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Policier/Noir/Thriller
Coline-Dé : Attaches
 Publié le 16/03/11  -  26 commentaires  -  23302 caractères  -  661 lectures    Autres textes du même auteur

Entre tache et attaches, comment s'en sortir ?


Attaches


Zo


J’aurais pu chercher un endroit, une piaule où dormir, avec ou sans quelqu’un, chercher un homme où planter les ongles, quelques billets, mais la sueur qui dégoulinait déjà le long de mon dos m’a jetée dans la rue, l’air qui crisse et crépite, les éclairs bleus, les jambes satin de Malou fichées dans le bitume et son sourire opéré qui me fait mal…

Elle m’a filé trois cachetons – la moitié de ce qui lui restait –, et ça m’a regonflée, j’ai dit « tu vas voir Malou, ce soir ça va déchirer », elle a levé le pouce en se tournant vers l’homme qui approchait et j’étais déjà partie.

La nuit allait vite, en flashs scintillants et au centre de moi, j’avais provisoirement étouffé le vide. Dans les bars, ça sentait les corps et l’alcool mais mes jambes refusaient de s’arrêter, j’allais, propulsée par l’envie d’ailleurs et de mouvement, sans regard pour m’accrocher, la nuit direct en perf dans ma moelle épinière. Poreuse.

Béante.

Éclatée.

La devanture jaune d’une croissanterie me faisait de l’œil et dans le renfoncement avant le carrefour, j’ai buté sur Kell, déjà vautré au milieu de ses ballots. Je lui aurais bien fait les poches, mais le grondement de ses chiens m’en dissuadait et, à voir son état, il ne devait pas lui rester grand-chose. Sa pancarte traînait dans le vomi, il allait encore galérer pour la refaire. Prendre une tronche irrésistible pour extorquer un peu de blé aux gens qui attendent que le feu passe au vert, il sait faire, mais écrire « SDF, un euro SVP » lui demande des efforts titanesques et il finit toujours pas tenter d’entortiller une bonne âme.

Sauf que les bonnes volontés canent devant ses exigences : faut écrire lisiblement, mais pas trop – juste genre écriture de clodo, tu vois ? – Et pas jusqu’au bord, laisser d’la place pour les mains : une pancarte, ça s’tient à deux mains. La main tendue, t’agresses déjà l’mec, t’ vois. C’est spychologique.

Kell s’est rêvé riche quand c’est passé à l’euro, d’un coup il avait un niveau de vie et pour l’instant il est étalé sur le trottoir, raide, ses chiens prêts à sauter à la gorge de qui posera la main sur lui.


- Kell, je lui dis.


Il omphe.


- Kell, je lui hurle.


Les chiens grondent. Il ouvre une paupière gonflée.


- T’as vu Lilas ?

- Au 666.


Et il régurgite d’innommables débris.


Pour entrer au 666, je connais le tarif et c’est épongé en trois minutes chrono, le videur n’est pas un compliqué.

J’ai regardé en l’air durant, la nuit mouftait pas, les étoiles collées au ciel...

Dedans c’était rouge, grouillant, overdosé en banalité.

Rien à tirer ; c’était pas ce soir que ça allait déchirer.

Je me suis mise dans un coin.

Quand Lilas a déboulé sur scène, tout s’est arrêté : chapeau noir, cheveux rouges, des jambes jusqu’à la taille : tous les mecs ont retenu leur souffle et quelques nanas aussi. On aurait entendu filer un bas.

Elle a cligné ses yeux myopes, chaloupé jusqu’au micro et elle a fait :

« Roargh ».

Juste « Roargh », la jungle est entrée dans la salle.

Tout le monde a applaudi.

Je me suis tirée à l’arrière. Je reste jamais voir son numéro, j’entendais juste.

Dans la voix de Lilas, il y a des cailloux noirs, des bébés-tigres, de l’eau qui coule… Ses affiches disent qu’il n’y a pas eu une voix comme ça depuis Billie Holiday. Moi, je sais jamais si c’est sa voix ou son cul qui fait son succès… mais ça ne me regarde pas ce qu’elle fait, Lilas, ce que j’aime c’est ce qu’on fait ensemble.

J’ai attendu près des chiottes ; y avait une petite blonde qui pleurait devant la glace. Ici la compassion te pète à la gueule avant que tu aies trouvé ton sourire.

Un mec est entré, ils ont parlé tout bas, je voyais le reflet de la fille qui faisait non, non, puis il lui a mis quelque chose dans la main, et s’est tiré. La blonde s’est passé de l’eau sur la figure, elle a reniflé, elle s’est fait un rail et ça allait mieux.

Moi je suis restée planquée, je veux pas d’embrouilles quand j’attends Lilas.

Plus tard, quand on a été chez elle, elle m’a prise dans ses bras, et toute ma solidité a fondu d’un coup, j’étais accrochée à elle, j’arrivais juste à dire son nom et ça a duré longtemps, elle me tenait fort, je sentais sa chaleur monter en moi, j’aurais pu rester là la nuit entière, jusqu’au moment où elle m’a dit « Je vais voir Maman demain. »

Il y avait une petite araignée noire qui grimpait dans l’angle du mur.

Araignée du soir, espoir c’est drôle, les formules comme ça, ça surnage toujours, c’est creux, ça remonte…

Il était au moins quatre heures du matin.

Ça me fait toujours le même effet quand Lilas va voir Maman, je voudrais rentrer dans le trou du cul du temps, remonter avant moi.


- Je l’embrasserai pour toi…


C’était pas tout à fait une interrogation.

J’ai marmonné : « c’est ça »… et mes jambes me faisaient mal, l’envie de courir.

J’ai écrasé ma clope.

Lilas faisait une salade de tomates.


- T’en veux ? elle m’a demandé, tu devrais manger de temps en temps…

- Tu peux me filer un peu de fric ?


Elle a retroussé un coin de lèvre, je la déteste quand elle fait ça. Le temps qu’elle aille prendre son sac, j’étais dans l’escalier.

Merde. Merde.

Le fric c’est pas l’important, je peux en trouver ailleurs, qu’est-ce qu’elle croit !

Je suis retournée sur le port mais Malou n’était plus là.

Un moment, je suis restée à regarder, j’aime quand les lumières se noient en zigzag. J’ai repéré un chouette bateau qui se berçait comme un môme, ça m’a fait envie, m’allonger avec l’eau comme matelas, caresses et murmures.

Et puis j’ai vu le rat.

Les rats, c’est ma hantise.

Ça me rappelle mon premier squat, un truc dégueu avec Andy, comment j’avais envie, et lui qui s’en foutait…

Je me souviens, mes seins collés à son dos, je me concentrais sur les pulsations de son sang, du mien surtout, il avait les yeux fermés sur son trip et j’essayais d’exister en le touchant, et tout d’un coup quelque chose a bougé contre ma cuisse, c’était un rat qui s’était enfilé sous la couverture pour avoir chaud ou je sais pas quoi, j’ai crié et Andy a étiré ses lèvres, un interminable sourire lent, et il a dit : « Je baiserais bien ce rat… »


Quand je suis rentrée, ma mère m’a inspectée et elle a dit : « La tache a grandi. »

Je suis allée voir.

C’était pas vrai. Dans le bout de miroir qui pendait au-dessus de l’évier, je voyais une fille pas tout à fait blonde avec des yeux obliques et cette putain de tache sur l’aile du nez qui me rendait horrible.

Môme, je la grattais avec mes ongles pour la faire partir. Ça saignait, ça partait pas.

Ma mère m’avait fourré l’idée que c’était la tache de la honte, indélébile, et qu’elle grandirait lorsque je me conduirais mal. Après, je pouvais pas m’empêcher de la toucher chaque fois que je faisais une connerie, je la savais par cœur, j’avais l’impression que mes doigts lisaient sa couleur, rouge sombre comme le sang tout neuf de mes règles…

Lilas avait les yeux lilas ; moi j’avais une tache de vin.

On était pareilles : on avait quelque chose de spécial.

Ma mère était très fière de la spécialité de sa grande.

De toutes les comparaisons qu’elle a faites entre nous, pas une à mon avantage. J’ai vite compris qu’on ne jouerait jamais dans la même cour, Lilas et moi : elle est belle, elle a toujours chanté à faire pleurer les blattes, s’il lui tombe un cheveu, y a vingt mecs à genoux pour le lui ramasser, et en plus, elle s’en fout !

Elle a été fille unique pendant huit ans.

Ma mère est toujours restée mère unique.

J’aurais dû la détester, Lilas. J’aurais pu.

Mais la nuit, quand la trouille me mordait, elle m’inventait des chansons cochonnes et on riait…

Moi, il me restait l’incandescence, l’envie de me frotter au désir des hommes, de vérifier si je pouvais exister. Je cherchais les mecs comme une bouée. Ils m’ont plutôt enfoncée. Je critique pas, je constate.

Mais c’était toujours mieux que de rentrer alimenter la déception maternelle.

Quand j’ai compris que même si je raflais les must à l’école, ça n’arracherait pas un sourire à ma mère, j’ai renversé la vapeur.

Elle allait grandir, la tache, et pour de bon !

J’ai tout largué. J’ai découvert que contrairement à ce que l’expérience Andy m’avait fait craindre, j’avais un potentiel érotique.

Le sexe, ça m’allait, comme monnaie d’échange, je risquais pas d’être à découvert.


***


Lilas


Adossé au miroir de la loge, Hermann me fait la gueule. Je décroise les jambes lentement, que mon peignoir s’ouvre, histoire de l’amadouer, et je passe les doigts sur mon cou. Une veine que ça lui fasse toujours cet effet.

Il a une espèce de tic qui fait trembler sa paupière gauche. Ses pupilles sont énormes, je me vois dedans. J’ai beau le connaître, j’espère toujours gagner. La densité chez Hermann n’a rien à voir avec le poids : il ne doit pas peser beaucoup plus que moi, mais j’ai toujours l’impression qu’il va m’écraser. Peut-être parce qu’il est lent.

Il approche ses mains, il dessine mon corps à trois centimètres de ma peau,


- Arrête, je lui dis.


Mais ma gorge sèche.


Il ne me touche pas, il me regarde, il a les yeux qui murmurent.


- Arrête, écoute !


Il dit : « Lilas… »

Merde.

Merde.

L’ennui, avec Hermann, c’est que si je lui fais de l’effet, il m’en fait aussi !

Sa main s’est refermée sur mon cou et il serre. Mon peignoir se volatilise, je me colle à lui, électrique, il sourit enfin et me dit :


- Tu viendras ?


Un ange se pointe et ne passe pas.


- … Non, tu sais bien, il y a Zo…

- Fous-moi la paix avec Zo, elle a grandi, elle n’en a rien à foutre de ta protection ! Tu ne sais même pas où elle est ! Elle vient te taper quand ça la prend et salut… Lilas, je suis sérieux, c’est important pour moi cette tournée, il faut que tu viennes.


Et il m’embrasse. Ça ouvre des gouffres doux.


- Tu vas voir, on va faire un malheur !


Je me dis que c’est vrai, on peut faire un malheur, tous les deux.

Je me dis que Zo n’a jamais suivi mes conseils. Ma mère non plus.

Je me dis que putain, j’en ai marre de trimballer ces boulets.

J’ai déjà laissé partir Hermann une fois.

Mais pas aujourd’hui, non.

Il a posé sa main sur ma cuisse et j’entends dans ma gorge le chant qui enfle et creuse et ravage et.

Il me regarde, il prend son saxophone et joue comme s’il me faisait l’amour.

Ma voix et son sax.

Quand on s’arrête, le mec des éclairages sort sur la pointe des pieds en nous faisant un petit sourire égrillard.


- On part demain, me dit Hermann. Genève, Zurich, Cologne et puis… Détroit, pour huit jours et après, on verra. J’ai pris les billets.

- Et si j’étais pas venue ?

- Charlene aurait été bien contente. Pas que pour le cachet… Elle a fait des progrès, tu sais. Dans certains morceaux, elle est presque aussi sexy que toi !


Je me jette contre lui pour le mordre. Il recule ; sa paupière saute. Ça le fait bander de me tenir à distance et j’adore ça.


- T’as la nuit pour boucler tes valises. Je vais dire à Salgo qu’on se tire.


Je le regarde sortir, j’ai trois heures pour liquider ma vie. Mes jambes dansent toute seules.

Pourvu que Zo passe ce soir. La dernière fois, elle s’est tirée avant que je lui aie filé du fric, j’ai pas compris… Depuis, même Malou ne sait pas où elle est.

Salgo déboule, furieux :


- Qu’est-ce que c’est cette histoire ? Hermann me dit que vous vous cassez.


J’attends la suite, ça ne sert à rien de répondre à Salgo, tant qu’il n’a pas déballé, il n’entend rien.


- C’est quoi ce bordel ? Vos baises j’en ai rien à foutre, mais vous êtes sur scène à l’heure, c’est compris ?

- Non, t’as pas capté, Salgo : demain on est à Genève.

- Vous partez en voyage de noces ? Il faut qu’on se cotise pour vous offrir un cadeau, c’est ça ?


Salgo pue des pieds quand il se met en rogne. J’ouvre la porte. Je regarde le couloir en me disant que demain ce sera un souvenir.


- Oui, ça serait sympa, un petit cadeau d’adieu !

- C’est une rupture de contrat, Lilas, ça va vous coûter cher !

- Sauf que j’ai jamais vu la couleur du contrat, Salgo ! Et puis, il te reste Charlene…


Je vraque mon matériel de maquillage dans mon sac, ma veste, mes tennis, je suis heureuse, invincible…

Ils vont en avoir pour leur argent, les clients ce soir !


***


Zo


Des trottoirs juste bons à faire pisser les chiens, des maisons branlantes, l’odeur de l’usine de produits chimiques, je déteste toujours autant cet endroit. Jamais pu remonter cette rue sans me demander ce que j’avais fait de mal pour habiter là.

L’humidité. Le salpêtre. J’écorchais exprès ; elle mouftait pas, mais je voyais vaciller ses yeux.

Je passe devant le local. Depuis des années, les vitres sont dépolies de crasse.


- Zo, t’es revenue ?


Cette foutue gamine passe son temps à mater tout ce qui se passe dans la rue !

Je m’arrête à hauteur de son fauteuil :


- Fous-moi la paix, Samia ! Quand on se tire d’ici, on revient pas. Je passe juste.

- Ah, je sais : c’est pour la fête des Mères !


Il y a huit jours que toutes les vitrines me sautent à la figure avec les cœurs, les fleurs et gnagna, toutes leurs pubs sucrées !

Je lui balance une baffe pour qu’elle s’occupe de ses affaires. J’ai jamais aimé cette petite punaise, plus malfaisante que toutes les bonnes femmes qui fréquentaient la maison !

C’est pas dans mes habitudes de m’excuser, alors je m’excuse pas.

Elle roule son fauteuil plus loin en chialant. M’en fous. J’ai pas trop de toute mon énergie pour me concentrer sur ce que je suis venue faire.

La fête des Mères !

Depuis huit jours, ça me cogne dans la tête, ça veut pas s’en aller, je me dis qu’il faut que je sache une bonne fois. Si je suis sa fille ou pas.

Je suis encore chargée, mais pas à fond.

Juste ce qu’il faut.

Quand je tape au carreau, c’est comme si on me dépeçait, je suis en lambeaux avant même de commencer.

Elle traîne ses savates, arrive à la porte, la foudre me lèche le cœur.

Elle me regarde, ses yeux se mouillent, c’est presque une vieille… mais je vais pas me laisser avoir.


- Rentre, ma fille, elle dit.


Ça me troue.

Heureusement la cuisine pue le moisi.

C’est propre, mais le moisi bouffe tout.

De se retrouver dedans, toutes les deux, comme si rien n’avait bougé, elle a récupéré son air habituel. Et ça m’aide bien.

Un instant, j’avais failli l’embrasser.

J’avais préparé des mots, mais d’un coup, c’est l’avalanche, ça valdingue du fin fond de moi, ça hurle dans ma bouche, des années en torrent, ça m’exsangue…

Et elle, on dirait qu’elle est pas là.

Elle dit « tu voudrais me voir morte » comme elle raconterait une promenade. Un rictus et elle dit « je te manquerais ! »


- Putain, ça fait des années que tu me manques !


Je sais pas ce que je lui dis, mais j’ai besoin de justice, faut qu’elle répare, on fait une môme, on la fait tachée, on l’aime pas, ça doit se payer, ça, non ? Je...

Je la pousse, je la secoue, je la bouscule, ça me fait peur, je l’enferme dans le placard pour pas la frapper, je cogne dans les murs, je balance tout, j’ouvre le buffet, je fous tout en l’air, une enveloppe vole, avec plein de biftons dedans, je la prends : l’amour, ça lui fait rien, peut-être avec le fric j’arrive à la blesser ?

Et je me tire avant d’avoir foutu le feu. Histoire d’éponger l’humidité.

La descente est moche.

Je cavale partout après Lilas, introuvable. J’ai mal, le manque me déchire d’éclats d’acier brûlants.

C’est Malou qui me récupère le lendemain, en vrac.


Elle me prend contre sa poitrine, ses seins à trois mille euros, elle me fait boire un truc, elle me berce avec sa voix d’avant, ses mots tombent dans la flaque que je suis, baume, ses mots comme une comptine pour tout-petit, un son apaisant, elle tient ma main, elle est paternelle…

Les mauvais trips, elle connaît.

Et le reste. Sa mère voulait une fille. Jean-Louis a mis vingt-huit ans et un paquet d’euros à devenir Malou.

La plus belle pute du port.

On se tient serrées, comme deux mômes, j’aimerais qu’elle me chante quelque chose, qu’on rigole et au lieu de ça, je lui dis :


- Malou, fais-moi l’amour.


Et je m’endors.


***


Lilas


Combien de temps ça dure un voyage de noces ? je me demande en regardant Hermann qui revient avec les sandwichs dégoulinants de mayonnaise.

Le lac est bleu, les montagnes font leur cirque, des tas de canards nageotent, l’air dégagé, en attendant qu’il leur tombe un morceau de pain, et quand on leur en jette, c’est la ruée, cous tendus, envolée de gouttes et de plumes.

Il me voit, me sourit, traverse.

Je me pince. J’aime pas trop quand ça démarre comme ça, façon conte de fées. Et là je suis servie : hier soir après la répétition, une nana est venue nous féliciter, une Américaine. C’était Madeleine Peyroux !

Un look de petite bourge bien sage, mais quand elle chante… wah !

Hermann était tout excité. Les félicitations d’une pointure comme Madeleine ça l'a fait décoller : il compte sur cette tournée comme tremplin.

Du coup, il est d’une tendresse inhabituelle. Je ne vais pas refuser ça… et j’ai beau me dire de ne pas me monter la tête, je trouve qu’une vraie histoire d’amour ferait pas mal dans le paysage.

La Suisse, c’est un peu sucre glace et barbe à papa, quand on gratte pas trop.

J’ai pas envie de gratter.

Juste garder le groove.

Mais c’est pas gagné parce qu’il faut que je téléphone à ma mère. Je veux quand même lui dire bonne fête. Elle va râler : la fête des Mères, pour elle c’est presque aussi sacré que la naissance du petit Jésus !

Et c’est pas Zo qui va bouger le petit doigt.

Mais il va bien falloir qu’elle s’habitue à faire sans moi… Qu’elles s’habituent.


- Peut-être que si tu lui envoies une carte, elle renoncera à te déshériter, rigole Hermann. Parce que je te préviens, si tu n’es pas la riche héritière que je crois, je te plaque !


Il dit n’importe quoi, je ne l’ai jamais vu comme ça, je crois qu’il est heureux. Ça fout la trouille.

Un cygne tout lisse s’approche de moi, beau comme un rêve ; je m’avance et il me siffle des injures en vaudois !

Hermann rit aux larmes. On dirait que le retour en Suisse a modifié mon taciturne.


- T’as déjà mangé à la Perle du Lac ?

- Ben, évidemment ! Une riche héritière comme moi…

- J’ai commandé une table pour demain midi.


Ses yeux retiennent un pétillement.


- Bauer vient de me le confirmer au téléphone : on est engagés pour Montreux l’année prochaine !


Il m’attrape, me fait tourner, tourner, tourner… on tombe sur la pelouse, saouls, mélangés. On se croirait dans du Lelouch !

Et comme si ça ne suffisait pas, le ciel s’est rempli de montgolfières.


***


Zo


C’est un truc de cheval, le somnifère de Malou : j’ai dormi deux jours. Chez elle, on n’entend rien, pour dormir, c’est royal. Un appartement comme dans les magazines, rose et nickel ; enfin, pas rose : saumon.

Plein de coussins, de tableaux et de lumière. Des plantes vertes et des flopées de photos partout, tous formats, surtout du noir et blanc. Des photos de sa mère, d’elle bébé, de son père sur sa plate-forme pétrolière quelques jours avant qu’elle sombre, des copines, Jean-Louis en ado malheureux…

Et toutes les versions successives de Malou, avant et après chaque opération. C’est impressionnant.


- Ça t’a coûté combien, tout ça, Malou ?


Elle rit :


- Pff, j’ai pas compté. Cher. Mais ça valait le coup. Un bon chirurgien, ça peut faire des miracles.


Je sors l’enveloppe que j’ai raflée dans le buffet.


- Y aurait assez avec ça pour me faire enlever cette putain de tache ?


Elle décroche son téléphone.


***


Cette tache, je l’ai regardée pendant des heures et des heures. J’en oubliais de me regarder. Moi, j’étais le porte-tache. Et c’est vraiment bizarre de ne plus la voir, à peine une trace signalant qu’il s’est passé quelque chose sous la peau.


- Tu dois être contente, dit Malou. Il a fait du beau boulot. Tu es magnifique.


J’en sais rien. Cette fille que je regarde, je saurais pas dire qui c’est. Il va falloir qu’on trouve comment vivre ensemble, elle et moi.

J’ai rayé dix-huit ans d’identité.

Est-ce que je suis contente ?

Je lui fais un sourire, un sourire faux-cul. Elle a raqué pour mettre au bout.

Je serais une putain d’ingrate si je lui disais autre chose que « c’est génial, Malou, merci ! »

Mais elle a trop pratiqué toutes les détresses pour se laisser berner. Elle s’assied près de moi et me dit :


- C’est dur de changer de peau, hein… avec sa voix de mec, et ça me fait du bien.


Je me sens toute bizarre, à la limite entre délivrée et dépouillée. Cette tache, c’était la seule chose réelle qui me reliait à ma mère…


Et soudain, je percute :


- Putain, Malou, ma mère !


Deux jours à dormir, cinq jours de clinique, il y a plus d’une semaine que je l’ai enfermée dans le placard sous l’escalier.


Je veux pas y aller. Je me barre, je peux pas y aller. Je suis dans l’escalier quand Malou me rattrape.


- Où tu vas ? Zo, arrête…


Je la pousse violemment pour me dégager, c’est pas elle qui va m’arrêter.

La rue clignote, je file vers le port dans les ruelles obliques, je file et j’arrive.

Le port.

À peine si une buée indique que la nuit n’est pas loin.

Sur un cotre, un garçon s’affaire. Il est blond. Il me sourit. Je m’assieds sur une bitte, la course m’a lavée.

Le temps filasse.

J’observe ses gestes, il a de beaux mouvements souples.

Il finit son travail, saute sur le quai, s’assied à côté de moi, sort une barrette de shit et me dit :


- T’en veux ?


Si j’en veux !


- Comment tu t’appelles ?


Je dis « Lilas » et j’ai envie de pleurer.

Lilas, t’es où ? Soudain, je me demande ce que je fous ici.


- Attends, ne pars pas…


Lilas la merveilleuse, Lilas qui arrange tout, Lilas la fille à sa mère, t’es où, putain ?


Je me dis qu’elle a dû aller à la maison pour la fête des Mères, et la trouver.

C’est sûr : Lilas n’a jamais manqué une saloperie de fête des Mères.

Le rat qui me bouffait la tête se calme un peu.


Je reviens vers l’eau, ça m’a toujours apaisée, toutes ces possibilités d’ailleurs. L’odeur d’un kebab se faufile, m’attire, j’ai faim.

Et devant la perfection de cette minute, bleus et ocres qui glissent sous les coques, se reflètent, guenilles royales, je retrouve, étonnée, quelque chose que j’ai perdu depuis longtemps.

Un sentiment.


Je vais y aller et tout se passera bien.


Je m’excuserai. Non, je m’excuserai pas mais je l’embrasserai et elle comprendra.

Elle me dira qu’elle regrette, qu’elle a toujours été dure avec moi parce qu’elle avait si peur que ça me retombe dessus.

Ses conneries habituelles, toutes les bondieuseries qui lui ont bouffé la vie…

Elle me dira qu’elle m’a saquée par amour.

Je lui dirai que j’ai fait toutes ces conneries pour qu’elle me regarde.


- Par amour, tu comprends ?


Elle comprendra.

Elle me dira « Je t’aime, Zoé. »

Je lui dirai « T’es une sacrée salope d’avoir attendu tout ce temps pour me le dire, mais je t’aime Maman ! »

On pleurera.

Je frappe au carreau. Il n’y a pas de lumière.

J’ouvre.


Ça sent. Le moisi.


Mais fort.



________________________________________


Ce texte a été publié avec des mots protégés par PTS.


 
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   Perle-Hingaud   
27/2/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ah ! Quelle écriture ! C’est violent, ironique, noir, très noir, et soudain une éclaircie de rose.

Une réelle humanité dans ces personnages, la violence de Zo, cette rage qui vient de si loin, qui fait « tache ». Un peu outrée, jamais elle ne s’arrête ? C’est mon premier reproche, l’écriture est parfois trop « hachée » à mon goût. Le deuxième bémol porte sur le fond : 5 jours après l’opération, et hop, elle ne parle plus d’aucune cicatrice ? Plausible ? J’ai un doute, mais finalement, ce n’est pas très grave.

Les trouvailles de style et de langage m’enchantent. « Ma mère est toujours restée mère unique. » Fort.

   Pascal31   
4/3/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je vais balayer de suite les minuscules points négatifs concernant la ponctuation parfois défaillante et quelques choix de mots qui accrochent un peu à la lecture ("il régurgite d'innombrables débris" par exemple) . Ces tous petits détails mis à part, c'est une nouvelle que j'ai trouvé excellente.
Pour moi, il y a tout : la qualité de l'écriture, des personnages bien campés en peu de mots, l'émotion qui affleure dans ces rapports entre deux sœurs si proches et si différentes et leur mère qui n'a pas su partager son amour. Avoir jonglé ainsi entre Zoé et Lilas pouvait s'avérer casse-gueule, mais là encore, je trouve que c'est très réussi.
La fin est très émouvante, très forte. Tout est dit sans rien dire, ou si peu.
J'ai lu ce récit d'une traite : l'auteur a su m'embarquer dans son récit. Et en cerise sur le gâteau, la nouvelle est jalonnée de tournures originales que j'ai vraiment beaucoup aimées (comme la description de la voix de Lilas, par exemple). Bravo !

   jaimme   
10/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Un sacré texte!
Bon quelques bricoles (des virgules, un passé qui tombe d'un coup un peu lourdement, et un feu qui sert d'éponge(?)...). Mais franchement c'est pour essayer de dire quelque chose d'utile car cette nouvelle est une vraie nouvelle: force de l'histoire, de l'écriture, des personnages, du rythme, etc, etc, etc.
Bravo!

   socque   
16/3/2011
Je suis mitigée. L'histoire est intéressante, émouvante, mais le style m'a paru parfois forcé dans la gouaille. C'est cela qui m'a empêchée d'être empoignée et de ne pas m'étonner qu'on puisse prendre rendez-vous aussi vite avec un chirurgien esthétique de premier plan. Par ailleurs, j'ai un peu de mal à imaginer qu'une adulte qui n'a pas l'air complètement décrépite ne puisse pas sortir toute seule d'un placard de cuisine...
Non, cela ce n'est pas grave. Ce qui m'a gênée, c'est le côté tout de même assez caricatural des personnages et les quelques expressions pour moi faciles ou cliché :
"laisser d’la place pour les mains : une pancarte, ça s’tient à deux mains. La main tendue, t’agresses déjà l’mec, t’ vois" (trop d'élisions, c'est déséquilibré à mon avis)
"des jambes jusqu’à la taille"
"Ici la compassion te pète à la gueule avant que tu aies trouvé ton sourire" (forcé à mon avis)
"il a les yeux qui murmurent"
"guenilles royales"
"des années en torrent, ça m'exsangue" (pathos)

J'aime bien, en revanche, "On aurait entendu filer un bas."

   placebo   
16/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'ai bien aimé le fait qu'outre le duo formé par ces deux sœurs, qui ne se croisent pas vraiment d'ailleurs, on assiste à toute la construction de leur monde, plus du côté de Zo d'ailleurs.
L'auteur arrive à parler des Sdf, d'un monde un peu underground, de l'amour et du désamour filial, de la prostitution, transexualité, sexualité et tout s'enchaine naturellement parce qu'il y a une vraie cohérence entre le caractère de ces personnages et ce qu'ils ont vécu.

J'ai apprécié aussi les différences d'écriture, pas trop marquées mais perceptibles, entre les parties traitant des deux sœurs. Je regretterais presque que l'auteur ne se fasse pas suffisamment confiance pour ne pas indiquer le changement de narrateur.

Pas mal d'expressions sympas ("On aurait entendu filer un bas"). Placer des onomatopées verbalisées genre ''il omphe'', c'est fort.

J'avais cru que Zo avait foutu le feu, par contre :p je ne sais pas si c'est moi qui ai lu trop vite ou si la formulation est ambigüe ? 

Un rythme, porté par des paragraphes très courts, qui va s'accentuant. Qui m'a paru à peine trop forcé.

Après, ou je n'ai pas totalement compris le rapport entre les deux femmes, ou l'auteur fait passer Lilas pour la copine de Zo au moment ou celle-ci entre au 666.

Bonne continuation,
placebo

   toc-art   
16/3/2011
Bonjour,

j'ai bien aimé l'atmosphère générale du texte, le dessin des personnages principaux, même si... mais j'y reviens dans un instant. Un récit qui se lit d'une traite et avec plaisir.

ce qui me parait perfectible (mais c'est perso, hein) :

- à mon avis, faut virer les "zo" et "lilas" en début de parties. Aucun intérêt, vraiment, à moins d'être débile, on sait vite qui parle.
- le langage parfois un peu outrancier, surtout pour Zo, sans doute volontaire, mais qui côtoie des expressions plus relevées. Du coup, ça choque car en plus, vu le contexte familial, difficile de croire que c'est le niveau de langue qu'elle avait au départ (un cotre, par exemple... j'ai un doute)
- si le personnage de Zo est bien défini, Lilas reste un peu en deça, ce qui n'est pas très grave en soi, mais bizarrement, on en sait presque plus sur Malou que sur elle alors qu'elle est censée s'exprimer.
- la structure même du récit, un peu trop match de tennis, une fois l'une, une fois l'autre, sauf à la fin. Moi j'aurais bien vu un intervenant extérieur, même brièvement, pour rompre l'effet de monotonie et apporter un éclairage différent sur les rapports entre les deux soeurs.
- j'ai pas trouvé la scène de rage chez la mère très bien écrite, je n'y étais pas, j'ai eu l'impression que d'une part, vous aviez eu du mal à faire surgir sa rage en mots, en invectives et que, dans l'explosion de violence, vous avez été un peu timorée. Et puis, vraiment, j'ai un gros doute, enfermer sa mère avant de tout casser ? chais pas, je trouve qu'elle est finalement bien gentille cette gamine vis à vis de cette mère. Surtout que deux minutes avant elle a quand même collé une gifle à une fillette handicapée ! (rires)
- je pense, mais c'est toujours facile à dire, que vous auriez plus pu jouer avec la chronologie et le suspense de fin, en intercalant plusieurs séries de parties très courtes qui auraient plus donné à ressentir la chronologie des événements qui là, reste très statique.

Mais un texte plaisant à lire, je le répète. Après, c'est juste des trucs qui peuvent vous servir (ou non bien sûr).

Bonne continuation

Edit : à la relecture de mon com, je me rends compte que "texte plaisant" pourrait paraître un peu condescendant. Pas du tout dans mon esprit. Il y a une vraie puissance d'évocation dans ce récit, une force et un vrai talent pour créer une ambiance en peu de mots, un monde grouillant où les personnages, secondaires notamment, existent vraiment. voilà, voilà...

   victhis0   
17/3/2011
 a aimé ce texte 
Bien
les personnages, c'est ce qu'il y a de mieux...Et comme ce texte les raconte, ben forcément, çà fait un bon texte.
Je déplore quelques systèmatismes glauques (le vomi sur la pancarte et la plate-forme pétrolière qui a coulé) qui appuient un peu trop le genre. C'est un truc très fréquent des textes noirs : ils sont trop souvent systématiques et ne peuvent s'empêcher d'en rajouter, comme si c'était pas clair (noir-clair : je me comprend !).
Reste l'épaisseur du style et les très hautes qualités d'écriture de ce texte en trajectoires inversées entre deux soeurs. C'est cruel, précis, émouvant et bien aéré ce qui procure une lecture confortable

   Jano   
17/3/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un texte glauque et poignant à souhait. C'est fou les dégats que ça peut faire dans la tête l'absence d'amour maternel. Je note qu'il n'y a aucune allusion au père, c'est étonnant.
Bien aimé les vies des deux soeurs mises en parallèles. Le lecteur est obligé de changer d'angle et donc de faire un effort d'immersion dans l'histoire. Une technique d'accroche efficace.

   pattes   
18/3/2011
 a aimé ce texte 
Bien
Personnellement, je n'adhère pas du tout aux récits de langage très familier (et même argotique dans ce cas ^^), et cela même si je ne me gêne pas dans la vie de tous les jours pour prononcer la quasi-totalité des mots employés ici. Du coup, je ne peux pas apprécier pleinement ce récit mais je sais que le problème vient en partie de moi car cela reflète mieux la réalité dans certains cas/milieux et ici, cela convient assez.
Cependant, j'aime bien l'écriture et l'histoire, notamment avec les deux points de vue différents. On voit que, à la fin, c'est un manque de communication entre le triangle qui cause la tragédie (celui entre Zo et sa mère cause la fureur de cette première, celui entre Zo et sa soeur cause la mort de leur mère...) et que cela arrive le jour de la fête des Mères ajoute une note de je-ne-sais-quoi qui me plait. Le "meurtre" part sur des bonnes intentions...
A part ça, quelques phrases qui me déplaisent comme :
"Salgo pue des pieds quand il se met en rogne."
C'était vraiment obligatoire bien sûr ? C'est des détails qui se veulent réalistes mais là, pour le coup, je ne vois pas trop en quoi ça l'est.
Je me permets ce commentaire car je pense que si j'étais à ta place (et je le serais bientôt), je voudrais en avoir le plus possible afin que mon texte soit jugé par le plus de personnes possible et que j'en tire quelques enseignements. Je ne sais pas si mon jugement est juste ou s'il t'intéressera mais voilà... =)

   Togna   
4/4/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Même si le sujet (le jugé vilain petit canard en conflit avec sa mère) est banal, j’ai lu d’un trait cette nouvelle avec plaisir.
Le choix des monologues au présent et à la 1ère personne est judicieux, il permet au lecteur de vivre intensément l’intrigue et rend le langage, surtout celui de Zo, très percutant. Il y a beaucoup de rythme, de sonorités, de variété dans les mots, les structures syntaxiques et les types de phrases. On ne s’ennuie pas, c’est agréable.
Plus par souci de ne pas être trop élogieux que par esprit critique, j’ajouterai deux petits points :
- Les retours incessants à la ligne m’ont gêné. Ton talent n’a pas, à mon sens, besoin de cet artifice pour exprimer la force de ton style.
- Personnellement, j’aurais essayé de donner à Lilas un langage encore plus différencié de celui de Zo, car même si elles ont été instruites dans un même milieu défavorisé, il m’a semblé que la situation professionnelle de Lilas l’en avait sorti.
Colinède, je n’ai pas suffisamment d’expérience pour être péremptoire sur ces deux points, et si tu les as vus ainsi c’est probablement avec raison.

Bravo

   mraya   
6/4/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Je suis scotchée! Rien à dire si ce n'est que ça percute grave, que ça me bouleverse. Quel style, que d'inventions, que d'images, que de trouvailles! J'adhère toute! Je n'oublierai jamais Zo, sa tache et son placard. Du fond du coeur, bravo! Oui, cette écriture me comble.

   Anonyme   
8/4/2011
j'avais plein de choses à dire comme tout le monde, des références, des passages que je trouvais un peu long, des expressions qui sonnaient mal à mon oreille... et puis finalement j'ai envie d'en rester au thème, je l'ai trouvé très bien traité le thème. je veux parler de cette difficulté à être heureux(se), à accepter le bonheur, le sien, comme celui des autres.
Zo le porte à la perfection; l'ironie, les sarcasmes, de lilas aussi :
"je crois qu'il est heureux, ça fout la trouille" admirable !
se libérer, ce n'est pas encore être heureux. Mais qui croit que l'elligibilité au bonheur nécessite le sauf conduit de la liberté ?
merci bien pour ce texte.

   Bidis   
14/4/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Ouche, ouche, ouche ! C'est fort ça... Pas autant qu'Hubert Selby ("Last exit to Brooklyn") mais il y a de ça.
C'est un peu dommage que les deux soeurs parlent exactement de la même façon, c'eût été génial qu'on les reconnaisse rien qu'à leur façon de s'exprimer, mais bon, c'est difficile, je sais.
Scotchée, j'ai été.
Et la fin, c'est au lecteur de se l'écrire, avec toute l'horreur possible sous-jacente ou alors un petit "deus ex machina" pour pas faire de cauchemars... ?
En tout cas, pour moi c'est : bravo !

   widjet   
20/4/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
« Géographies secrètes » m’avait plutôt plu, « Peintures à l’eau » un poil déçu malgré ses qualités et sa « petite casserole » était anecdotique.
Même si j’avais des à priori plutôt positifs avant d’entamer le dernier opus de l’auteur, je ne m’attendais pas à ça. Fin de la lecture. Apnée. Puis, soupir.

Putain, la baffe.

L’impression d’avoir lu un condensé des « Noces Barbares » de Queffelec version féminine(s) avec une touche de « Pierre & Jean » de Maupassant en ce qui concerne la quête (et l’enquête) identitaire. A ce titre, le mystère restera entier sur le lien de parenté ou non de Zoé. J’ai aussi pensé à une auteure Onirienne mais qui n’est plus sur le site.

Je mets un peu tout ça dans l’ordre pour tenter d’expliquer ce qui m’a tant emballé. Déjà, les deux sœurs, je les ai vues et elles ressemblaient un peu à Elodie Bouchez et Beatrice Dalle. Abîmées, écorchées vives, en quête de tant et si peu de choses. De l’essentiel. Du sentiment, comme dirait Zoé.

Zoé et Lilas, j’ai eu du mal à les dissocier (peut-être mon seul bémol) tant j’ai eu l’impression d’avoir à faire à un double. Mais je les ai aimés d’entrée, entièrement, sans retenue. Car elles sont fragiles et fortes à la fois, insolentes et touchantes, grossières (mais jamais vulgaires), rêveuses et sans d’illusions, toutes deux (Lilas, la préférée, l’artiste et Zoé, la répudiée, la « marquée », la maudite) reliées par un fil invisible malgré la distance. Elles s’évitent et en même temps se (re)cherchent. C’est beau à lire.

Et puis au centre, le point névralgique : la mère, sa présence, discrète, mais sur laquelle repose tout le mal-être de ses filles. Et en filigrane l’absence du père et de façon général le rôle peu glorieux des hommes (le seul qui tienne la route a changé de sexe, ce n’est pas un hasard). Oui, j’ai aimé tout ça, parce que c’est bien dit et que ça s’étale pas et évite soigneusement les violons et trémolos.

Style adéquat. Phrases courtes, percutantes, comme une gifle. L’émotion à l’état brut. Et la poésie, en toile de fond. Ca secoue et ça pique les yeux. Quelques pépites comme ça qui l’air de rien claquent car placées quand il faut : « chercher un homme où planter les ongles », « je voudrais rentrer dans le trou du cul du temps, remonter avant moi », « je trouve qu’une vraie histoire d’amour ferait pas mal dans le paysage », « C’est pas dans mes habitudes de m’excuser, alors je m’excuse pas », « Et il m’embrasse. Ça ouvre des gouffres doux ».

Sans oublier l’humour, cet humour dont je suis friand. Amer et désespéré : « Le sexe, ça m’allait, comme monnaie d’échange, je risquais pas d’être à découvert », « Je cherchais les mecs comme une bouée. Ils m’ont plutôt enfoncée. Je critique pas, je constate ».

Pour ne citer que ça.

On aimerait qu’elles s’en sortent les soeurettes, mais en dépit de quelques éclaircies, la rédemption n’est pas pour tout de suite (la fin ouverte laisse présager le pire). Il y a certes quelques fulgurances de lumière, mais l'horizon reste sombre. Et ce refus du happy ending, je suis client.

Rien d’autre à ajouter pour le moment. Je me remets tout juste debout.

Merci Colinede pour ce texte à faire pleurer des pierres. Ou des blattes. En tout cas, un texte que j’aurai aimé écrire (enfin, si je savais).

Quand on me demandera pourquoi je suis encore sur Oniris, je me conterai de citer cette nouvelle, sans doute une des plus fortes et plus belles du site.

Widjet
(retourne à ses cours d’écriture)

   Anonyme   
14/4/2011
 a aimé ce texte 
Passionnément
Fichtre ! Un Exceptionnel de Widjet ! C'est pas tous les jours que ça tombe.
Ca intrigue, forcément, ça demande examen.

J'ai lu, j'ai examiné. C'est pas volé !

Sur le fond, une histoire somme toute classique de paumée déambulant dans des milieux plus ou moins glauques. C'est pas ce que je préfère, mais ça, c'est mon problème, pas celui de l'auteur.

Pour un texte relativement court, l'auteur s'en sort admirablement.
Ca me parait extrêmement bien construit, équilibré, bien que dense.

La psychologie de Zoé est bien brossée, elle a une existence.

Les points de vue alternés des deux soeurs par une narration chaque fois à la première personne est une bonne idée, même si le focus est mis principalement sur Zoé.
Je n'en suis pas certain, mais je crois que j'aurais trouvé encore plus bluffant que l'identité du narrateur ne soit pas annoncée, mais intégrée au texte. D'un autre côté, j'apprécie malgré tout de ne pas devoir faire d'efforts pour le comprendre.

L'idée de la tache de vin est aussi une bonne idée : c'est un fil rouge qui nous guide au travers de l'histoire.

La différentiation entre les deux personnages principaux n'est pas tant conduite par le style que par les situations et les manières de les aborder : une certaine agressivité, née de l'angoisse palpable, pour Zoé, et une certaine désinvolture, pour Lilas. C'est assez subtil et évite l'écueil de marquer trop grossièrement les différences par le langage.

Le découpage temporel me parait extrêmement bien équilibré. En particulier, les ellipses m'ont supris, mais dans le bon sens, à savoir qu'elles n'ont pas gêné ma lecture, mais qu'elles ont au contraire bien fonctionné. Surtout celle entre la décision de l'opération chirurgicale et sa réalisation déjà faite; celle-là était particulièrement flagrante.

J'apprécie beaucoup que les atmosphères et les lieux soient bien perçus malgré une économie de moyens dans les descriptions. J'ai horreur des surcharges dans ce domaine, qui me semblent plus traduire un manque de confiance de l'auteur qu'une aide au lecteur.

Une seule toute petite chose m'a un peu gêné, mais c'est sans doute affaire de goût : la mise en évidence de phrases très courtes par des passages à la ligne. Le rythme et le style, suffisants par eux-mêmes, s'en seraient fort bien passé sans rien y perdre, et même en y gagnant (ça, c'est mon point de vue).

J'ai aimé aussi la subtilité de la chute : une certaine ambiguïté, entre meurtre et accident.

Un texte de référence, pour moi, surtout pour les points sur lesquels j'ai à en apprendre, essentiellement la construction.

Je n'ai finalement pas grand chose à dire d'intéressant sur ce texte, sinon à confirmer ce que l'auteur sait probablement déjà lui-même.
Je me contenterai donc de terminer par un grand bravo.

   Selenim   
16/4/2011
 a aimé ce texte 
Bien ↓
J’ai plutôt eu du mal avec ce texte pour deux raisons principales. Le style haché télégraphique et l’histoire tronquée.

Pour le style, c’est purement subjectif. Je n’aime pas les staccato de mots éparpillés. Ca ne me parle pas, je trouve la technique agressive. Mais de ce côté-là, l’auteure n’a rien à retoucher, c’est juste moi qui ne suis pas en phase.

Pour le deuxième point, je regrette vraiment que la relation mère – fille ne soit pas plus développée. C’est à mon sens le nœud de l’histoire et il est à peine évoqué.

Cette tache, je l’ai regardée pendant des heures et des heures. J’en oubliais de me regarder. Moi, j’étais le porte-tache. Et c’est vraiment bizarre de ne plus la voir, à peine une trace signalant qu’il s’est passé quelque chose sous la peau.

Pour moi, tout est dans cette phrase. La relation mère-fille, le fardeau de Zo, la raison du rejet de sa mère dont on ne sait finalement rien. Car pourquoi développer le personnage de Lilas alors qu’il ne fait que passer et n’apporte que peu à l’histoire. Je regrette vraiment cette erreur de casting.

Pour une nouvelle qui traite d’accidentés de la vie, on a droit aux figures imposés : le sdf, le mac, la droguée, le trans. Aucun ne sert l’intrigue. Pire, ils banalisent le récit car ils installent une idée de déjà-vu dans l’esprit du lecteur. Oui, ils permettent de placer quelques mots bien pesés pour que l’auteure se fasse plaisir. Je ne vais critiquer cette façon de faire, mais j’avoue qu’en tant que lecteur c’est frustrant.

Un des points fort du texte est son refus de pathos. C’est un des avantages de l’écriture en rafale, ça cisaille les glandes lacrymales à la racine. De ce côté, pas de compromis. Sobre et efficace.

J’ouvre une petite parenthèse sur la ponctuation, en particulier sur les virgules. Y’a un réel souci dans plusieurs phrases. J’en cite 3 assez éloquentes, car les autres ont de la même cuvée :

La nuit allait vite, en flashs scintillants et au centre de moi, j’avais provisoirement étouffé le vide.
J’ai regardé en l’air durant, la nuit mouftait pas, les étoiles collées au ciel...
Araignée du soir, espoir c’est drôle, les formules comme ça



Après que Zo se carapate de chez Lilas, j’ai trouvé la transition avec le flashback sur le passé plutôt abrupte. C’est dans ce passage que l’on découvre le personnage de la mère et il n’existe que par le biais de Lilas. Alors que c’est le personnage central, celui qui sculpte Zo de chair et de détresse, elle n’est vivante qu’au travers d’une Lilas anecdotique.

Quand on voit le gouffre qui sépare les deux sœurs, une mère, huit années et une vie aux antipodes, on à peine à croire qu’elles puissent s’exprimer avec la même gouaille. Ca renforce le côté « fantôme » de Lila, simple reflet de l’idéal de Zo.

La scène où Zo se rend chez sa mère ne délivre pas l’intensité qu’elle devrait. Comme la mère est occultée dès le départ, on se retrouve avec une confrontation entre une Zo qui épluche sa rage et une mère dont on devine à peine l’épure. Tout les poids sont dans le même plateau de la balance.

Avec l’approche du dénouement, on sent que l’écriture se tend, s’assèche. Le télégraphe n’émet plus que des points :

Je la pousse, je la secoue, je la bouscule, ça me fait peur, je l’enferme dans le placard pour pas la frapper, je cogne dans les murs, je balance tout, j’ouvre le buffet, je fous tout en l’air, une enveloppe vole, avec plein de biftons dedans, je la prends

Dur dur pour mes petits yeux.

Il y a quand même un détail qui me chiffonne pour la crédibilité de l’intrigue, c’est le coup du placard. Zo enferme sa mère dans le placard et c’est sa tache de vin, une semaine plus tard, qui lui rafraichit la mémoire. Un peu too much non ? Enfin, c’est vrai que ici, l’intrigue on s’en claque un brin.

Bravo pour le titre et la phrase d’accroche. Justifiés, réfléchis et idoines. J’adore.

Au final, il me restera la vision d’un texte écrit avec les trippes et je suis végétarien. On y raconte l’histoire posée juste à côté de celle que j’aurai voulu lire.

Malgré mon étanchéité culturelle, ou ma bêtise (rayez la mention inutile), bravo à l’auteur pour cette somme indiscutable de travail. Ou de talent. (Rayez la mention inutile).

Selenim


PS. Ma curiosité ayant gagnée contre mon orgueil à pile ou face, elle m’incite à demander la signification du mot « omphe ». Merci pour elle.

   Mona79   
23/5/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Wouah ! Un style à l'emporte-pièce, à l'emporte-coeur. J'aimerais avoir le même plutôt celui BCBG que l'on me reproche...

Tous les mots percutent, font mouche. L'atmosphère est glauque, certes, mais se prête au sujet.
Sujet peu vraisemblable parfois, sans doute, cette tache "originelle" ayant trop vite disparu pour être honnête, mais ne boudons pas notre plaisir, j'ai lu d'une traite et en redemande.

   Edelweiss   
4/6/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Une histoire émouvante. On nous entraine dans un univers noir où l'on ressent une certaine compassion pour Zoé et Lilas. Quant à la chute, le doute qui assaille le lecteur, en lui donnant quelques espoirs... rien à dire, on ne pourrait pas espérer mieux.

L'ambiance noire est très bien détaillée, on comprend tout de suite où on se trouve, sans besoin de le préciser (le talent dans toute sa splendeur!)

Les traits d'humour sont réussis, particulièrement "elle a toujours chanté à faire pleurer les blattes, s’il lui tombe un cheveu, y a vingt mecs à genoux pour le lui ramasser, et en plus, elle s’en fout !" m'a bien fait rire.

Ce texte est un véritable plaisir.

Bravo.

   zenobi   
30/6/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime beaucoup ce texte (que j'avais déjà lu), ses trouvailles, ses coq-à-l'âne, son ton.
Mon seul regret -et il est de taille- c'est que je reste sur ma faim, que j'en voudrais plus, que ça se prolonge, quitte à en passer par la polyphonie.

   Menvussa   
2/7/2011
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Tranches de vie glauques à souhait. Beaucoup de tendresse et d’amour dans ces vies qui en ont tellement manqué.

Le parallèle entre les différents personnages est bien réussi. Le langage colle parfaitement à la situation. C’est très visuel, on s’y croirait et ça fait un peu peur.

Et il y a de bonnes trouvailles, des expressions qui nous sortent de l’ordinaire.

« On aurait entendu filer un bas. » C’est mieux qu’un vol de mouche.
« La foudre me lèche le cœur. » Difficile d’être plus explicite

Oui, le thème se prête à émouvoir et c’est tellement « banal », il n’y a qu’à bien regarder ce qui se passe autour de nous… Mais justement, il faut avoir le courage de bien regarder et le sujet est très bien traité.
Bravo.

   matcauth   
16/10/2012
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
en plus de l'écriture, que je trouve intéressante, c'est le fond qui m'a intéressé.

L'écriture, oui, ne tombe pas dans les écueils, et ils sont nombreux. Comment écrire un langage de rue, ou un langage imagé, référencé par notre culture cinématographique, sans tomber soit dans l'argot, soit dans les termes faciles. Vous prenez le parti de la littérature, insistant sur le ton plutôt que sur les mots, et ainsi vous ne vous écartez pas du réalisme, vous nous emportez dans votre histoire et dans vos personnages qui, assurément ne parleraient pas rééllement de cette manière. c'est intéressant.

Le fond ensuite, que moi je trouve très bon car il s'agit d'un voyage, un voyage chaotique, vers nulle part, vers les illuminations et les idées qui naissent du personnage et qui semblent les idées les plus géniales du monde, le temps d'une seconde. Il y a un côté improvisation à cette nouvelle, car l'improvisation est l'essence de la vie des personnages qui la composent.

C'est une longue errance, et elle pourrait continuer encore, le fond de l'histoire épouse parfaitement le caractère des personnages, il y a une vraie harmonie.
Et c'est cela qui m'a plu car il n'y a pas ici une histoire plantée, un décor planté, non, l'histoire épouse l'errance. Intéressant, à nouveau.

   Nan   
2/2/2014
 a aimé ce texte 
Passionnément
Mazette quel texte ! J’ai relevé 2/3 bricoles, l’opération me semble un peu précipitée, tout comme la scène chez la mère qui est décrite un peu à la va vite mais globalement c’est vraiment très, très bon et ça se tient parfaitement. J’aime les textes avec du sang, de la sueur, des odeurs, j’apprécie que tout soit exprimé crûment comme dans la vraie vie avec une grande justesse dans le choix des mots. Plus rien depuis 2011, quel dommage. Mais il il a votre blog où j’ai pu me régaler avec vos variations bellemerdesques.
Ca veut dire quoi protégés par PTS ?

   Marguerite   
25/4/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Colinede,

J'ai été touchée, émue par la lecture de ce texte (bon, je suis de la race des émotifs), qui aborde l'amour, celui qui blesse, la vie qui blesse, porté par une écriture percutante, un peu crue, parfaite dans le contexte, avec des accélérations et ralentissement du rythme quand il le faut. Chapeau !

Pour les petits points négatifs :
Je note un léger déséquilibre dans le récit en faveur de Zo dont le personnage est plus creusé que celui de Lilas, qu'on connaît finalement assez peu (elle semble avoir une vie plus heureuse que celle de sa soeur mais me laisse une impression sombre, triste...).
Des petits passages un peu plus "moyen". Ceci dit, noyés dans la longueur du texte on les oublie vite (il faudrait que je repointe le texte pour les citer, et celui-ci ayant été publié il y a déjà 3 ans, je ne sais pas si c'est vraiment indispensable).
J'ai bouffé ce texte d'une traite, lettres après lettres sans pouvoir m'arrêter, mais avec le recul, la fin m'a parue un peu tirée par les cheveux, avec l'opération de la tâche du jour au lendemain (mais bon, je comprends bien que ça sert un symbole, que ça permet d'oublier la mère dans le placard, de la tuer en même temps qu'elle efface cette tâche qui la relie à elle...).

Impression très positive en tout cas.

Merci Colinede pour ce texte qui ne peut pas laisser indifférent, dont l'écriture m'a transportée du début à la fin sans me lâcher.

   guanaco   
13/7/2014
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Je crois que plus que tout, c'est le rythme de ce texte qui m'a pris: phrases, images, dialogues,humour, tableaux...

Un texte qui sent. Le réussi.

Mais fort.

   jfmoods   
2/7/2017
Alternant deux narrations internes, cette nouvelle, bien menée, dépourvue de mélo mais pas d'humour, met en scène trois vies cabossées, mijotées par le diable. Le déséquilibre abyssal entre déficit et excédent affectif annonce le pire.

Dans ce monde glauque, le pôle masculin ne se trouve guère mis à l'honneur. Kell est un poivrot, Andy un drogué, Hermann est violent, Sango un exploiteur. Quant à Jean-Louis, il a préféré devenir Malou.

Des petites touches coliniennes habillent agréablement, efficacement la narration ("chercher un homme où planter les ongles", "la nuit direct en perf dans ma moelle épinière", "Il omphe", "je voudrais rentrer dans le trou du cul du temps", "Ma mère est toujours restée mère unique", "Le sexe, ça m’allait, comme monnaie d’échange, je risquais pas d’être à découvert", "il a les yeux qui murmurent", "Ça ouvre des gouffres doux", etc.).

Merci pour ce partage !

   Jean-Claude   
18/7/2017
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Coline-Dé.
Belles tranches de vie sordides, bien noires.
Fin très noire d'ailleurs, côté Zoé, beaucoup moins noire côté Lilas. D'ailleurs, je suis resté en suspens et j'attendais une chute assez moche pour Lilas. Ce n'est pas une critique si on considère qu'on a affaire à des tranches de vie.
Un détail de forme, j'aurais préféré : "je me tire avant de foutre le feu".
J'arrête mes commentaires avant que ça sente le moisi.
A une prochaine lecture.


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