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Poésie contemporaine
inconnu1 : Dialogue avec un fantôme
 Publié le 20/09/21  -  9 commentaires  -  1527 caractères  -  172 lectures    Autres textes du même auteur

Dialogue avec un enfant absent, un être cher disparu ou peut-être avec soi-même ?


Dialogue avec un fantôme



Reviendras-tu bientôt flâner sur l’Île-aux-Moines,
Voir éclore en janvier les mimosas en fleur
Qui déposent de l'or, par touches de couleur,
Sur le gris vaporeux des brumes océanes ?

Viendras-tu quand le Trech* frémit sous les grands froids ?

À deux pas de l'église, au fond d'une ruelle,
Tu croiseras peut-être un vieux portail en bois.
Écoute le clapper sous les vents maladroits.
Pardonne son humeur ! L’attente fut cruelle.

Au début du printemps, je te proposerais
Ces moments fabuleux quand l'hiver se dérobe,
Où les hortensias bleus défont leur garde-robe,
Quand leurs bourgeons d'avril s'accrochent aux murets.

Viendras-tu quand l’hiver meurt en apothéose ?

Les aiguilles des pins coucheront sous tes pas
Un tapis vert et brun jusqu'à la maison rose.
Tu colleras ton front sur la fenêtre close.
J'aurai, sur des tréteaux, disposé le repas.

Tu diras : « Même si j'ai des moments de doute
Je viens pour annoncer qu’il me faut repartir.
Il est bon de laisser le passé s’évanouir
Et de permettre au temps de poursuivre sa route. »

Je répondrai combien je respecte le temps
Et son éternité. Mais qu'il faut que tu saches
Que chaque jour j'espère et chaque hiver j'attends
Le retour envoûteur des troupeaux de bernaches

Et que tu sois séduit par les arbres en fleur.


* Se prononce Trer : une des pointes de l’Île-aux-Moines


 
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   socque   
2/9/2021
 a aimé ce texte 
Bien ↑
J'ai un peu honte de l'avouer, mais la sincérité me semble faire partie de l'exercice du commentaire : ce qui m'a d'abord marquée dans votre poème c'est cette histoire de mimosas en fleurs en janvier en un lieu dont le nom (le Trech, prononcé "Trer") évoque méchamment la Bretagne. Dans mon esprit, le mimosa c'est méditerranéen, alors j'ai délaissé la session sur Oniris pour vérifier, et constaté que vous aviez raison. Bon, donc j'essaie de relire débarrassée de cette interrogation futile.

J'applaudis d'abord l'audace de la rime moines/océanes ! J'aime bien aussi ruelle/cruelle, riche et peu banale avec des mots simples. Je grimace sur dérobe/garde-robe, j'ai l'impression que les mots sont de même racine.

J'apprécie la construction en quatrains entrecoupés de vers isolés dont la rime annonce (sauf à la fin) une de celles du quatrain suivant au lieu de suivre l'une de celles du quatrain précédent : cela me semble illustrer la manière dont le narrateur ou la narratrice anticipe sans trêve la venue de l'autre dans cette relation irréalisée que vous refusez de préciser dans le chapeau. Bien vu, pour moi.

Enfin, je lis tout simplement de beaux vers. Je relève ainsi
Ces moments fabuleux quand l'hiver se dérobe,
et surtout l'étrange
Le retour envoûteur des troupeaux de bernaches
passque les bernaches en troupeaux, comme des ruminants, fallait oser !

   papipoete   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
bonjour inconnu1
" dis, reviendras-tu bientôt ? depuis le temps... oui, je sais tu es mort alors laisse-moi parler avec ton âme, je sais qu'elle te racontera... !"
Ici, tout a changé sauf ce qui reste immuable ; oh, le portail au fond de la ruelle se laisse aller, mais les hortensias qui resplendirent tout l'été, renaissent toujours ! J'aurai comme aux oiseaux dehors, posé ton repas même si je sais que tu n'y toucheras pas ; mais c'est en faisant " comme si " que je supporte la vie, sans toi...
NB " avec qui parles-tu ? " entend-on lorsque l'on se croit seul, alors que dans la pièce d'à côté on vit !
C'est en fermant les yeux, que l'on aperçoit un cher visage, et qu'avec lui on entre en contact, avec un fantôme on se lie.
Un parfum de Ghost plane sur votre dialogue, où l'on voit très nettement, qui n'est plus !
j'aime beaucoup les monostiches " refrain ", et la 4e strophe en particulier.
Que ne ferait pas le héros, pour que son son " disparu " revienne, au moins un instant " marchant sur ce tapis vert d'aiguilles de pin... "
au 12e vers, " hortensias " se dit " hor/ten/si/as "
au 21e vers, il me semble... que " s'évanouir " est prononcé en synérèse, alors que vous lisez les autres mots du même genre ( o/cé/anes ... a/po/thé/ose... )
je suis peut-être brouillon dans ma remarque, mais en " néo-classique ", l'on doit dire soit tout en Diérèse, soit tout en Synérèse !
la dernière strophe est un peu confuse, mais l'ensemble bien agréable à lire !

   Lebarde   
21/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour inconnu1

Je vois dans ce poème l'invitation à un retour vers un lieu idyllique qu'il serait indécent et bien malvenu de refuser ....

Invitation adressée à un enfant ( c'est l'exergue) disparu définitivement ou pas, ou à l'auteur qui se parle à lui-même,momentanément éloigné de son ile magnifique où il a passé son enfance.
"Reviendras-tu bientôt flâner..."

Comment faire autrement, tout y est si beau et tout vous y attend. Le "vieux portail en bois" est prêt à s'ouvrir pour vous accueillir et
"Tu colleras ton front sur la fenêtre close.
J'aurai, sur des tréteaux, disposé le repas".

La poésie est élégante, les mots sont simples, les images sont superbes et les scènes décrites tellement vivantes, comment résister.

Je relève quelques passages qui me plaisent beaucoup.
Pourquoi ceux-là plutôt que d'autres? Peut-être simplement parce qu'ils sont beaux, me touchent ..

"Ces moments fabuleux quand l'hiver se dérobe,
Où les hortensias bleus défont leur garde-robe,
Quand leurs bourgeons d'avril s'accrochent aux murets."

ou
"Les aiguilles des pins coucheront sous tes pas
Un tapis vert et brun jusqu'à la maison rose."

Ces lieux magiques semblent pouvoir revivre et se renouveler au delà des hivers mais sauront ils attendre éternellement le retour des bernaches et braver le temps.

"Tu diras : « Même si j'ai des moments de doute
Je viens pour annoncer qu’il me faut repartir.»

"Il est bon de laisser le passé s’évanouir
Et de permettre au temps de poursuivre sa route. »

Un poème comme je les aime.

Merci

Lebarde

   Donaldo75   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour inconnu1,

Avec l’exergue qui amène le mystère de ce dialogue, mes neurones se sont tordus dans une posture de détective, cherchant à savoir laquelle des hypothèses est la bonne. Je ne vais cependant pas livrer ici le résultat de leurs investigations, ceci d’autant plus que d’autres commentateurs pourraient vouloir se plier à l’exercice et trouver la réponse par eux-mêmes.

Je plaisante, évidemment.

En réalité, j’ai aimé le ton de ce dialogue et ce dès le premier quatrain. L’image des mimosas en fleurs donne une touche impressionniste – dans le sens pictural du terme – à ces quatre vers et enchante ma lecture au point d’en orienter le sens. La suite continue dans la même veine, le décor se précise, le temps défile le long de ces multiples tableaux et les images persistent à véhiculer des symboles sans mettre de gros sabots ou insister lourdement sur la sémantique. Et le dernier vers clôture en beauté l’ensemble. C’est de la poésie comme je les aime, avec une forme qui justement sort des sentiers du classique pour gagner un peu de liberté mais continue quand même à rythmer la lecture comme des alexandrins, rendant le tableau encadré dans de la prosodie propre sans lui enlever son inspiration au nom de je ne sais quel principe de métrique ou de rime ou que sais-je encore, parce que la poésie c’est aussi la tonalité, le climat, l’atmosphère, le rendu que nos petites cellules grises analysent en fonction de différents référentiels qui n’ont pas uniquement comme source des règles écrites depuis des lustres.

Bravo !

   Myo   
20/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Inconnu1 ...

Un poème tout en douce nostalgie comme ce temps qui semble suspendu dans l'attente d'un retour.

Le retour du temps heureux du partage, le retour de "celui" qui manque et reste présent dans chaque geste de la vie.

Le fantôme peut être multiple comme le stipule l'exergue, multiple comme toutes ses attentes qui nous habitent.

Personnellement, j'imagine les mots d'une femme de marin.

Un écrit d'une belle musicalité, sur une trame classique même si l'auteur s'autorise quelques libertés avec les règles strictes.
Une structure originale avec ce vers intercalé après 1 puis 2 puis 3 versets

Un réel plaisir de vous lire, merci...

Myo

   Cristale   
21/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup ↑
Bonjour Inconnu1,

Un ensemble poétique à souhait et joliment musical que j'ai su relire comme une promenade au coeur de ma chère Bretagne.
L'île aux Moines, les mimosas en janvier, les brumes océanes, la pointe de l'île qui frémit, les hortensias bleus, les murets...l'ambiance est bien rendue et les vers semblent danser au rythme de la houle.
J'aime bien la liberté contemporaine prise par l'auteur, rien n'est lourd, rien n'est obstacle à la déclamation.
Juste les "troupeaux" de bernaches, trouver un mot correspondant au vol groupé de ces oiseaux ?

Heureuses antépiphores où la rime s'envole en écho sur le quatrain suivant. J'aurais bien vu également cette figure de style répétée après le cinquième quatrain d'autant plus que le vers médaillon reproduit l'éco de sa rime sur le premier quatrain suivi lui-même de l'antépiphore.

Je me ferais bien fantôme pour venir "Voir éclore en janvier les mimosas en fleur";
Un joli poème où j'ai ressentie cette pointe de tristesse, où j'ai pensé à cet absent mais où je me suis sentie bien.

Bravo et merci Inconnu1.
Cristale

   inconnu1   
24/9/2021

   EtienneNorvins   
25/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Après avoir lu le commentaire que vous avez livré en remerciement, je me permets juste d'ajouter qu'au delà du contexte 'personnel' ou des aspects 'techniques', que ce qui m'a le plus touché dans ce texte est le contrepoint entre la constante 'intermittence' d'un coeur humain et la régularité cyclique de la nature, dont la beauté, si douce mais si indifférente, ajoute quelque part à la mélancolie. Vous rendez à merveille l'atmosphère et les couleurs du Golfe - et je relis sans pouvoir m'en lasser les 3è et 4è quatrains...
Merci beaucoup pour ce partage,
Respectueusement,

   Louis   
26/9/2021
 a aimé ce texte 
Beaucoup
Ce dialogue avec un « fantôme » s’avère plutôt un monologue. Le locuteur fait les questions et les réponses, ce qui incite à penser qu’il se parle à lui-même.
Il questionne surtout.
La demande n’est pas : « reviendras-tu ? », mais "quand reviendras-tu ?"
En janvier ? au début du printemps ?
Une certitude quant au retour, une incertitude quant au moment de ce retour.
En écho, on peut entendre la voix de Barbara, dans le célèbre refrain:
Dis, quand reviendras-tu,
Dis, au moins le sais-tu

Le lieu du retour est une île, l’Île aux Moines, un lieu présenté dans le 1er quatrain, non pas de résidence, mais de « flânerie ». Un lieu de solitude aussi, un lieu à l’écart que l’« île » évoque, et d’où dérive le mot "isolement".
Cette question du retour suppose encore que le locuteur se trouve "partagé", une part de lui-même restée dans l’île, l’autre partie, absente, comme détachée de soi.
C’est la part du locuteur restée dans l’île qui s’exprime, c’est elle qui interroge la part absente, la part fantôme.
Cette dimension fantomatique du locuteur se tient au loin, hors de l’île ; celle qui est réelle, au contraire, paraît être demeurée insulaire. Et puisque l’absent au loin acquiert un statut fantomatique, c’est l’ensemble de l’extériorité de l’île qui s’imprègne d’irréalité et d’illusion. La vraie vie est restée là-bas, dans l'île ; hors de cette terre, la vie semble inconsistante. Ce n’est plus la terre insulaire qui constitue un monde à part, mais le monde extérieur qui se tient dans une semi-réalité, une quasi-inexistence.

Le temps suggéré pour ce retour est celui d’un émerveillement devant la nature :
« Voir éclore en janvier les mimosas en fleur »
Admirer leur teinte d’or, leur couleur de lumière.
Se laisser pénétrer par ces promesses d’été ; mieux, par ces substituts de la belle saison en fragments ensoleillés, au plein milieu de l’hiver, et la touche de perfection, que l’or symbolise, partout essaimée, mieux, la touche d’éternité, dans l’île d’une pleine réalité.
Admirer « sur les gris vaporeux des brumes océanes », les fulgurances lumineuses.
Quelle que soit la saison du retour, l’île sera dans un perpétuel été.
L’île n’aura jamais été, dans un passé révolu, mais elle est le perpétuel été d’un temps estival ininterrompu.
Elle est lieu d’une « séduction » qui retiendra le fantôme, qui pourra le ''ravir'', aux deux sens du terme.
Le dernier vers est explicite : « Et que tu sois séduit par les arbres en fleur ».

Si le premier quatrain évoquait un retour pour une « flânerie », le deuxième présente l’île comme éventuel lieu de séjour, prolongé ou définitif.
Revenir « flâner » de façon éphémère ou revenir séjourner pour toujours ?
Un lieu de séjour indiqué par un « portail en bois »
Portail qui « clappe » sous le vent, qui s’impatiente du retour de l’absent. Portail qui s’ouvre pour un accueil, et se referme brusquement devant l’absence.
On constate un glissement du temps des verbes dans ce quatrain, du futur au présent, du présent au passé.
Futur : tu croiseras peut-être…
Présent : écoute le clapper
Passé : l’attente fut cruelle
Le temps des verbes va du futur au passé, mais les trois dimensions du temps vécu paraissent ne plus se distinguer, et laisser place à une durée qui mêle les trois dimensions sans discontinuité.

Suit, dans le troisième sonnet, un conditionnel : « Je te proposerais»
Le retour dans le futur serait-il devenu hypothétique ?
Pas vraiment, non. Le conditionnel implicite ne porte pas sur la venue, mais encore sur le temps de la venue, cette fois « au début du printemps » pour éventualité.
C’est encore l’émerveillement devant une nature liée aux saisons qui sera offerte au fantôme réapparu, et qui redonnera intégralité au locuteur divisé.
Leur "ré-union" sera une communion devant la nature, dans sa beauté, comme dans sa répétition des saisons.

Le locuteur fait parler son fantôme pour exprimer des conceptions du temps qui les divisent, et les séparent, lui et son jumeau fantôme. Conceptions qui créent chez le locuteur un conflit interne, une tension déchirante.
Dans le cas d’un retour, type « flânerie »,

« Tu diras : « Même si j’ai des moments de doute
Je viens pour annoncer qu’il me faut repartir »

Une vision du temps linéaire s’exprime, pour laquelle le passé est définitivement révolu et ne reviendra pas, ne reviendra plus :

« Il est bon de laisser le passé s’évanouir
Et de permettre au temps de poursuivre sa route. »

Une route vers l’avenir toujours nouveau, qui laisse pour toujours le passé derrière elle.
En écho se poursuit le refrain de la chanson de Barbara :

« Que tout le temps qui passe,
Ne se rattrape guère,
Que tout le temps perdu,
Ne se rattrape plus »

Dans sa réplique, qui constitue le contenu du dernier quatrain, le locuteur lui oppose un temps cyclique, perpétuel retour du même, qu’il exprime dans une métaphore naturelle, mieux dans le modèle naturel du retour des mêmes saisons, et le cycle de migration des oiseaux :

« Que chaque jour j’espère et chaque hiver j’attends
Le retour envoûteur des troupeaux de bernaches »

Au temps linéaire, est donc opposé un temps cyclique qui tourne sur lui-même, qui fait du futur un retour du passé.
« Je respecte le temps / Et son éternité » affirme le locuteur.
Mais l’éternité, cette idée qui plane sur tout le poème, est pensée, tantôt comme l’immuable d’une saison estivale, d’un soleil et d’une beauté, qui ravissent et séduisent ; tantôt comme un monde soumis au temps linéaire, celui d’un perpétuel changement dans lequel le retour en arrière dans le passé est impossible ; tantôt comme un éternel retour cyclique du même.
Le locuteur est partagé entre ces « éternités », ou plutôt faudrait-il dire, ces éternités le partagent, le divisent, et son dialogue vise, peut-être en vain, à ressouder une fracture interne.
Le poème ne tranche pas. Dans le dialogue, on ne sait qui persuadera ou convaincra l’autre. On ne sait pas si la fracture se refermera par une suture.
La belle musicalité du poème entraîne le lecteur dans les espérances et les tensions internes vécues par le locuteur, et par l’auteur.
Il nous fait partager "les tentations d’une île’’.


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