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Poésie contemporaine
BlaseSaintLuc : De mes propres adieux
 Publié le 24/05/22  -  12 commentaires  -  1311 caractères  -  166 lectures    Autres textes du même auteur

Le début de la fin, quand on regarde dans le miroir…


De mes propres adieux



Les bords de mon miroir débordent du lavabo.
En surface de l'eau, des rides d'oripeaux.
Mon visage en ruines crevasse de misère.
Des cernes autour des yeux, lent sillon de rizière.
Du jour juste levé, la torpeur, déjà, plante
Mon reflet de glace, qui toujours me hante.
Même seuls, mes yeux, de gris, fanent le ciel.
Je suis devenu vieux, c'est le jour officiel.
Mon âme tourmentée, du tour que je lui fais,
Décrète l'amnistie, pour tout ce qu'elle m'a fait.
Ma décrépitude traîne des somnifères.
Je ne lui en veux pas, ce serait à refaire.
Sombre mélancolie, vue d'une salle de bain.
Le triste voyageur voudrait changer de train.
Cesse donc de gémir, me souffle Aragon.
Mais je pleure, soupire, sur cette évolution.
La robe de chambre, au teint, me va si mal.
Ça sent l'éther subtil et l'hospice automnal.
Si la mort est spectacle, je veux de la fanfare,
Des feux d'artifice, et puis des gyrophares,
Je veux aller au bal, pas au sacrifice !
Si c'est l'heure de partir, je ne paye pas l'Office.
Dans l'humide Thermes, le brouillard si sombre.
La vapeur souffle de tremblantes ombres.
Au moins, je meurs propre, dans le reflet des eaux.
Je dis adieu mémoire et rejoins le ruisseau.


 
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   BlaseSaintLuc   
24/5/2022
Modéré : Commentaire de l'auteur sous son texte (si besoin, ouvrir un sujet dans "Discussions sur les récits").

   AnnaPanizzi   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Bonjour Blase,

Ce n'est pas gai donc ça me plaît^^ Il y a de très beaux envols dans ta poésie "le triste voyageur voudrait changer de train." ou encore "la vapeurs souffle de tremblantes ombres." Ce n'est pas une poésie à mettre entre les mains de ceux qui croient encore que la déchéance n'est pas inéluctable ni dans les présentoirs des cures de Thalasso mais c'est lucide et tu as une plume qui mérite qu'on s'y arrête, le temps de se dire comme G.G. Marquez : Le secret d'une bonne vieillesse n'est rien d'autre que la conclusion d'un pacte honorable avec la solitude...

J'ai kiffé


Anna

   Donaldo75   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
Salut BSL (ça fait très BHL, je me dis),

J’ai bien aimé ce poème ; il traite du sujet de la vieillesse avec une bonne dose d’humour et vu qu’on va tous en passer par là, je crois que ce n’est pas du luxe que d’en rire. Il y a un bon rythme, des images, des références, pas trop de fioritures même si l’ensemble parait s’allonger comme un vieux café américain puis c’est fini et la pente raide nous fait tomber dans l’à-pic. Bref, en réalité, ça va vite, ça se lit à deux cents à l’heure histoire d’oublier qu’avec les années on va nettement moins vite qu’avant – mais était-ce mieux avant, hein ? je ne sais pas, je compte mes rides – et qu’on oublie aussi sec ce qu’on vient de lire.

Un bon moment de lecture.

Merci (avant que j’oublie).

Don

   papipoete   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour BlaseSaintLuc
Une fois n'est pas coutume, je lis des vers sans gros mots ou giclées de sang en tous sens ; non, bien au contraire un texte dont la justesse de ton saute aux yeux du héros, comme aux nôtres quand au-dessus du lavabo au matin, on constate chaque jour : une nouvelle ride là ! des cernes à tomber dedans ! et puis cette robe de chambre... c'est celle d'un vieux !!!
NB une peinture dont la gouache était bien terne ce matin-là ? peut-être que le lendemain, le miroir était cassé, donc plus de ride, plus de cerne ! mais cette robe de chambre...
On est tous un peu ce héros le matin, la star du miroir ; et la fin du récit bien que parlant de la mort, est si gaillarde ( je veux qu'on rit, de la fanfare et des gyrophares ! moi aussi ! )
Un très bon moment de lecture à travers ces lignes jubilatoires !

   Miguel   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Papipoete, au secours, ! Viens nous redire ta vision heureuse de la vieillesse ! Celle-ci exprime trop bien mon propre ressenti, même si je n'en suis pas tout à fait là j'ai l'impression d'y être. L'humour distancié du texte ne me fait pas oublier le contenu, mais je craque pour des vers, si vrais et si beaux, comme "Le triste voyageur voudrait changer de train". Oh oui, un train qui serait trente-cinq (ou pourquoi pas quarante) ans en arrière de ce lui-là. Saleté de miroir, brise-toi comme celui de la méchante reine.

   Cyrill   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Même en tenant compte du fait que vous ne vouliez pas tous ces points à la fin des vers, je trouve qu'il y a des virgules en pagaille qui saccadent ma lecture. Ici par exemple, je n'en aurais mis aucune :
"Mon âme tourmentée, du tour que je lui fais,
Décrète l'amnistie, pour tout ce qu'elle m'a fait."

Mis à part ce détail, j'ai trouvé ce poème sympa, surtout cette partie :
"La robe de chambre, au teint, me va si mal.
Ça sent l'éther subtil et l'hospice automnal.
Si la mort est spectacle, je veux de la fanfare,
Des feux d'artifice, et puis des gyrophares,
Je veux aller au bal, pas au sacrifice !
Si c'est l'heure de partir, je ne paye pas l'Office."

Ça me donne le sourire et je trouve que cette dérision est plus agréable à lire que des lamentations. Il y a des passages qui m'ont paru plus laborieux, voire dispensables. L'impact est souvent plus fort sur un poème qui ne joue pas trop les rallonges. C'est comme à table pour la convivialité, paraît.

   dom1   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
La qualité s'exprime ici, par ces mots qui s'entrelassent avec bonheur. On ressent l'expression de l'âge, de cet âge avancé dans le cycle d'une vie. Votre écrit parlera à certains, tandis que d'autres en seront écartés, voire étrangers. N'en soyez pas offensé, car il est le fruit l'expérience et de votre talent à l'exprimer...

   Corto   
24/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
J'aime bien ce poème qui l'air de rien prend le contrepied de bien des comportements de personnes s'écoutant vieillir.
Je note avec plaisir ce passage:
"Je suis devenu vieux, c'est le jour officiel.
Mon âme tourmentée, du tour que je lui fais,
Décrète l'amnistie, pour tout ce qu'elle m'a fait",

et bien sûr ce:
"Je veux aller au bal, pas au sacrifice !"

Chaque vers porte son emblème de la maîtrise de la situation, celle qui veut vous échapper et que ce personnage a décidé de maîtriser.

Un beau texte, une belle leçon de vie. Bravo.

   Provencao   
25/5/2022
Bonjour BlaseSaintLuc,

"Mon âme tourmentée, du tour que je lui fais,
Décrète l'amnistie, pour tout ce qu'elle m'a fait.
Ma décrépitude traîne des somnifères."

J'aime bien ce passage de la " décrépitude" qui est aussi celui du rapport au temps : doit-il être approché comme une avancée vers l'absolu de nos capacités ? Ou bien comme une dérive qui, emmure la vieillesse dans une courbe inquiétante.....


Au plaisir de vous lire
Cordialement

   pieralun   
25/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien ↑
Bonjour,

Un poème fluide par endroits, heurté parfois.

Le début me paraît un peu difficile, trop plombé par le pathos:
oripeaux, ruines, crevasses, misère, cernes, torpeur, pour arriver au constat: je suis devenu vieux. J’aime cette façon de poser le diagnostic en un instant, comme ça, mais peut-être que la poésie aurait gagnée si le portrait avait été plus doux, plus effleuré.

Sur la suite, un très beau vers m’a arrêté :
«  Ça sent l’éther subtil et l’hospice automnal » voilà un vers magnifique, peut-être justement parce que sont juxtaposés, à l’éther le mot subtil, à l’hospice le mot automnal. Là également on aurait pu virer dans le pathos, sauf que les deux adjectifs viennent apporter de la douceur sur éther et hospice.

   chVlu   
25/5/2022
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Un poème qui file avec l'assurance et la fluidité du temps qui passe. l'autodérision dans le ton du narrateur, bien dosée, sert l'ambiance poétique. Des métaphores qui apportent leur lot de créativité.

Ce poème est à fois visuel, sensible, gaiement résigné !
!Un vrai plaisir de lecteur pour moi !

pour un vraiment pas je repasserais ;)

   virevolte   
28/5/2022
 a aimé ce texte 
Bien
J’ai trouvé dans ce poème une vision réaliste des dégradations de la vieillesse jusqu’à la mort, sa proximité réveillant le désir de la combattre au moins par l’ironie. « Je veux aller au bal pas au sacrifice/Si c’est l’heure de partir, je ne paie pas l’Office » (du tourisme !) ? Et l’excellent « Au moins je meurs propre » . Humour derrière lequel on sent l’angoisse. « L’humide Thermes » , « le bouillard si sombre », « la vapeur souffle de tremblantes ombres» font irrésistiblement penser aux Enfers romains ou grecs.
Il y a dans ce poème tous les états de la vieillesse depuis l’image renvoyée dans l’intimité du miroir à celle qui vous catalogue dans la société (« je suis devenue vieux c’est le jour officiel »)
Bref, j’ai bien aimé ce poème. Cependant il y a, en particulier dans le début, un peu trop de banalité dans le choix des mots : « visage en ruines », « cernes autour des yeux ». Mais j’ai bien aimé « ‘la robe de chambre au teint me va si mal ». Ainsi que « l’hospice automnal».

Une grande absente dans cet état des lieux : la douleur ! Et. pourtant je pense que c’est pour soulager les douleurs qu’on va aux « Thermes ».

Merci pour ce poème qui fait réfléchir.


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