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Poésie contemporaine
Cyrill : De l’aurore
 Publié le 05/07/26  -  11 commentaires  -  834 caractères  -  173 lectures    Autres textes du même auteur

Cherchez l’horreur…


De l’aurore



Dans un dernier sursaut la nuit battit sa coulpe
Comme un pouls chevauchant le destin cardinal.
L’encre se confondait, d’un authentique poulpe,

Aux nuées en cheveux dans le ciel liminal.
Lorsque glissa du vent l’incorruptible haleine,
Qu’il laissa sur ma peau son péan matinal,

Les ombres dispersaient leur duvet de phalène
À l’horizon fuyant ; je sombrai sous les draps
Pour vivre encor un peu dans mes songes de laine

Plutôt que du réel voir les clichés ingrats.
Que dure la magie, continue la chimère,
Qu’un spectre ignominieux m’enserre de ses bras !

Subir en son étau la torture éphémère
Au lieu qu’une aube aiguë, de son doigt virginal,
Échancre les rideaux, déchire ma paupière

Jusqu’aux lucidités d’un labeur machinal.


 
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   LeChevalier   
5/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
Bien que je reconnaisse une verve mystique dans l'évocation de tant d'êtres obscurs (« poulple », « chimère », « phalène », « spectre »), de tant d'espaces de transition (« matinal », « aube », « horizon »), de tant de rituels effrayants (« magie »), je ne peux m'empêcher de trouver ce texte surchargé d'adjectifs (13 au total pour 16 vers). La syntaxe est intéressante, vraiment élancée, elle enjambe les tercets sans aucune gêne mais les cinq rimes en -al me pèsent.

Le je ne veut pas sortir d'un songe qui s'apparente à l'envoûtement, le poème mime bien l'ambiance sombre du chambre aux premiers rayons du matin. C'est quand même effrayant, comme une évasion de la raison. La terza rima n'est pas sans créer un lien avec l'Enfer de Dante.

En conclusion, je reconnais une écriture occulte presque, inspirée, mais pas à mon goût de simplicité et de clarté. Les rimes gagneraient à être plus variées car l'extrême exotisme de -oulpe se marie mal avec cinq adjectifs en -nal.

Correction :
J'ai corrigé des fautes de frappes. Par rapport aux adjectifs, je ne pense pas que leur nombre soit énorme mais je trouve que leur présence massive à la rime donne cette impression de trop.

   BlaseSaintLuc   
29/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
BSL: lecture en EL


Le sommeil tombe, il n'y a qu'à fermer les yeux, que diable !
Bon, le ciel glisse doucement son souffle, c'est déjà plus romantique.
Il berce vers le sommeil ;
on est encore un peu dans les rêves.
Mais c'est affreux, voilà déjà le réveil !

Très poétique, original, maîtrisé, subtil.
J'ai failli partir sur une fausse piste, mais, telle la lumière de l'aurore, la deuxième lecture m'a ramené dans de beaux draps !

   Passant75   
29/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
De l’horreur à l’aurore et de l’exergue au titre, deux mots qui annoncent la couleur. Le poème déploie une écriture traversée par une angoisse diffuse au cours d’un affrontement entre le rêve et le réel. Dès le début du texte, j’ai été frappé par le style de l’auteur qui multiplie des images très originales, « la nuit battit sa coulpe », « Comme un pouls chevauchant le destin cardinal ».

L’auteur installe une opposition entre le refuge du rêve et la violence du réel. Le rêve apparaît comme un espace protecteur et enveloppant, « songes de laine », alors que le réveil semble associé à une intrusion brutale, « aube aiguë », « déchire ma paupière ». Ce contraste m’est apparu central dans la mesure où il structure tout le poème.

Sur la forme, j’ai apprécié les rimes et les alexandrins, parce qu’ils donnent un rythme régulier et une certaine musicalité. Par ailleurs, la densité des images renforce l’impression de déséquilibre intérieur. Et finalement, le poème montre une sortie du rêve vers une conscience lucide mais aliénée, où la vie devient quasi mécanique. Un poème intéressant (Freud aurait apprécié) et, par ailleurs, bien écrit !

   Eskisse   
5/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Bonjour Cyrill

Je trouve que dans ce poème l'adéquation fond forme est parfaite : la nuit est évoquée à travers une atmosphère fantastique : " ombres", "chimère" "encre", "spectre ignominieux" , cela rappelle le tableau de Fussli " Le cauchemar" .

Le vocabulaire est comme à ton habitude recherché et donne des accents mallarméens au poème qui est un voeu, une aspiration ( phrases injonctives) à ne pas voir le réel plus cauchemardesque encore du fait du "labeur", travail: dont l'étymologie " tripalliare" renvoie à la torture.

Le locuteur oppose la "torture" éphémère ( oxymore ? ) de la nuit à celle plus pérenne du jour. IL préfère la laideur nocturne " spectre gnominieux" à la laideur diurne.

Il fuit le réel "ingrat" et le poignard aiguisé de l'aurore.
Ne serait-ce pas ici un spleen déguisé ?

   Provencao   
5/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour Cyrill,

L'inquiétude et l'exaltation se partagent l'aurore. Le charme vers lequel elles sont tendues est aussi rocambolesque que la Vie, car elle ne refuse ni l'émotion, ni l'égarement, ni la peur.

Belle écriture poétique qui devient à mon sens intuition de ce qui signifient rêve et réalité dans un sursaut de lucidité.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Polza   
5/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je l’avais déjà évoqué sur Oniris, le philosophe Alain écrivait dans « Propos sur le bonheur » « Cherchez l’aiguille », ici l’auteur nous invite à chercher l’horreur dans la contiguïté de l’aurore…

Le vocabulaire est riche et complexe, les images sont percutantes et c’est selon moi ainsi qu’il fallait traiter ce poème, cette angoisse du jour naissant…

Cela n’aurait sûrement pas fonctionné avec des vers plus terre à terre, trop proches de la prose…


Je ne vais pas analyser vers par vers parce que je suis malade (j’ai chopé la crève en plein juillet !) et que mon cerveau tourne au ralenti (déjà qu’en temps normal c’est pas ça !)

« Qu’un spectre ignominieux m’enserre de ses bras ! »

Juste s’il fallait vraiment évoquer un vers parmi les autres, je choisirais celui-là, non pas que tous les autres sont en dessous, bien au contraire, mais je trouve qu’il illustre à merveille les angoisses de l’auteur quant à l’arrivée du jour. Plutôt un spectre ignominieux qu’un labeur insipide et machinal…

C’est un poème que je pourrais facilement lire dans un recueil de poésie aux éditions nrf Poésie Gallimard (par exemple) sans en contester le choix éditorial…

   EtienneNorvins   
5/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Entre chien et loup, un texte sur la ligne de crête entre deux mâchoires qui prennent des allures monstrueuses, que soulignent les nombreuses personnifications. Dans une ambiance crépusculaire, le passage du rêve à l'éveil devient presque une lutte existentielle !

La densité métaphorique, le vocabulaire particulièrement recherché, qui affectionne les mots rares voire bizarres, et les constructions parfois syntaxiquement difficile à saisir, contribuent à traduire la confusion de l'esprit passant de l'état gazeux du rêve à celui solide du réveil.

L'atmosphère singulière donne une intensité dramatique voire brutale à un événement quotidien - l'aube déchire la paupière, 'image violente, presque chirurgicale. J'en suis presque à redouter mon prochain réveil !

   AMitizix   
5/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Les aubes sont navrantes, n’est-ce pas ?

J’aime bien ce poème aux vers fortement frappés.
La forme, avec les tercets et la rime reprise de l’un à l’autre (que je ne croise pas souvent, j’ai trouvé ça original !) sert l’atmosphère quelque peu oppressante du texte : on est happé.
Et ce, malgré une première lecture douloureusement laborieuse, le sujet du poème (le réveil) ne se révélant clairement qu’à partir de la troisième strophe. Quelques problèmes de vocabulaire de mon côté aussi (« battre sa coulpe », « péan »), ce qui n’est certes pas la faute du texte, mais qui, s’ajoutant à l’obscurité de certaines images (qui n’ont de sens que dans les associations d’idée : le poulpe, les nuées en cheveux…) et aux difficultés pour accrocher le thème général du poème ont failli me faire passer à côté de lui. J’imagine bien que tout cela participe de l’ambiance et de l’esthétique du texte, et je le mentionne pour souligner qu’après deux ou trois lectures (et quelques recherches), finalement, je m’en sors assez bien, et j’accroche : peut-être est-ce signe que l’hermétisme est bien dosé ?

D’ailleurs, si j’ai eu envie de me livrer à ce petit travail pour mieux comprendre le texte, c’est que j’ai beaucoup apprécié la deuxième partie, celle qui m’a semblé la plus « claire » (à partir du vers 8). Je lis le texte comme une ornementation autour de ce sentiment si compréhensible de « flemme matinale », et je trouve que c’est une idée intéressante que de broder dans ce registre fantastique ou horrifique, pour donner une sorte d’emphase – qui n’est pas forcément que burlesque – à ce sujet. En ce qui me concerne, ça m’a rappelé de trop nombreux matins, et ça m’a fait sourire ! Cette « horreur » qu’il nous faut chercher, est-ce simplement le caractère inéluctable de ce pesant « labeur machinal » vers lequel il faudra malgré tout s’acheminer ?
Finalement, j'adhère volontiers à l'ambiance du texte, à ses images obscures dont je perçois cependant vaguement l'intention, et à cette manière originale de traiter un sujet qui l'est sans doute moins.

Merci pour ce partage !

   Myndie   
6/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour Cyrill,

voici développé ici un thème qui me plaît infiniment, le glissement de la nuit vers le jour et le refus du réveil, quitte à préférer le cauchemar à la prison et la platitude du quotidien.
Quel est le véritable monstre ? L'incipit annonce le paradoxe et préserve le poème d'un lyrisme romantique suranné.
La dualité qui le structure fait le reste : d'un côté le sommeil protecteur (« duvet », « songes de laine »), de l'autre la brutalité agressive du petit matin (« échancre », « déchire » et ce vers sublime :  « Au lieu qu’une aube aiguë, de son doigt virginal ».)
Comme toujours avec toi, je suis frappée par la richesse du vocabulaire, recherché et précieux :
« le destin cardinal », « le ciel liminal »,«son péan matinal », «leur duvet de phalène »  
et par la puissance des images et leur touche surréaliste.
C'est un très beau poème, à l'atmosphère oppressante, un poème sombre comme je les aime.

   Damy Cantarrieu   
7/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Il m'a fallu le Littré ("péan", "phalène") et tant mieux, cela m'a enrichi.
Mieux vaut rêver, fut-ce en cauchemars, plutôt que d'affronter la dure et triste réalité. C'est bien cela ?
C'est joliment et pudiquement dit. La poésie est l'art de la sublimation;

   Lariviere   
9/7/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Cyrill,

En gros, tu n'es pas du matin !... ;)... Je suis surpris de l'apprendre vu les heures aux aurores auxquelles tu traines ici !... ;)

Bon, plus sérieusement, j'ai beaucoup aimé ton poème.

J'ai particulièrement aimé la forme du choix du traitement poétique. Ca rajoute une certaine incongruité intéressante à la singularité et à la modernité de ton expression poétique. Et entre choix des images, vocabulaires parfois aux résonnances précieuses voire burlesques, rythme global et utilisation de la prosodie classique, j'ai trouvé que ce poème avait un accent très rimbaldien et ce n'est pas fait pour me déplaire, j'adore !

Bon, désolé si c'est un peu court et pas trop constructif. Mais je n'ai pas de remarque particulière à faire. J'ai beaucoup aimé, sur le fond et sur la forme !...

Merci beaucoup pour cette lecture presque jouissive et bonne continuation !


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