétences et des fainéantises.

Merci pour cette lecture et à vous relire.

Tadiou

   Asrya   
1/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↓
Un bon texte dans l'ensemble !

J'ai apprécié le ton du début de la nouvelle, l'histoire est bien racontée, la force de caractère de la mère, pas de chimio, la relation entre elle et son fils, sa mort.
On entre facilement dans l'ambiance de votre écrit et on sent que l'auteur se fait plaisir, surtout dans les dialogues.
Le discours paraît plausible, les dialogues sont, dans l'ensemble, plutôt convaincants, on pourrait imaginer une telle scène dans la vie réelle, alors... bon point.

La conversation devient presque burlesque et on compatit avec votre personnage qui trépigne, qui bouillonne, qui a envie (certainement) d'employer des mots qu'il maîtrise et qu'il garde pour lui (hormis le "connard" qui lui échappe ; d'ailleurs... peut-être qu'un ou deux de plus n'auraient pas été du luxe) ; ceci-dit, on se met à sa place, peut-être pas suffisamment à la place des médecins, ce serait un premier bémol.
Vous dites qu'ils n'ont pas le choix, que c'est comme ça (etc.) ; mais peut-être que vous n'appuyez pas suffisamment justement sur ce "c'est comme ça" et ce probablement ras-le-bol des médecins à ce propos.

Ensuite l'histoire se poursuit et... là, ça commence (un tout petit peu) à devenir long, il n'y en aurait pas fallu plus en tout cas, ça devenait limite !
Je pensais bien que votre personnage finirait par agir de la sorte et... je n'attendais que le moment où il allait le faire (c'est en tout cas... l'une des réactions que j'aurais probablement eu encore plus rapidement ; parce que... dans le genre foutage de gueule, le médecin se place là !).
Donc, ni surpris, ni étonné, ni choqué ; un brin amusé, encore que... je trouve que la fin ne soit pas réellement à la hauteur du développement et du reste de la nouvelle.
La réaction du médecin ne me paraît pas tout à fait approprié.
Celle de votre personnage, décalée, est bien sentie, j'ai apprécié mais l'ensemble ne me paraît pas suffisamment "spontané" et j'ai davantage cru à une scène de théâtre (un peu exagéré) qu'à une scène réelle.

La qualité d'écriture est au rendez-vous, nul doute ; encore que vous auriez pu aller encore plus loin.

Merci pour le partage,
Au plaisir de vous lire à nouveau,
Asrya.

   Cat   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Thimul,

La plume confirme ici tout le bien que je pensais d'elle par ailleurs. Particulièrement les dialogues, ciselés avec joie.

L'histoire est originale et le personnage de Odile fort bien campé, ma foi, grâce à une écriture dont le savoir-faire n'est plus à prouver.

La fin est à l'image de Odile, elle, qui n'a jamais rien fait comme tout le monde. Cependant elle a un peu traîné à mon gré, tant je me doutais de ce qui allait arriver – certainement à cause des longueurs administratives (?) dans lesquelles s'est noyé mon enthousiasme

Mais nul doute qu'avec toute la passion à écrire que l'on ressent derrière chacune de tes histoires, Thierry, j'aurais bientôt l'occasion de te relire et de me régaler encore.

Merci pour le partage.


Cat

   Louison   
26/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Les stupidités administratives à leur paroxysme racontées de façon fluide. j'ai été facilement embarquée dans votre terrible histoire. J'espère seulement que c'est une fiction.

J'ai bien aimé les dialogues aussi.

   GillesP   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Thimul,
Je crois que ça se confirme, j'aime votre plume et votre sens de la narration. Pour ce qui est de l'écriture, j'ai retrouvé dans ce texte des formules savoureuses, comme d'habitude. Quelques exemples parmi d'autres: "pas de pilule à se mettre sous la dent ni de stérilet entre les cuisses" (j'ai moins aimé la fin de la phrase, un peu lourde à mon sens: l'antithèse entre le plein et le vide manque de finesse et sent le réchauffé), "il était extrêmement conformiste y compris dans sa façon de mourir", "trois semaines, une radio pulmonaire, une échographie et une coloscopie plus tard, le diagnostic est tombé comme une lame de guillotine" (joli zeugme et comparaison qui joue avec le mot "couperet" qu'on emploie souvent dans ce genre de situation)... Ces formules donnent une certaine légèreté à la narration, une distance par rapport à l'histoire que vous racontez, ce que je trouve très agréable, car lorsque je lis, c'est autant pour l'écriture que pour le contenu.

L'histoire, quant à elle, démarre doucement, ce qui nous permet de nous attacher aux deux personnages. Ensuite, les choses s'accélèrent et nous font pénétrer dans un monde kafkaïen, ce qui m'a fait penser à une autre de vos nouvelles, Les Ordinateurs ne font pas d'erreur, si ma mémoire est bonne. Je trouve que ça traîne un peu en longueur, sur la fin: il y a peut-être trop de coups de fils, mais c'est un détail.

Lorsque je vous lis, j'ai un peu l'impression de me trouver en terrain familier. Ce n'est pas une critique, au contraire: cela prouve que vous avez un univers à vous, une plume particulière. Il faudra que je voie si je parviens à déceler un texte de vous en espace lecture.

Au plaisir de vous relire.
GillesP

   gujot   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Situation rocambolesque s'il en est une! Les imbroglios administratifs sont légions courantes et celui-ci n'en est qu'un autre qui en témoigne, même si je n'ose croire en la possibilité de la chose, quoiqu'on puisse facilement imaginer qu'un médecin bourru puisse manquer de compassion...

Cela dit, j'aime bien ces absurdités qui traversent la limite du raisonnable, bien que ce soit toujours les plus démunis de ressources qui en fassent les frais.

Côté style et structure, je dois avouer que les dialogues vivants m'ont particulièrement plu, mais que j'aurais resserré la construction de la nouvelle pour en arriver plus rapidement aux échanges téléphoniques, puisque l'objectif du texte prend du temps à se clarifier.

Bref, une agréable nouvelle, dans l'ensemble.

   hersen   
27/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Thimul,

C'est une nouvelle étonnante car elle tient du fait divers et du thriller...

Tu pouvais pousser le bouchon plus loin, et ce qui apparaît comme un fait divers (vécu réellement par quelqu'un ?) se transformait en thriller, avec un cadavre ambulant ( et non pas en ambulance car tu m'apprends que c'est interdit !)

J'ai apprécié ce petit échange administratif, ne serait-ce que pour comprendre davantage comment cela fonctionne...mal.

Ainsi, le sujet, une pauvre maman morte, se transforme en enjeu de ridicules atermoiements;

Très bien contée, cette histoire fait peur : comment gérer l'heure de sa mort au plus près des contingences administratives :)))

Merci de cette lecture !

hersen

   Shepard   
28/12/2017
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour Thimul,

De l'humour, du cynisme et un bon rythme malgré la longueur.
Pas si facile, presque une sorte de huis clôt au téléphone, ou les différents personnages se trouvent prisonniers d'une situation absurde.
Bon le Dr.Con est un classique mais ça marche toujours...
Finalement je vois plutôt cette nouvelle comme un sketch, ça fait très scène de théâtre (décors réduits, accentuation sur les dialogues).
Bref, vieille marmite et bon plat, si vous voyez ce que je veux dire...!

   Perle-Hingaud   
28/12/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé ! Il y a quelque chose des sketchs de Devos dans cette situation. Car le sel de cette nouvelle est la situation, justement, qui part d'un fait tout à fait crédible pour arriver... là où on n'espère vraiment pas que le récit soit toujours véridique !
J'ai aimé le début, la description de la mère, de sa maladie (tellement réaliste...), et ensuite le dérapage progressif dans les absurdités du système, chaque acteur étant dépassé et englué.
L'écriture est au service de l'histoire, rythmée et simple. J'ai surtout apprécié le ton du narrateur, en fait: sensible et drôle.
Merci pour ce bon moment !

   Bidis   
6/1/2018
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'étais un peu déprimée aujourd'hui. Alors, merci Thimul. Cette nouvelle m'a intéressée d'abord, fait sourire ensuite et enfin éclater de rire aux éclats.
Bien écrit ce texte d'ailleurs. Une seule petite chose :
-"si bien que j’ai été autant nourri par le lait que par la nicotine." : je crois qu'il faudrait écrire plutôt "autant par la nicotine que par le lait".

   moschen   
5/2/2018
Voici l'histoire de la dénonciation d'une absurdité. La progression du récit, qui va conduire le personnage principal à un excès d'un tout autre ordre , est maîtrisée, ciselée.
Au final, on peut regretter une invraisemblance, de taille à mon sens. Que l'on souhaite se venger dans ces conditions, me paraît justifié, mais que l'on choisisse d'instrumentaliser une morte pour mettre quelqu'un face à ses responsabilités voilà l'invraisemblable.
Il n'est pas question de morale dans mon propos, mais simplement d'un point de vue sur un personnage qui place la nécessité de donner la leçon à autrui à un niveau supérieur.


Oniris Copyright © 2007-2018