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Sentimental/Romanesque
Tiramisu : L'homme des bois
 Publié le 22/06/20  -  12 commentaires  -  14510 caractères  -  94 lectures    Autres textes du même auteur

Comment une courte expérience dans l'enfance peut laisser son empreinte à jamais.


L'homme des bois


Après avoir repoussé son bol sur la table en merisier, Guy se lève en s’étirant. Encore une journée qui s’annonce sereine. Il aime en connaître le déroulement, et repérer dès le matin ses petits moments préférés, ses instants de plaisir choisis. Il range sa maison afin de la retrouver dans sa sobriété habituelle, avec peu d’objets qui encombrent l’homme moderne. Tous les meubles ont été fabriqués de ses mains. En sortant, il heurte la gamelle du chat, et écrase les crottes du hérisson venu se régaler des croquettes. Guy jure puis sourit, tant il est amusé par cet animal souvent vautré dans l’écuelle du matou le soir venu.


Première étape de cette journée, aller jeter un œil avisé à son potager, il repère les progrès de la veille. C’est réjouissant de voir une jeune pousse enroulée sur elle-même étirer enfin ses délicates feuilles vert tendre, ou un bouton cachant la couleur de la fleur offrir désormais des pétales éclatants. La rosée du matin a constellé de perles d’eau ses plants de salade. Ses tomates rougeoient tranquillement dans leur carré ensoleillé. Ce petit univers dont il est le roi se porte à merveille, Guy en profite pour composer son repas du midi, des haricots frais accompagnés d’un poisson pêché à la rivière. C’est la meilleure heure tôt le matin pour attraper une belle truite. Cette espèce est timide et se cache dès qu’elle entend une voix humaine. Dans ce moment particulier où la forêt et ses habitants règnent en maîtres, il se sent chez lui. Lorsque les randonneurs, chasseurs, pêcheurs avec leur matériel de dingue ont pris les lieux d’assaut, les arbres se tétanisent, les oiseaux se taisent, les animaux se terrent.

Guy, lui-même, fuit les humains. Menuisier à la retraite, il est venu se réfugier dans la maison de ses grands-parents, maison dans les bois dans laquelle il a passé une partie de son enfance, c’est là qu’il est tombé amoureux pour toujours de la nature. Elle l’a envoûté. Il a pris racine dans ce coin de forêt, et il n’a eu de cesse d’y revenir sa vie durant.


Guy ne s’est jamais marié, trop rude, trop taiseux. Le peu de femmes qui ont tenté de l’approcher se sont cognées à sa dureté. Dureté du bois et non de la pierre, car il y a de la tendresse sous l’écorce. Aucune n’a su la percevoir. Il est seul. Il aime la solitude. Il préfère parler aux animaux. Au village, on l’appelle l’homme des bois. Certains viennent le trouver pour réparer une étagère brinquebalante, ou lui commander un meuble sur mesure. Il accepte ou non en fonction de son instinct. Les uns s’étonnent, vexés du refus, questionnent, d’autres renoncent devant son air peu avenant. Il ne fait pas ça pour l’argent, il n’en a pas besoin, il achète si peu de choses, le gros de sa maigre pension dort à la banque.

Une seule chose trouble vraiment sa paix. Ce sont les chasseurs, et la chasse a débuté depuis peu.


Il déteste entendre les coups de feu, il imagine l’animal blessé, tué. Et, cela lui fait mal, comme si c’était lui que l’on blessait ou tuait. Il ne mange pas de viande, la vue du sang le dégoûte, seul le poisson avec sa chair blanche ne le rebute pas.

L’eau cristalline clapote sur les rocher ronds. Guy s’est accroupi au-dessus d’un petit canal naturel, les poissons l’empruntent pour descendre la rivière. Il a appris, avec son grand-père, à les attraper à mains nues. Une forme argentée glisse doucement dans l’eau claire, avec une rapidité étonnante, Guy saisit la truite, la tue, et la met dans sa besace, elle sera délicieuse cuisinée au beurre.


Après avoir marché le long de la rivière en contemplant l’onde bleutée, il reprend le chemin de sa maison. Le son d’un cor de chasse le pétrifie sur place. Non. Cela hurle dans sa tête. Pas une chasse à courre, non ! Une image atroce lui revient en mémoire, image qu’il n’a eu de cesse de repousser une bonne partie de sa jeunesse mais qui s’imposait malgré lui au moment les plus inopportuns. Avec le temps, il a su apprivoiser la scène.


Il devait avoir huit ans, sa grand-mère était partie en courses et son grand père sciait du bois dans la grange, lui jouait devant la maison. Quand soudain, un cerf affolé est arrivé, les yeux exorbités, la langue pendante. Une meute de chiens hurlant l’a vite entouré, ils se sont jetés sur lui, épuisé, le cerf n’a pu se dégager sous leurs assauts, il s’est laissé tomber. Des cavaliers tout sourire les ont rejoints, l’un d’entre eux est descendu de son cheval tout en plaisantant, et tandis que les crocs des chiens rouges de sang déchiraient le corps de l’animal, que ses pattes s’agitaient dans des spasmes convulsifs, alors, avec un grand couteau, le chasseur lui a tranché la gorge.

Guy n’a jamais oublié le regard triomphant et rieur de l’homme prenant son temps pour écourter la souffrance de l’animal.


Ses grands-parents ont porté plainte pour atteinte à la propriété privée. Mais ça n’a pas eu d’effet, la vénerie était largement protégée par les notables, premiers participants pour la plupart. Ses parents ont décidé que Guy n’irait plus chez ses grands-parents aux dates des chasses à courre. Sa famille pensait bien faire. Mais de loin, sachant que se déroulait à nouveau cette scène atroce, il la vivait en imagination. Et, l’imagination peut être plus cruelle que la réalité.

C’est un sport qui a fini par perdre beaucoup de son intérêt dans la région, seul un petit groupe d’indécrottables continue à le pratiquer de temps en temps dans une autre partie de la forêt.


Soucieux, Guy ne tient pas à assister à cette scène. Il se souvient d’avoir vomi après que son grand-père l’a emmené dans la maison tandis que les chasseurs retiraient le cadavre du cerf. L’enfant n’a plus prononcé un mot pendant plusieurs jours et mangeait à peine. Son année scolaire a été désastreuse, des cauchemars récurrents l’ont longtemps perturbé, les parents pensaient que le temps serait le meilleur remède, il oublierait, à l’époque on n’envoyait pas les enfants chez le psy pour si peu.


Son estomac se révulse à nouveau. Pour penser à autre chose, il s’occupe de son potager, il a un coin à nettoyer et à semer. Tandis qu’il bêche la terre et effrite des petites mottes avec ses mains, un rouge-gorge familier vient lui rendre visite. Pas farouche, l’oiseau s’approche de lui, le regarde en tournant sa tête d’un côté et de l’autre. Guy lui parle à voix basse. Le volatile semble l’écouter, et sautille vers lui, il reste un moment en sa compagnie et finit par s’envoler. Guy se sent plus léger lorsque le soleil est à son zénith, il va préparer son repas et le déguster. Lorsqu’il fait sa vaisselle, il entend à nouveau la trompe, il sursaute et manque de casser un verre.


L’après-midi, malgré le beau temps, il s’enferme dans sa grange, et répare les meubles qu’il a en dépôt. Il met sa radio sur FIP et écoute la musique. C’est une bonne manière de s’isoler et de ne pas percevoir ce fichu cor. Soudain, il entend un bruit de voix, il éteint son poste, il croit avoir mal perçu les sons. Son inquiétude et son oreille fatiguée le font douter. Mais non, il y a bien des personnes qui parlent dehors, devant sa maison. Il pense aux chasseurs. Furieux, il se saisit d’une fourche et sort. Surpris, il tombe sur une bande de jeunes gens chargés de fils de fer colorés en rose et de panneaux de bois peints de couleurs criardes. Tout de suite, il pense à des vandales qui veulent abîmer sa forêt. Une jeune fille blonde vient vers lui, un peu hésitante face au barbu au regard belliqueux et à la fourche agressive.


– Bonjour monsieur, peut-être pourriez-vous nous aider ?

– Vous aider à quoi ? lâche Guy d’un ton acerbe.


Un jeune homme pose la main sur l’épaule de la fille. Ses yeux bleu tendre rappellent quelqu’un à Guy. Il est certain de le connaître mais ne parvient pas à le situer.


– Mes parents m’ont dit que vous étiez un brave homme qui aime la nature, nous aussi ! On est contre la chasse à courre ! On veut empêcher qu’un cerf se fasse tuer.


À part le mot « brave » qu’il traduit par trop gentil trop con, Guy est sensible au projet du jeune homme, il ressent même du soulagement. Souvent il s’est senti méprisé et solitaire pour son amour envers les animaux. Moqué dans la cour d’école car il empêchait un camarade d’arracher les ailes d’une mouche ou puni par son professeur de sciences naturelles car il refusait de tester les réflexes d’une grenouille vivante.


– Quel est ton nom ?

– Lebert, Damien Lebert.


Guy se souvient de la famille Lebert, des gens sympathiques à qui il a fabriqué toute une bibliothèque murale. Paul Lebert, homme cultivé et simple, est un passionné de livres. Son fils Damien, enfant à l’époque, a observé avec intérêt le montage des étagères. Père et fils ont la même couleur d’yeux et de la candeur dans le regard.


– C’est quoi votre plan ? demande Guy en désignant leur matériel du menton.

– Notre idée est de faire traverser la rivière au cerf. S’il passe l’eau, les chiens seront déboussolés, et les bois sont plus serrés de l’autre côté, difficile de passer avec les chevaux.

– Qui vous dit que la chasse passera par ici ?

– On a deux de nos potes qui les suivent. Ils sont sûrs qu’ils veulent pousser le cerf vers la clairière plus haut. Idéale, pour faire des selfies. La chasse continue sur Facebook !


Guy hoche la tête. Il doute du réalisme de leur projet. Mais il va les aider, agir lui fait du bien, il se rend compte à quel point il est tendu. Très organisés, des jeunes coupent les fils de fer qui s’enroulent sur eux-mêmes tandis que d’autres les aspergent avec une bombe. Guy fronce les sourcils et plisse le nez, l’odeur chimique lui pique les narines.


– Qu’est ce que c’est ? demande Guy en désignant l’aérosol.

– C’est un répulsif pour animaux.


Guy est dubitatif, cela lui semble des obstacles bien naïfs pour un animal paniqué. Il espère au fond de lui que la chasse partira dans une autre direction. Le souvenir du regard affolé du cerf de son enfance le poursuit, avec le temps, il s’est persuadé que ce regard était une supplique à son attention. C’est sans doute ce qui le touche le plus. Il n’a rien fait. À huit ans, comment aurait-il pu agir contre une meute de chiens ? Maintenant, il peut tenter quelque chose.


Avec les jeunes, il installe les fils de fer, on dirait des nuages roses tombés entre les arbres. D’un ton bourru, il bougonne en regardant ses doigts tachés de peinture :


– Pourquoi ce foutu rose ?

– On voulait une couleur qui tranche. C’est pour les cavaliers afin qu’ils ne foncent pas dessus, on a pensé aux chevaux aussi. Et puis, il nous restait une réserve de rose, alors…


Guy apprécie qu’ils aient pensé aux chevaux. Il regarde autour de lui, sa forêt est défigurée avec ces panneaux aux couleurs vives et ces nuages roses agrémentés de bouts de tissus et de plumes. Une sonnerie de téléphone retentit. Damien s’écrie :


– Ils arrivent, planquons-nous…


Les jeunes s’égayent dans la forêt. Guy revient à sa grange, bien décidé à ne pas suivre ce qu’il adviendra. Il ponce du bois au rabot, il évite d’utiliser la ponceuse électrique, le bruit de la machine rajoute à son stress. Soudain, alors qu’il est penché sur une nervure du bois, une masse sombre déboule dans la grange dans un grand nuage de poussière et renverse un tabouret, une odeur de sueur animale remplit l’espace. Guy se retrouve face à un magnifique cerf. Il ressemble tant à celui de son enfance, les yeux exorbités, la langue pendante. Leurs regards se croisent, celui de l’animal aux abois, celui de l’enfant de huit ans. Le cerf baisse la tête, son corps penche en avant, il abdique, il est prêt à s’abandonner à la meute. Toute la journée, il a couru à la limite de ses forces. Sans plus réfléchir, Guy contourne l’animal, quitte le bâtiment en fermant la porte à clef derrière lui.


Les jeunes se précipitent à sa rencontre.


– On l’a vu se diriger vers la grange !

– Oui ! Il est dedans. Vite votre répulsif, mettez-en dans le chemin, ordonne Guy.


Les jeunes lui sourient et s’empressent de s’exécuter. Ils finissent à peine quand ils entendent la meute se rapprocher. Les chiens arrivent en aboyant, ils sont perdus à l’approche des nuages roses, ils reniflent le sol en tous sens. Des informations contradictoires les font tourner en rond. Ils hurlent à la mort. Les cavaliers suivent enfin avec leurs beaux habits rouges, leur bombe noire, l’un d’entre eux a le cor de chasse aux reflets d’or enroulé autour de son torse. Ils s’arrêtent éberlués en regardant en tous sens.


– Qu’est-ce que c’est que ce carnaval ?

– C’est une exposition d’art contemporain, lance Damien.

– Vous vous foutez de nous ? Vous êtes les écolos du coin, c’est ça ???

– À nos heures aussi, mais là, on est des artistes de la nature, lance la jeune fille blonde avec un air malicieux.


Furieux, les chasseurs regardent de tous côtés espérant vainement voir leur proie.


– Vous avez vu le cerf ! Par où est-il passé ? fulmine un chasseur dressé sur ses étriers.


Guy se contente de tourner son regard en direction de la rivière.


– Merde ! Il est parti vers l’eau ! Fonçons, on a encore une chance de le rattraper, on l’a bien épuisé, il n’ira pas loin.


Le gros de la troupe s’éloigne, les chiens suivent. Quelques chasseurs restent en arrière.


– Petits cons ! Vous vous rendez compte de ce que vous avez fait ?

– Et vous, vous rendez-vous compte de ce que vous faites ? réplique Damien, froidement.

– Vous croyez avoir gagné, hein ?! Il est tellement épuisé qu’il a toutes les chances de faire une crise cardiaque et de chuter dans un fossé sans qu’on le retrouve. Perdu pour tout le monde ! C’est malin !


Sur ce, les derniers chasseurs partent au galop vers la rivière.


Le soir tard, la chasse est terminée depuis longtemps, les jeunes ont retiré tous leurs décors. Beaucoup voulaient rester pour libérer le cerf, Damien les a convaincus de laisser Guy s’en occuper. Seul, il décide enfin de retourner à sa grange. Il est inquiet, les dernières paroles du chasseur le taraudent. Il est passé plusieurs fois non loin du bâtiment, tendant l’oreille, il n’a entendu aucun bruit. Le cerf devrait pourtant frapper contre les parois pour essayer de s’échapper. Il a peur de le retrouver mort. Le cœur battant, il ouvre la porte. La bête est là, debout, forme majestueuse avec des bois splendides. L’animal regarde longuement Guy, celui-ci sent des larmes couler le long de ses joues, sensation douce et inconnue. Et soudain, dans un bond prodigieux, le cerf quitte la grange et disparaît dans la forêt.


 
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   ANIMAL   
26/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Voilà un beau texte plein d'espoir. Un jeune homme, traumatisé dans l'enfance par son incapacité à porter secours à un cerf traqué, trouve à l'âge adulte une nouvelle chance d'accomplir sa bonne action. Ainsi, peut-être parviendra-t-il à se pardonner à lui-même et cessera-t-il de se torturer avec le passé.

Le destin vient en aide à cet homme solitaire sous la forme d'adolescents très actifs pour la cause animale et leur improbable association est une réussite : les veneurs sont en échec et la bête sauvée.

Ce texte engagé, qui dénonce les abus d'une pratique ancestrale, est manichéen mais bien mené et convaincant. La fin positive est attendue et espérée, l'inverse eut été une déception.

en EL

   plumette   
27/5/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Il me plait bien ce Guy bourru, menuisier, jardinier, vivant de peu et presque uniquement en compagnie de lui-même.
Il ne ferait pas de mal à une mouche, frémit à la pensée d'animaux qui pourraient souffrir mais fait une exception pour la truite...

je trouve cette histoire ( dont le cadre et le thème me plaisent) bien construite avec la présentation de nôtre homme, son univers, on a le temps de s'attacher à lui et puis arrive la description du traumatisme de l'enfance et les souvenirs de cette curée qui remontent- Bonne idée que de faire arriver ces jeunes, voilà de la vie, de la couleur, du dynamisme dans le texte grâce aux dialogues.

j'ai beaucoup aimé la chute ! qui boucle la boucle et laisse Guy ému et apaisé et la lectrice que je suis avec le sourire.

Un bien joli moment pour moi

Plumette

   Harvester   
22/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien
Bonjour,

L'écriture est fluide et belle et les observations sur la nature très crédibles. Le rouge-gorge est en effet très curieux de nature et n'a peur de rien ou presque contrairement aux mésanges tellement plus vives et méfiantes. C'est très bien vu.

Ce qui me pose le plus de problème est le sujet "chasse à courre" dont je ne sais si c'est pour moi une détestation de "classe" ou une détestation tout court.
Je ne suis pas opposé à la chasse "ordinaire" en soi pour des raisons historiques. Le droit de chasse était le droit le plus haï de l'Ancien Régime. Les paysans voyaient leurs champs dévastés sans aucun droit de chasser le gibier destructeur. Et à dire vrai, un pâté de sanglier accompagné d'un confit d'oignons est une messe à laquelle je m'oblige une fois l'an dans quelque auberge de la forêt de Villers-Cotterêts, haut-lieu de chasse à courre également.

Donc je mets de côté le sujet de la chasse à courre qui fausserait un peu le jugement pour me recentrer sur l'écriture que je trouve très à mon goût.

Ce sera donc un "bien"

Merci de ce partage.

   Dugenou   
28/6/2020
Bonjour Tira,

Guy parle aux animaux... ça me rappelle un Saint François d'Assises qui prêchait aux oiseaux. En face de lui, des chasseurs (caricaturaux) qui poursuivent un cerf. Aidé par un groupe de jeunes écolos (si l'accent était mis sur ceux là et non sur l'homme des bois, l'ambiance aurait plus fait penser à une aventure du club des cinq), il se libère d'un souvenir qui le poursuit, lui, depuis l'enfance.

L'ensemble est bien écrit, se lit facilement (ton style habituel), les gentils le sont vraiment, les méchants en prennent pour leur grade, un monde parfait donc.

Dugenou.

   ours   
22/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Tiramisu

Au delà d'une histoire de chasse, d'ados écolos engagés, d'un vieille homme hermite, j'ai lu l'histoire d'une réparation, celle d'un enfant à qui l'on a pas su expliquer qu'il n'avait pas à se sentir coupable de n'avoir pu sauver le cerf. A huit ans, âge de raison, on se rend compte d'une certaine gravité dans le monde qui nous entoure mais on ne peut pas en comprendre toutes les nuances. Même si ce mal d'ailleurs, c'est lui qui semble se l'être infligé seul.

L'écriture est fluide, bien imagée, sensorielle et le récit bien mené, l'arrivée des jeunes et d'un peu de hasard permettront certainement à Guy de vivre sa guérison intérieure face à face avec ce cerf.

Un petit détail a cependant gêné ma lecture : prendre son temps pour écourter... Si je comprends le besoin d'amplifier le non sens de l'attitude sadique du chasseur, on peut prendre son temps pour mettre fin ou achever mais pas écourter. Mais ceci n'est qu'un détail. Je suis rentré très facilement dans l'histoire et la fin m'a vraiment ému tant pour le cerf sauf que pour Guy guéri :)

Au plaisir

   hersen   
23/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↓
Peut-être que mon reproche de la nouvelle serait que le parallèle est trop collé à la réalité : un cerf pour un cerf.
Guy sera marqué à vie par cet événement vécu dans son enfance et le traumatisme l'emmènera loin dans une vie d'homme des bois. (dommage de connoter ce style de vie à un traumatisme, à mon avis).
Des détails, importants cependant, me laissent penser qu'il est dommage de ne pas avoir étendu son traumatisme à tout ce qui est vivant : j'imagine mal qu'on puisse être dégoûté par la viande mais pas par la chère du poisson, qu'il faut bien tuer aussi pour le manger. Ce détail me rend le personnage de guy un peu trop "à côté".

Les ados sont pleins d'allant, d'imagination, et dans un sens je suis admirative de ce qu'ils savent de la forêt et du comportement animal. mais emploieraient-ils une expression comme "brave homme" ? je les entendrais plutôt dire "z'êtes cool".

j'ai trouvé le petit clin d'oeil "land art" pas mal, par contre, il ajoute une note très juste à ce texte.

Je trouve aussi qu'il est bon de dire que cette pratique de chasse à courre existe toujours de nos jours, que le "jeu" de la vie de l'animal amuse des personnes par ailleurs bien souvent des notables, de ceux qui pèsent de leur poids de la notoriété pour élaborer des décrets ou des lois.
C'est un peu comme s'ils étaient les garants de méthodes d'un autre âge qui auraient dû mourir depuis longtemps. Leur jeu de rôle à eux dont ils ont besoin pour se sentir exister ?
Merci d'avoir évoqué ce sport pathétique dans ce qu'il représente de domination humaine sur une nature qui ne leur demande rien. Surtout rien.

Décidément, les solitaires ont le vent en poupe, ces temps-ci ! entre Edgar et Guy, on va finir par se demander si ce n'est pas la nouvelle tendance :))) mdr

   Donaldo75   
23/6/2020
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour Tiramisu,

Je ne vais pas me lancer dans une dissertation sur le sujet de la chasse à courre ou un commentaire composé de ton texte. Je tiens seulement à dire que j'ai bien aimé cette nouvelle de par son écriture, l'histoire évidemment et la manière de raconter. Le personnage de Guy tient la route, est bien exposé au lecteur qui aime connaitre le pourquoi du comment du quand et du qui a vu le loup, ce qui évite à mon avis les incohérences narratives. J'ai particulièrement aimé le souvenir de Guy à ses huit ans, car je trouve qu'il éclaire le personnage et la suite largement mieux que le reste.

Bravo !

Donaldo

   sympa   
23/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonsoir Tiramisu,

Une belle nouvelle bien rédigée, une histoire émouvante basée sur un souvenir d'enfance traumatisant.
J'ai beaucoup aimé cette revanche d'un enfant- amoureux et défenseur de la nature et des animaux mais impuissant face à la cruauté dudit" loisir" - devenu adulte et aidant un groupe de jeunes à sauver ce pauvre cerf.
Quand à la fin, je l''espérais ainsi.

Une belle leçon de vie et d'espoir qui m'a beaucoup plu.

   Shepard   
24/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Salut Tiramisu,

Une écriture qui m'a emporté sans problèmes. Je dirais qu'avec ce style, je pourrais lire le texte peu importe ce qu'il raconte, que j'aime ou non. Je ne dirais pas que c'est la "meilleure" écriture, mais c'est celle que j'apprécie le plus : Phrases courtes, construction des paragraphes logiques, pas de blabla inutile mais avec les petits détails que font le tout.

Niveau contenu, bon, je suis assez loin de mon genre. C'est très manichéen : On a les chasseurs méchants très abrutis (au passé et au présent) versus les enfants-héros, avec l'aide du bon gars bourru. Ça marche, bien sûr, on a pas vraiment le choix du côté à prendre. Je regrette juste le manque de nuances. Le format est peut-être responsable, aussi, je ne le cache pas. Les archétypes aident à faire une histoire marquante.

Je pourrais disserter sur le sujet de la chasse, ses excès et ses traditions, mais je ne vais pas lancer une polémique. Car je pense qu'au delà de ce message-là, le texte peut s'inscrire dans une morale simple et une conclusion assez pure : un cauchemar de gosse qui, enfin, est résolut. Peut-être même que Guy va regagner foi en l'humanité, qui sait...?

Finalement, je ne peux qu'apprécier cette lecture, ne serait-ce que par respect de l'écriture ! Je ne lirais pas un roman dans le genre, mais sur une nouvelle, oui.

   jaimme   
24/6/2020
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je déteste la chasse. Du moins dans les pays où l'approvisionnement est facile et où la chasse n'y est plus nécessaire. Je l'admets dans les pays où elle est indispensable. Je la déteste chez nous car l'homme y cherche un loisir fondé sur le plaisir de tuer. Et qu'on ne vienne pas me dire que les chasseurs sont des régulateurs de la nature: il y a bien d'autres moyens.
J'aime aussi le fait que Guy, pourtant, pêche des poissons. Je suis comme lui, je connais le même paradoxe. La pêche ne me dérange pas. Je sais, c'est contradictoire. L'humain est toujours plus ou moins contradictoire. Un poisson ça ne crie pas, enfin pas vraiment. Je n'ai pas envie de caresser un poisson. C'est aussi bête que ça.
Bref, la chasse à courre est un des sommets de la bêtise humaine (ah, oui, la corrida aussi!). Tradition de classe.
Parlons un peu de la nouvelle elle-même (enfin!): le ton est juste et c'est très important. En peu de lignes l'homme est cerné dans le passé comme dans le présent. Celui qui est simplement perçu comme un original bourru, un asocial, est rejoint dans ses préoccupations par la nouvelle génération. De l’exception à la norme. C'est tellement vrai pour de nombreux sujets!
Sous une histoire qui paraît simple il y a donc une vraie richesse si on prend le temps de se poser près du lac, adossé à un arbre et d'y réfléchir. D'ailleurs le jeune est issu d'une famille qui lit, non?
Un style qui s'accorde donc au fond. Car c'est le fond qui prédomine. Bien vu.
Donc j'ai aimé car tout entre en raisonnance avec moi.

   Tiramisu   
27/6/2020

   Malitorne   
28/6/2020
Commentaire supprimé ... modéré de son propre chef par le commentateur


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