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| LeChevalier
1/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
n'aime pas
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C'est quelque chose, sans nul doute, mais cela va être difficile de savoir quoi exactement !
L'approche m'a fait penser aux futuristes russes mais il y a sans doute des références plus proches de la sphère francophone, je ne les connais pas, tout simplement. Je n'ai pas aimé, parce que ce genre d'écrits me font plutôt penser à des amusements de récré qu'à de la poésie. Je suis néanmoins certain que le poème trouvera son public sur le site. En effet, ce type de texte peut plaire aux personnes qui pensent que le sens du poème est le problème du lecteur et non de l'auteur. |
| Passant75
24/4/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
n'aime pas
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Le poème tente de faire surgir une présence intérieure indéfinissable à travers une écriture fragmentée et hésitante. La répétition et les ruptures traduisent une recherche d’expression de l’indicible, mais elles donnent aussi une impression de flou et d’artifice.
Le recours à des néologismes et à une pseudo oralité ne parvient pas toujours à enrichir le sens, et le texte semble tourner autour d’une même idée sans réelle progression. Au final, malgré une intention poétique perceptible, l’ensemble peine à produire une véritable intensité et ne m’a guère convaincu. Mais je n’ai aucun doute sur le fait que d’autres sauront apprécier ! |
| Polza
1/5/2026
trouve l'écriture
convenable
et
aime un peu
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Je suis vraiment désolé EtienneNorvins, mais je n’ai ni vraiment compris ni vraiment aimé ce poème.
« Est-ce très noir ? Est-ce très rose ? » Dans ce passage, j’ai eu l’impression d’entendre chanter Jeanne Moreau dans le morceau « J’ai la mémoire qui flanche » Étaient-ils verts, étaient-ils gris ? Étaient-ils vert de gris ? « quand ça – que ça – en toi, en moi » Et là, pour rester dans la musique, j’ai eu l’impression d’entrer chanter Grégoire dans « Toi+moi » « Toi plus moi, plus eux plus tous ceux qui le veulent, » « à dos d’enfant frébruissement du sac à mots jusqu’à des fois la mer qui s’en va-t’avec eul’soleil alors là c’est quelque chose, ah oui ! C’est quelque chose… » belle trouvaille que le sac à mots à la place du sac à dos, suivi d’un néologisme (fébruissement, sûrement un croisement de frémissement et bruissement) je trouve que ce poème devient intéressant (en ce qui me concerne) à partir de « à dos d’enfant »… |
| Provencao
1/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
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Bonjour EtienneNorvins,
Il y a quelque chose... Serait-ce le chemin que l'on trace dans une poésie qui nous invite à rencontrer encore aujourd’hui notre jeunesse perdue? Telle en nous-mêmes, les mots sont à franchir pas à pas. Accueillir, recueillir et offrir pour pouvoir, en les écoutant, en faire partie..... Au plaisir de vous lire, Cordialement |
| Myndie
1/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
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Bonjour EtienneNorvins,
La poésie est le langage naturel de l'âme. Rien qu'avec l'exergue, je m'attendais à lire un poème plein d'érudition, de spiritualité, voire de métaphysique (Kathleen Raine n'était-elle pas un esprit platonicien, une poétesse qui se voyait comme un intermédiaire dont le rôle est de percevoir l'invisible derrière le visible? Il y aurait tellement à dire !). C'est bien ainsi que je reçois ton poème, comme une exploration de l'indicible qui envoie en même temps de curieuses sensations acoustiques ; son oralité est à la fois dans ses questionnements presque enfantins, ses néologismes et sa syntaxe abrupte («la mer qui s'en va-t’avec eul’soleil ») . Quant à la structure verticale du texte, j'y vois là aussi une référence à K. Raine qui lui trouvait un caractère sacré et reprochait à la poésie « horizontale » son narcissisme. Quant au final, qui sonne comme une révélation, sans doute fait-il écho au « I have seen » de la poétesse ? Tout ceci peut paraître bien cérébral mais je ne vois pas d'autre façon de commenter ton poème absolument inspiré. C'est un plaisir de quitter des sentiers tout tracés. |
| papipoete
2/5/2026
trouve l'écriture
perfectible
et
aime un peu
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[Premier commentaire modéré : Remise en cause des choix éditoriaux. Le commentateur est invité à déposer un nouvel avis cette fois respectueux des choix du CE]
bonjour EtienneNorvins Par la force des choses, je reviens sous votre poème où je crois déceler un dialogue, entre un Grand et un Petit dont la parole n'est pas encore tout à fait développée ? Je ne décrypte pas tout de ce que l'enfant peut dire, mais le Grand qui le fait s'exprimer, semble connaître ses mots ? Je me souviendrai toujours, lorsque ma bambine effrayée déclara - tu m'as surprendue ! ou parlant de vaches non montbéliardes qu'elle découvrit - oh, des vaches pas peintes ! NB ce n'est pas le sujet de ce poème, y reviens sur la pointe des pieds, en cherchant un passage qui put me faire sourire ? - est-ce la cause que tu écris...pourquoi que tu te tais pas et - jusqu'à des fois la mer qui s'en va-t'avec eul'soleil Ceci n'est que mon interprétation... |
| BlaseSaintLuc
1/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime bien
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C'est quelque chose qu'il y a, et il faut moult lecture pour saisir le ça !
Il faut chercher les sons, il faut chercher le là. J'aime bien le" frébruissement "des choses. "T’avec eul’soleil" heurte un peu , mais c'est voulu. Mais oui, dans le genre, c'est poétique. |
| Cyrill
1/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
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Ce poème me réjouit par son côté expérimental qui contribue à faire de ce site autre chose qu’un musée. Mais au-delà de ces considérations générales, j’y ai lu les balbutiements de la parole, de la compréhension du monde, comme à hauteur de l’enfant qu’a été le locuteur.
Les émotions sont vécues et restituées en vrac, essayant de se dire en sortant « du sas à mots ». J’ai vu se pointer un « ça » et un « moi » assez freudiens sans toutefois plomber le poème de théorie psy. J’ai surtout ressenti la difficulté d’exprimer à fleur de peau, entre éblouissement (« alors là / c’est quelque chose, / ah oui !/ ») et une certaine souffrance qui me semble inhérente à la difficulté de s’extraire de « l’épais ça » pour aller vers l’autre soi, celui en devenir. Celui qui écrira. Bravo Etienne et merci pour le partage. |
| Eskisse
1/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
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Bonjour Etienne,
Une écriture unique, juvénile et primesautière avec des formules du registre familier ou d'un patois que tu as déterré de ta mémoire ? Je ressens du Queneau dans cette écriture, "ça" saute, "ça" questionne, "ça" cherche le langage. " ça" met en joie. Et je précise ( pour qui voudrait l'entendre) que Rimbaud a construit l'un de ses poèmes sur l'anaphore " IL y a" ( Enfance III, dans Les illuminations) ! |
| Donaldo75
2/5/2026
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Bonjour Etienne,
Je l’avoue, je n’ai pas compris grand-chose à ce poème ; pourtant, et je le clame souvent, je ne suis pas du genre à chercher midi à quatorze heures ou une explication précise du sens. Pour moi, la poésie n’est pas un manuel de montage de meubles en kit. Je viens de lire tes remerciements en forum et je perçois un peu de ce qu’il y a derrière ce texte, surtout après avoir effectué des recherches sur Kathleen Raine. Je trouve la forme de ce poème cependant intéressante ; il y a du théâtral dans ce texte. Je dirais qu’il me fait penser à certains courts métrages que je vois sur des chaines du genre Arte ; ambitieux dans la forme, pas facile d’accès, exigeants. L’exigence, c’est parfois un bien, surtout en poésie ou en littérature ; certes, tout le monde – et je m’inclus dans ce nombre – n’a pas les codes immédiats mais cela vaut parfois le coup de mobiliser du temps et des neurones pour commencer une tentative de recherche. C’est aussi ça, Oniris. Donc, merci d’avoir pris le risque de commentaires peu laudatifs pour livrer à mes neurones matinaux une poésie différente, écrite presque dans la lande du Northumberland, une contrée pas facile elle non plus. |
| marcolev
3/5/2026
trouve l'écriture
aboutie
et
aime beaucoup
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Poème qui ressemble à une pensée en train de naître sans en être sûr.
Il me fait penser à certaines œuvres comme celles de Duchamp, Malévitch, Mondrian ou Soulages dans lesquelles l’on perçoit une intention, une esthétique, une présence diffuse qui nous échappe mais qui existe. Merci de ce partage qui va me demander un temps de réflexion plus long pour arriver à le situer dans un référentiel existant ou en construction pour moi. |
| Lariviere
4/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
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Bonjour EtienneNorvins,
Quand j'ai découvert pour la première fois ce texte en espace lecture, j'ai d'abord été dubitatif et interrogatif et je n'ai pas décelé sa force poétique au premier abord. Mais c'est aussi à ça que sert l'art. Nous bousculer dans nos certitudes, nous pousser à réfléchir et nous permettre d'aller au delà de nos impressions premières et de nos goûts initiaux. En revanche, j'ai d'emblée été attiré par l'audace et l'originalité de l'écriture. Maintenant, plus je le lis et le relis, plus je l'apprécie et le trouve abouti, et plus je le trouve puissant. J'avoue que personnellement, je préfère lire un texte qui contient une certaine part d'audace tout en étant difficile d'accès en première lecture à un texte trop clair qui reste convenu et sans aspérité. Encore une fois, la poésie n'est pas une notice d'un meuble à monter. J'ai lu dans vos explications post publication que la poétesse Kathleen Raine vous a inspiré dans cette production (vous la citez d'ailleurs dans votre exergue). Je ne connais pas cette autrice et je ne me suis pas encore renseigné sur elle et ses oeuvres avant d'écrire ce commentaire. Je le ferais prochainement et puis je relirais votre poème et ca sera certainement prétexte à relancer la discussion sur celui-ci et sur vos intentions. Je précise tout ça pour vous dire que de ne pas avoir les références que vous aviez à l'écriture ne m'a gêné aucunement dans la réception de votre texte. J'ai fait une interprétation personnelle de ce que je croyais comprendre et de ce que je ressentais et ca été entièrement suffisant pour l'appréhender avec intérêt. Sur le fond, donc, ce poème pour moi explore deux thématiques puissantes qui se rejoignent d'ailleurs : la création et le pourquoi de la communication et de l'expression et de façon plus brute, il explore en toute logique le langage. C'est un thème que je trouve passionnant, en tous cas, qui me passionne personnellement (ca tombe bien, j'écris dans une langue, et écrire est aussi une de mes passions !). Le langage est un phénomène "animal" merveilleux. C'est le fondement de l'expression propre, mais aussi de la vie sociale, avec toute sa complexité et sa construction, fragile, finalement. En ce sens, c'est un outil sensoriel et physique complètement fabuleux. Pour explorer ces deux thématiques et donner à cette exploration impact et poésie, vous avez utilisé la forme qui convenait le mieux à mes yeux et oreilles. Une forme dépouillée (sur les sons, rythme et images), minimaliste, qui colle parfaitement au questionnement sous jacent, au propos développé et à l'intention. Est ce que ce texte est bâclé (j'ai vu que vous utilisiez ce terme dans vos explications, j'ai écrit mon commentaire avant de les lire...) ? Je ne crois pas. Est ce qu'il est le fruit d'un travail intentionnel ? Oui, assurément. Il se sert d'un langage déconstruit, parfois déroutant, brut, originel, où domine l'étrangeté, la fantaisie et l'étonnement. C'est pour moi, complètement impactant. A mon idée, rien n'est gratuit dans ce poème, ni dans la réflexion en filigrane, ni dans les images et le déroulé qui lui donne corps et matière. Trouver que ce poème est l'oeuvre d'un enfant parce qu'il utilise un langage déconstruit (en construction ?) pour interroger la notion d'expression et de langage est une vision au premier degré qui ne va pas bien loin. Il y a bien des textes, ici ou ailleurs, qui sonnent comme "enfantin" même écrits avec des mots d'adultes. Ici, c'est le contraire. C'est une vision d'adulte écrite avec des mots d'enfant. Je rajouterais pour finir, que personnellement, je n'ai pas trouvé que l'amusement était la motivation première de votre démarche et la réalisation ne m'a pas paru spécialement "légère" ou superficielle, au contraire. Il se dégage de ce poème un fond réflexif assez évident. Ainsi je n'ai pas trouvé que le sentiment prédominant était d'être devant un travail récréatif, mais bien une démarche créative, avec ce que ca comporte de plaisant certainement pour l'auteur dans l'écriture, car oui, j'imagine qu'écrire ce texte vous a procuré un certain plaisir mais c'est assez inutile de le préciser en fait, car c'est un lieu commun qui se retrouve j'espère chez tous les auteurs et les créateurs. Pour ma part j'ai eu du plaisir en tant que lecteur à le découvrir et c'est là pour moi l'essentiel. Voilà, en conclusion, un poème que j'ai beaucoup aimé malgré une approche initiale un peu circonspecte. J'avoue que passer de l'interrogation au plaisir dans mon ressenti est pour moi une preuve forte de la qualité et de la contenance réelle d'une production artistique, donc merci beaucoup pour cette lecture et bonne continuation ! |
| Louis
6/5/2026
trouve l'écriture
très aboutie
et
aime beaucoup
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De façon abrupte, le poème nous entraîne dans « les tréfonds de l’épais ça », affirmant d’emblée que « ça » ne se réduit pas à une apparence, à une simple surface sans consistance, à une ombre comme celle qui, avec d’autres images fugaces, défile sur les murs du fond de la caverne platonicienne, puisqu’en possession d’une épaisseur, un fond, et même des « tréfonds ». Le poème demande que l’on quitte le superficiel pour les profondeurs.
Avant d’interroger ce qui se trouve au fond du « ça », il convient de questionner ce que « ça » désigne, en tant que mot, puis en tant qu’idée. De « ça », la grammaire nous dira qu’il s’agit d’un pronom démonstratif neutre. Un prénom donc, pas un nom, pas un substantif. Parce que « démonstratif », il montre. De « ça », la linguistique nous dira qu’il s’agit d’un indicateur, d’un "déictique" ; et ces déictiques constituent une catégorie linguistique bien à part, en ce que l’on a affaire à des signes vides de signification, qui ne se "remplissent" que dans une situation de discours, dans l’acte même d’une parole ; qui ne se remplissent que dans un "contexte d’énonciation", point de vue d’un locuteur sur le monde. "Ça", alors, ne désigne aucune chose particulière, puisque non placé dans un contexte particulier d’énonciation ; ni ceci ni cela, utilisé comme un universel, il désigne "tout ça", tout ce qui peut faire le plein de ce déictique, tout ce qui peut être donné à nos sens, tout ce qui peut être perceptible, et dont on peut parler. Entre parenthèses, les « tréfonds » de « ça » sont précisés. Ils correspondent au « là sis-dedans », et désignent le lieu où ils se tiennent, le lieu où ils siègent, au-dedans de « ça ». Il y a une intériorité du perçu, un dedans permis par l’épaisseur même, affirmée, postulée, des choses données dans la perception. S’ajoute cette autre précision : « la ci-devant » « La » sans accent sur le a surprend. Il permet la répétition de sonorités la/si : « là sis » d’abord puis « la ci », de façon à décliner de façon signifiante "l’assis", et ainsi le mieux faire entendre, car il s’agit bien de désigner le lieu où se tient le siège des choses, ou encore leur assise. Assise, comme fond ou fondement. « Ci-devant » désigne aussi cependant ce qui fait face, ce qui se situe devant, dans une extériorité spatiale et temporelle, et renvoie par conséquent à un « je », ou à un « nous », locuteurs par rapport auxquels il y a un « devant », qui leur est distinct et constitue l’extériorité. Ce qui est remarquable, c’est que toutes ces précisions et références des premiers vers sont surtout constituées de "déictiques", de "démonstratifs" et de "présentatifs" : « ça », « là », sis », « ci », « dedans », « devant ». On ne se place donc pas d’emblée dans les choses, eu sein du monde, ou d’une réalité objective, mais dans la parole, dans l’acte de parole, car c’est à lui que se rapportent les indicateurs. Les énoncés de ce début de poème utilisent peu les noms qui, en général, s’effacent derrière les choses qu’ils désignent, et plus ils présentent le monde, moins ils se présentent eux-mêmes, mais utilisent beaucoup les indicateurs qui, moins discrets, ne parlent du monde qu’en mettant en scène la parole, dans l’acte même par lequel ils en parlent. Des démonstratifs, des présentatifs : le poème nous parle déjà d’une présence, qui est présence de ce dont on parle, présence indiquée d’un monde, et qui présuppose un sujet parlant pris dans un contexte spatio-temporel. Le texte évoque cependant les dimensions spatiales et temporelles comme caractéristiques du « tréfonds » des choses que le langage nous montre. Il le fait dans un mot-valise : « duré(e)tendue » : Il mêle ainsi de façon indissociable la durée temporelle et l’espace étendu. Le « tréfonds » de ce qui se montre, et que la parole désigne, constitue une réalité durable, une permanence, une identité à soi, en un lieu distinct de soi. Le mot valise se lit et s’entend encore : "dur et tendu". Le « tréfonds » n’est pas inconsistant, évanescent, tout friable, il n’est pas ramassé en un point, dans un espace discret, mais « tendu », étendu, en extension ample et vaste. Ainsi, il est affirmé que là, dans ce tréfonds, ainsi structuré par la pensée, puisque non immédiatement apparent aux sens, eh bien, « Il y a ». C’est une déclaration : « Il y a ». Elle n’est pas le résultat d’une démonstration. Si le texte dans ses débuts abonde en démonstratifs, il manque de démonstrations. C’est qu’il ne se veut pas un traité philosophique ou scientifique, mais un texte poétique. C'est aussi qu'il n'en a pas besoin. Si un discours argumentatif n’est pas appelé en soutien, il faut alors admettre que cette proclamation relève d’une "intuition", ou d’une "foi". Qu'il relève bien plus d'une "monstration" que d'une "démonstration". "Il y a" se renforce dans une répétition. Il proclame une "présence" sous l’apparence fugace de "tout ça". L’affirmation insiste encore en précisant : « Il y a quelque chose ». Cet ajout de « quelque chose » appuie la présence en s’opposant à l’idée qu’il n’y aurait rien, juste un vide ou un néant. Bien qu’indéterminée, une présence est donc affirmée, il y a quelque chose, structurée par les caractéristiques du « tréfonds ». Il y a quelque chose qui constitue le « fond » des choses, leur fondement, leur "assise", et qui se tient sous les choses apparentes, quelque chose qui correspond à une "substance", au sens étymologique de "ce qui se tient dessous". Quelque chose qui constitue une objectivité, et non la projection subjective et illusoire de notre esprit. Quelque chose de ferme, de durable, qui s’étend, un, indivis dans l’espace et le temps. Quelque chose que la parole peut montrer ; quelque chose pour une part dicible. Quelque chose qu’une ontologie métaphysique désignerait par « l’être ». Si le poète Calderón avait ainsi pu soutenir que : « La vie est un songe », ce texte poétique le réfute. Le poème achève un premier temps déclaratif et "monstratif" par l’introduction d’un dialogue, sous la forme d’un jeu de questions / réponses. Les interrogations énoncées ne constituent pas vraiment des objections à l’affirmation capitale qui précède, mais des interrogations apparemment naïves, légèrement ironiques, celles que pourraient formuler un enfant un peu effronté, un peu insolent et provocateur, un peu comme la Zazie de Queneau : « Est-ce très noir ? Est-ce très rose ? » Ces interrogations sur la couleur peuvent paraître particulièrement naïves, introduisant de la légèreté et un sourire dans un discours pesant lourd d’un sérieux métaphysique. Questions dérisoires en apparence, tout autant que celles d’un enfant qui demanderait à un physicien la couleur que peuvent avoir les atomes. Mais le questionnement reprend vite du sérieux, si l’on considère que la couleur revêt un sens symbolique. Si le quelque chose affirmé comme fond de "tout ça" est « noir », alors la réalité est au fond terrible, comme le croyait Nietzsche, qui la désignait comme une « effroyable nuit », ou bien s’il est « rose » il est en mesure de "colorer" la vie sereinement et joyeusement. La question, on le voit, n’est pas si naïve. Une deuxième interrogation est formulée : « Est-ce la cause que tu écris, Le pourquoi que tu te tais pas » Dans un langage familier et enfantin, une question est posée qui n’est pas enfantine, aussi peu naïve que la précédente, malgré les apparences. Elle interroge, en effet, les raisons de l’écriture et plus généralement de l’acte de parole. Elle présuppose que la croyance qu’il y a quelque chose peut être le ressort de l’écriture et de la parole, et que toutes deux auraient la capacité de dire ce fond des choses, de l’acheminer à la lumière, de le saisir en le rendant dicible, et ainsi de le révéler. Le poème met en scène le langage, l’acte vivant de parole, y compris dans sa dimension interlocutive, et d’une certaine manière le théâtralise. Ainsi, comme une sorte de didascalie, il indique une « pause ». Pause réflexive. Un mot pour dire le silence. Celui d’une parole intérieure, non dite, qui porte la réflexion. Vient alors une réponse : Quand ça – Que ça – En toi, en moi Le poème formule cette réponse de la manière adoptée à ses débuts, en montrant, par une série d’indicateurs, de déictiques : « ça », « toi », « moi ». Il montre, sans noms et sans verbes, tout juste est-il admis des adverbes. Il montre que tout « ça » est un englobant, il nous englobe, « toi », « moi » et tout toi et tout moi. « Ça » n’est pas absolument extérieur à chacun. Chacun est dans ça, et ça est en chacun. Chacun participe de "tout ça", se trouve traversé par lui. Chacun, comme chaque chose, est une variation modale du tréfonds de ça, en ses attributs spatiaux et temporels. Tout ça repose sur un Tout d’être. Et le langage, notre bagage, notre « sac à mots », a la possibilité de le dire, quand il est encore porté par l’enfance (« à dos d’enfant »), cette ouverture originelle au monde, cet imaginaire originel qui révèle le monde de façon nouvelle, libéré des images et des idées conventionnelles qui l’oblitèrent, quand fusionnent dans son imaginaire les images et les mots du langage. Il y faut un « frébruissement », néologisme issu d’une fusion entre frémissement et bruissement. Est nécessaire une sensibilité particulière. Le langage poétique peut dire « ça », et « ses tréfonds », et le dit comme le fait Rimbaud, le dit comme "éternité’", dans l’union des mots et des images, et leur puissante aura, de « la mer allée / avec le soleil ». Cette référence à Rimbaud est formulée dans un langage nouveau, qui insiste sur la dimension d’enfance qu’il faut pour la "retrouver", quoi ? l’éternité, énoncée de façon remarquable, très belle, non sans fantaisie, dans une superbe trouvaille : « la mer qui s’en va-t’avec eul’soleil ». Mer et soleil : deux images mêlées d’infini, deux images qui se rencontrent pour, dans leur aura imaginaire, dire l’éternité, le Tout, et l’être. La référence à Rimbaud ne surprend pas, dans ce texte qui insiste tant sur la monstration, en ce qu’il est le jeune poète, "ado", qui proclame : « il faut être voyant », et en appelle à une perception exacerbée du monde, au-delà de ce qui est accessible à l’homme ordinaire. Le poème joue avec elle, et la déplace pour terminer cette formule « il y a quelque chose » par cette autre : « c’est quelque chose », tournure familière pour exprimer combien c’est remarquable, admirable, impressionnant, cette possibilité du langage poétique d’atteindre tant de profondeur. Cette superbe poésie, qui nous estainsi proposée, semble retrouver foi dans les possibilités de la parole et de l’écrit, et poursuit l’exploration des possibilités du langage, en se déprenant de ce qui le fige, l’arrête, le limite dans de rigides conventions. Il cherche, dans l’originaire de l’enfance, à secouer « le sac à mots ». Pour celà, merci Étienne. |




