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Poésie en prose
Cyrill : Une clausule à la nuit
 Publié le 20/06/26  -  9 commentaires  -  1859 caractères  -  112 lectures    Autres textes du même auteur

À l’aune du rameau…


Une clausule à la nuit



Révérences sans protocole, arabesques dans le néant.
Comme autant d’inconnues voguant à la dérive au gré des océans, quand surgit l’ombre de géants dont les gestes béants invectivent les nues dans une acmé grotesque. On habille de parabole un sombre fétu, puis les statues déboussolées professent des ordalies sans parole à leurs doubles noyées. On insulte l’espace au-delà de l’azur mais on n’entend personne, hormis quelque frisson sursis d’un sonotone et son épissure tenace.
Alors on érige une idole, on verse des millions d’étoiles. On berce l’illusion dans l’obscurité d’un vestige. On en appelle au moindre prestige, aux voiles d’argent qui dispersent l’ennui de leurs reflets fortuits, à la cécité des lucioles.

Un sort jeté sur la mémoire, une signature dans un grimoire, l’âme vacille et se fissure. On se maquille d’un blason, on s’enorgueillit de vagues ancêtres. Ils sont la suture envers la raison, l’encre-sertissure autour du non-être. Ils ont les appétits vénaux et le maintien superbe ; pleurent le blé en herbe et sa tige vivace, un chapeau sur le chef et le vin du même tonneau ; se gargarisent de griefs et disent des vers à part soi. Leur bruissement de soie s’immisce dans la nasse et l’artifice est une impasse, la proie s’épuise en haut-le-cœur, elle atermoie jusqu’au vertige. Ils affligent leur pacemaker, harassent les chevaux de frise et règnent sur leur fief en hobereaux majestueux. Rapaces vertueux plongeant sur les reliefs au mépris de la noce, lorsque l’aube précoce agite les esprits, trouble les humeurs, pulvérise les peurs…

Comme une clausule à la nuit, dans la transparence et la frugalité d’un songe, la fugacité du mensonge et les écueils de l'apparence…

Dans l’onde évaporée des mots qu'on recueille comme une brise, sur la feuille qui s’improvise à l'aune du rameau.


 
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   Myndie   
7/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
C'est un texte très riche, aussi crépusculaire que virtuose.
L'utilisation de termes rares et précieux, c'est déjà pour moi, l'assurance d'un éloge.
J'ai été également très sensible à tout ceci :
- la musicalité et le jeu sur les sonorités (« géants, gestes béants », « frissons, épissure, sursis, s'immisce, nasse, artifice, impasse »).
Cela donne un rythme quasi hypnotique remarquable.
- Les rimes internes (quelque chose que j'aime aussi beaucoup pratiquer mais qui hélas, a ses détracteurs).
J'ai trouvé quelques lourdeurs ici ou là :
«aux voiles d’argent qui dispersent l’ennui de leurs reflets fortuits »
«  pleurent le blé en herbe et sa tige vivace, un chapeau sur le chef et le vin du même tonneau »
Et je m'interroge sur la plus-value que peut apporter la modernité de « sonotone » ou « pacemaker » à cet atmosphère plutôt gothique
Mais le dernier paragraphe est splendide.

Bravo à l'auteur.

   framato   
10/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J'ai beaucoup aimé cette assez courte poésie que j'ai trouvé incroyablement musicale. Je pense que la musique vient des jeux de sonorité qui sont constants tout au long du texte. les sons se répètent en écho comme par exemple les sons en o et en an dans les 2 premières phrases. Ensuite, pas mal de mots se font écho, comme parabole / parole - fétus / statues - espace / tenace - vestige / prestige - mémoire / grimoire etc.

Cette musique me semble être la structure même du texte qui, bien qu'il soit une vraie poésie en prose se rapproche par le jeu des sonorités et une métrique assez régulière d'une poésie rimée.

Je verrais bien se texte s'accompagner d'un morceau de Nine Inch Nails - The Wretched, par exemple.

Merci pour texte qui m'a fait passer un bon moment et en guise de remerciement, le lien :

https://www.youtube.com/watch?v=ANjQ8wI-W7g

   LeChevalier   
20/6/2026
J'ai lu, mais c'est à peu près tout ce que je peux dire de ce texte qui craque de vocables obscurs. C'est, je présume, une montagne de métaphores de la nuit, des étoiles et d'autres phénomènes. Il se peut que je me trompe. Je suis désolé, je ne noterai pas. Je laisse cette tâche aux esprits plus éclairés (jeu de mots) que moi.

   Passant75   
20/6/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime un peu
À l’évidence, l’auteur a donné beaucoup d’importance à la forme. Mais parlons d’abord du fond, peut-être moins évident. J’ai cru comprendre que ce poème en prose voulait dénoncer les illusions, le culte des apparences, les faux prestiges et les mythologies plus ou moins superficielles. Si tel était bien le cas, l’intention est louable.

Malheureusement, et l’on en revient à la forme, le texte me semble victime de ce qu’il prétend dénoncer. Il accumule les mots rares, les métaphores énigmatiques et les images très souvent abstraites. Cela m’a donné l’impression d’une succession de formules recherchées dont l’obscurité tenait davantage compte de l’effet produit que de la nécessité poétique.

On ne peut méconnaître un réel travail d’écriture, néanmoins j’y vois une rechercher de préciosité qui finit par donner au texte l’impression de parfois enfouir le message sous ses propres ornements.

J’ai trouvé que ce texte oscillait entre mystère poétique et obscurité gratuite. Ce qui m’a laissé un sentiment des plus mitigés. D’aucuns me diraient peut-être que je manque d’imagination ou de finesse. Allez savoir !

   Damy   
20/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Ceux dont tu parles, je les imagine, mais imagine seulement, siéger dans un hémicycle, à moins qu'ils s'agisse des arbres menacés par le réchauffement climatique ?

J'ai été enchanté, charmé, par la musique et les mots précieux comme des perles de nacre.
Un bijou de poésie.
Merci

Ps : perso, j'aurais dévoilé un indice

   Polza   
20/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Salut Cyrill,

J’ai vraiment beaucoup aimé ces mots en écho à d’autres qui me rappellent les Laboniris de Lariviere (avec ton propre style, je ne dis pas que tu as copié !).

« voguant/océans/géants/béants »
« mémoire/grimoire »
« fissure/l’encre-sertissure », etc.

Tu présentes ton poème dans la catégorie poésie en prose et pourtant, en raison de sa musicalité, j’ai comme eu l’impression de lire de la poésie classique.

En dehors du sens, je trouve l’ensemble hyper doux à lire, tu vas peut-être penser que je délire, mais en exagérant, j’ai comme eu le sentiment que tu me chantais une douce berceuse pour que je m’endorme paisiblement ; mais rassure-toi, je n’insinue pas par là que ton poème est soporifique, bien au contraire !

Une chose importante à signaler en plus de la grande richesse du vocabulaire choisi, c’est qu’il n’y a aucune répétition de mots…

« Alors on érige une idole », je n’ai pu m’empêcher de penser au « Crépuscule des idoles » !

« à la cécité des lucioles. » Magnifiquement poétique…

« pleurent le blé en herbe »

Je pense que tu ne m’en voudras pas si je te dis que j’ai d’abord pensé à Dalida avant de penser à Colette !

« un chapeau sur le chef et le vin du même tonneau »

Par association d’idées, j’ai pensé au tonneau des Danaïdes…

J’ai lu ton poème avec une grande attention et je ne vais pas te mentir, je n’ai pas tout compris, mais quand je lis du René Char, je ne comprends pas toujours tout non plus, cela ne m’empêche pas d’apprécier ce poète…

J’ai apprécié la poésie, la musique, la richesse des mots, l’intention, l’élan, la beauté, mon incompréhension…

Édition

Deuxième lecture :

J’aurais tendance à orienter ma compréhension de cette clausule à la nuit (s’il doit absolument y avoir compréhension) vers une critique de la religion ou de la morale judéo-chrétienne…


« Révérences, arabesques, parabole, idole, illusion, âme, etc. » (J’oubliais l’essentiel, les ordalies, ce mot, cette phrase, « des ordalies sans parole… » attire le regard, elles accaparent l’espace…)

Tu m’as donné l’envie (d'avoir envie) d’écouter cette série de podcasts, merci…


https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/serie-ineliminables-ordalies

Il y a peut-être quelque chose qui se rapporte au déluge, avec « puis les statues déboussolées professent des ordalies sans parole à leurs doubles noyées » et surtout « sur la feuille qui s’improvise à l’aune du rameau. » qui n’est pas sans rappeler la colombe, « La légende de la troisième colombe », dirait Stefan Zweig…

Il y a l’âme « l’âme vacille », le cœur « haut-le-cœur », l’esprit « agite les esprits » une sorte de trinité…

Bon, je vais continuer à creuser, au bout de la énième lecture, je vais peut-être avoir un éclair de génie !

   Zeste   
20/6/2026
Le silence pour écho de la cécité et de l’invisible. L’apparence dans tous ses états c’est surtout la mémoire toujours travestie par le souvenir.

   Donaldo75   
20/6/2026
« Poï poï poï, purée d’nous autres » comme aurait dit le mythique commissaire Navarro à ses mulets. Parce qu’il y a de la matière sur la scène de crime : du baroque, du champ lexical touffu et sophistiqué, de la virtuosité en veux-tu en voilà. Je comprends les morceaux de matière cérébrale du lecteur, éparpillés devant la page numérique. Il a du s’exploser des neurones sous un tel déchainement de mots, de sonorités, d’images conceptuelles, de métaphores bardées d’hypoténuses. « C’est d’la balle ! » que répondrait un des mulets au commissaire. Ce dernier aurait alors bourré une pipe en pensant au fameux tableau de René Magritte intitulé « ceci n’est pas une pipe », jeté un dernier coup d’œil en espérant ne pas terminer comme Richard Dadd, l’auteur de la célèbre peinture « the fairy fellers master stroke » puis appelé la police scientifique pour emballer ledit texte en tant qu’arme léthale. Trop d’abstraction flingue les neurones, dissout l’émotion ressentie habituellement à la lecture d’un poème bien fichu, rend le bidule tellement hermétique qu’il en devient machin-chose, un truc dont personne ne se souvient de la nature profonde ou du sujet premier mais qui laisse un goût sur les synapses.

   Vincente   
21/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
J’ai été vraiment séduit par ce flux sonore, rythme soutenu et consonances aux harmonies inlassables, « arabesques dans le néant » qui déversent une sorte de rancœur face à notre insoutenable condition terrestre. Car nous, pauvres mortels, exigerions tant une raison transcendantale à notre existence, en berçant « l’illusion d’un vertige », que nous nous vouerions au salut dans un sauve-qui-peut de dernières chances à la gloire de dieux qui sont à la fois des échappatoires et des finalités.
C’est une vision un brin désespérante mais « dans l’onde évaporée des mots » elle permet de croire en quelque chose, quand bien même celle-ci ne serait qu’une illusion nourrie dans « la fugacité du mensonge et les écueils de l'apparence… ».

C’est d’un nihilisme accompli. J’ai beaucoup aimé le regard, l’acuité sans illusion de cette vision et la pertinence de l’expression qui fait bien plus que de le relater, qui l’habite.


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