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Récit poétique
Concours : La grande randonnée [concours]
 Publié le 15/07/26  -  10 commentaires  -  4890 caractères  -  85 lectures    Autres textes du même auteur

Tout ce qui précède l’apocalypse s’appelle le progrès. - Bernard Willems-Diriken, dit Romain Guilleaumes.


La grande randonnée [concours]



Ce texte est une participation au concours n° 41 : Tant que le monde marche !
(informations sur ce concours).





Tu regardes la course folle du monde et ton cœur te dit qu’il va droit dans le mur comme un train fou s’engouffre dans un tunnel au bout duquel non seulement on a éteint la lumière mais aussi retiré un à un tous les rails et les aiguillages, les caténaires et leurs câblages, dans une cacophonie de chœurs chaotiquement dysharmoniques.

Tu te dis qu’il faudrait que quelqu’un actionne les freins de secours mais toi, tu es en pantoufles douillettes et puis tu ne sais pas où sont les freins du monde et puis zut, il y a le feuilleton en cours, ce n’est pas si urgent, tu as le temps d’en regarder la fin, tu pourras toujours chercher plus tard, quelqu’un d’autre va sûrement s’en charger, alors tu t’ouvres une bière, tu la verses dans un beau verre à facettes, comme une boule suspendue, tu te noies dans l’infinitude des bulles jaunes qui remontent à la surface comme des poissons crevés, tu joues avec la lumière, les reflets de ton âme grise noyés dans les bulles, jaunes comme des douilles, puis, du bout de tes doigts jaunis de nicotine et de goudron brûlés, tu te roules une cigarette tabac made in France, œufs corses, et pour finir en beauté, tu envoies au plafond un peu de fumée bleue tourbillonnante dans l’air tiède du soir ; tu sais déjà que ce ne seront pas les seules et que demain tu douilleras mais tu veux voir qui peut bien être l’assassin du fils du notaire et de la pharmacienne.

Demain
sera là bien assez tôt et la course folle du monde se passera bien de toi jusque-là.


Tu regardes la course folle du monde et ton cœur te dit qu’il ne marche pas rond, qu’il tourne de travers, que le ciel va bientôt te tomber sur la tête, qu’on aurait dû hisser au sommet des arbres barbelés tous les bardes et les mauvais augures, ces prophètes qui disent en chœur les urgences à venir et exigent l’envoi sans plus tarder et même immédiat des ambulances, toutes sirènes hurlantes qui n’attirent que les marins d’eaux douces, les curieux du fait divers dont tu ferais partie si tu n’étais pas en pantoufles, installé dans ton confort douillet. La file de ceux qui regardent en bavant… À tes yeux, il est plus que temps de rôtir le sanglier et de passer à la table du banquet, le temps du grand retour du sauciflard, du pinard, de la baguette bien blanche. Le temps de sonner l’hallali du Grand Remplacement. Tu es parti sur le sentier du G.R., comme d’autres partent en guerre. Tu te dis qu’il faudrait faire quelque chose pour chasser les migrants, les malades qui grèvent notre dette, les sans toit, les sans loi sans foi, les violeurs, le pouvoir d’achat, la faim, la soif, la misère enfin bref ! Y a plus rien qui marche, tout fout l’camp, ma bonne dame… Tu fourres tout dans le même panier à linge sale et tu ressors le vieil argument que « quand rien n’a fonctionné, il faut essayer ce qu’on n'a pas encore essayé », tout en oubliant que si, on a déjà essayé, mais c’était il y a longtemps et ils ne sentaient pas bon… et puis chez ces gens-là, les chemises étaient brunes et pas bleues.

Hier
est déjà si lointain et la course folle du monde se poursuivra avec ou sans toi.


Tu es en pantoufles douillettes et demain il sera toujours temps de faire quelque chose de tes deux mains, d’armer la police, de renforcer l’armée, de fermer les frontières, de remettre un peu d’ordre dans tout ce fatras, de serrer la vis et de donner un sacré coup de pied dans toute cette merde. Faudra juste faire attention à ne pas s’en mettre partout.

Tu as beaucoup trop bu, bien trop vu, trop su, pas assez lu, tu ne peux plus rien faire, ou ne veux plus, alors tu t’endors sans voir, sans savoir que le flic a arrêté l’assassin du fils du notaire et de la pharmacienne.

Demain
sera un jour d’éveil, de révélation et la folle course du monde te hantera peut-être.


Peut-être… chercheras-tu alors où se trouve le frein, trouveras-tu où tu avais fourré tes chaussures à clous et prendras-tu la route, marchant, courant, sautant sur les sentiers du monde. Tu commenceras ta grande randonnée.

À pied, pour ne pas polluer plus, tu te perdras encore, du petit jour jusqu’au grand soir, tu oublieras tes pantoufles douillettes, tu croiseras des gens qui cherchent ou se recherchent, tout comme toi. Ils s’efforceront, comme toi comme toi comme toi, de trouver, sur la route, les freins du monde et tu ne seras plus seul.

Nous marcherons longtemps, en nous disant ah si seulement…



et nos pensées, nos vies vides de sens s’éteindront dans un grand éclair blanc.


 
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   Provencao   
29/6/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
"Demain
sera un jour d’éveil , de révélation et la folle course du monde te hantera peut-être."

Belle révélation à mon sens, en tant qu’elle relie le jour d'eveil que l'on habite à ce qui ne serait peut-etre plus de ce monde. Une adéquation, par contre un peu en accord en retrait de la réalité...." dans un éclair blanc" me pose question...

Bonne chance pour le concours.
Cordialement

   BlaseSaintLuc   
1/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime un peu
C'est en désabusé que l'auteur aborde son sujet.
Finalement fataliste ? (c'est ce qu'en dit l'auteur.)
Non, le monde ne ferme pas les yeux, pas les peuples, mais beaucoup sont soumis au diktat des pouvoirs autocrates !
Fataliste encore, non le pire n'est pas une certitude, les sondages, ne valent que peu de choses, pour les gens de bonne volonté !

Je ne suis pas du tout d'accord avec l'analyse de l'auteur sur la marche du monde, l'histoire est pleine de murs qui sont tombaient, de statues déboulonnées, de couche d'ozone rétablie, le monde ne marche pas droit, mais s'il a toujours, titubé, il n'est jamais tombé !
Haut les cœurs moussaillons, le monde brûle, mais ce ne sont pas nos pleurs qui l'éteindront, c'est notre volonté, pour le feuilleton met en pose il y a le replay, écrase ton mégot, et prépare le sifflet !

l'auteur tombe t'il dans le panneau qu'il dénonce? non évidemment , il dénonce , il évoque le bruit que l'on voudrais nous faire entendre , mais non , les foules ne tombent pas dans ce piege là , c'est ce Qu'ils veulent nous faire croire !
Calmons-nous et buvons frais. (de l'eau pure !)

   Myndie   
4/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
Je vois dans ce texte une vision cynique et désabusée du progrès, un paradoxe qui nous malmène et nous fait balancer entre la conscience d'une catastrophe inévitable et l'inertie d'une société anesthésiée et accro à ses divertissements télévisuels.
Le monde marche de travers effectivement et l'auteur se livre à critique lucide et acerbe des théories nauséabondes causées par la peur du déclin.
Malheureusement, le récit accumule beaucoup trop de faiblesses de style pour être véritablement accrocheur.
Les métaphores sont éculées, les images peu originales, parfois confuses, voire douteuses (les « bulles jaunes qui remontent à la surface comme des poissons crevés, »), les allitérations sont lourdes, les références historiques censées alimenter la critique politique et sociale manquent de finesse...
Bref, j'ai l'impression que cette phrase résume à elle seule mon ressenti.«  Tu fourres tout dans le même panier à linge sales ».
Je dis bravo pour l'idée et l'énergie mais il serait nécessaire d'alléger les phrases trop longues, d'éviter la surcharge des figures de style et les ruptures de ton brutales.

   LeChevalier   
15/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
A la lecture (assez difficile) de ce texte (assez long), j'ai cherché la poésie, mais ne l'ai trouvée que momifiée dans un emballage de figures de style et de phrases parfois inutilement longues. Je regrette un récit tout à la deuxième personne du singulier, conduit par un narrateur omniscient et tout-sachant. J'ai trouvé aux développements une qualité plutôt publicitaire que littéraire, surtout dans le paragraphe qui commence avec « Tu regardes la course folle du monde... ». Plus loin, il est même question de migrant ce qui fait glisser le propos dans le domaine politique.

Je me réjouis de l'apparition d'un « nous » à la toute fin du texte. C'est le seul élément qui m'ait plu dans ce texte.

   Cyrill   
15/7/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
Salut Concours !
C’est une lecture que j’ai trouvé plutôt agréable. Le langage assez relâché convient bien à un propos qui se laisse dévider facilement et produit des associations d’idées à l’emporte-pièce qui sont plaisantes. Le ton me semble plutôt désabusé et gentiment sarcastique. Il n’hésite pas devant quelques effets faciles (« œufs corses », « tout fout l’camp, ma bonne dame », une citation de chanson). Le français moyen est bien brocardé, la charge anti-franchouillarde devient progressivement plus acerbe quand on s’aventure sur le terrain des idées qui font florès à l’extrême droite. Certes ce n’est pas une analyse de paysage politique, ni un pamphlet très pointu. Le trait est grossi volontairement, la caricature s’invite.
Le leitmotiv en italique donne au texte sa caution poétique. Il assoit son adage sur le fatalisme, comme en écho au fait divers de l’assassinat « du fils du notaire et de la pharmacienne ».
Et puis le propos loupe de peu la marche de l’optimisme. Une chance est donnée à l’humanité de prendre la route et suivre la marche du monde pour y laisser son empreinte… jusqu’au « grand éclair blanc » qui balaie toute espèce d’arguments contraires au renoncement.
Au-delà du fond, la poésie s’invite a minima dans la forme, quelques métaphores par-ci par-là mais elles sont quelque peu sabordées par une tonalité d’ensemble trop prosaïque à mon goût.
Merci pour le partage et la participation.

   AMitizix   
15/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
J’ai plutôt bien aimé ce texte, même si je lui trouve plus l’allure d’une nouvelle ou d’une brève littéraire que d’un récit proprement poétique. Cela ne me dérange pas : il y a de la poésie dans des genres qui ne sont pas stricto sensu « poétiques ».

Le style est intéressant, dans son relâchement ironique, acide, et parfois humoristique, mais il ne me paraît pas encore abouti dans son genre. En particulier, le rythme me semble perfectible : l’usage exclusif de la phrase longue et de la virgule pour rendre le monologue intérieur finit par devenir monotone… et écrase tout le texte dans une même énumération (notamment dans le deuxième paragraphe). Travailler sur la ponctuation et sur la syntaxe permettrait sans doute de mettre davantage de relief et d’énergie dans cette prose.
J’ai bien aimé les citations de Brel et de Goldman : il me semble que les chansons ne renvoient à rien dans le texte, n’en approfondissent pas le sens ; mais cette manière d’écrire, par associations d’idées gratuites, me séduit plutôt. Ces ajouts sont en harmonie avec le ton général du texte.

J’apprécie particulièrement les deux premiers paragraphes ; belle image que celle de ces freins de secours que quelqu’un d’autre finira bien par activer, n’est-ce pas ? pour décrire notre commune résignation. La suite du passage varie bien sur ce thème.
En revanche, le ton plus franchement pamphlétaire que prend ensuite le texte me semble moins maîtrisé (et c’est un genre où la justesse est particulièrement difficile à trouver !) : ici, je trouve la critique un peu trop convenue, sans qu’elle soit justifiée par un effet de style ou de poésie particulier. Je n’y sens pas non plus l’énergie et la violence qui soutiennent certains brûlots (pour le meilleur ou pour le pire…), et leur donnent une force ou une puissance indéniable.

En somme, j’apprécie ma lecture, mais je pense qu’un travail supplémentaire sur le style permettrait de l’élever jusqu’à un résultat bien meilleur encore. Merci pour le partage !

   Cristale   
16/7/2026
Ce « tu » me semble représenter l’archétype du citoyen lambda réduit à suivre une pensée unilatérale.

La construction du texte laisse entendre la voix d’un narrateur qui se pose en tant que juge moral. Il paraît convaincu du caractère critiquable des positions de cet adepte des discours braillés aux comptoirs des boit-sans-soif dont la seule « académie » est constituée des informations rabâchées par certains médias aux doctrines radicales.

Le «tu » devient « ils » puis « nous ». L’instinct grégaire prend le pas sur la raison.

La vision qui s’ensuit se veut fataliste, mais elle tombe dans la facilité d’une issue catastrophique.

Je suis peu séduite
Bonne chance pour le concours.

   Yakamoz   
16/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Ce texte est publié en catégorie « Récit poétique », j’ai bien lu un récit mais je n’ai pas vu beaucoup de poésie. Malgré tout j’ai bien aimé le ton de l’écriture et ces longues phrases qui symbolisent l’emballement effréné de notre monde.

Chacun dans ses pantoufles, on sait que l’on va dans le mur mais on ne fait rien, « notre maison brûle et nous regardons ailleurs », comme avait justement dit un ancien président. On pense que les autres vont faire quelque chose à notre place. C’est un constat, beaucoup ont cette attitude.

Le deuxième paragraphe sur le thème on se laisse tenter par les extrêmes, pourquoi pas, au point où on en est ? Je n’ai pas saisi le rapport avec le sujet, l’impression que ça donne est que seules les personnes aux extrêmes se fichent que le monde parte en vrille ? Je crois que l’on trouve des gens en pantoufles sur tout l’échiquier politique.

Demain sera un jour de réveil (peut-être), un sursaut, on chausse ses chaussures à clous, mais j’aurais aimé que l’on nous dise le pourquoi de cette soudaine prise de conscience et de ce revirement.

   Mansoul   
16/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime bien
Un poème-portrait satirique qui se croque le beauf franchouillard de base – bière, canapé, feuilleton – auquel on semble à la fois reprocher les idées sur la marche du monde ainsi que de ne pas se bouger davantage de ses pantoufles douillettes. M'est avis que ce genre de profil fait souvent mieux de ne pas trop s'activer, justement, mais soit...

Le texte en lui-même témoigne d'une fougue et d'un rythme tout à fait appréciables et de ce fait se laisse lire agréablement. Les seuls accrocs auxquels j'ai pu achopper sont ces citations de chansons pas toujours judicieuses à mes yeux, du moins m'ont-elles un tant soit peu brisé dans mon élan de lecture. Je regrette également que vous soyez resté trop sage dans l'attaque. La forme, le sujet, le "tu" employé se prêtaient, il me semble, parfaitement à quelque chose d'autrement plus trash et percutant. Un truc à la Heptanes Fraxion qui écrit lui-aussi beaucoup en "tu", des portraits là encore. J'y ai immanquablement pensé et la comparaison (qui n'est absolument pas de votre fait, j'en conviens) me laisse avec comme un goût de trop peu à cet égard.

J'ai bien aimé également ce rappel à plusieurs reprises de l'enquête sur le meurtrier du fils du notaire et de la pharmacienne (le meurtrier, d'ailleurs, a-t-il tué et le fils du notaire et la pharmacienne, ou bien seulement le fils que le notaire et la pharmacienne ont conjointement conçus, je me demande ??). Ça n'a peut-être l'air de rien mais ces courts passages hors de propos (certes pas tout à fait) et qui déboîtent le discours sont à mon sens porteurs de potentialités poétiques qui gagneraient à être davantage exploités.

Merci pour la lecture !

   Pussicat   
19/7/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
J'ai trouvé la lecture ardue par la longueur des phrases (le 2e paragraphe se déploie sur une seule !) le langage volontairement parlé avec des formules de comptoir de café, (or, le langage parlé offre tellement de possibilités poétiques lorsqu'il est maîtrisé), des jeux de mots étranges « œufs corses », la ponctuation (le texte aurait gagné en force, en puissance avec une ponctuation plus affirmée : points / points de suspension, etc.), et le cruel manque de « poésie » (pourtant votre texte est posté en récit poétique. Pour exemple, je n'ai pas saisi la portée poétique du 2ème paragraphe et ses digressions politiques à grosses ficelles, longue tirade sur la beaufitude.)


Vous placez votre texte sous l'égide d'un narrateur moraliste (sa conscience) s'adressant au quidam « Tu » dans une forme de présentation du « je-m'en-foutisme » cynique .

Il est écrit : « Tu regardes la course folle du monde et ton cœur te dit... » mais rien de ce qui suit émane du cœur.

Le passage du TU au ILS et au NOUS est une rupture, pourquoi ne pas garder le TU.
Le « nous » fédérateur, salvateur, inclurait-il le narrateur ?

Toutes mes forces vous accompagnent pour le concours


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