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Humour/Détente
victhis0 : Bémol
 Publié le 22/03/11  -  19 commentaires  -  15526 caractères  -  240 lectures    Autres textes du même auteur

Je suis heureux de vous convier gratuitement à ce concert unique, sans être toutefois certain qu'il se déroulera comme prévu...


Bémol


Les cordes vibrent dans un imbroglio de notes bien connu : celui qui précède de quelques secondes un grand concert. Violons, altos, contrebasses émettent ces petits cris laids, plus ou moins aigus, durant quelques interminables mesures disgracieuses. C’est à celui qui tirera de son outil les pires gémissements, les sons les moins harmonieux possibles…


Perchés plus haut, les vents viennent apporter leur lourde pierre à cet édifice improbable en venant chercher querelle aux archets. Il n’y a que le percussionniste qui n’ose pas tester les peaux tendues de ses outils, fort heureusement car personne n’apprécierait cette facétie dans ce moment d’extrême concentration.


Matthias von Shämopfen est à son pupitre. Il oublie la beauté de cette salle superbe, d’ocre rouge ourlé de vagues d’or jusqu’au toit, les cinq étages de fauteuils qui l’admirent : le majestueux Metropolitan Opera de New York. Engoncé dans cet habit d’apparat qu’il abhorre, il toise ses soixante-quinze musiciens tout de blanc et noir vêtus. Dans sa tête, le maestro s’immerge dans le cinquième concerto nommé curieusement et bien malgré lui « pour l’Empereur », de Ludwig van Beethoven qui finira par détester le Corse. Shämopfen est célèbre tant pour la brutalité de ses colères que pour l’exemplarité des interprétations qu’il dirige. Il y a bien quelques mauvais coucheurs pour parler encore des idées politiques de Shämopfen du temps de sa jeunesse mais aujourd’hui, presque trente ans après, franchement, tout le monde s’en fiche de la Grande Allemagne et des Aryens. D’autant que les musiciens ce soir, diligemment prêtés par le Met(1) au maestro, sont pour une partie d’entre eux d’origine juive.


Kwak Ki Deok, c’est l’étoile montante internationale du piano, en tournée exceptionnelle aux États-Unis pour deux mois. Un mètre soixante de muscles noueux dominés par un casque de cheveux improbable. Un air habité, hypnotique. Une absence de bouche, des oreilles vertigineuses cachées sous ce mur capillaire disproportionné. Deux râteaux en guise de mains. Ils n’ont eu que trois jours pour se caler pour ce concert unique, l’Allemand et le Coréen que tout oppose, sauf l’ambition, l’orgueil et l’amour de la musique. C’est peu, même pour deux grands professionnels qui tutoient Beethoven depuis leur enfance.

Kwak est dans une sorte de transe, les yeux mi-clos ; son pouls doit battre à moins de cinquante pulsations. Shämopfen le vise, il ne l’aime pas, ne l’estime pas, déteste son jeu dépourvu de parti pris. Certes, le chef d’orchestre doit bien reconnaître la virtuosité sans pareille de son soliste. Mais tout de même, ces jaunes n’arriveront jamais à cuisiner une partition européenne sans lui donner un goût de soja, Shämopfen en reste convaincu.


Le chef ferme les yeux. En levant les deux bras avec lenteur et élégance, il obtient un silence absolu, son silence. Les trois mille huit cents auditeurs qui se tiennent dans son dos cessent sur le champ le bruit de leurs conversations vulgaires que le plus noble des smokings ne saurait - hélas - masquer. Pas âme qui vive, sur le célèbre Shämopfen’s silence, obtenu en moins d’une seconde par MS (les connaisseurs disent Em-éss, à l’allemande). Pourtant Shämopfen ne s’est pas vraiment retenu lors de cette interview récente, fustigeant « l’inculture et l’irrespect des Américains pour toute musique autre que leur misérable production d’une affligeante pauvreté ». Les Américains n’apprécièrent pas, même les plus instruits. Certes, il s’était un peu amendé par la suite, mais le venin avait été distillé et l’audience de cette représentation exceptionnelle se faisait fort de bien vouloir faire mentir le vieux Bavarois, ce huit décembre dix-neuf cent soixante-douze. Ce fameux Silence, donc, de vingt-sept secondes, égrenées mentalement par le maestro, est absolu.


Au signe d’invasion lancé par Em-éss, les cordes prennent d’assaut le concerto ; le premier mouvement s’envole avec enthousiasme, la baguette tranchante de Shämopfen fend l’air de petits mouvements secs, une certaine chaleur parcourt l’audience, happée comme un seul homme par Beethoven, plus vivant que jamais.

Kwak lève la main gauche, puis la droite, toutes deux moites, pour venir vivement caresser les touches éclatantes du Bösendorfer Impérial au moment subtil où l’orchestre lui passe la parole, au bout de quelques secondes, pour une envolée virtuose. Divin.


Une centaine de notes plus tard, un ignoble ré bémol tout à fait interdit s’invite dans la partition de Ludwig. Shämopfen la prend en pleine figure. Kwak a eu l’air surpris, puis décontenancé. Puis concentré de nouveau ni vu ni connu. Personne n’a rien remarqué, sauf « le plus grand chef d’orchestre depuis Edwin Fischer » (Washington Post) et « le Dompteur d’Ivoire de Séoul » - dixit le Quotidien de Corée. Les deux professionnels se concentrent, on règlera les comptes plus tard.


Paf : le ré bémol fait à nouveau un petit coucou disgracieux au piano, à la cent quatrième mesure. Ki Deok n’y croit pas, il continue, pour l’Empereur, qu’il soit français, japonais ou guatémaltèque, peu lui chaut.

Vexé, le ré bémol, qui ne l’entend absolument pas de cette oreille, vient faire trébucher à nouveau le majeur maintenant spongieux de la main droite du « Miracle d’Extrême-Orient ». Regards ébahis du premier et du deuxième violon. Inquiétude nauséabonde chez Shämopfen qui n’a jamais entendu ce chinetoque rater une seule note, même après quatre heures de répétition sans relâche. Fort heureusement, les Yankies n’ont rien remarqué ; ça file vite finalement ce concert de Beetho-machin. Fucking good music, for sure.


Reprise de l’orchestre après le piano solo, rappelé un peu vite à la rescousse par Matthias von Shämopfen, un temps trop tôt. Kwak cherche du regard on ne sait trop où, une aide improbable. Ce n’est certainement pas « l’Ogre bavarois » (cf Diapason N°68) qui va l’aider, ce pianiste qui paraît finalement bien maigrelet devant cet immense piano, puissant bloc d’ébène laqué jusqu’à l’aveuglement... Kwak a du mal à masquer une certaine fébrilité ; pour un peu, il repartirait bien travailler la céramique au fond de la province de Gyeonggi comme ses grands-parents. Ça lui fiche le bourdon tout d’un coup, ses pauvres aïeux. Kwak se ressaisit. Il se rappelle soudain où il est et ce qu’il fait là : Beethoven… le public… vingt-cinq ans de travail obstiné…


Re-paf à l'extrémité du premier mouvement : le ré bémol fait une nouvelle incartade version tarte à la crème, en plein sur le premier violon qui n’avait vraiment rien demandé. Troublé, le deuxième violon se déconcentre, regarde son pote Samuel avec une trouille vissée directement dans les intestins. Pas le moment, John, se dit Second violon. Mais on ne peut pas à la fois penser à sa digestion, à sa partition, au pseudo-nazi à la baguette et à Samuel. La sanction ne tarde hélas pas : ré bémol pourri, once again, tout sourire, qui vient éructer de l’archet de John.


Shämopfen est le seul à voir alors surgir très nettement devant ses yeux gris une note, noire avec sa queue toute droite, qui lui tire la langue… Puis disparaît.


Même au quinzième rang du Met, on peut apercevoir la silhouette de Em-éss qui chancelle l’espace d’une seconde. À moins qu’on ait des hallucinations ?


« L’Orgueil de Séoul » se reprend, convoque sa fierté et son amour de la rigueur ; il exécute - c’est le moins qu’on puisse dire - la fin vigoureuse du premier morceau avec une brutalité déplacée, même pour un Beethoven irrité, bourrinant l’instrument comme un mitrailleur en quête de record. Shämopfen n’est pas armé, lui, pour faire cesser ce… ce… blöde arschloch !


Angoisse. Le second mouvement - Adagio un poco moto – attacca - s’annonce pour bientôt. Tout en délicatesse, il diffuse une douce mélodie de cordes effleurées et de vents aériens mourants dans les bras du piano qui la prolonge d’une grâce infinie. Mais Shämopfen est passé au rouge pâle. Ses yeux éclatent de haine. Lui faire ça à lui ! Insulter la Musique ! Salir Beethoven ! Comment ose-t-on lui infliger cette ignominie, cette note infecte qui éructe et qui le regarde, lui… Comment les autres ne la voient-ils pas, cette chiure immonde ?

La partition du piano au second mouvement ne commence pas du tout par un ré bémol mais ce soir, si.

Le Coréen arrête, se reprend et recommence son attaque. Murmure dans le Met. Kwak a du courage, il remet le couvert. De nouveau, Shämopfen voit très nettement le ré bémol qui lui tire la langue, lui fait un bras d’honneur et vomit cinq fois en trois mesures ; il écrase un do qui voulait pourtant parler, il gifle un très beau fa dièse qui avait pourtant sa place et il rebondit avec lourdeur en riant sur les huit octaves du Bösendorfer. Bruissements outrés dans le public. Un premier sifflet très Baseball vient taquiner Beethoven, mortifié au fond de sa tombe, plus mort que jamais.

Le ré bémol s’approche du visage de Shämopfen, outré. Il le toise un peu comme le maestro jaugeait sa troupe de musiciens, il y a quelques minutes, il y a une éternité. Puis il tourne sur lui-même, lui montre un derrière rebondi et lâche un autre son, issu tout droit d’un hautboïste innocent, au bord du suicide. Eme-éss enfoncerait volontiers l’instrument dans la petite note, profondément, en la traitant de… de… de…


Il en faut davantage pour troubler les musiciens, qui continuent à servir Beethoven avec professionnalisme et application… Shämopfen n’agite plus vraiment les bras en mesure, il guette le ré bémol avec sa baguette d’ivoire levée comme une tapette à mouche. Il la suit du regard, cette petite salope de fausse note qui éclabousse, morte de rire, toutes les zones de l’orchestre : paf ! dans les violoncelles, paf ! dans les contrebasses - très douloureux - paf ! dans les violons, y compris Samuel qui en prend deux de suite…

Shämopfen est ivre de rage, il commence à descendre de son pupitre en brandissant sa baguette tue-note, arpentant le premier rang des violons et des altos qui ne savent plus trop quoi faire. Certains jouent, morts de peur. D’autres font semblant. Le percussionniste est hilare, planqué tout là-haut.

Kwak Ki Deok se la joue faux-cul, version « Aah bon quelle fausse note ? » et continue son morceau, les yeux rivés sur son clavier. Le ré bémol se fait tout un tas d’amis qui apostrophent Matthias presque à chaque mesure.


« RUHE ! » Em-éss se met à hurler et c’est le public qui se tait, curieusement. L’orchestre est dans la panique la plus totale, chacun joue à peu près n’importe quoi un truc que même le plus cinglé des compositeurs de musique concrète trouverait impossible. Les gens se lèvent en criant au scandale, la sublime Anne Bancroft au premier rang s’évanouit dans les bras d’un banquier qui s’écroule à son tour. Les vents, bornés, qui se disent que c’est quand même un concert, entament seuls « Nearer, My God To Thee ! », seul morceau digne du naufrage en cours… Le maestro hurle en patois munichois, arrache son nœud papillon et vise avec sa baguette son ré bémol de malheur mais c’est le Coréen qui prend l’engin droit dans une narine ; hurlements en coréen de Kwak qui s’empare du chevalet de Samuel, parti en coulisses chercher la police.

Le chevalet rate sa cible teutonne pour atterrir droit dans les cuisses de miss Bancroft, fraîchement remise, qui se pâme à nouveau. Le banquier voisin qui se sent pousser des ailes de sauveteur affuble l’ensemble de l’orchestre du nom disgracieux de « bloody mother fuckers !!! ». Shämopfen, cherchant une proie, se met à courser Kwak Ki Deok, nettement moins rapide : crochet direct dans « Le petit Musicien du Sud-Est » qui perd un peu de sa superbe. Six violons se jettent sur l’Ogre, autant par vengeance personnelle des répétitions tyranniques qu’ils eurent à subir, que par respect pour Beethoven, re-mort à coup de poings et de cris dans une version inédite du concerto pour l’Empereur, finalement assez proche des brutalités napoléoniennes dont il tire son nom. Le percussionniste balance maillets et baguettes à tous ceux qui passent à portée dans un rire effroyable… Les archets fusent comme des flèches, deux clarinettes s’écrasent en duo sur une contrebasse qui agonise d’un bruit sec, un basson se trouve soudain détordu, son propriétaire hurle au meurtre… Il y a un chauve qui cherche son violoncelle en enjambant les altos qui le repoussent, trois violonistes poussent un contre-ut horrible et un gros hautboïste barbu les fait taire avec son instrument, à grands coups dans le dos, tandis que deux blondinets font un cor à cor atroce…


Irruption soudaine de la Cavalerie, heureusement sans trompettes car là, franchement, ce serait des notes en trop. Panique parmi les spectateurs, tous debout maintenant, qui crient sans trop savoir pourquoi car c’est très contagieux, les cris de scandale. La police vide ses poumons dans d’innombrables sifflets pour signaler sa présence. C’est vraiment un son épouvantable, se dit tout de même Shämopfen qui vient d’esquiver une droite tout en lâchant son mocassin verni dans les testicules de John.

Il est vingt heures quarante-cinq quand Matthias von Shämopfen contemple avec horreur son ré bémol qui se caresse gentiment l’entrejambe devant ce beau spectacle. Le manche du splendide Savarezze de John atterrit sur le front majestueux du grand chef qui, pour le coup, perd connaissance pour de bon. Quelques témoins de la scène affirmèrent plus tard avoir nettement vu le doigt de Shämopfen pointer un endroit précis en criant « hier ! hier ! » avant de s’effondrer mais personne bien sûr n’a rien remarqué d’irréel.

Le samedi 9 décembre, la presse placarde des titres teintés de « scandale », « émeute », certains insinuent que c’est peut-être un coup des Russes. Un petit malin se distingue d’un Shame Opfen, assez réussi et qui, hélas, s’immortalise dans les esprits des mélomanes du monde entier…


Épilogue


En automne soixante-treize, la glaciale Greta von Shämopfen, fille aînée du maestro d’un premier lit, donne la seule interview accordée à un journal américain depuis les faits. Elle y affirme que son père va beaucoup mieux, que sa « cure de sommeil » dans sa ville natale d’Ingolstadt lui a fait le plus grand bien, loin des concerts, mais que non il n’était pas prévu une nouvelle tournée, ni aux États-Unis, ni ailleurs.


Au même moment, lorsque le jeune Laurent Delanglard - récent vainqueur du concours Chopin - sonne dans la demeure des Shämopfen, il est presque vingt heures. L’Ogre ne mange plus personne et refuse depuis cette fameuse soirée toute interférence avec les musiciens professionnels. Mais il va mieux, les psychiatres le lui ont confirmé. Il fait donc la seule exception, service « obligatoire » à rendre à ce petit neveu d’une vieille connaissance d’avant-guerre... Delanglard bafouille trois mauvais mots d’allemand et s’installe au piano. Shame Opfen se tient droit et toise à son habitude du haut de son un mètre quatre-vingt-dix sa victime qui déroule sa partition en tremblant. Le vieux maître frissonne de tout son corps, retrouvant d’instinct sa prestance, son statut, son autorité…

Un ré bémol inconnu à la partition se jette à l’oreille d’Em-éss. Delanglard transpire brutalement à ce son insolite ; mais il ne voit absolument rien lorsque Matthias montre de son index tremblant la petite note, maintenant installée sur le coin supérieur droit de l’instrument, qui regarde droit dans les yeux le chef d’orchestre avec un petit sourire vicieux.



(1) Met : abréviation du Metropolitan Opera NYC


 
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   costic   
9/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Nouvelle jubilatoire, on soutient ce ré bémol révolutionnaire tout au long de la nouvelle.
Le portrait des musiciens me parait particulièrement bien brossé ainsi que le déroulement apocalyptique du concert. On souhaite à l’ogre une prompte rechute. La personnalisation de cette petite note rebelle et audacieuse est une réussite.
Aucun bémol pour moi.

   Coline-Dé   
11/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour
Voilà un texte sur un thème peu courant et de bien plaisante facture !
L'idée très " cartoon" est servie par l'écriture drôlatique et une progression assez cinématographique.
Si j'ai trouvé de nombreuses phrases qui m'ont fait jubiler :
*Vexé, le ré bémol qui ne l’entend absolument pas de cette oreille, vient faire trébucher à nouveau le majeur maintenant spongieux de la main droite du « Miracle d’Extrême orient ».
*cet immense piano, puissant bloc d’ébène laqué jusqu’ à l’aveuglement.
* il gifle un très beau fa dièse qui avait pourtant sa place
(et de nombreuses, très nombreuses autres...)

j'en ai en revanche repéré d'autres qui me paraissent nettement moins réussies :
D'abord l'utilisation ( 2 fois en quelques lignes) de cet " improbable", que la mode actuelle nous inflige à toutes les sauces. Dommage dans un texte aussi original !!!

Et ce
"l’audience de cette représentation exceptionnelle se faisait fort de bien vouloir faire mentir le vieux bavarois, ce huit décembre dix neuf cent soixante douze."
d'une lourdeur absolue, qui m'est resté sur l'estomac malgré trois citrate de bétaïne...
Mais sur l'ensemble, j'ai passé un excellent moment : le texte documenté joue allègrement sa partition cartoon, on voit tout
( trop ?... non)
Il y a ça et là quelques petites scories mais je ne bouderai pas mon plaisir, c'est plutôt rare de s'éclater comme ça à trois niveaux : écriture, musique et cartoon, alors j'applaudis à six mains !

   Pascal31   
13/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Très bonne nouvelle, pleine de trouvailles et vraiment plaisante à lire.
Ne serait-ce quelques répétitions un peu lourdes (comme par exemple : "les vents viennent apporter leur lourde pierre (...) en venant chercher querelle aux archers"), le style est agréable, l'histoire se lit facilement. J'ai souri plusieurs fois ("Un premier sifflet très Baseball vient taquiner Beethoven, mortifié au fond de sa tombe, plus mort que jamais." Excellent !) et franchement adoré quand le concert part "en sucette".
C'est rythmé en diable et peu importe si Beethoven se retourne dans sa tombe, moi, j'ai passé un bon moment ! Merci !

   Anonyme   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Alors là, j'ai adoré ! Les personnages sont fort bien campés, en quelques phrases, la progression logique et implacable, du menu incident au délire total. Je ne suis pas entièrement sûre de l'utilité de l'épilogue. Chapeau bas pour tout, y compris le style et l'originalité !

   Anonyme   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Voilà un texte qui m'a laissé carrément de marbre, qui ne m'a pas fait vibrer du tout ; péripéties interminables qui donnent une vision -forcément-humoristique de la musique classique, comme si c'était la seule façon de l'évoquer (je sais qu'il existe des amateurs dans ce domaine). Désolé, je n'ai pas adhéré même si je salue les intentions de l'auteur, mais tout cela m'a paru très convenu au bout du compte.

   Jagger   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Bien
C'est bien écrit et, malgré le tourbillon de péripétie, on s'y retrouve assez bien. Sans réellement m'avoir arraché un fourir, ce texte ma bien diverti et je crois que c'était l'intention.
Je voulais lire uniquement les premières lignes et le finir plus tard et je l'ai finalement parcouru d'une traite, arrivant en retard au boulot, mais bon, c'est signe que ce texte est digne d'intérêt.
Je relève malgré tout une certaine longueur aux deux tiers du texte où la surenchère semble ne plus en finir.
Bien aimé la fin même si, des le début de la scène, on perçoit la chute.
Merci

   DouglasLejeune   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bien fait. On pense en effet a Tom (le chef) et Jerry (le pianiste), ce cote cartoon est bien reussi, mais il est en meme temps la limite du texte. La condamnation implicite de l'ex-nazi est de bon aloi mais sans surprise.
Sur la forme, j'eviterais "improbable" tel qu'employe deux fois au debut. Quelques legeres inexactitudes (pas ame qui vive (?), venin distille (instille?)).
Beaucoup plus de choses agreables, trop nombreuses pour etre citees. Mention a la transformation de la baguette en tape-mouche, belle idee cartoon.

   Anonyme   
22/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Quelques longueurs peut-être vers la fin et un épilogue inutile mais franchement j'ai bien rigolé ! Plus ça allait et plus je voyais la gracieuse harmonie de l'orchestre partir en vrille jusqu'au pugilat final. Excellent décalage avec la rigueur et la sévérité que réclame la musique classique. Mettre du foutoir là-dedans est vraiment jubilatoire. Rien à dire sur un style impeccable. Bravissimo !

   Anonyme   
24/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
J'ai lu il y a quelques jours un autre texte du même auteur. Je retrouve ici le même intérêt que j'ai pour son style et que je partage en partie, fondé en première impression sur la recherche de tournures originales, de formules, de choix de vocabulaire, poétiques souvent, et cherchant par moment une certaine irrévérence, voire une irrévérence certaine à mesure que le récit progresse.

Je propose une analyse plus fouillée du deuxième paragraphe. Ce ne sont que deux phrases, mais il y a déjà beaucoup à en dire et il serait ardu de pratiquer l'exercice sur tout le texte. L'auteur prendra ce qui l'intéresse. Et s'il y trouve un intérêt et qu'il le souhaite, je pourrais m'attaquer plus en détail à d'autres parties du texte.

Le deuxième paragraphe, donc...

Perchés plus haut, les vents viennent apporter leur lourde pierre à cet édifice improbable en venant chercher querelle aux archets. Il n’y a que le percussionniste qui n’ose pas tester les peaux tendues de ses outils, fort heureusement car personne n’apprécierait cette facétie dans ce moment d’extrême concentration.

les vents : ellipse (les instruments à vent) très agréable, très poétique.

les vents viennent apporter leur lourde pierre : le choc antagoniste entre entre vents et lourde pierre est une figure de style (dont j'ai oublié le nom) que j'apprécie particulièrement, mais qui hélas ne fonctionne pas sur moi pour le coup, vraiment pas convaincu par la pierre apportée par les vents.

Le mot improbable est un mot du vocabulaire, certes, et qui a sa place parmi les autres, mais franchement, on l'entend partout dans la bouche des apprentis poètes, à moins que ce ne soient des poètes improbables. En plus, il est répété quelques lignes plus loin. Quelle horreur !

chercher querelle aux archets : j'aime beaucoup.
D'abord, la musique en est extrêmement agréable : sons ET rythme.

Personnellement, je supprimerais carrément cette pierre, cet "improbable", l'édifice qu'il qualifie, et en profiterais même pour sucrer un participe présent :
-> Perchés plus haut, les vents viennent chercher querelle aux archets
Les quatre ch présents dans cette phrase, ainsi rapprochés, apportent toute leur sonorité à la musique de la phrase. Deux en extrémités de phrase et deux autres plus rapprochés en son milieu créent un rythme très marqué préfigurant déjà l'apparition du mot percussionniste dans la phrase suivante. Le rythme est encore renforcé par les trois sonorités identiques ou voisines (é de perchés, er de chercher et et de archets), disposées en début, milieu, et fin de phrase.
Bon, évidemment, on supprime alors l'idée d'édifice. Je ne sais pas, une métaphore peut-être, à développer brièvement : une pièce montée, pourquoi pas ?

n'ose pas tester les peaux tendues de ses outils : j'apprécie cette distance et ce soupçon d'irrévérence qu'apporte le mot outils en substitution d'instruments.

fort heureusement car personne n'apprécierait cette facétie : je suis très gêné par le mot personne. Personne, c'est personne, c'est-à-dire ni les musiciens, ni les spectateurs/auditeurs. Si ce personne colle parfaitement à personne parmi les musiciens, dérangés qu'ils seraient dans l'accord de leurs instruments, en revanche, ça ne colle pas avec personne parmi les auditeurs, car l'on sait un peu plus tôt que c'est à celui qui tirera de son outil les pires gémissements. Certes, cette dernière phrase est écrite avec l'apparence d'un narrateur neutre, mais je l'ai lue avec la sensation très nette d'un point de vue d'auditeur. Dès lors, je ne vois pas pourquoi les auditeurs seraient d'avantage contrariés par le percussionniste. Ceci me gêne donc, comme une incohérence de point de vue.

Voilà pour le deuxième paragraphe.

Apparaissent ensuite des éléments qui précisent le style. Mieux, il le modulent en fonction du contenu du récit.
- Emprunts aux langues étrangères : Allemand, Anglais (plus précisément : Américain), Italien, voire même Coréen avec les consonances de noms propres.
- Onomatopées permettant la progression dans la déstructuration du récit.
- Vocabulaire devenant de plus en plus familier.
- Ponctuation s'évaporant pour laisser place à une plus grande célérité des événements.
- Choix du vocabulaire qui glisse du délicat au caustique, du caustique au brutal, du brutal à l'insultant, à l'image de ce Matthias-Von-Shämopfen-Von-Karajan.

Ça devient le boxon dans la langue en même temps que le boxon dans l'orchestre.

En relevant tout ceci, je ne peux me départir de l'idée que vous avec dû lire pas mal un auteur auquel je pense et que je ne citerai pas, car je serais curieux de savoir si vous pensez au même que moi.

Juste pour la route, je relève encore quelques trucs que j'ai particulièrement aimés :

le Dompteur d'Ivoire de Séoul (Oh, la belle réussite que voilà !)

Pas le moment, John, se dit Second Violon (substitution d'un nom propre par un nom commun, encore un élément de style qui me fait toujours penser au même auteur)

Anne Bancroft au premier rang s'évanouit dans les bras d'un banquier qui s'écroule à son tour (exemple, en passant, de l'évaporation de la ponctuation dont je parlais ci-dessus)

Oh ! Un dernier petit truc marrant :
il y a quelques minutes, il y a une éternité
Tiens ! Une variante de ce que j'ai trouvé dans le texte que j'ai lu de vous il y a quelques jours.
Non ! Ne me dites tout de même pas que vous avez chopé ça dans "L'été indien" de Joe Dassin ? :-)

Bon, il y a bien sûr cette description très caricaturale des Américains et de leur prétendue non-culture, mais ça se fond assez bien dans le registre du propos. Et, surtout, elle est construite en s'appuyant sur des saillies jouissives.

C'est quoi alors, finalement, ce ré-bémol ?
Un majeur tendu bien haut et bien droit au nazisme ?

Cette lecture était un plaisir.
C'est un texte de musicien, fond et forme.
Molto bravo, Maestro !


EDIT: Tiens ! J'ajoute un truc que j'avais oublié, mais qui m'avait vraiment énervé, sur le coup :
Il oublie la beauté de cette salle superbe, d’ocre rouge ourlé de vagues d’or jusqu’au toit
Ça serait pas des fois le plafond ? Ou autre terme d'intérieur. Parce que le toit, pour moi, c'est à l'extérieur. Du coup, le cinéma dans lequel vous vouliez m'entraîner était cassé.

   littlej   
26/3/2011
 a aimé ce texte 
Un peu ↓
Je trouve cette nouvelle globalement mauvaise, à cause d'un manque de grâce dans le traitement. Le style est inégal aussi, car, par endroits, on trouve quand même des choses à se mettre sous la dent :
- "il guette le ré bémol avec sa baguette d’ivoire levée comme une tapette à mouche" ;
- "du nom disgracieux de « bloody mother fuckers !!! »" ;
- "en brandissant sa baguette tue-note".
- La fin est pas mal du tout, malgré une imprécision du sujet, ici : "Mais il va mieux, les psychiatres le lui ont confirmé. Il fait donc la seule exception..."

Mais, dans l'ensemble, le négatif l'emporte sur le positif.

Puisque j'ai pris le temps de relever un certain nombre de phrases perfectibles, ainsi que de dénicher quelques choix de mot que je trouve bizarres ou simplement mauvais, je vous en fais part :
- Trois fois l'adjectif "improbable" ; et pourquoi "édifice improbable" ? En quoi ?
- Le verbe "venir" est utilisé trois fois, je pense, et, à chaque fois, il alourdit la phrase :
- "les vents viennent apporter leur lourde pierre à cet édifice improbable en venant chercher querelle aux archets."
- "vient faire trébucher"
- Du familier : "franchement, tout le monde s'en fiche" et du soutenu (même vieux) : "teutonne"
- Et LA phrase moche selon moi : "Les trois mille huit cents auditeurs qui se tiennent dans son dos cessent sur le champ le bruit de leurs conversations vulgaires que le plus noble des smokings ne saurait - hélas - masquer".

Un autre et dernier problème : la cohérence. A un moment le narrateur dit : "ce moment d’extrême concentration" ; pourtant, tout le long du concert, on a l'impression que les musiciens font tout sauf se concentrer. Pire ! Ils ne font que se regarder et se juger entre eux - le sommet : "Kwak Ki Deok se la joue faux-cul, version « Aah bon quelle fausse note ? » "

Sur le fond, rien d'extraordinaire. Ici, tout est question de style : tenir la distance, ne pas lasser le lecteur, le faire entrer dans une ambiance, même dans un délire. Personnellement, je ne suis pas convaincu.
Mais, on sent une fougue, une énergie, vous vous lâchez dans ce texte, mais j'ai l'impression que c'est surfait. Trouver le juste milieu entre le "délire totale" (c'est un peu le cas ici) et le "terne et trop maîtrisé", voilà aussi un problème à surmonter en texte humoristique.

Bonne continuation. Et j'attends avec impatience votre prochain texte.
j

   Charivari   
27/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai assez aimé. Comme d'autres, ça m'a fait penser à un cartoon (Tom et Jerry à l'opéra, en l'occurrence). En général, c'est assez enlevé, bien tourné, avec humour, et de vraies bonnes trouvailles (comme ce Coréen qui s'appelle Kwak)

Pour moi, les points faibles seraient :
-Un peu longuet, je trouve. Il y a, à mon avis, des éléments inutiles (par exemple le passé du chef d'orchestre allemand, un stéréotype qui nous évoque Karayan, et qui n'apporte rien.)
-Le rythme du texte pourrait être retravaillé : plus nerveux, plus rythmé vers la fin.
-Malgré l'épilogue, j'avoue ne pas avoir très bien compris le pourquoi de ce "Ré" de malheur. Du coup, il y a un truc dans ce texte qui m'a échappé, et d'autre part, je n'ai pas vraiment réussi à voir l'utilité de l'épilogue.

Sinon, mis à part ces petits couacs, c'est un très bon texte.

   Menvussa   
31/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un petit régal que ce Ludwig sauce barbare. Une écriture peut-être trop recherchée qui fait parfois craindre l'indigestion. Mais si le lecteur tient bon, s'il a l'estomac solide et le foie bien accroché alors il appréciera ce met épicé.

À déguster avec modération, au même titre que le chocolat noir ou qu'une grande cuvée.

   alvinabec   
1/4/2011
La mise en place est un peu lente, le langage soutenu. Trop. A partir du fameux silence ça démarre et c'est bcp mieux, le ré bémo bien trouvé, l'ambiance new-yorkaise survoltée aussi, le délire du maestro très logique dans cette progression. Très probant. Il n'y a que les casques d''improbables'. A vous lire...

   Bidis   
2/4/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément ↓
J'admire la virtuosité de l'auteur, parce que je ne vois rien de facile dans la rédaction de ce texte qui est, comme quelqu'un l'a dit, jubilatoire.
Sans doute l'écriture est perfectible et cette nouvelle mériterait, je trouve, d'être encore travaillée. Personnellement, j'ai relevé deux petites choses :
- "Il n'y a que le percussionniste qui n'ose pas tester..." : je trouverais plus léger de dire "seul le percussionniste (hésite ?) à tester... "
- "Il y a un chauve qui cherche..." : "Un chauve cherche..."
Et cette phrase au début m'a gênée : "C’est à celui qui tirera de son outil les pires gémissements..." : pour un musicien, je crois qu'accorder son instrument, c'est établir toute une relation avec lui. J'aurais préféré : "On dirait que c'est à celui...", parce que là c'est le point de vue de l'auditeur.
Mais cela ne m'a pas empêchée d'apprécier grandement ce moment de lecture.

   Togna   
3/4/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bien que des subtilités linguistiques m’aient probablement échappées, j’ai lu avec plaisir cette nouvelle dont l’humour dépoussière avec brio la contenance un peu guindée des concerts classiques.
J’ai été inquiet à la lecture de la mise en place de l’intrigue. Elle est bien construite mais un poil monotone par son manque de variation de rythme. J’ai été rassuré par la lecture de la partie humoristique. Il est vrai que l’exercice est plus difficile dans la description que dans les scènes d’action.
J’ai apprécié l’épilogue, surtout sa folle chute.
Bravo Vichtis0

   mraya   
16/4/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un concerto inoubliable. Quelle idée originale ! Style alerte et sans fausse note. Juste deux petites remarques "L'audience de cette représentation exceptionnelle se faisait fortE de...." et "un ignoble ré bémol, Shämopfen LE (et non : la) prend en pleine figure. A part ça, chapeau bas, maestro !

   rmfl   
30/11/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Eh bien mes enfants quel concert! cette note narquoise déclanchant la démence, la goutte qui tombe en E'es et fait déborder le vase! Génialement écrit!
Au pupitre j'ai vu Louis de Funes, et le pianiste avec des râteaux au lieu de mains!
je joue moi-même du piano, connais le 5. de Beethoven et maestro Victhis0, je vous salue bien bas!
Ce chef d'orchestre allemand dont l'origine juive ne joue en fait aucun rôle, aurait pu être Beethoven lui-même! Ne trouvez-vous pas?
Bravo donc.

   Anonyme   
13/1/2013
 a aimé ce texte 
Passionnément ↑
Meilleur texte lu sur ce site pour l'instant.

Verbe, images, sujet : tout m'enchante.

Plusieurs eclats de rire a la lecture de cette nouvelle tres reussie.

Un grand bravo!

   Pepito   
25/5/2014
Je suis arrivé là via une description d'Oniris sur un forum, bien m'en a pris.

J'ai adoré, l'écriture vivace comme une partition débordante de croches. J'ai souri plein de fois et carrément rigolé à d'autres.

Tout le monde en prend pour son grade, les petits pics distillés de ci de là sont un régal.

Merci beaucoup pour cette délicieuse lecture.

Pepito


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