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Poésie en prose
EtienneNorvins : In other words
 Publié le 02/07/26  -  12 commentaires  -  714 caractères  -  119 lectures    Autres textes du même auteur

"Time might never have moved, rain never have fallen, and man alone…"
E.M. Forster, Howards End (1910)


In other words



Les maisons d’en-haut parlaient bas. À leurs fenêtres encore, les ecchymoses de l’orage ; mais les jardins murmuraient déjà sous la langue d’eau. Les arbres ébrouaient doucement leurs épaules et les fleurs réapprenaient goutte après goutte à se dresser dans la couleur.

J’ai marché parmi les flaques où dérivaient des morceaux de ciel. J’y ai puisé une autre poignée d’éclats, que j’ai mêlés dans ma poche aux miettes d’autres matins, ces lambeaux têtus de prodiges, et à quelques plumes tombées, glanées jadis sur d’autres chemins.

Oui, je pense encore à cette façon que tu avais de suspendre une lumière au-dessus des blessures.

Pour les jours où reviendrait la pluie de pierres.


 
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   Polza   
23/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Je n’ai jamais lu le livre, mais j’ai vu son adaptation au cinéma il y a un moment déjà, « Retour à Howards End »…

Je suis assez étonné qu’un poème de cette qualité n’ait toujours pas été commenté depuis 8 jours qu’il est en EL !

« Les maisons d’en-haut parlaient bas » j’aime beaucoup l’opposition, question typographie, je ne pense pas que le trait d’union soit nécessaire dans « en-haut », mais c’est vraiment pour dire quelque chose !

« Les arbres ébrouaient doucement leurs épaules et les fleurs réapprenaient goutte après goutte à se dresser dans la couleur »

J’ai beaucoup apprécié cette phrase et en particulier la proximité (je pense volontaire) « couleur/douleur »…

« J’ai marché parmi les flaques où dérivaient des morceaux de ciel. »

J’aime beaucoup également, peut-être l’image a-t-elle déjà été employée, mais pour moi, ça fonctionne bien…

« J’y ai puisé une autre poignée d’éclats, que j’ai mêlés dans ma poche aux miettes d’autres matins, ces lambeaux têtus de prodiges, et à quelques plumes tombées, glanées jadis sur d’autres chemins. »

L’image est vraiment très belle, je trouve…

« Oui, je pense encore à cette façon que tu avais de suspendre une lumière au-dessus des blessures.

Pour les jours où reviendrait la pluie de pierres. »

Ce poème se termine sur un souvenir en forme de regrets et encore une image saisissante, « la pluie de pierres » pas besoin de sortir de Saint-Cyr pour comprendre que ça fait mal !

J’aime la brièveté de cet instant comme figé, c’est très expressif, ça a beau être court, ça en raconte déjà beaucoup, au lecteur de suivre sa propre imagination pour rajouter des morceaux de ciel à cette belle et triste histoire…

   Passant75   
24/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
Comme quoi la longueur d’un texte peut quelquefois être inversement proportionnelle au plaisir qu’on peut éprouver à le lire. Les images sont à la fois évocatrices et originales, comme « les ecchymoses de l'orage », « les jardins murmuraient déjà sous la langue d'eau » ou encore « les flaques où dérivaient des morceaux de ciel ».

J'ai également apprécié la progression du poème, qui passe de la description d'un paysage après l'orage à une évocation plus intime du souvenir et du réconfort. La phrase « suspendre une lumière au-dessus des blessures » m'a particulièrement touché.

Enfin, la chute, « Pour les jours où reviendrait la pluie de pierres », m’a beaucoup plu, elle donne une profondeur nouvelle à tout ce qui précède et transforme ces souvenirs en une force face aux épreuves à venir. En d’autres mots ... c’est cette alliance entre gravité et délicatesse qui m’a fait beaucoup aimer ce texte.

   Ornicar   
24/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
A la première lecture, ce texte m'a surpris par sa brièveté et par l'étrangeté de son contenu. Seulement voilà, l'auteur(e) a pris soin de semer des indices à mon intention, du moins c'est ce que je veux croire : le titre et l'exergue.

D'abord le titre : "En d'autres termes". Autrement dit, il ne faut surtout pas s'y fier. Les mots de ce texte ne disent pas ce qu'ils semblent vouloir dire de prime abord. Ils racontent autre chose ou une réalité "augmentée", si j'en juge par la personnification de la nature qui y est décrite : maisons qui parlent bas, ecchymoses de l’orage, arbres qui ébrouent leurs épaules, jardins qui murmurent, fleurs qui réapprennent à se redresser. Que de blessures et de maux infligés ou endurés. Au lecteur donc de jouer les détectives et de sonder ce qui se cache derrière le décor.

Ensuite, la mention dans l'exergue d'un auteur anglais que je ne connaissais pas : Edward Morgan Forster. Mais la référence à l'une de ses oeuvres ("Howards End") ranime chez moi le lointain souvenir d'un film, d'une série plus précisément : "Retour à Howards End". Je ne me souviens plus de l'intrigue, ni des personnages. Mais je me rappelle très bien l'ambiance délétère et corrompue qui régnait au sein de cette vieille "famille" aristocratique et fortunée : ambitions, jalousies, rancoeurs, cupidité propres à déchaîner les passions autour d'un testament. Un vrai jeu de massacre qui va crescendo et le beau tableau finit par se briser. Apparences et convenances, donc, qui volent vite en éclats. D'où la présence, je suppose, dans les poches du narrateur ou de la narratrice de cette "poignée d'éclats", de ces "miettes d'autres matins" et de ces "lambeaux têtus de prodiges", chouette formule qui me botte.

Ainsi ce texte s'appréhende sous ces deux registres. Deux perceptions se rejoignent pour se confondre et former un tout d'une grande cohérence. Peinture immédiate d'un environnement naturel, peinture implicite d'un univers familial et social ; la première étant l'allégorie de la seconde et la seconde déteignant sur la première.

Une fois infusé dans ma petite tête, j'ai vraiment apprécié cette lecture. Sa brièveté quasi lapidaire (voir la conclusion : "Pour les jours où reviendrait la pluie de pierres") lui confère un impact indéniable. La première phrase ("Les maisons d’en-haut parlaient bas") m'a tout de suite accroché même si la formule peut sembler un peu "facile". Perso, j'aime ce genre de raccourci. En dépit de l'apparence qu'il se donne - encore elle - ce texte me semble très travaillé.

Ornicar

   BlaseSaintLuc   
25/6/2026
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très aboutie
et
aime beaucoup
BLS lecture en EL:


De temps en temps tombent du ciel de purs morceaux de poésie, et bien ce texte en est un. Je n'ai pas grand-chose de plus à dire ; parfois, le temps suspend son vol !



what else?

   framato   
25/6/2026
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très aboutie
et
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Bonjour et bravo. Vos mots simples et vos images superbes ont fait mouche en ce qui me concerne. Un texte court, très impactant, des images quasi cinématographique. Difficile d'en dire plus, tout est à la fois juste, à sa place et magnifique. Votre texte m'a touché droit au cœur, merci !

   Donaldo75   
2/7/2026
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De la belle poésie en prose. Tout est maitrisé, que ce soit le rythme, l’imagerie, la symbolique et la tonalité. Les images en particulier font le job, comme on dit dans ma boite qui n’est pas l’endroit idéal pour les poètes, ceci étant dit. C’est musical dans l’utilisation des allitérations. Le narratif est intime. Le dernier vers représente un véritable point d’orgue, au sens qui s’entend en musique classique.

Bravo !

   Eskisse   
25/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
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Un poème éclablouissant !

Les images se succèdent sans ostentation, le travail ne se voit pas, tout coule de source.
On se dit qu'on n' a pas toutes les clés pour rapporter l'exergue au texte...

mais qu'importe une sorte de déclamation au passé composé signale l'accompli d'un ressourcement comme une quête éperdue puis une confession glisse vers nous dans les méandres de son avancée.

C'est très beau

   Cyrill   
26/6/2026
trouve l'écriture
très aboutie
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aime beaucoup
De la prose surréaliste. À peine quelques lignes mais quelles lignes ! Ni droites ni courbes ni brisées, comme venues d’ailleurs, d’un lieu où les choses sont autres que ce qu’elles paraissent et pourtant si terriblement familières. J’ai eu l’impression d’une substitution de mots, d’une diablerie quelconque ou d’un tour de prestidigitation. J’ai tout et rien compris et les bras m’en tombent de cette impression de justesse dans l’expression et de cette émotion relayée par des images si pertinentes. Merci pour le partage.

   Provencao   
2/7/2026
trouve l'écriture
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et
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Bonjour ÉtienneNorvins,

[J'ai beaucoup aimé cette étrangeté qui met l'accent sur ce que l'extraordinaire a de
déroutant. Bien que rien n’ait encore changé le cadre, un ressenti m'avertit d'une ombre, d'une fin presque glissante.

Un trouble mystérieux...

Au plaisir de vous lire,
Cordialement

   Myndie   
2/7/2026
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très aboutie
et
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Merci à toi Etienne de nous faire partager cette intimité rêveuse.
Richesse d'images et d'émotion, inventivité folle, tout semble aller de soi dans cette poésie dense et pleine de sensations immédiates, d' éclats de couleurs, de «  plumes tombées » et de « miettes (de) matins ».
C'est ici tout ce que j'aime; l'expression de la poésie pure qui se passe allégrement de métaphores pompeuses pour lâcher la bride à la fantaisie de son inconscient.
Ton poème a une âme.

   Robot   
3/7/2026
trouve l'écriture
aboutie
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Comme je ne parle pas anglais je suis incapable de lire l'intro et le titre. Il ne m'est donc pas possible de donner un avis qui soit aussi en rapport avec ces deux mentions. (intro et titre)

Puisque nous sommes sur un site de langue française pourquoi ne pas donner une traduction en fin de texte.

Ajout: Merci pour la traduction qui me permet de faire le lien avec le texte. Une référence à la manière dont la nature impose son image à l'homme observateur de ses évolutions et ses apparences.

   Pussicat   
4/7/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
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J'ai particulièrement apprécié votre texte en prose, une forme à laquelle je m'exerce en secret.

La prédominance de la nature est flagrante, irriguant le texte comme la rivière la plaine.

Je retiens : « Oui, je pense encore à cette façon que tu avais de suspendre une lumière au-dessus des blessures. », et sa résilience éclatante ; un vers qui me parle et me touche.

J'émets un bémol sur l'utilisation du verbe ébrouer qui paraît étrange ici : « Les arbres ébrouaient doucement leurs épaules..»" mais peut-être je me trompe.
Je comprends "s'ébrouer", se secouer, souffler, s'agiter... mais ébrouer ne signifie t-il pas laver à grandes eaux ? Or, j'ai l'impression de lire que les arbres secouent leurs branches pour se débarrasser des gouttes, donc ils s'ébrouent ?

J'ai apprécié la personnification des éléments du décor (Les maisons d’en-haut parlaient bas), de la nature (les jardins murmuraient / les fleurs réapprenaient), les images ou métaphores (les flaques où dérivaient des morceaux de ciel / aux miettes d’autres matins).

Puissant


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