Page d'accueil   Lire les nouvelles   Lire les poésies   Lire les romans   La charte   Centre d'Aide   Forums 
  Inscription
     Connexion  
Connexion
Pseudo : 

Mot de passe : 

Conserver la connexion

Menu principal
Les Nouvelles
Les Poésies
Les Listes
Recherche


Poésie contemporaine
EtienneNorvins : Cubisterie
 Publié le 17/03/26  -  6 commentaires  -  648 caractères  -  59 lectures    Autres textes du même auteur

« Tout m’ennuie aujourd’hui. J’écarte mon rideau. »
Jules Laforgue (1880)


Cubisterie



Dans les courbes, effeuillées toutes,
des branches du pommier qui gouttent,

le ciel est en morceaux de gris,
et les oiseaux, un parapluie ;

dessous, des traits de mousse encrassent
le vieux damier de la terrasse :

on dirait qu’il porte un manteau
rapiécé de mandorles d’eau

où plein
de points
de points
de pluie
en ronds
en ronds
sans fin
s’enfuient…

Les mains en triangle à côté
d’un blanc losange de papier,

mes lobes encrânés, derrière
des écoulures sur du verre,

soudain ne trouvent plus de mots.


 
Inscrivez-vous pour commenter cette poésie sur Oniris !
Toute copie de ce texte est strictement interdite sans autorisation de l'auteur.
   Passant75   
1/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Que faire quand on s’ennuie et qu’il pleut, sinon regarder à la fenêtre le décor de ciel gris et les gouttes de pluie dessiner des figures sur le verre.

Courbes naturelles, ovales, points et ronds, triangle et losange, mais le tout disparaît quand l’eau s’écoule et glisse sur la vitre. Dès lors, l’ennui reprend le dessus et les images déconstruites ne peuvent plus être racontées par quelque mot que ce soit.

L’exergue, très explicite, m’a lancé dans cette interprétation toute personnelle dans laquelle des figures de peinture abstraite semblent être aussi au rendez-vous. Que m’importe d’avoir eu raison ou bien tort, j’ai trouvé du plaisir à, moi aussi, écarter le rideau, et flâner à la fenêtre.

   GiL   
4/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Voilà un poème que je ne suis pas près d’oublier ! Je l’aborde avec méfiance : « Cubisterie » : hein, quoi ? ça ressemble à « cuistrerie » ou pire, à « fumisterie » ! A la lecture je suis dérouté, puis intrigué, intéressé, séduit, enfin émerveillé. J’aime beaucoup Laforgue et j’ai l’impression d’en retrouver le style, mais actualisé et comme condensé.

Les deux premiers vers m’ont évidemment rappelé le début de « Sérénade triste » d’Emile Nelligan : « Comme des larmes d'or qui de mon coeur s'égouttent,/ Feuilles de mes bonheurs, vous tombez toutes, toutes. » ; Nelligan, lui aussi, a des accents laforguiens : « Quand les grands vents d'automne ont sonné l'olifant. »

L’association incongrue entre les oiseaux et un parapluie me fascine, c’est poétique mais je ne saurais pas expliquer pourquoi… Tiens ! Un mot rare et inconnu de moi : « un manteau/ rapiécé de mandorles d’eau » ; le fait qu’il soit chargé de connotations religieuses est-il volontaire ?

La strophe suivante est, comme les autres, un distique, mais fragmenté en vers de deux syllabes qui figurent la pluie.
Descriptif jusqu’ici, le poème s’attache alors à l’émotion ressentie par l’auteur qui se traduit par une incapacité soudaine à s’exprimer, dans un dernier vers isolé, sans rime, abrupt. J’aime.

Bravo et merci.
GiL en EL

   ANIMAL   
6/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Portrait d'un jour de spleen, sans doute, et c'est très beau. J'admire la légèreté du ton alors que le propos ne l'est pas.

Le mot encrâné m'a un peu sortie de cette ambiance douce autant que géométrique, pleine de courbes, de damiers, de losanges, de points, de ronds et de triangles.

J'ai néanmoins ressenti ces vers comme un toucher délicat d'artiste jetant de petits éclats de peinture sur la toile de la nature observée de sa fenêtre.

Si l'ennui engendre de si beaux poèmes, alors il faut s'ennuyer plus souvent.

   Provencao   
17/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Bonjour EtienneNorvins,

Plus éternel et plus intense que les minutes qui s'écoulent, j'y ai lu un soudain de l'existence....pouvant s'étendre et s'étendre... à l'infini.

Merci infiniment de ce cadeau.

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   LeChevalier   
17/3/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime bien
Un petit poème très focalisé et très bien travaillé, chaque millimètre carré, pour ainsi dire, a été bien pensé. Cela me rappelle bien le précédent poème de cet auteur, qui se faisait remarquer par son panneau de « slogan ». Je pense que je peux dire à peu près les mêmes choses ici, même si la catégorie est différente.

La partie « verticale », par sa répétitivité et sa rapidité, traduit bien le bruit des gouttes qui tombent sur le dalles carrées.

Je trouve, quand même, que ce qui suit la figuration de la pluie est moins heureux, moins bien fait. Pourquoi un losange ? Pour faire écho à la mandorle ? Pourquoi avoir laissé un ligne orpheline à la fin ? Pour figurer le manque de mots ? Cela peut se concevoir.

En réalité, le seul vrai défaut que je trouve à ce texte, c'est sa brièveté. Certains pourraient la valoriser, y trouver une vertu ; pour moi, la brièveté c'est surtout éviter un risque, fuir une difficulté, celle de la cohérence. Voilà pourquoi mon ressenti est « aime bien ».

   papipoete   
17/3/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
Bonjour EtienneNorvins
Hier, on parlait de Munsh ce peintre oh combien admiré ; ce jour, il est question de cubisme avec Césane, Picasso...je vais finir par devenir calé en matière picturale !
Points, carrés, ronds correspondant à autant de touches de pinceau, posés de couteaux ( qui gouttent, morceaux de gris, damier, mandorles ( je tâcherai de le placer dans un texte ) , triangles, losanges, lobes, se distinguent en synonymes subtils pour peindre l'environnement.
Un genre de nature morte, pleine de vie que
- le pommier qui goutte
- les traits de mousse
- manteau rapiécé de mandorles etc...
NB papipoète ne sait pas écrire ces choses là, mais je trouve votre tableau original, et parfaitement lisible.
Lorsque vos lobes encrânés ne trouvaient plus les mots, vous pûtes dessiner ce que vos oreilles entendaient ? Il y a beaucoup à faire ; tout comme les senteurs ( les jacinthes présentement... )
j'ai un faible pour la 4e strophe, et vos assonances


Oniris Copyright © 2007-2025